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Lettre économique mensuelle

Janvier 2018
Article vedette

Trajectoire du dollar—3 facteurs qui compteront en 2018

La valeur du dollar canadien est l’un des chiffres les plus étroitement surveillés par les entrepreneurs, et ces derniers voudront naturellement connaître sa trajectoire en 2018.

Bien que personne ne puisse prévoir avec certitude le comportement extrêmement volatil des devises, nous nous attendons à une légère baisse du huard cette année. Il pourrait reculer jusqu’à 75 cents par rapport au dollar américain, comparativement aux 78 à 80 cents des six derniers mois. Notre analyse tient compte de trois facteurs : les prix du pétrole, les taux d’intérêt et les négociations de l'Accord de libre échange nord americain (ALENA).

Les prix du pétrole auront le plus grand impact

Les secteurs du pétrole et du gaz représentent environ 10 % de l’économie canadienne. Les produits énergétiques, principalement le pétrole et le gaz, représentent actuellement 14 % de nos exportations, alors que cette proportion pouvait atteindre 24 % en 2014. La demande de produits pétroliers (exprimée en dollars américains) stimule la demande de dollars canadiens, et plus le prix du brut augmente, plus notre devise est recherchée. Ce phénomène explique en bonne partie la volatilité de notre taux de change par rapport au dollar américain.

Comme le tableau ci-dessous l’indique, le dollar canadien suit de près les prix du pétrole. Depuis janvier 2016, alors que le brut atteignait le creux de 31 $ US le baril, les prix ont beaucoup grimpé et contribué à l’appréciation du dollar en 2017, mais ces deux éléments se sont dissociés dans la seconde moitié de l’année.

Bien que les prix du pétrole amorcent 2018 à 60 $ US le baril, ils vont probablement diminuer de quelques dollars au cours de l’année. Cette hausse a freiné la demande de pétrole et stimulé la production aux États-Unis. Ensemble, ces deux facteurs se traduisent par un excédent de brut en 2018 qui fera reculer les prix. C’est pourquoi nous prévoyons que l’impulsion haussière dont bénéficiait le dollar en 2017 dans la foulée des cours du brut sera plus modeste cette année.

Un dollar affecté par les taux d’intérêt

La force du dollar l’an dernier était également alimentée par une économie canadienne étonnamment vigoureuse, ainsi que par les deux hausses du taux directeur de la Banque du Canada. Depuis l’été, nous avons assisté à une croissance plus importante aux États-Unis, parallèlement à un ralentissement économique au Canada. La réforme fiscale approuvée par le Congrès avant Noël stimulera davantage l’économie chez nos voisins du Sud et encouragera la Réserve fédérale à continuer de hausser son taux directeur en 2018.

Pendant ce temps, la Banque du Canada, confrontée à une économie au ralenti, pourrait repousser à mars ou avril toute augmentation de son propre taux. Compte tenu de l’écart grandissant entre le dynamisme économique et les taux d’intérêt, le dollar canadien sera soumis à des pressions croissantes.

L’avenir incertain de l’ALENA nuit également au huard

Les États-Unis sont le plus important partenaire commercial du Canada, qui y effectue plus de 70 % de ses exportations de biens et de services. En octobre, nous rappelions qu’en cas de non-renouvellement de l’ALENA, les échanges avec notre voisin continueraient probablement d’être encadrés par les règles commerciales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Néanmoins, l’incertitude persistera tant que les pays membres ne se seront pas entendus ou jusqu’à ce que l’ALENA s’effondre. Et plus les négociations s’éterniseront, plus cette inquiétude et le risque d’impact négatif sur la valeur de notre dollar augmenteront.

Ce qu’il faut retenir

Bien que de nombreux facteurs puissent influencer la valeur du dollar durant l’année, nous croyons à ce stade qu’il s’échangera à environ 75 cents américains pendant 2018.

Que devraient faire les entrepreneurs?

  • Envisagez d’exporter vos produits et services. Les États-Unis demeurent un important marché pour les Canadiens et un huard plus faible rendra vos produits et services plus attrayants aux yeux des Américains.
  • Explorez de nouveaux marchés, comme l’Europe. L’an dernier, le dollar canadien s’est déprécié face à l’euro au deuxième semestre, abaissant ainsi le coût des exportations canadiennes à destination de ce continent. De plus, en vertu du nouvel Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, entré en vigueur en septembre 2017, les taux tarifaires sont de 0 % pour 98 % des biens et services échangés.
  • Examinez les intrants que vous utilisez dans vos produits. Si vous devez importer certains d’entre eux, déterminez s’il serait plus rentable d’en acheter davantage avant une dépréciation éventuelle du dollar canadien. Tant les exportateurs que les importateurs doivent tenir compte des fluctuations des devises dans leurs plans d’affaires.
Perspectives Canada

L’économie canadienne a crû de 2,4 % entre janvier et octobre

L’économie canadienne a progressé de 2,4 % durant les 10 premiers mois de l’année, une croissance due principalement aux industries de service, plus particulièrement le secteur de l’information et l’industrie culturelle, ainsi que le secteur des services professionnels. En octobre, le produit intérieur brut (PIB) est resté inchangé par rapport à septembre. Le secteur des services—qui représente 70 % de l’économie—a affiché une hausse (+0,2 %) et le secteur des biens un recul (-0,4 %) par rapport au mois précédent. La croissance du secteur manufacturier a surtout été entravée par l’industrie automobile et par l’extraction de pétrole et de gaz, en particulier à partir de sources non conventionnelles comme les sables bitumineux. Les activités dans ces deux industries ont dû être interrompues en octobre pour des travaux d’entretien.

Les ménages de plus en plus endettés

Au troisième trimestre de 2017, les Canadiens se sont endettés davantage et l’ensemble de leur dette hypothécaire et de leur dette à la consommation a atteint 171,1 % de leur revenu disponible. La hausse du prix des maisons a poussé les ménages à emprunter encore plus, et les prêts hypothécaires représentent actuellement les deux tiers de leur endettement. Bien que cet endettement ait crû à un taux de croissance annuel composé de 22 % sur les 27 dernières années, le ratio de la dette aux actifs des ménages est demeuré stable—soit 20 %—sur cette période.

La confiance des consommateurs se raffermit

La plus récente enquête sur la confiance des consommateurs menée par le Conference Board du Canada indique que les gains récemmement sur le plan de l’emploi et des salaires ont suscité un regain d’optimisme chez les Canadiens quant à leurs perspectives d’emploi et leur situation financière future. Toutes les régions ont connu une amélioration à ce chapitre, sauf le Québec, où la confiance a légèrement diminué, mais demeure encore solide. Dans les Prairies, particulièrement en Alberta, la confiance s’est raffermie parallèlement à la hausse des prix du pétrole et à une vigueur accrue de l’emploi.

Le taux de chômage du Canada atteint un creux record de 5,7 %

Le taux de chômage a reculé pour atteindre le niveau record de 5,7 %, alors que l’économie gagnait d’autres emplois en décembre, portant le total pour l’année à 423 000. C’est le taux le plus bas enregistré depuis le début de la collecte de ces données en 1976. Toutes les provinces ont constaté un maintien ou un recul de leur taux de chômage. Deux exceptions se dégagent toutefois : la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard, où les taux ont augmenté en raison du plus grand nombre de personnes à la recherche de travail qui ont été encouragées par la création de nouveaux emplois dans les deux provinces en décembre. Les industries affichant les hausses les plus importantes en matière d’emplois sont le transport et l’entreposage, probablement en raison des ventes de la période des fêtes, réalisées de plus en plus souvent en ligne, ainsi que le secteur des ressources naturelles. L’emploi dans le secteur public ainsi que le travail autonome ont également progressé au cours du mois.

Perspectives États-Unis

L’économie américaine demeure vigoureuse

L’économie américaine a progressé à un taux annualisé de 3,2 % au troisième trimestre (le point milieu des deux estimations du Bureau of Economic Analysis précédentes). Les dépenses des ménages, les investissements des entreprises ainsi que tous les paliers de gouvernement ont contribué à cette croissance accrue, le seul bémol provenant des investissements dans le secteur résidentiel.

La réforme fiscale des États-Unis réduit considérablement l’impôt des sociétés

Dès le 1er janvier 2018, le projet de réforme fiscale des États-Unis réduira de 35 % à 21 % le taux d’impôt sur le revenu des sociétés prévu par la loi. Parmi les autres mesures importantes pour les entreprises on notera la possibilité de passer à la dépense (plutôt que d’amortir) les investissements en matériel et outillage, l’application d’un plafond au montant des intérêts pouvant être déduits (jusqu’à concurrence de 30 % du bénéfice par rapport à une passation en charges du montant complet auparavant) et l’adoption de nouvelles règles fiscales internationales similaires à celles de l’OCDE. Plusieurs économistes suggèrent que cette réforme pourrait faire grimper le PIB des États-Unis d’environ 0,2 % en 2018, le portant éventuellement à 2,7 %. Les entreprises canadiennes qui réalisent une grande partie de leurs ventes aux États-Unis bénéficieront des retombées de cet abaissement de l’impôt des sociétés.

L’économie américaine continue de créer plus d’emplois

L’économie américaine a créé 148 000 emplois en décembre et le taux de chômage national est demeuré à 4,1 %. Au cours de l’année, les secteurs qui ont créé le plus d’emplois ont été, par ordre d’importance, les services professionnels, les soins de santé, les services de restauration, la construction et la fabrication. Le secteur du commerce de détail affiche une perte nette de 67 000 emplois en 2017. La rémunération horaire moyenne a augmenté de 2,5 % en décembre, soit au même taux que tout au long de l’année.

Point sur le marché du pétrole

Persistance de la hausse des prix du brut peu probable en 2018, les récents sommets ne semblant pas durables

Raffermissement de la demande et déclin de l’offre sur la scène mondiale

Jusqu’à présent, l’année 2018 semble prometteuse pour la plupart des producteurs de pétrole, les prix approximatifs du baril de brut s’établissant à 66 $ US pour le Brent et à 60 $ US pour le West Texas Intermediate.

La forte hausse des cours mondiaux pendant la dernière année découle de facteurs liés tant à l’offre qu’à la demande.

Une croissance économique mondiale synchronisée a stimulé la demande l’an dernier. En particulier, l’économie américaine s’est montrée plus gourmande en pétrole destiné à la fabrication de produits et au transport de ceux-ci aux consommateurs. Cette forte demande intérieure est d’ailleurs l’une des causes de l’importante baisse des stocks de pétrole américains en décembre.

L’offre s’est resserrée récemment, soutenant ainsi la progression des prix. Ce resserrement est principalement causé par les trois facteurs suivants : prolongation, en 2018, des réductions de production par les pays membres de l’OPEP et par d’autres grands pays producteurs de pétrole; détection, au Royaume-Uni, d’une fissure dans un important oléoduc transportant du Brent ayant interrompu l’acheminement de 450 000 barils par jour; et manifestations violentes et importantes en Iran.

En raison de ces facteurs liés à l’offre et à la demande, les prix sont demeurés relativement élevés au cours des dernières semaines, mais il est peu probable que cette situation persiste pendant l’année. Cette hausse des prix a stimulé la production, plus particulièrement aux États-Unis, qui produisent actuellement environ 9,7 millions de barils par jour. Pour 2018, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la croissance de l’offre mondiale, dont 75 % seront attribuables aux États-Unis, sera plus vigoureuse que celle de la demande et que cette situation exercera une pression à la baisse sur les prix. L’AIE s’attend à ce que les autres pays qui contribueront de manière importante à la croissance de l’offre seront le Brésil, le Kazakhstan et le Canada, la production canadienne atteignant environ 5 millions de barils par jour en 2018.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande sera freinée par la hausse des prix et pourrait diminuer d’environ 200 000 barils par jour si le prix du Brent augmente de 10 %.

Une hausse mondiale des prix qui ne profite pas aux producteurs canadiens

Pour la plupart des producteurs canadiens, la hausse des prix à l’échelle mondiale n’a pas été particulièrement avantageuse. Le Western Canadian Select (WCS) a chuté de façon importante et s’échangeait récemment à environ 30 $ US le baril en dessous du prix du WTI. L’offre excédentaire de WCS découle en partie de la fermeture de l’oléoduc Keystone suite à une fuite. Il est possible également qu’une certaine pression sur les prix du WCS soit exercée par les négociants, compte tenu des difficultés liées à la construction de deux importants oléoducs pour acheminer le pétrole de l’Ouest vers le marché mondial. TransCanada tente actuellement de négocier le passage de l’oléoduc Keystone XL à travers le Nebraska et Kinder Morgan attend les permis de construction du pipeline Trans Mountain en Colombie-Britannique.

En conclusion

Bien que la fermeture imprévue d’un oléoduc au Royaume-Uni ainsi que le climat tendu en Iran soient les principales causes de la forte montée des prix, il est peu probable que ces facteurs puissent maintenir les cours à des niveaux aussi élevés très longtemps. Au Royaume-Uni, l’oléoduc en question devrait être remis en service vers le milieu du mois, et il faut se rappeler que l’Iran représente moins de 4 % de la production mondiale de pétrole et les manifestations n'ont pas arrêté les exportations pétrolières. La production pétrolière américaine, qui représente près de 10 % du total mondial, continue de croître et la demande mondiale devrait ralentir quelque peu en raison de la remontée des prix. Tous ces facteurs exerceront une pression à la baisse sur les prix du pétrole.

Autres indicateurs économiques

La Banque du Canada a haussé son taux directeur à 1,25 % lors de sa réunion de janvier

L’économie canadienne roule presque à pleine capacité. Le taux d’inflation s’approche de l'objectif de 2 %. Ainsi, la Banque du Canada a haussé le taux directeur à 1,25 % le 17 janvier 2018. La Banque s'attend à ce que l'économie canadienne croisse de 2,2 % en 2018 et de 1,6 % en 2019.

Le dollar canadien s’est apprécié en fin d’année

Le dollar canadien a clôturé à 79,71 cents US à la fin de décembre, en hausse par rapport à sa valeur de 78,52 cents américains à la fin du mois de novembre. Cette année, la croissance économique vigoureuse du Canada a stimulé la valeur du huard par rapport au dollar américain. Toutefois, la forte croissance aux États-Unis, le stimulus financier offert par le plan d’allégement fiscal adopté récemment ainsi que les hausses prévues du taux directeur par la Réserve fédérale cette année exerceront une pression à la baisse sur le dollar canadien. Lire à ce sujet l’article de fond de ce mois-ci pour une analyse plus poussée.

La confiance des PME est demeurée stable en décembre

La confiance des PME canadiennes est demeurée relativement stable le mois dernier, comme en témoigne l’indice du Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). En novembre, cet indicateur est grimpé de 59,3 à 59,7 (+0,4). L’Alberta et la Colombie-Britannique sont également plus optimistes, mais n’affichent toujours pas les niveaux de confiance élevés observés au Québec—la plus optimiste des provinces. Les secteurs de la finance et de l’immobilier ainsi que celui du commerce de gros sont ceux qui inspirent le plus confiance; ils sont suivis par les services professionnels, malgré une baisse de 11 points le mois dernier. Le secteur des ressources naturelles a également affiché une baisse importante de neuf points le mois dernier. Les petites et moyennes entreprises sont confrontées à une pression sur les coûts d’exploitations, en particulier sur le plan des salaires. Le quart d’entre elles s’attendent d’ailleurs à une augmentation de la rémunération moyenne de 5 % ou plus cette année, ainsi qu’à une hausse des prix de l’énergie, à plus d’impôt et à une réglementation plus lourde. Bien qu’il demeure difficile de recruter des employés qualifiés, le nombre d’entreprises associant ce facteur à une baisse de leurs ventes et de leur production a reculé de trois points le mois dernier.

Les conditions de crédit demeurent relativement stables

Les conditions de crédit demeurent relativement stables pour les entreprises. Le taux d’intérêt effectif pour les entreprises a augmenté de 32 points depuis le début de juillet. Cela signifie que les banques commerciales n’ont pas encore transféré entièrement à leurs clients les hausses de taux de 50 points de base appliquées par la Banque du Canada.

Indicateurs clés: Canada

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