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Lettre économique mensuelle

Avril 2019
Article vedette

S’agit-il des premiers signes d’un effondrement du marché immobilier?

Certains marchés ont ralenti en raison de la hausse des taux d’intérêt et des nouvelles règles sur les prêts hypothécaires

Depuis 2000, le prix des maisons a augmenté de 240 % à l’échelle du Canada, Vancouver et Toronto menant le bal.

Après cette longue période de gains considérables, le prix des maisons a commencé à se stabiliser. La hausse annuelle des prix de 2,9 % en 2018 a été nettement inférieure à celle de 13,3 % enregistrée en 2017. Des facteurs comme la hausse des taux d’intérêt et les nouvelles règles sur les prêts hypothécaires ont une incidence.

S’agit-il des premiers signes d’un effondrement du marché immobilier? Que nous réserve 2019? Cet article examine les raisons de la flambée des prix des maisons et donne un aperçu de leur orientation future.

Qu’est-ce qui a entraîné l’essor des prix des maisons?

Immigration et demande de logements – La population du Canada croît actuellement à un rythme plus rapide qu’au cours de la dernière décennie. Depuis les années 1990, l’immigration a représenté environ les deux tiers de la croissance démographique. La tendance a été encore plus forte récemment, la migration nette représentant 80 % de la croissance démographique de la présente décennie.

Les recherches de Statistique Canada et de la Société canadienne d’hypothèques et de logement montrent également que les immigrants pourraient avoir une préférence plus marquée pour les investissements dans l’immobilier par rapport aux citoyens nés au Canada. La valeur moyenne des maisons individuelles appartenant à des immigrants à Vancouver est de 17 % supérieure à celle des maisons comparables appartenant à des personnes nées au Canada.

Faiblesse des taux d’intérêt – Dans la foulée de la dernière crise financière, la Banque du Canada a réduit son taux d’intérêt directeur à 0,25 %, le plus bas jamais enregistré au Canada. La faiblesse des taux d’intérêt a permis aux acheteurs d’acquérir des propriétés et plus chères.

Plus de copropriétés en construction que de maisons unifamiliales – Depuis 2006, la construction d’immeubles à logements multiples a dépassé celle de maisons unifamiliales à l’échelle nationale. La tendance a commencé beaucoup plus tôt dans les grandes villes, soit depuis le début des années 1990 à Vancouver et le début des années 2000 à Toronto. Cette situation a occasionné une pénurie de maisons unifamiliales, ce qui a entraîné une forte hausse des prix de ces maisons.

Dans certaines villes, d’autres problèmes, comme les règlements de zonage (exigences liées à la densité, ceintures vertes) et la situation géographique, ont limité l’offre de logements et contribué à faire monter les prix.

Le marché a ralenti en 2018

La flambée des prix s’est interrompue en 2018, lorsque les prix nominaux des maisons n’ont augmenté que de 2,9 % et les prix réels, de 0,7 %. La modification des règles sur les prêts hypothécaires et la hausse des taux d’intérêt sont à l’origine de ce ralentissement.

Dans les années 1990, les normes des prêts hypothécaires ont été assouplies pour stimuler les investissements immobiliers. Elles ont été relâchées davantage en 2006 lorsque la période d’amortissement des prêts hypothécaires est passée de 25 à 40 ans et que le ratio prêt-valeur est passé de 95 à 100, ce qui signifiait qu’aucune mise de fonds n’était nécessaire.

Après la crise financière et la récession de 2008 et 2009, les conditions de crédit se sont resserrées. Ultimement, la période d’amortissement a été ramenée à 25 ans et le ratio prêt-valeur a été réduit pour toutes les maisons. Des mesures provinciales visant les acheteurs étrangers ont également fait leur apparition sur le marché. La Colombie-Britannique a instauré une taxe de 20 % pour les acheteurs étrangers pour les maisons de la région métropolitaine de Vancouver et l’Ontario a emboîté le pas avec une taxe semblable de 15 % pour les maisons de la région métropolitaine de Toronto.

Le dernier changement a été apporté l’an dernier par le Bureau du surintendant des institutions financières. La ligne directrice B-20 exige que les prêteurs réglementés soumettent les emprunteurs éventuels à des simulations de crise. Cette nouvelle règle sur les prêts hypothécaires réduit d’environ 20 % le montant que les Canadiens peuvent emprunter, disqualifiant environ un acheteur potentiel sur cinq et excluant de nombreux jeunes acheteurs du marché, selon un sondage de Professionnels hypothécaires du Canada. La nouvelle ligne directrice a immédiatement refroidi le marché.

La hausse des taux d’intérêt a eu pour effet de freiner davantage le marché immobilier. La Banque du Canada a augmenté son taux de 0,75 % en 2018, et de 1,25 % depuis 2017.

Les recherches montrent qu’il faut entre trois et cinq ans pour que les modifications des taux d’intérêt de la banque centrale se répercutent pleinement sur l’économie. Le moment venu, une variation d’un point de pourcentage des taux d’intérêt peut avoir une incidence de trois à cinq points de pourcentage sur les prix des propriétés. Cela signifie que nous pouvons nous attendre à ce que les hausses du taux directeur de la Banque en 2017 et 2018 continuent de faire baisser les prix des maisons au cours des prochaines années.

Le plus grand risque pour le marché de l’habitation est l’endettement élevé des ménages

À mesure que les prix des maisons augmentaient, les banques ont accordé plus de prêts aux ménages, en majorité des prêts hypothécaires (72 %). Par conséquent, le ratio d’endettement total des ménages a connu une tendance à la hausse constante, atteignant un sommet de 174 % en 2018.

Une autre tendance inquiétante est le ralentissement de la croissance du revenu des ménages, alors même que les versements d’intérêt ont augmenté. Cela se traduit par une augmentation de la part du revenu disponible consacrée au service de la dette, soit près de 15 % au quatrième trimestre de 2018.

La vulnérabilité des ménages à la hausse des taux d’intérêt est de plus en plus préoccupante. En effet, le gouverneur de la Banque du Canada estime que l’économie est 50 % plus sensible aux hausses de taux que par le passé. Cela pourrait fragiliser la situation financière d’un grand nombre de ménages, ce qui entraînerait un ralentissement généralisé tant dans le secteur de l’habitation que dans l’ensemble de l’économie.

Est-ce qu’un effondrement est à l’horizon?

Nous ne sommes pas de cet avis. L’économie se porte bien. La croissance de l’emploi est forte, l’économie ayant créé plus de 390 000 nouveaux emplois entre décembre 2017 et 2018, et le PIB a regagné le terrain perdu en janvier (voir notre article sur le Canada pour plus de renseignements).

Tant que les gens continueront à travailler, ils seront probablement en mesure de rembourser leur dette. De plus, un certain nombre de mesures ont été annoncées dans le budget fédéral afin d’aider les acheteurs d’une première maison.

L’interruption du cycle de relèvement des taux de la Banque du Canada pour 2019 sera également favorable.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Si votre entreprise exerce ses activités dans le secteur immobilier ou de la construction, attendez-vous à un léger ralentissement. Cependant, vous n’avez probablement pas à craindre un effondrement du marché de l’habitation.
  2. Pour les propriétaires qui prévoient vendre leur maison, préparez-vous à des hausses de prix plus faibles que par le passé, surtout si vous demeurez à Vancouver ou à Toronto.
Perspectives Canada

Le PIB regagne le terrain perdu

La reprise de la croissance économique au Canada en janvier a calmé les craintes de récession ayant suivi le ralentissement des deux derniers mois de 2018. Le PIB réel a augmenté de 0,3 % en janvier, regagnant le terrain perdu à la fin de 2018 lorsqu’il a baissé de 0,1 % en novembre et en décembre.

La reprise de janvier a été généralisée, avec des gains enregistrés dans 18 des 20 secteurs de l’économie. La production a rebondi dans les secteurs qui avaient connu un repli en décembre, bien que le secteur de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz ait continué à éprouver des difficultés. Un recul était attendu dans le secteur du pétrole et du gaz, ce dernier est toujours aux prises avec des obstacles. La réduction de la production de pétrole décrétée par le gouvernement de l’Alberta, le manque d’infrastructures pipelinières et les bas prix du brut constituent toujours un frein pour ce secteur.

Forte progression dans les secteurs de la construction et de la fabrication

Ensemble, la construction et la fabrication représentent environ un cinquième de l’économie. En janvier, les hausses de 1,5 % dans l’industrie manufacturière et de 1,9 % du côté de la construction ont représenté 83 % de la croissance totale du PIB. Malgré la progression importante du secteur de la construction en début d’année, il est peu probable que son rendement ait été aussi bon en février en raison d’un ralentissement des mises en chantier et de la faiblesse des ventes de maisons existantes au cours du mois.

En dépit de la piètre performance du secteur résidentielle en février, l’économie canadienne est en bonne voie de croître de 0,8 % au premier trimestre, en accord avec les prévisions de la Banque du Canada.

La faiblesse des ventes au détail laisse présager un ralentissement économique induit par les consommateurs

La croissance positive du PIB en janvier est encourageante, mais le faible niveau de consommation nuit à la croissance économique du Canada. La vigueur des dépenses des ménages est d’une importance capitale pour l’économie canadienne, car celles-ci représentent environ 60 % du PIB.

La baisse des dépenses de consommation peut être attribuée aux hausses de taux d’intérêt. La Banque du Canada a amorcé un cycle de hausse de taux en juillet 2017. Depuis, la Banque a relevé cinq fois son taux, le faisant passer de 0,50 % à 1,75 %.

Il en a résulté une baisse des ventes au détail, les consommateurs continuant de s’ajuster à la hausse des frais d’intérêt. Dans les 18 mois suivant la première hausse, les ventes au détail ont augmenté de 0,4 % seulement, comparativement à 9,4 % dans les 18 mois précédant la première hausse. La Banque du Canada prévoit que les dépenses des ménages continueront de diminuer tout au long de 2019-2020.

La vigueur du marché du travail et le faible taux d’inflation contribuent à compenser le ralentissement des dépenses de consommation

Le marché du travail canadien demeure solide avec 116 000 nouveaux emplois créés en 2019 à ce jour. L’emploi s’est stabilisé en mars, mais a augmenté de 332 000 au cours des 12 derniers mois. Ce mois-ci encore, le taux de chômage demeure faible et stable, à 5,8 %.

Entre-temps, l’inflation demeure sous contrôle, en deçà de la cible de 2,0 % fixée par la banque centrale. Le taux d’inflation global a légèrement augmenté, passant de 1,4 % en janvier à 1,5 % en février.

La vigueur du marché du travail aidera les consommateurs à composer avec des paiements d’intérêts plus élevés, tandis que la faiblesse de l’inflation réduira la probabilité que de nouvelles hausses de taux aient lieu à court terme. Une pause dans les hausses de taux d'intérêt de la Banque du Canada devrait procurer un certain soulagement aux consommateurs endettés.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Si votre entreprise exerce ses activités dans le secteur du commerce de détail, vos ventes pourraient être sous pression. Réfléchissez aux domaines d’activité où vous pouvez réduire vos coûts et tirer parti de la technologie pour améliorer votre efficience.
  2. Si votre entreprise est exposée à des secteurs sensibles aux taux d’intérêt, comme le logement, la construction et le commerce de détail, sachez qu’ils connaissent un ralentissement.
  3. Les taux d’intérêt ne devraient pas augmenter en 2019. Compte tenu de cette pause dans les hausses de taux, le moment est bien choisi pour aller de l’avant avec vos projets d’investissement qui vous permettront de devancer vos concurrents.
Perspectives États-Unis

Une croissance plus lente, mais pas de récession en vue

L’économie américaine a ralenti plus que prévu au quatrième trimestre, la croissance du PIB ayant été révisée à la baisse 2,6 % à 2,2 %.

Le repli de la consommation et de l’investissement des entreprises constitue les principales causes de cette baisse. La tendance sous-jacente laisse entrevoir un ralentissement de la croissance cette année, et non une récession. La plupart des indicateurs économiques récents montrent un ralentissement des dépenses de consommation et un affaiblissement du secteur du logement, mais le secteur manufacturier continue de croître et le déficit commercial a diminué.

Dans le contexte actuel de faible inflation et de ralentissement de l’activité économique, la Réserve fédérale a fortement laissé entendre que les taux d’intérêt ne devraient pas augmenter cette année. Toutefois, selon le consensus des prévisionnistes, le PIB réel des États-Unis devrait encore connaître une croissance très respectable de 2,4 % en 2019.

Baisse de la confiance des consommateurs

La confiance des consommateurs s’est détériorée en mars par rapport à février. L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board s’établissait à 124,1 en mars, en baisse par rapport à 131,4 en février. L’opinion des consommateurs par rapport aux conditions d’affaires et du marché du travail actuelles ainsi que leurs perspectives à court terme se sont affaiblies. La volatilité des marchés financiers, l’arrêt partiel des activités du gouvernement et la faiblesse des résultats de février sur l’emploi pourraient avoir causé ce vent de pessimisme.

Il est trop tôt pour dire si la baisse de confiance des consommateurs a eu un impact sur la consommation, parce que la collecte et le traitement des données ont été retardés par l’arrêt des activités du gouvernement. Toutefois, les données de février sur les ventes au détail ne signalent qu’une légère baisse de 0,2 %.

Le secteur du logement se refroidit

Après avoir affiché une forte hausse le mois précédent, les mises en chantier ont perdu une bonne partie de leurs gains en février. Elles ont reculé de 8,7 % pour s’établir à 1,2 million d’unités en février, soit leur plus bas niveau en deux mois. Cette baisse inattendue a été la plus importante en huit mois.

Elle peut s’expliquer en partie par le temps anormalement frais pour la saison. Il se peut aussi qu’elle ait été causée par les contraintes de capacité auxquelles font face les constructeurs, notamment des coûts de main-d’œuvre et de matériaux plus élevés, qui ont limité leur capacité d’accroître leur offre de logements neufs, en particulier dans les segments à bas prix du marché. Le nombre de permis de construction a chuté à 1,3 million, atteignant son plus bas niveau en quatre mois.

L’expansion du secteur manufacturier se poursuit

L’activité dans le secteur manufacturier s’est accrue en mars pour un 31e mois consécutif. Les nouvelles commandes, la production et le taux d’emploi ont augmenté. Les prix ont également grimpé, après une baisse en février. Toutes les industries manufacturières ont affiché une croissance, à l’exception de celle des produits du papier et de celle des vêtements, du cuir et des produits connexes.

Ralentissement de la croissance moyenne de l’emploi au premier trimestre

Le nombre d’emplois a augmenté de 196 000 en mars. L’estimation du nombre d’emplois créés en février a également été revue à la hausse, passant de 20 000 à 33 000. La croissance de l’emploi s’est établie en moyenne à 180 000 emplois par mois au premier trimestre de 2019, comparativement à 223 000 emplois par mois en 2018. Le taux de chômage demeure inchangé à 3,8 %. Les salaires continuent d’augmenter, reflétant le resserrement du marché du travail.

Réduction du déficit commercial

Avec l’augmentation des exportations et la diminution des importations, le déficit commercial international des États-Unis dans le secteur des biens et services s’est contracté de 15 % en janvier pour atteindre 51,1 milliards de dollars. Le déficit avec la Chine a diminué du même pourcentage pour s’établir à 33,3 milliards de dollars.

Cette contraction est-elle attribuable à la guerre commerciale entre les deux pays? Difficile à dire. Malgré l’imposition de tarifs de douane sur des milliards de dollars de marchandises en provenance de la Chine au cours de la dernière année, le déficit commercial des États-Unis avec la Chine a augmenté, passant de 376 milliards de dollars en 2017 à 419 milliards de dollars en 2018. En effet, les importations chinoises ont contribué à alimenter l’essor de l’économie américaine l’an dernier.

La récente contraction du déficit commercial découle probablement davantage du ralentissement de l’activité économique que d’une politique tarifaire efficace. Selon le National Bureau of Economic Research, les mesures protectionnistes imposées par les États-Unis ont eu un effet négatif équivalant à 7,8 milliards de dollars sur l’économie américaine en 2018, soit 0,04 % du PIB.

La Réserve fédérale est peu susceptible de relever ses taux

Le taux des fonds fédéraux américains est passé de 1,5 % à 2,5 % en 2018. Le 20 mars, le Federal Open Market Committee a laissé le taux inchangé à 2,5 %. Le comité a justifié sa décision en invoquant la faiblesse de l’inflation et la vigueur du marché du travail, mais aussi le ralentissement de la croissance des dépenses des ménages et des investissements fixes des entreprises au premier trimestre. Les projections publiées par le comité indiquent qu’il est peu probable que les taux augmentent cette année.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. La stabilité des taux d’intérêt aux États-Unis signifie que les coûts de financement des banques canadiennes devraient être stables, car ils sont en partie sur le taux de rendement des bons du Trésor américain à cinq ans. Cela signifie que les entrepreneurs peuvent profiter des taux d’intérêt stables.
  2. Malgré le ralentissement de sa croissance, l’économie américaine demeure dynamique et continuera d’offrir d’excellentes occasions pour les exportateurs canadiens.
Point sur le marché du pétrole

La demande mondiale de pétrole devrait connaître une croissance lente cette année

Malgré une baisse au dernier trimestre de 2018, la demande mondiale de pétrole devrait augmenter légèrement en 2019, selon les dernières estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’estimation de mars de l’AIE de la demande mondiale pour 2019 est demeurée inchangée à 100,6 millions de barils par jour (Mb/j) en moyenne, soit 1,4 % de plus qu’en 2018. Toutefois, le ralentissement de l’activité économique en Chine, où la croissance du PIB devrait ralentir de 6,6 % à 6,3 % en 2019, selon le FMI pourrait entraîner une baisse de cette prévision.

La production chute, mais les réserves procurent un coussin de protection

La production mondiale de pétrole a chuté au cours des premiers mois de 2019 avec les réductions de production de plus en plus importantes des pays membres et non membres de l’OPEP. La production de l’OPEP a chuté en raison de pertes au Venezuela et d’une baisse de production en Arabie saoudite et en Irak. La crise de l’électricité au Venezuela est préoccupante. Les pannes d’électricité pourraient constituer une grave contrainte d’approvisionnement dans l’éventualité où elles entraîneraient un effondrement de la production du pays.

En décembre, les pays membres et certains pays non membres de l’OPEP ont convenu de réduire leur production de 1,2 Mb/j. Le taux de conformité global des membres de l’OPEP a atteint 94 % en février, l’Arabie saoudite ayant réduit sa production d’environ 170 000 barils par jour de plus que nécessaire. Les pays non membres de l’OPEP (la Russie, le Kazakhstan, le Mexique et six autres pays) se conforment plus lentement à ces réductions, leur taux de conformité étant de seulement 51 %. La Russie réduit sa production très progressivement.

En raison de ces réductions, les membres de l’OPEP disposent d’environ 2,8 Mb/j de capacité inutilisée. Ces réserves se composent de pétrole brut de qualité similaire à celle des exportations du Venezuela. En cas d’effondrement de la production vénézuélienne, ces réserves pourraient atténuer les perturbations d’approvisionnement.

La production américaine continue d’augmenter

La croissance de la production de pétrole brut aux États-Unis a été stimulée par le développement des ressources de pétrole de schiste, principalement dans le bassin Permien, l’ouest du Texas et l’est du Nouveau-Mexique. L’essor de la production américaine de pétrole de schiste ne montre aucun signe d’essoufflement, l’industrie continuant de réduire les coûts et les forages étant de plus en plus efficients.

La production totale de pétrole aux États-Unis a atteint 11,8 Mb/j en janvier 2019, contre un peu plus de 4 Mb/j en septembre 2008. L’AIE prévoit que les États-Unis deviendront un exportateur net de pétrole en 2021. Il s’agit d’un revirement incroyable en seulement dix ans.

Même si l’augmentation de la production américaine permettra d’assurer une meilleure sécurité de l’approvisionnement et une certaine protection contre les préoccupations géopolitiques (dans des pays comme la Libye, le Venezuela et le Nigeria), à long terme, l’offre supplémentaire signifiera une modération des prix.

L’écart du WCS diminue, malgré la persistance des contraintes à l’exportation

Au moment de la rédaction du présent rapport, l’écart de prix entre le Western Canadian Select (WCS) et le West Texas Intermediate (WTI) s’était resserré à 9,40 $ US le baril (il a commencé l’année à 15,65 $ US le baril), à la suite des réductions de production décrétées en Alberta en janvier.

Le 2 mars, Enbridge a annoncé un retard d’un an dans le démarrage de son projet de remplacement de la canalisation no 3. On prévoit que le projet, qui devrait faire passer la capacité de la canalisation no 3 de 370,000 à 760,000 barils par jour, ne sera pas mis en service avant la mi-2020.

Entre-temps, le gouvernement de l’Alberta offre davantage de transport ferroviaire, mais le transport par train peut coûter entre 10 $ US et 15 $ US le baril. Pour que le transport ferroviaire soit rentable, il faudrait que l’écart du WCS dépasse ce montant. Depuis le rétrécissement de l’écart du WCS à la fin de 2018, les exportations par voie ferroviaire sont moins viables et leur volume a diminué.

En résumé

La demande mondiale de pétrole devrait rester stable ou augmenter légèrement cette année. Bien que la production de pétrole brut aux États-Unis soit en hausse, cette augmentation devrait être compensée à court terme par une baisse de la production des pays membres et non membres de l’OPEP.

La demande pourrait dépasser l’offre d’environ 0,5 Mb/j au deuxième trimestre de 2019, selon l’AIE. Cela pourrait occasionner une hausse des prix du pétrole à court terme, ou au moins les empêcher de baisser de façon significative.

Autres indicateurs économiques

Les hausses de taux ne sont plus à l'ordre du jour

La Banque du Canada laissera très probablement son taux directeur inchangé à 1,75 % à sa prochaine réunion, prévue pour le 24 avril. Le Conseil de direction de la Banque a déclaré à plus d’une reprise au cours du mois de mars que ses prévisions justifient toujours un taux directeur inférieur au taux neutre (niveau auquel le taux directeur ne freine ni ne stimule l’économie). Contrairement aux rumeurs d’une éventuelle baisse des taux d’intérêt, la Banque du Canada semblait confiante que le ralentissement est temporaire, ce qui ne justifierait pas une baisse du taux directeur. La Banque du Canada est plutôt susceptible de faire preuve de patience au cours de l’année, tout comme la Réserve fédérale, qui a annoncé qu’il n’y aurait pas d’autre hausse cette année.

Le huard demeure stable

Le dollar canadien s’est légèrement déprécié par rapport au dollar américain en mars et a clôturé le mois en deçà de 0,75 $ US. Toutefois, le huard est demeuré plutôt stable depuis le début de l’année, oscillant entre 0,74 $ US et 0,76 $ US. L’écart entre les taux d’intérêt canadiens et américains continuera d’exercer des pressions à la baisse sur le dollar canadien au cours de l’année, alors que la légère hausse des prix du pétrole devrait permettre de partiellement compenser ces pressions.

La confiance des PME a chuté en mars

Le Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a perdu le terrain qu’il avait gagné au début de 2019. Le niveau de confiance des PME a diminué de plus de 3 points entre février et mars pour s’établir à 55,9. La FCEI estime qu’un niveau de confiance satisfaisant devrait se situer à 65 ou plus. Les entrepreneurs du secteur des ressources naturelles se sont montrés les plus pessimistes chaque mois depuis le début de l’année. Le niveau de confiance dans ce secteur a été fortement affecté en mars et a chuté de près de 6 points pour atteindre 38,8. La Nouvelle-Écosse et le Québec sont les provinces les plus optimistes ce mois-ci. La confiance demeure faible dans les Prairies et à Terre-Neuve en raison des défis rencontrés par l’industrie pétrolière et des conditions agricoles difficiles découlant de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Les conditions du crédit aux entreprises s’assouplissent de nouveau ce mois-ci

Le taux d’intérêt effectif des ménages est demeuré stable aux alentours de 4 % depuis la dernière hausse de taux de la Banque du Canada à la fin octobre. Il est intéressant de noter que le taux d’intérêt effectif des entreprises a quant à lui diminué au cours de cette période. Il est tombé à 3,54 % à la fin mars, soit le même taux qu’en juillet 2018. Jusqu’à présent, le taux d’intérêt effectif des ménages a augmenté de 95 points de base et celui des entreprises, de 80 points de base. Ces hausses sont inférieures à l’augmentation de 125 points de base du taux directeur au cours de la même période.

Indicateurs clés: Canada

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