Lettre économique mensuelle

Novembre 2021
Article vedette

Préparez-vous, le chemin de la transition énergétique sera houleux

Les dirigeants internationaux sont de retour de la Conférence sur les changements climatiques (COP26) tenue à Glasgow, une occasion pour certains de réitérer leurs engagements vers l’atteinte d’une économie nette en carbone.

La voie à suivre pour atteindre cet objectif d’ici 2050 n’a pas une grande marge de manœuvre. La réussite de la transition énergétique ne se fera pas sans peine et apporte un lot de défis pour les sociétés. Pendant que nous naviguerons à travers les changements nécessaires, comment se manifestera la transition sur les entreprises et l’environnement économique?

Depuis quelques mois, les prix des produits énergétiques augmentent à vitesse grand V. Le prix du gaz naturel a bondi à un sommet important, entraînant dans son élan les prix de l’électricité, du pétrole et même du charbon. La crise énergétique qui sévit en ce moment, surtout en Europe, s’explique principalement par le déséquilibre entre l’offre et la demande découlant de la crise de la COVID-19. Mais cette crise met également en lumière les défis qui accompagnent la lutte aux changements climatiques, notamment les tensions géopolitiques, les limites technologiques et les enjeux de financement.

L’abandon des énergies fossiles, plus compliqué que prévu?

L’énergie renouvelable est souvent vue comme une source inépuisable, mais celle-ci est contrainte par un élément important – la météo. Des facteurs météorologiques ont compliqué la production d’énergie renouvelable cet été. Le manque de vent pour les éoliennes en Europe et le manque de précipitation pour alimenter les centrales hydroélectriques en Chine et en Amérique du Sud sont des exemples de ces contraintes et ont en partie contribué à la crise actuelle. Des investissements importants en recherche-développement seront nécessaires afin d’optimiser l’utilisation de ces nouvelles technologies et accroître les capacités de stockage.

De plus, les énergies renouvelables ne suffisent pas aujourd’hui pour satisfaire la demande énergétique mondiale. La demande pour les énergies fossiles a par conséquent repris de plus belle. Même les centrales à charbon, l’énergie fossile la plus polluante, roulent à plein régime.

Les énergies fossiles représentent 80 % de la production énergétique mondiale, comparativement à seulement 15 % pour les énergies renouvelables. Il faudra du temps et des investissements importants pour faire pencher la balance.

La décarbonisation des portefeuilles entre en jeu

L’utilisation du pétrole et des autres formes d’hydrocarbures diminuera assurément dans les prochaines années, mais la part qu’ils occupent demeurera importante pour encore bien longtemps.

Sachant pertinemment que la demande pour les énergies polluantes est appelée à diminuer, et par peur de rester pris avec des actifs de moins en moins attrayants pour les marchés, plusieurs institutions financières et gouvernements tendent vers la décarbonisation des portefeuilles. Plusieurs pays, dont le Canada, se sont engagés à mettre fin complètement au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture de carbone, dès l’an prochain.

Ce type d’initiative est nécessaire pour engendrer une véritable lutte aux changements climatiques, mais le ralentissement de l’investissement dans les énergies fossiles pourrait sous-alimenter ces marchés à plus long terme. Un accès plus restreint continuera à propulser les prix à la hausse.

La transition sur les prix

La flambée récente des prix de l’énergie pousse l’inflation vers le haut. L’augmentation des prix à la pompe diminue évidemment le pouvoir d’achat des consommateurs, mais également les marges bénéficiaires des entreprises.

Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, la Banque du Canada s’attend à ce que les prix redescendent une fois que la forte demande énergétique habituelle en saison froide sera passée et que la production recommencera à augmenter. D’ici là, considérant les coûts énergétiques élevés, la hausse du niveau général des prix devrait se maintenir en 2022. La Banque s’attend d’ailleurs à ce qu’environ le tiers de l’inflation découle des prix de l’énergie (ajout d’environ 1²/³ point de pourcentage à l’inflation).

En résumé

Une révolution énergétique s’impose pour combattre les changements climatiques. Ce changement engendre indubitablement des perturbations, notamment sur les marchés.

La transition énergétique vient avec un réalignement des investissements vers les technologies propres au détriment de leurs pendants plus polluants. Le hic: le pétrole et les hydrocarbures représentent de nos jours une part trop importante du profil énergétique mondial par rapport aux énergies renouvelables.

On ne peut changer notre type de consommation du jour au lendemain et le chemin pour arriver à la carboneutralité en 2050 est étroit. Attendez-vous à des épisodes de volatilité sur le marché énergétique d’ici là.

Perspectives Canada

La reprise économique est mise à rude épreuve

L’économie canadienne a connu une croissance de 0,4 % en août, alors que 15 secteurs sur 20 ont poursuivi leur remontée. Avec une croissance qui s’annonce anémique en septembre, selon les données préliminaires de Statistique Canada, l’économie canadienne aurait crû à un rythme annualisé bien en deçà des attentes de 1,9 % au troisième trimestre.

L’activité économique, au début du quatrième trimestre, carburerait alors encore à 98,6 % de son sommet précédant la pandémie. À ce rythme, la reprise complète du PIB ne sera pas atteignable d’ici la fin de l’année.

Plus de 30 % de la croissance du PIB en août est attribuable au secteur de l’hébergement et de la restauration. Les secteurs manufacturier et des ventes au détail ont également contribué positivement à la reprise économique du pays en août après leurs ralentissements de juillet.

Changement de cap pour la Banque du Canada

La Banque du Canada a ébranlé les marchés, à la fin octobre, en annonçant la fin complète de son programme d’assouplissement quantitatif et le devancement possible des hausses de taux dès avril 2022.

Cette annonce est toutefois survenue quelques jours avant la publication des données sur le PIB. Alors que Statistique Canada s’attend à une croissance d’à peine 2 % en T3, la Banque du Canada tenait compte plutôt d’une hausse de 5,5 % pour ce trimestre, dans son dernier rapport sur la politique monétaire. Considérant cet écart, il serait surprenant de voir une première hausse des taux d’intérêt aussitôt qu’avril, mais le nerf de la guerre de la Banque du Canada demeure l’inflation.

La tendance que prendra l’indice des prix à la consommation dans les prochains mois sera désormais le point de mire des futures décisions de la politique monétaire. En octobre, l’inflation a atteint 4,7 %. Il s’agit du septième mois consécutif au-delà de la fourchette cible habituelle (entre 1 et 3 %).

La pandémie pèse toujours sur les perspectives économiques

En novembre dernier, la première annonce d’un vaccin efficace contre la COVID-19 créa un regain d’optimisme dans l’ensemble du globe. Un an plus tard, on ne peut toujours pas crier victoire contre cette pandémie, mais la situation s’est certes améliorée. La moitié de la population mondiale a reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19.

Au Canada, la quatrième vague induite par le variant Delta s’estompe graduellement et n’aura pas trop entaché la réouverture de son économie. Toutefois, malgré cette relance et le taux élevé de vaccination (75 % de la population étant totalement vaccinée), l’activité économique continue de se heurter aux effets néfastes de la pandémie qui, ultimement, modère la croissance et pousse les prix à la hausse.

La vigueur de l’inflation observée récemment est stimulée par la flambée des prix de l’énergie, le rebond de la demande pour les services plus récemment rouverts comme le transport aérien et, évidemment, les contraintes d’approvisionnement. Ces pressions inflationnistes, jugées transitoires, pèsent davantage sur les perspectives et perdureront plus longtemps qu’initialement estimé par la banque centrale.

Les ménages sont en bonne posture

Une reprise économique solide repose essentiellement sur les ménages. C’est d’autant plus vrai pour la relance actuelle, alors que le revenu disponible et l’épargne excédentaire continuent leurs ascensions en dépit des niveaux déjà élevés.

La consommation et l’investissement résidentiel devraient également être soutenus, malgré le retrait de certains transferts fédéraux, grâce aux solides gains d’emplois enregistrés. Après avoir créé plus de 157 mille emplois en septembre et récupéré totalement le niveau atteint avant la pandémie, l’économie canadienne a ajouté 31 200 emplois en octobre.

Évidemment, les gains au chapitre de l’emploi s’avéreront plus difficiles dans les prochains mois même si le taux de chômage est désormais à 6,7 % (1 point au-dessus du niveau de février 2020).

L’impact pour votre entreprise

  • Les secteurs les plus affaiblis par les restrictions sanitaires continuent à récupérer, mais la reprise générale stagne.
  • Les ménages sont en bonne posture pour continuer à soutenir la croissance alors que l’emploi continue d’augmenter, mais l’inflation diminue leurs pouvoirs d’achat.
  • Les pressions inflationnistes pourraient perdurer plus longtemps que prévu par la Banque du Canada qui se dit prête à augmenter les taux plus rapidement afin de garder le contrôle sur l’inflation. Les conditions de financement se resserreront en 2022, essayez de profiter de taux avantageux pour financer vos projets pendant qu’il en est encore temps.
Perspectives États-Unis

Le boom d’après-crise semble terminé

Bien que le PIB américain ait franchi son niveau atteint avant la crise de la COVID-19, la performance économique au troisième trimestre n’est pas moins décevante. Comme le démontre sa maigre croissance de 2,0 % par rapport au trimestre précédent.

La montée du variant Delta et du nombre d’infections, qui ont forcé la mise en place de nouvelles restrictions partout au pays pendant l’été, ainsi que les problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement et à la pénurie de main-d’œuvre, ont principalement plombé la croissance américaine.

Delta et pénurie freinent les dépenses des ménages

Ce ralentissement au troisième trimestre découle essentiellement de la faible consommation des ménages et du recul de l’investissement résidentiel. Les dépenses de consommation ont en effet crû à un rythme bien plus modeste de 1,6 %, comparativement à 12 % au trimestre précédent. Les dépenses des ménages sont la plus importante composante du PIB et représentent près de 70 % de l’économie américaine.

L’augmentation fut néanmoins suffisante pour contrebalancer un nouveau recul de l’investissement résidentiel (au rythme annualisé de -7,7 %), mais le manque d’effectif et les défis des chaînes d’approvisionnement se font sentir.

Contrairement à la Banque du Canada, la Réserve fédérale a un double mandat qui pourrait lui compliquer davantage la tâche. Elle se doit non seulement maintenir et contrôler l’inflation, mais aussi soutenir du même coup le plein-emploi (la Banque du Canada n’a pas de cible en matière d’emploi). Après de bons gains d’emplois en octobre, l'attention se tourne maintenant vers l’inflation qui a atteint 6,2 % ce même mois. Mais le comité de direction, qui estime que l’inflation se stabilisera, a été limpide quant à la direction de la politique monétaire et du relèvement de taux qui ne se fera pas de sitôt.

Bon début de trimestre pour l’emploi

Après quelques ratés au chapitre de l’emploi cet été, l’économie américaine en a créé 531 000 entre octobre et septembre. Autre bonne nouvelle: le taux de chômage est passé de 4,8 % à 4,6 % grâce à une baisse du nombre de chômeurs de longue durée.

Les besoins en main-d’œuvre sont encore criants au sud de la frontière. D’ailleurs, malgré l’ajout de plus d’un demi-million de travailleurs, il manque encore 4,2 millions d’emplois avant de retrouver le niveau prépandémique.

En août (dernier rapport disponible), il y avait toujours près de 10 millions de postes vacants.

Le resserrement du marché du travail depuis la reprise semble se refléter dans les salaires. L’indice du coût de l’emploi a bondi de 1,3 % au troisième trimestre de 2021 par rapport au précédent. Il s’agit du plus important rythme de croissance de cet indice en plus de 20 ans.

L’impact pour votre entreprise

  • La consommation américaine ralentit. Bien qu’une grande partie de ce ralentissement est dû aux problèmes transitoires que connaît le secteur automobile, la situation pourrait se répercuter sur les exportations canadiennes.
  • La Réserve fédérale a finalement commencé à ralentir ses achats massifs d’actifs. Les marchés n’ont pas été trop ébranlés par l’annonce et un rehaussement du taux directeur par la Fed n’est pas prévu de sitôt, ce qui devrait continuer à soutenir l’économie américaine.
  • L’emploi a connu une bonne performance en octobre et des indices indiquent que les salaires augmentent aux États-Unis, ce qui est de bon augure pour la croissance.
Point sur le marché du pétrole

Le déséquilibre du marché du pétrole tire les prix vers le haut

Les prix du brut n’ont pas échappé à la flambée des prix que connaissent les autres produits énergétiques comme le gaz ou l’électricité.

L’offre limitée de pétrole et l’important rebond de la demande continuent d’exercer une pression à la hausse sur les prix. Le Brent s’échangeait à près de 84 $US le baril et le WTI a dépassé les 82 $US le baril. La persistance du déséquilibre sur les marchés est toujours incertaine.

La demande de pétrole est en forte augmentation

Le continent asiatique se remet de la plus récente vague du variant Delta. La réouverture de ces économies entraîne un nouveau rebond de la demande de pétrole. Afin de contrer la pénurie de gaz qui sévit actuellement et par crainte de manquer d’énergie pour la saison froide de l’hémisphère Nord, plusieurs pays retournent vers le pétrole. La substitution entre ces deux sources d’énergie contribue aussi à augmenter la demande de pétrole d’environ 1 million de barils par jour de plus.

La demande est aussi soutenue par la reprise du transport aérien alors que davantage de gouvernements allègent les conditions de voyage par les airs (notamment l’important marché américain).

L’augmentation des niveaux de vaccination à l’échelle mondiale et le regain de confiance qui l’accompagne se sont traduit en une hausse des réservations de vols de passagers ces dernières semaines. Toutefois, la demande mondiale de carburant pour les avions reste inférieure de 15 à 20 % du niveau de 2019.

L’OPEP et ses alliés ne bronchent pas

Malgré la pression sur les prix provenant du rebond de la demande et l’appel de certains dirigeants, comme le président Biden, à augmenter leur offre de brut, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés (OPEP+) gardent le statu quo.

La politique convenue en août, qui consiste à augmenter progressivement la production mensuelle de pétrole de 400 000 barils par jour, convient au cartel jusqu’à présent. À leur rencontre mensuelle de novembre, l’organisation a réitéré son engagement à maintenir un marché pétrolier stable et équilibré et blâme les autres marchés énergétiques pour la hausse des prix du brut. Pendant ce temps, les inventaires de pétrole commercial des pays de l’OCDE atteignent leur plus bas niveau depuis 2015.

Puisqu’un ajustement de l’offre par l’OPEP et ses alliés n’est pas dans les cartes, plusieurs pays songent à puiser dans leur réserve stratégique afin de soutenir l’offre et tempérer les prix. C’est d’ailleurs ce que la Chine a fait au début du mois.

Même si les États-Unis adoptaient une telle politique, ce serait probablement insuffisant pour stabiliser les prix jusqu’au balancement complet de l’offre et la demande, selon plusieurs analystes. De plus, il s’agit d’une mesure plutôt drastique typiquement réservée au soutien d’urgence en cas de désastre naturel ou de guerre, et non pas pour tenter de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs…

En résumé…

Les effets du variant Delta sur l’économie ont finalement commencé à se dissiper, mais la reprise de l’activité économique s’avère peut-être trop importante pour les marchés énergétiques. Le rebond de la demande de pétrole est trop rapide et l’entêtement de l’OPEP et ses alliés à garder le cap poussent les prix vers les sommets de 2014.

Un hiver plus doux dans l’hémisphère Nord pourrait apporter un peu de répit aux consommateurs de brut, mais la persistance de ce déséquilibre sur les marchés pétroliers est incertaine. Toutefois, le risque de voir ces niveaux de prix perdurer jusqu’en 2022 est bien réel.

Autres indicateurs économiques

Changement de cap à la Banque du Canada

Le 27 octobre dernier, la Banque du Canada annonça qu’elle mettait fin complètement au programme d’achat massif d’actif initié il y a plus d’un an et demi afin de soutenir l’économie au travers de la crise de la COVID-19. Dans son allocution, le gouverneur a également souligné que bien que l’inflation soit due à des facteurs transitoires, celle-ci demeurera au-delà de la fourchette cible plus longtemps que la Banque ne l’avait anticipé initialement. Il a ainsi ouvert la porte au devancement d’une hausse de taux dès avril 2022. Il est important de noter que l’annonce de la Banque du Canada avait lieu quelques jours avant la publication de données plus moroses concernant la reprise économique.

Le huard en baisse récemment

Le dollar canadien est remonté autour de 0,81 $US suite à l’annonce d’un possible devancement du resserrement de la politique monétaire canadienne par la Banque du Canada à la fin octobre. Depuis quelques semaines maintenant les prix élevés des produits énergétiques, incluant le pétrole, soutenaient l'appréciation du dollar canadien vis-à-vis son équivalent américain. L’inflation américaine d’octobre a atteint un sommet en plus de 30 ans et la possibilité que le gouvernement américain ajoute des barils de la réserve stratégique sur les marchés pour adoucir les prix ont désavantagé CAD plus récemment. Le huard est retombé légèrement en dessous de la barre de 80 cents.

La confiance des entreprises a toujours mine basse

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) soutenait que les élections avaient semé l’incertitude chez les entrepreneurs canadiens. Ceci expliquait la chute brutale de l’indice du baromètre des affaires en septembre. Les élections étant chose du passé, la confiance des PME canadiennes s’est à peine améliorée en octobre. L’indice de long terme qui mesure l’optimisme des entreprises sur une perspective de 12 mois est passé de 57,8 en septembre à 60,5 en octobre. L’indice de court terme demeure en dessous de la barre de 50 (à 45,5) ce qui signifie que davantage de propriétaires s’attendent à ce que la performance de leurs entreprises se détériore d’ici trois mois que ceux qui s’attendent à ce qu'elle augmente.

Le coût de faire des affaires augmente

Le coût des intrants augmente au pays. Que ce soit le capital physique ou le travail, les coûts de production augmentent à cause des problèmes de chaîne d’approvisionnement, des pénuries de conteneurs, du manque de main-d’œuvre et des prix des produits énergétiques. Voilà que les coûts de financement aussi croissent. Le taux d’intérêt effectif des entreprises a remonté au niveau atteint en juillet 2020, soit près de 2,5 %. Évidemment les conditions de crédit demeurent avantageuses et abordables à des taux aussi bas. Toutefois, la tendance est à la hausse et le resserrement de la politique monétaire par la Banque du Canada devrait continuer à exercer une telle pression sur les coûts de financement.

Indicateurs clés: Canada

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