Une approche à plusieurs volets pour contrer la pénurie de main-d’œuvre

Ce fabricant a décidé d’embaucher des immigrants et d’augmenter la productivité

Temps de lecture: 5 minutes

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Nicholas et Jean-François Drouin, Produits Matra

Nicholas Drouin fait face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée si grave qu’il doit régulièrement refuser des ventes dans son entreprise de produits du bois en pleine croissance.

Il n’est pas rare que M. Drouin passe des semaines sans recevoir un seul C.V. pour un poste à Produits Matra, située en Beauce, au sud de Québec.

Il a déjà passé trois ans à chercher un électromécanicien et a dû se résoudre à embaucher quelqu’un aux Philippines.

«Le recrutement nous pose un problème énorme et constant», affirme Nicholas Drouin, qui est cochef de la direction aux côtés de son frère Jean-François. «C’est un frein à notre croissance.»

L’entreprise refuse de 5 % à 8 % des ventes parce qu’elle n’a tout simplement pas les employés requis pour faire le travail.

La pénurie de main-d’œuvre s’accentue

La pénurie de main-d’œuvre s’aggrave chez Matra comme ailleurs au Canada, alors que les baby-boomers prennent leur retraite, ce qui entraîne une vive concurrence pour attirer les travailleurs. C’est un grave problème qui prend de l’ampleur partout au pays, selon une récente étude de BDC intitulée Le manque de travailleurs au Canada et comment les entreprises peuvent y répondre. Le Québec rural est l’une des régions les plus durement touchées.

M. Drouin n’a pas l’habitude de connaître des ralentissements chez Matra, qui fabrique des composantes de portes et fenêtres ainsi que des revêtements et des moulures en pin. Jean-François et lui ont fondé l’entreprise en 2000 dans le village de Saint-Martin, avec une usine de 500 mètres carrés (5 000 pieds carrés) et seulement trois employés. (Nicholas s’occupe de la production et de l’administration, tandis que Jean-François gère les ventes et l’approvisionnement en bois.)

L’entreprise a connu un essor rapide grâce à l’effervescence du marché immobilier et aux taux de change favorables, qui ont aidé à accroître les ventes aux États-Unis. Un investissement fortuit dans l’automatisation en 2006 a en outre permis à Matra de prospérer pendant la dernière récession alors que ses concurrents peinaient à survivre.

Un incendie dévastateur a détruit leur usine en 2010, mais les frères Drouin ont affronté ce coup dur en construisant une nouvelle installation ultra-efficace à la fine pointe de la technologie. Depuis, les revenus de l’entreprise ont grimpé de 20 % à 25 % par année.

Matra compte aujourd’hui 240 employés et trois usines totalisant une superficie de 18 000 mètres carrés (200 000 pieds carrés).

Une approche novatrice de la pénurie de main-d’œuvre

Nicholas Drouin a adopté la même approche novatrice pour composer avec la pénurie de main-d’œuvre de l’entreprise. Matra a activement appliqué une stratégie à plusieurs volets consistant à embaucher à l’étranger, à fidéliser les employés et à accroître l’efficacité opérationnelle.

Une des premières mesures que l’entreprise a adoptées a été d’embaucher un directeur des ressources humaines pour combattre la pénurie de main-d’œuvre à temps plein.

Le nouveau directeur des RH a étendu les activités de recrutement au-delà des frontières du Canada en planifiant notamment un voyage aux Philippines pour y recruter de nouveaux employés. Environ 5 % des employés de Matra sont maintenant des immigrants récemment arrivés au pays.

Matra fait aussi beaucoup d’efforts pour fidéliser ses employés. Elle a mis en place un système de récompense et de reconnaissance du rendement, du faible taux d’absentéisme et de l’innovation. Des points de récompense peuvent être échangés contre des cadeaux.

Matra s’efforce également de rendre le milieu de travail plus accueillant. M. Drouin a encouragé les employés à créer un club social qui organise des dîners d’équipe, des tirages et des sorties à la cabane à sucre et à des événements sportifs payés par l’entreprise.

L’entreprise favorise l’engagement des employés

«Nous voulons greffer des activités amusantes au milieu de travail, souligne M. Drouin. Cela contribue à rapprocher les employés et à accroître leur engagement envers l’entreprise.»

Matra cherche à accommoder les employés qui ont des enfants en offrant des horaires de travail flexibles. Elle s’est aussi efforcée de faire régner le respect et la politesse parmi les employés et les superviseurs.

«Il s’agit de gestes simples, comme dire “bonjour” et “merci”, et d’écouter les travailleurs quand ils ont quelque chose à dire. Les employés veulent être respectés et entendus», explique M. Drouin.

La formation est une autre priorité mise de l’avant. Le nouveau directeur des RH a créé un profil de compétences pour chaque poste et mis en place un processus d’évaluation des employés afin de cerner les lacunes en matière de compétences. L’entreprise oriente ses activités de formation de façon à corriger ces lacunes.

Pour renforcer le processus, M. Drouin a constitué un groupe de travailleurs expérimentés qui servent de formateurs et de mentors auprès des autres employés. «Cela rapproche les superviseurs et les employés et élimine l’incertitude dans l’usine, ce qui contribue à fidéliser les employés.»

Des projets d’automatisation en cours

Enfin, Matra a également mis l’accent sur les gains d’efficacité pour être en mesure d’en faire plus avec le même nombre de travailleurs. Quatre projets d’automatisation sont en cours pour investir dans de l’équipement permettant de réaliser des économies de main-d’œuvre.

Les projets comprennent des systèmes de peinture, de tri et d’empilage automatisés, ainsi que des investissements dans des machines à la fine pointe de la technologie pour augmenter l’automatisation dans une usine de granulés de bois qui a été reconstruite à la suite d’un incendie en 2016.

M. Drouin prévoit que ces investissements libéreront 19 postes. Les travailleurs ainsi libérés pourront travailler sur les commandes que Matra doit refuser à l’heure actuelle.

«Nous mettons tout en œuvre pour nous adapter aux nouvelles réalités du marché du travail, indique M. Drouin. Nous n’avons pas le choix, si nous voulons que l’entreprise demeure concurrentielle et continue de croître.»

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