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Lettre économique mensuelle

Avril 2020
Article vedette

Des mesures économiques sans précédent

Nous savons que la crise actuelle affecte fortement les entrepreneurs. La COVID-19 a provoqué des confinements partout au pays. L’impact sur l’économie est très sévère. Plus d’un million de Canadiens ont perdu leur emploi et 90 % des PME subissent des impacts négatifs importants, indique une enquête de la BDC. Nous vous proposons des analyses et des ressources pour y voir clair et prendre les meilleures décisions pour votre entreprise.

Il est encore trop tôt pour mesurer toute l’ampleur de cette crise sur l’économie du Canada. Le choc initial est extraordinaire et plusieurs secteurs d’activité sont presque arrêtés. Il est tout aussi difficile de déterminer la durée de cette crise et le moment de la reprise économique. La récession actuelle est différente de toutes celles que nous avons connues. Le ralentissement, attribuable aux mesures de confinement au Canada et dans plusieurs autres pays, est plus rapide et plus sévère que dans les récessions précédentes. Cependant, la reprise économique devrait être plus rapide que celles qui ont suivi d’autres grandes récessions, notamment en 2008-2009.

La reprise en Chine

La situation en Chine peut nous éclairer sur la relance de l’économie. Ce pays a été le premier touché de plein fouet par la COVID-19, mais aussi le premier à sortir de cette crise. Le confinement a eu un impact immédiat et sévère sur l’économie. Par exemple, les ventes au détail ont chuté de 20 % et la production manufacturière de 13 %. La reprise initiale, dès la fin du confinement, a particulièrement été rapide dans le secteur manufacturier qui a presque atteint son niveau d’activité d’avant la crise. Cependant, cette reprise initiale a fait place à une relance plus lente, alors que les consommateurs demeurent prudents. Vraisemblablement, le retour à la normale prendra plusieurs mois.

L’expérience chinoise pourrait donc nous servir d’exemple. Les mesures de confinement aux quatre coins du Canada touchent durement plusieurs secteurs de notre économie. À la fin de cette période de confinement, plusieurs secteurs devraient reprendre rapidement leurs activités, mais d’autres industries prendront des mois à retourner à la normale.

Pour l’instant, le plus important est de suivre les recommandations des autorités sanitaires et de stabiliser votre entreprise pour les prochains mois. Pour vous aider à passer la tempête, consultez cet article sur la manière de soutenir votre entreprise.

Programme d’aide

Le gouvernement canadien a mis en place des mesures pour aider les entreprises canadiennes:

  • Subvention salariale pouvant atteindre 75 %
  • Prêts sans intérêt jusqu’à concurrence de 40 000 $
  • Jusqu’à 12,5 M$ pour vos flux de trésorerie d’exploitation
  • Prêts de fonds de roulement de BDC jusqu’à 2 M$

Visitez la section décrivant l’aide aux entreprises du site canada.ca/coronavirus pour obtenir plus de détails sur ces programmes de soutien.

Des mesures extraordinaires qui vont soutenir relance de l’économie

Il est difficile de l’imaginer aujourd’hui mais il y aura une reprise de l’économie. Les mesures annoncées vont non seulement aider les Canadiens et les entreprises d’ici à mieux traverser les prochains mois, mais aussi grandement contribuer à la relance de l’économie. Ces mesures totalisent 200 milliards de dollars, ce qui représente 10 % de l’économie canadienne. Ce sont des mesures extraordinaires en réponse à une situation extraordinaire. Une fois la période de confinement terminée, ces mesures aideront l’économie à retrouver son équilibre.

Perspectives Canada

L’économie canadienne dans un coma artificiel

Historiquement, la majorité des récessions ont pris racine dans le secteur manufacturier. Toutefois, les deux récessions survenues au Canada ces vingt dernières années avaient une toute autre origine. La première a débuté dans le secteur financier en 2008, tandis que l’autre a été causée par la chute importante des prix du pétrole en 2014-2015.

En 2020, l’ensemble du monde fait maintenant face à un nouveau type de récession: une récession dont le point de départ est l’arrêt soudain (sudden stop) de toute consommation non essentielle attribuable aux mesures de distanciation sociale imposées par les différents gouvernements au Canada et ailleurs dans le monde. Il s’ensuit une accélération des pertes d’emplois qui augmentera l’ampleur de la contraction économique. Là où le bât blesse, c’est l’horizon temporel qui demeure incertain. La seule assurance: plus longtemps les gens seront confinés à la maison, plus importants seront les bouleversements économiques et les défis de liquidité, tant pour les entreprises que les travailleurs.

Si on s’attend cette année à une contraction économique dans une majorité des économies développées, le Canada fait face à un deuxième défi de taille: la guerre des prix du pétrole déclenchée par l’Arabie saoudite et la Russie dans la nuit du 8 au 9 mars 2020. Les prix du pétrole atteignent des creux générationnels et s’ajouteront aux difficultés économiques des provinces productrices de pétrole. Le Point sur le marché du pétrole se penche sur l’évolution de cette situation.

À l’ère du coronavirus, il est difficile d’établir des projections économiques, et celles-ci font l’objet de révisions importantes d’une semaine à l’autre. Dans un premier temps, les activités dans bien des secteurs économiques sont tout simplement arrêtées, ce qui impacte inévitablement la consommation. Comme celle-ci correspond à plus de 50 % de notre PIB et qu’elle diminuera de façon marquée, hormis quelques secteurs comme les achats de nourriture et autres biens essentiels, les prévisionnistes s’entendent pour dire que la contraction économique se fera à une vitesse jamais vue. Certains économistes ont fait le parallèle avec un patient mis dans un coma artificiel dans le but de le garder en vie à terme. Ce que les décideurs publics tentent d’éviter à tout prix, c’est que cet arrêt programmé de l’économie mène à un cercle vicieux ayant des effets de plus long terme sur l’investissement et sur la viabilité des entreprises.

À ce titre, les entrepreneurs canadiens ont rapidement pris conscience du défi auquel ils font face. La proportion d’entrepreneurs rapportant un impact négatif de la COVID-19 sur leurs opérations est passée de 39 % à la mi-mars à 90 % deux semaines plus tard.

Or, Si le patient (l’économie canadienne) est réhabilité dans un délai raisonnable, le rebond devrait être tout aussi impressionnant – si les bases de l’économie canadienne demeurent intactes entretemps. C’est avec cet objectif en vue que les différents paliers gouvernementaux ont annoncé ces dernières semaines des mesures sans précédent.

Une main-d’œuvre cloîtrée à la maison

Il y a quelques semaines à peine, les entrepreneurs se préoccupaient principalement de la pénurie de main-d’œuvre et de la difficulté à recruter du personnel qualifié. Le vent n’aura jamais tourné aussi rapidement.

Le secteur des services occupant près de 80 % des personnes en emploi au pays, des millions de Canadiens ne peuvent pas travailler pour l’instant – notamment ceux qui travaillent en interaction avec le public. La pandémie a entraîné des mises à pied sans précédent. L’Enquête sur la population active de mars dernier nous apprenait qu’un nombre record de 413 200 chômeurs s’étaient ajoutés aux 1,1 M de chômeurs canadiens recensés en moyenne en 2019, soit une augmentation de 36 %. L’enquête ayant été réalisée dans la semaine du 16 mars, il faut s’attendre à un autre bond important des pertes d’emplois dues à la COVID-19 le mois prochain. Le gouvernement canadien rapportait notamment que pour la période du 16 au 25 mars, 1,6 millions de Canadiens avaient réalisé des nouvelles demandes de chômage. Ces données ne sont généralement communiquées que quelques mois plus tard.

La hausse du nombre de chômeurs pourrait rapidement se résorber selon la durée de la pandémie. Mais la confiance sera vraisemblablement ébranlée pour plusieurs mois, même dans le meilleur des cas.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. C’est le défi d’une génération. Le nerf de la guerre est la liquidité. Il est impératif de bien connaître les programmes d’aide auxquels votre entreprise est admissible afin de pouvoir naviguer sur ces eaux troubles.
  2. En plus des mesures susmentionnées offertes par le gouvernement fédéral, il vaut la peine de vérifier ce que votre gouvernement provincial propose.
  3. Dans le meilleur des mondes, la reprise s’entamera au troisième trimestre. Toutefois, la situation évolue rapidement et les prévisions économiques demeurent encore plus provisoires qu’à l’habitude. La bataille actuelle est avant tout sanitaire et devra d’abord se gagner sur ce front. Il faudra ainsi être réaliste, mais également être prêt au rebond souhaité.
  4. Pierre Cléroux, économiste en chef, et Catherine Despaties, conseillère d’affaires, ont récemment enregistré un webinaire pour résumer la situation aux clients de la BDC.
Perspectives États-Unis

L’économie américaine en veilleuse

La plus longue séquence de création nette d’emplois tire à sa fin: après un enchaînement de 113 soldes mensuels positifs, amorcé en septembre 2010, l’économie américaine a affiché une perte de 701 000 emplois en mars 2020. À titre indicatif, le record précédent était de 48 mois à la fin des années 1980. Cet article se penche sur l’ampleur des premiers effets de la Covid-19 sur l’économie américaine, et aborde l’éventuelle reprise économique.

Les données économiques empireront avant de s’améliorer

La situation économique est évidemment très morose. Pourtant, l’ampleur du choc est encore sous-estimée dans la mesure où les chiffres relatifs à l’emploi reflètent l’ensemble des données colligées pendant la semaine du 9 au 16 mars – soit bien avant le confinement généralisé de plusieurs des États les plus populeux du pays.

Voilà pourquoi les analystes portent plutôt attention ces jours-ci à l’explosion des demandes d’allocations initiales de chômage qui sont publiées sur une base hebdomadaire. Ces statistiques nous donnent une meilleure idée, à court terme, de la force du vent contraire auquel font face les consommateurs et les entreprises américaines.

La situation devient alors beaucoup plus claire: les nouvelles demandes d’assurance emploi se sont multipliées par 30 pour atteindre les 6,9 millions pendant la semaine du 23 mars (un total de 10 millions de nouvelles demandes ont également été complétées les semaines du 16 mars et du 30 mars). Pendant la crise économique de 2008-2009, le sommet avait atteint 665 000 demandes (soit 10 % du rythme de la fin mars).

Bien sûr, la nature de la crise économique est différente. Celle de 2008-2009 découlait d’un choc financier, suivi d’une lente et douloureuse reprise. La crise actuelle se caractérise quant à elle par sa rapide et forte ampleur, mais surtout par le potentiel d’une reprise tout aussi spontanée et vigoureuse. Autre différence clé: le consommateur américain est en bien meilleure posture financière qu’à l’aube de la récession précédente, ce qui devrait permettre une reprise moins difficile que celle amorcée en 2009.

Les dommages économiques causés par cette crise dépendront avant tout du contrôle de la pandémie et de la durée des mesures de confinement en place. Des données provenant de Chine montrent qu’une embellie est possible d’ici quelques mois. Dans tous les cas, le deuxième trimestre de 2020 devrait se solder par la plus importante contraction du PIB depuis les années 1940. La reprise pourrait être tout autant impressionnante, si les entreprises tiennent bon pendant les mois difficiles en cours – d’où l’ampleur des mesures économiques annoncées par les différents gouvernements de la planète.

La confiance comme premier signal

Il faudra plusieurs mois avant de mesurer l’étendue des dégâts. Pour l’instant, la confiance des consommateurs et celle des entreprises nous servent également de thermomètre. Or, rare nouvelle positive ces jours-ci, ces indicateurs pâtissent mais présentent un meilleur portrait que prévu pour l’instant, surtout en comparaison des niveaux observés dans la foulée de la crise de 2008-2009.

L’enquête s’étant terminée le 19 mars, alors que les freins à l’économie étaient déjà prévisibles, indique néanmoins que l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board affichait la plus importante baisse sur un mois (-12,6) depuis août 2011, alors que le gouvernement était dans une impasse dans ses renégociations concernant le rehaussement du plafond d’endettement national.

Selon les indicateurs mensuels du Institute for Supply Management (ISM), les entreprises du secteur manufacturier et des services ne perdaient pas espoir non plus. L’indicateur de l’activité manufacturière faisait en effet preuve de résilience dans la première moitié du mois de mars. À 49,1, il s’agit certes d’un niveau de contraction, mais similaire au niveau observé depuis l’été dernier. En ce qui concerne les services, certains étaient surpris de constater que l’indicateur était demeuré supérieur à 50, ce qui témoigne généralement d’une augmentation du volume d’activité. Cette interprétation pourrait être trompeuse en raison de distorsions dans une composante de l'indice liée aux chaînes d'approvisionnement.

Les politiques monétaires et fiscales au rendez-vous

Les autorités monétaires et fiscales n’ont pas lésiné sur les moyens: retour à la borne inférieure pour le taux des fonds fédéraux aux États-Unis (fourchette de 0 % - 0,25 %), et mesures économiques budgétaires sans précédent de la part du gouvernement central. La Maison Blanche et le Congrès se sont entendus sur des mesures de relance budgétaires de plus de 2 000 milliards de dollars – ce qui équivaut à près de 10 % du PIB américain.

Des dispositions sont prévues pour les grandes entreprises, incluant les compagnies aériennes (525 G$), une aide aux petites entreprises (plus de 350 G$), des transferts directs aux ménages, dont une bonification de l’assurance-chômage (>550 G$), ainsi que de l’aide aux États, aux hôpitaux, et certaines autres mesures qui garantiront une liquidité accrue sur les marchés. La Réserve fédérale s’est également engagée à injecter les liquidités nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des marchés financiers.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Le dicton «Quand les États-Unis éternuent, le Canada attrape la grippe» prend aujourd’hui tout son sens. Le bon redressement de l’économie américaine est essentiel aux nombreux entrepreneurs canadiens faisant affaires au pays de l’Oncle Sam.
  2. L’incertitude autour des projections économiques durera jusqu’à ce que nous ayons une meilleure idée du temps nécessaire aux présentes mesures de distanciation sociale. En attendant, il est primordial de gérer ses besoins en liquidités – de nombreux programmes ont été annoncés ces dernières semaines (voir l’article principal).
  3. Même si les choses tournent pour le mieux, si vos opérations nécessitent plusieurs passages transfrontaliers, il est possible que la frontière demeure moins fluide même quelques temps après la fin des mesures de confinement.
  4. La confiance des consommateurs et leurs finances pourraient être fragiles pendant un certain temps: selon votre secteur d’activité, il peut être pertinent de revoir à la baisse le volume d’activité anticipé au cours des premiers trimestres suivant la sortie de la crise sanitaire.
Point sur le marché du pétrole

COVID-19 et guerre de prix: la situation un mois plus tard

Les prix du pétrole ont continué de chuter depuis la rencontre des pays membres de l’OPEP en début mars. Les cours du Brent et du West Texas Intermediate ont ainsi perdu plus de la moitié de leur valeur depuis le début de l’année.

Notre dernière Lettre économique mensuelle faisait état des deux principaux facteurs expliquant alors la réduction importante des cours du pétrole: une réduction de la demande anticipée, attribuable à la propagation de la COVID-19 en Chine, en Corée du Sud, en Iran et en Italie, puis le déclenchement d’une guerre de prix issue d’un désaccord entre la Russie et l’Arabie saoudite quant aux niveaux de production à maintenir en plein cœur de la pandémie. Cet article présente une mise à jour des développements sur ces deux fronts.

La moitié de l’humanité à la maison

Touchant seulement quelques pays en début mars, la COVID-19 s’est ensuite rapidement propagée à l’échelle planétaire. Alors que près de 4 milliards de personnes sont maintenant confinées à la maison, soit la moitié de la population mondiale, la demande de pétrole pour 2020 pourrait diminuer dans des proportions qui étaient jusqu’à tout récemment inimaginables.

Avec les avions cloués au sol, un nombre imposant de télétravailleurs et plusieurs industries en mode pause, la firme de conseil britannique Capital Economics prévoyait une baisse de la demande de pétrole de 10 % en 2020. La demande quotidienne mondiale chuterait alors de 100 millions de barils (Mb/j) à 90 Mb/j. La demande actuelle est déjà de 5 Mb/j inférieure aux projections, estime l’International Energy Agency qui avance la possibilité d’un plancher de 80 Mb/j en 2020 – un niveau inférieur à celui observé pendant la dernière crise économique.

À elle seule, l’incertitude entourant la durée des mesures de confinement dans l’ensemble des pays de l’OCDE devrait limiter les pressions à la hausse sur le cours du pétrole pendant au moins la période du printemps. À court terme, la balle est ainsi dans le camp des producteurs.

Guerre d’usure: qui cédera?

Avant un accord conclu le week-end de Pâques, dans lequel les parties ont convenu de contribuer à des réductions totalisant 10 % de l'approvisionnement mondial, la Russie et l’Arabie saoudite étaient engagées dans une guerre d’usure dans laquelle chaque pays espérait voir ses conditions initiales acceptées. Mais les deux avaient beaucoup à perdre si l’impasse perdurait.

Chacun souhaite à terme augmenter ses parts de marché, mais le prix actuel du pétrole demeure de loin insuffisant au financement de leurs programmes sociaux respectifs.

En Russie, les revenus provenant du pétrole financent environ 40 % du budget national, tandis que ce ratio serait d’au moins 60 % en Arabie saoudite, selon les estimations disponibles. La chute en deux temps des cours en 2020 a fait en sorte que la Russie – qui a besoin d’un prix beaucoup plus faible que son rival pour boucler son budget, soit environ 40 $ – n’arriverait probablement pas à équilibrer son budget cette année.

Le Financial Times rapportait le mois dernier que ce pays nordique jugeait pouvoir composer avec un environnement de prix sous les 30 $ pendant plus de cinq ans. Les deux pays détiennent des réserves de change importantes, et présentent des taux d’endettement national relativement faibles.

Si l’Arabie saoudite a besoin d’un prix du baril à plus de 80 $ pour équilibrer son budget, elle profite d’un coût marginal de production qui est de loin inférieur à celui de ses rivaux. Selon Bloomberg, la Saudi Arabian Oil Co. avait un coût de production par baril additionnel de 2,80 $, comparativement à 16 $ pour Exxon Mobil Corp. (États-Unis) et plus de 20 $ pour Rosneft JPSC (Russie). Cet avantage concurrentiel permettrait à l’Arabie saoudite de compenser ses plus faibles marges par un volume plus élevé.

L'accord du week-end de Pâques pourrait s'avérer insuffisant pour augmenter les prix de manière substantielle. Toutefois, il devrait fixer un plancher sous les prix actuels, car il montre que les producteurs sont prêts à négocier dans les circonstances ayant mené à l'effondrement de la demande de pétrole.

Combien de temps avant un redressement?

Avant d’avoir une meilleure idée du temps nécessaire au retour d’une certaine vigueur sur le marché du pétrole, il faudra d’abord plus de certitude quant à la durée des mesures de confinement en vigueur. Selon l’évolution des courbes d’infection à la COVID-19 à travers le monde, nous devrions en savoir davantage d’ici la fin du mois.

D'autres discussions entre les pays producteurs de pétrole pourraient également être nécessaires pour limiter une offre excédentaire qui était déjà problématique avant le début de la guerre des prix de début mars.

Cela dit, une fois ces embûches réglées, d’autres facteurs pourraient limiter l’ampleur de la reprise sur le marché du pétrole:

  • L’importance des inventaires au sein des pays importateurs de pétrole, qui accumulent des réserves à même les commandes passées avant la crise actuelle, ce qui contribuera à maintenir des prix plus faibles plus longtemps;
  • La confiance et les épargnes des consommateurs pourraient être malmenées pour un certain temps, ce qui pourrait avoir un impact sur le tourisme à l’échelle mondiale, entre autres;
  • Certains changements d’habitude pourraient s’accélérer, par exemple une diminution des déplacements domicile-travail engendrée par le télétravail, ou une réduction des voyages d’affaires encouragée par l’adoption généralisée des vidéoconférences au sein des entreprises.

En résumé

Le marché du pétrole continue de subir les conséquences de l’effondrement de la demande causé par la COVID-19. La chute de la demande initiale causée par le virus aura mis en évidence le surplus d’offre déjà présent sur le marché.

Pour les producteurs canadiens, cette double calamité a fait passer le prix du Western Canadian Select sous la barre des 5 $ – un prix inférieur aux coûts de production d’un baril et nettement insuffisant à la rentabilité à long terme des producteurs. On s’attend à un ralentissement plutôt qu’un arrêt total de la production, puisqu’un cycle de fermeture puis de redémarrage des activités pourrait représenter un risque technique trop important pour plusieurs producteurs.

Autres indicateurs économiques

Des taux au plancher pour la Banque du Canada

Après une réduction de 0,5 point de pourcentage annoncée le 4 mars, la Banque du Canada a répété l’exercice deux autres fois les 16 et 27 mars, faisant passer son taux directeur de 1,75 % à 0,25 % – sa valeur plancher selon le gouverneur Stephen Poloz. La borne inférieure est aussi en vigueur au sud de la frontière. La banque centrale ne s’est pas limitée à diminuer les taux d’intérêt: diverses mesures assurant le bon fonctionnement des marchés financiers ont été annoncées.

Le huard a du plomb dans l’aile

Dans la foulée de la chute des cours du pétrole et du statut de valeur refuge du dollar américain en temps de pandémie, le dollar canadien se transigeait à la fin mars autour des 70 ¢ US. Sur une base mensuelle, le taux de change n’aura jamais été aussi faible depuis avril 2003. Une résolution du conflit russo-saoudien et un aplatissement de la courbe d’infections à la COVID-19 serviront de premières étapes au redressement de la devise canadienne.

La confiance des PME ébranlée

L’incertitude ambiante n’épargne personne, ni même les dirigeants de PME. Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, l’optimisme des entreprises a non seulement connu en mars 2020 sa plus importante baisse mensuelle, mais il a même atteint un creux inférieur à ceux affichés au cours de la crise financière de 2008-2009. Nos plus récents sondages font état d’une rapide prise de conscience de la situation de la part des entreprises canadiennes, alors que 90 % d’entre elles rapportaient une détérioration de leurs conditions d’affaires (voir la section sur le Canada). Combien de temps avant un retour à la normale? En 2009, un délai de huit mois avait été nécessaire avant de retrouver le niveau d’optimisme qui prévalait avant la récession. Cette fois, la reprise dépendra avant tout de l’évolution de la pandémie – ce qui relève davantage de la santé publique que de la situation économique.

Les données chinoises à l’avant-plan

Multiplication des cas d’infection, mesures de confinement et arrêt brusque de l’économie, puis retour à la (quasi) normale; c’est dans cet ordre que les pays font face à la COVID-19, avec la Chine en tête de file (voir l’article principal). Les données mensuelles de ce pays seront passées à la loupe au cours des prochains mois, afin d’avoir une meilleure idée de ce que l’avenir nous réserve, tant d’un point de vue sociétal qu’économique. Un indice PMI supérieur à 50 montre une amélioration de la situation au cours du dernier mois. Après avoir flirté autour de cette marque tout au long de 2019, l’indice a connu une chute brutale en février 2020, à 35,7. Il a ensuite surpassé les attentes pour rebondir à 51,9 en mars 2020. Il importe de demeurer prudent quant à l’interprétation de cet indicateur: même si l’indice a atteint un creux historique en février, suivi d’une légère amélioration en mars, cela ne signifie pas pour autant que l’économie a retrouvé son rythme normal. Comme en fait état l’article principal, les activités ont certes repris, mais à un rythme qui à ce jour demeure timide.

Indicateurs clés: Canada

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