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Lettre économique mensuelle

Juillet 2020
Article vedette

Tourisme canadien: un potentiel inexploité à l’aube d’une sortie de crise laborieuse

L’industrie prendra des années à retrouver son dynamisme

Amorcée en mai, la reprise risque d’être lente pour plusieurs secteurs fortement touchés par la contraction économique la plus marquée de la période d’après-guerre.

L’industrie du tourisme fera notamment les frais de la COVID-19 pour des années à venir. Son rétablissement complet dépendra de plusieurs développements, dont la réouverture permanente des frontières interprovinciales et internationales, l’émergence d’un traitement ou d’un vaccin contre le coronavirus, un retour de la confiance des consommateurs et la survie des entreprises du secteur d’ici là.

L’importance du tourisme pour l’économie canadienne

Le Canada est le 18e pays le plus visité au monde, selon la Banque mondiale. Le pays a accueilli un nombre record de plus de 21 millions de touristes internationaux en 2018. L’organisation internationale estime les entrées d’argent correspondantes à 22 milliards de dollars. (Destination Canada rapporte depuis un nouveau record de 22,1 millions de visiteurs en 2019).

Le tourisme ne se limite pas aux voyageurs internationaux. Le secteur accueille aussi des touristes provenant d’autres provinces ou régions du Canada. Une importante proportion des dépenses liées au tourisme sont même effectuées par des consommateurs locaux, notamment pour les sorties culturelles, de divertissement et dans les restaurants. Ces dépenses ne profitent toutefois pas autant à l’hôtellerie.

Les estimations quant à la contribution économique du tourisme dépendent donc de ce qui est catégorisé comme dépenses touristiques. Le tourisme interprovincial et international générait 1,9 % du PIB national (35 G$) et 3,6 % des emplois occupés (643 000), selon des données de Statistique Canada pour 2014 (dernière année disponible).

L’importance du tourisme varie d’une province à une autre: alors que 2,8 % des emplois au Manitoba dépendent de visiteurs de l’extérieur de la province et du pays, ce chiffre s’élève à 6,7 % à l’Île-du-Prince-Édouard et à 5,1 % en Colombie-Britannique. Ces derniers risquent de souffrir davantage du ralentissement du secteur en cours.

Mesurer l’ampleur des dégâts pour 2020

L’émergence des données en temps réel nous renseigne davantage sur l’évolution de la reprise de diverses activités liées au tourisme. Par exemple, les données de mobilité de Google en date du 5 juillet au Canada, nous révèlent que l’achalandage dans les commerces et lieux de loisirs était en baisse de 13 % par rapport au niveau de référence de janvier dernier. Selon les données d’OpenTable, les réservations dans les restaurants étaient en baisse de 57 % à l’échelle nationale par rapport à juillet 2019.

Aux États-Unis, les réservations de chambres d’hôtel demeuraient en baisse de 30 % en début juillet par rapport à un an auparavant, indiquent des données en temps réel fournies par Capital Economics. L’achalandage dans les aéroports affichait un recul de 75 %. (Données non disponibles à ce jour au Canada).

Entretemps, Statistique Canada rapporte une diminution de 98 % des entrées de non-résidents entre avril 2019 et avril 2020, ayant ainsi chuté de 1,4 million à moins de 25 000 pendant cette période. Cela représente de loin la plus faible entrée de non-résidents au cours des cinquante dernières années.

Malgré l’ouverture des frontières avec l'Union européenne depuis le 1er juillet, le prolongement de la fermeture de la frontière canado-américaine aux voyageurs non essentiels nuira grandement à l’industrie touristique, qui devrait connaître une réduction de moitié de ses activités en 2020, estime la firme d’analyse Oxford Economics (OE).

4 ans pour se remettre du 11 septembre aux États-Unis

Au-delà de 2020, les comportements des voyageurs demeurent difficiles à prédire. Au-delà des pertes de revenus, une prudence accrue pourrait mener à des années de vache maigre pour l’industrie. Par exemple, il a fallu quatre ans aux États-Unis pour retourner au niveau des vols précédant les attentats du 11 septembre 2001.

Les répercussions ont même atteint le Canada qui a connu une décennie plutôt difficile par la suite. Toutefois, cette période coïncidait aussi avec un dollar canadien qui s’est maintenu autour de la parité avec le dollar américain.

L’industrie touristique canadienne dépendra probablement des voyages de courte distance cette année et en 2021. Les établissements hôteliers à l’extérieur des grandes villes et les parcs nationaux pourraient notamment surprendre par leur résilience, alors que le report ou l’annulation de congrès et autres événements d’envergure internationale risquent d’affecter disproportionnellement les métropoles.

Horizon court et moyen termes: un potentiel inexploité

L’industrie touristique mondiale devrait retourner à la normale en 2023, estime OE. Le Canada ne devrait pas faire bande à part.

Dans l’immédiat, l’économie canadienne pourrait subir de façon disproportionnée les conséquences d’un tourisme international diminué. Selon OE, le secteur touristique canadien pourrait connaître plus de difficultés à court terme, car son industrie hôtelière dépend davantage des visites de non-résidents que ceux de plusieurs autres pays, dont les États-Unis, l’Australie et l’Allemagne.

Mais si 2020 sera une année à oublier, certains sont d’avis que le Canada détient un potentiel de tourisme interne inexploité. OE considère d’ailleurs que le pays présente le deuxième plus grand potentiel de croissance interne après le Royaume-Uni. En effet, note la firme, les Canadiens sont parmi ceux qui voyagent le plus et ont aussi une plus grande propension à passer leurs vacances à l’extérieur des frontières de leur pays.

Le Canada est en déficit commercial en matière de tourisme: ses résidents dépensent davantage ailleurs que les touristes visitant le Canada. Ce déficit net se chiffre à plus de 10 milliards de dollars US selon la Banque mondiale. En 2018, les Canadiens auraient dépensé près de 34 milliards de dollars US en tourisme extérieur comparativement à des rentrées de 22 milliards de dollars US réalisés par les touristes internationaux en sol canadien.

Voilà donc une excellente opportunité pour le secteur touristique canadien. En encourageant les Canadiens à rediriger des dépenses qui auraient été faites en France, aux États-Unis, ou ailleurs dans le monde vers notre industrie locale, les entreprises canadiennes pourront plus facilement survivre à la crise actuelle.

Les Canadiens qui comptent prendre des vacances cette année semblent enclins à agir différemment: près de 9 Canadiens sur 10 comptaient rester au pays cet été – la forte majorité au sein de leur province, selon un sondage de la BDC. Parmi ceux qui prévoyaient voyager, moins de 25 % planifiaient le faire à l’extérieur du pays. Entre 2017 et 2019, ce chiffre s’élevait à plus de 40 % selon le Conference Board du Canada.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Les entreprises œuvrant dans le tourisme devront s’armer de patience. Ceux et celles qui veulent poursuivre leurs activités devront garder leurs flux de trésorerie à vue.
  2. Miser sur le tourisme local demeurera l’avenue à privilégier pour les deux prochaines années. Collaborez avec vos municipalités pour vous assurer que votre entreprise fasse partie de l’offre de service régionale.
  3. Pour les entrepreneurs canadiens moins affectés par la crise actuelle, continuez à encourager les commerçants locaux en planifiant des vacances plus près de chez vous.
Perspectives Canada

À la recherche des jours heureux de 2019

Le PIB s’est contracté de 18 % entre février et avril. Après deux mois de croissance de l’emploi, le chemin de la reprise prend forme

L’économie canadienne continue de se relever de la crise sanitaire et économique causée par la COVID-19. Ces dernières semaines, l’Accord Canada – États-Unis – Mexique est entré en vigueur et le gouvernement fédéral a présenté une mise à jour budgétaire.

Les infections à la COVID-19 se sont stabilisées autour des 10 cas par million d’habitants, en date du 10 juillet, ce qui est encourageant pour le cours des événements.

Les indicateurs économiques montrent des progrès, mais des drapeaux rouges se lèvent, notamment au sud de la frontière (voir la section sur les États-Unis).

Le PIB trébuche de 12 % en avril

Sans surprise, le PIB canadien a chuté de 11,6 % en avril, portant la décroissance cumulative depuis février à 18,2 % – une récession dont l’ampleur n’a d’égal que sa soudaineté. Ces chiffres ne surprennent pas dans la mesure où l’Enquête sur la population active (EPA) publiée en mai annonçait la suppression de 3 millions d’emplois entre février et avril.

Au cours de cette période, les industries productrices de biens ont vu leurs activités reculer de 22 %, affaiblies par un ralentissement dans la construction (-27 %) et dans la fabrication (-29 %). L’arrêt quasi-complet des secteurs de la construction au Québec et de la production automobile en Ontario ont particulièrement contribué à ces résultats. L’allègement des mesures sanitaires dans ces secteurs laisse toutefois présager un rebond important dans les mois à venir.

La pandémie a aussi frappé le secteur des services (-17 %) avec un ralentissement de plus de 50 % des activités dans le milieu des arts, spectacles et loisirs, ainsi que dans les domaines de l’hébergement et de la restauration. Leur redémarrage a surtout eu lieu en juin, mais de façon limitée. Le potentiel de reprise y est moins important pour le reste de 2020.

Les indicateurs préliminaires suggèrent une croissance globale de 3 % en mai, selon Statistique Canada. Le marché de l’emploi avait alors récupéré près de 10 % de ses pertes et l’Enquête mensuelle sur les industries manufacturières laisse présager un rebond de 6,2 % dans ce secteur.

41 % des 3 millions d’emplois retrouvés

Selon l’EPA, la récupération des 3 millions d’emplois perdus en mars et avril s’est poursuivie, alors que 952 900 emplois se sont ajoutés à l’économie canadienne en juin – portant le total à 1 242 500 en deux mois.

Le taux de chômage a reculé pour la première fois, passant de 13,7 % à 12,3 %. Les heures travaillées ont bondi dans l’ensemble des industries, mais ils demeurent plutôt faibles dans certains secteurs des services, dont les services d'hébergement et de restauration (un écart de 47 % par rapport au niveau précédant la crise) et le secteur de l’information, de la culture et des loisirs (28 %).

Le niveau d’emploi demeure à 9,2 % de son sommet atteint avant la pandémie (le creux était de 15,7 % en avril). En comparaison, la pire contraction de l’emploi jamais observée se chiffrait à 5,4 % et a été atteinte pendant la récession du début des années 1980. Il avait ensuite fallu attendre 40 mois avant de récupérer l’ensemble des emplois perdus.

L’EPA, qui couvre la semaine incluant le 15 juin, précède la réouverture des restaurants dans plusieurs des plus grandes villes du Canada, ce qui indique probablement une sous-estimation de l’état de la reprise à ce jour.

Autres développements: cote de crédit, budget, aluminium

Plusieurs autres nouvelles économiques ont fait les manchettes ces dernières semaines.

Premièrement, l’agence de notation Fitch a retiré la cote de crédit maximale du Canada, la faisant passer de AAA à AA+ (perspectives stables). Citant la détérioration des finances publiques due aux mesures de soutien à l’économie pendant la pandémie, Fitch note que le ratio de la dette au PIB devrait se stabiliser à moyen terme. Cette décote n’a pas eu d’impact sur la valeur du dollar canadien, souligne-t-on dans la section portant sur les indicateurs économiques. Le taux d’emprunt du gouvernement est également demeuré stable, alors que les obligations négociables de plus de 10 ans continuaient de se transiger autour des 1 %.

Le gouvernement du Canada, dans sa mise à jour budgétaire du 8 juillet, prévoit un déficit record de 343,2 milliards de dollars pour l’année fiscale 2020-2021, ce qui représente 15,9 % du PIB. Le ratio de la dette fédérale par rapport au PIB bondirait ainsi de 31,1 % à 49,1 %.

Cette hausse importante de la dette ramène le Canada à un sommet d’endettement relatif à la taille de l’économie qui remonte au début du siècle. La situation du gouvernement canadien demeure toutefois favorable par rapport à celle de ses compères du G7. La dette nette par rapport au PIB du gouvernement (qui tient compte de ses actifs) est en effet évaluée à 41 %, ce qui est en deçà de celles de l’Allemagne (49 %), du Royaume-Uni (86 %) et des États-Unis (107 %). Ces estimations du FMI remontent à avril et seront probablement révisées à la hausse en raison d'un déficit plus important que prévu. Cela devrait toutefois être le cas pour l’ensemble des pays.

Autre développement: l’Accord Canada – États-Unis – Mexique est entré en vigueur le 1er juillet. Cette nouvelle entente commerciale, qui remplace l’ancien Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), débute dans un climat de tension alors que les États-Unis considèreraient l’imposition de tarifs sur les importations d’aluminium canadien.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. 41 % des emplois ont été récupérés et il est probable que l’économie montre des hausses impressionnantes de PIB pour les mois en cours.
  2. L’activité risque toutefois de se faire à un rythme plus lent dans les prochains mois puisque certains secteurs de l’économie s’adapteront aux effets à long terme de la pandémie sur leurs activités. À ce titre, 34 % des chômeurs sont maintenant considérés comme étant mis à pied temporairement, comparativement à 50 % en avril.
  3. La trajectoire de la pandémie aux États-Unis va en s’empirant, alors que le pays enregistre des nouveaux sommets de plus de 50 000 cas d’infection quotidiens à la COVID-19 (en date du 9 juillet). Le resserrement des mesures sanitaires dans plusieurs États illustre le risque de rouvrir l’économie trop rapidement, et peut servir d’avant-goût à ce qui pourrait advenir au Canada si une deuxième vague se confirmait plus tard cette année. (voir l’article sur les États-Unis à ce sujet).
Perspectives États-Unis

Le virus dictera la suite des événements

Des indicateurs économiques encourageants sur fond de recrudescence des cas d’infection

Les Américains ont profité du déconfinement pour renouer avec leurs habitudes de consommation et la confiance des entreprises a repris son lustre.

Maintenant que 7,5 millions de travailleurs ont retrouvé leur emploi, le rebond des infections à la COVID-19 rend l’avenir incertain.

Le consommateur met la main à la pâte

Après trois mois de déclin, les ventes au détail ont bondi de 18 % en mai et se retrouvaient à 6 % de leur niveau moyen de 2019. (Les données canadiennes – publiées avec un délai – devraient afficher une croissance similaire, alors que le déconfinement s’accélérait dans l’ensemble des provinces.)

Le Bureau of Economic Analysis rapportait notamment que les ventes de véhicules étaient passées de 9,1 à 13,4 millions (données désaisonnalisées et annualisées) entre avril et juin, un signe que les consommateurs avaient repris confiance.

Le rythme de ce rattrapage risque toutefois de s’estomper.

Premièrement, la fermeture de la plupart des détaillants avait amené les consommateurs à reporter plusieurs achats du printemps, comme en témoigne le taux d’épargne supérieur à 30 % affiché en avril. Les consommateurs ont donc profité de la réouverture des commerces pour faire du rattrapage et des achats ponctuels.

De plus, l’incertitude liée à l’évolution de la pandémie limitera l’enthousiasme des consommateurs. Ils voudront se doter d’un fond d’urgence en cas de retour en confinement et des pertes d’emploi qui s’ensuivraient dans la deuxième moitié de 2020.

Les entreprises en mode rattrapage

La reprise des activités a ravivé la confiance des entreprises en juin.

Les entreprises manufacturières sont retournées en mode expansion, grâce au rebond de nouvelles commandes. L’indice ISM manufacturier a du même coup franchi la barre des 50 pour la première fois depuis mars (52,6).

La confiance des entreprises de service avait également repris du tonus, l’indice ISM non-manufacturier passant de 45,4 à 57,1. Le climat d’affaires, le niveau d’emploi et les nouvelles commandes ont contribué à ce regain d’optimisme.

Le tiers des emplois retrouvés

La combinaison de ces événements s’est répercutée sur le marché du travail qui a retrouvé 4,8 millions d’emplois en juin. L’économie américaine a ainsi récupéré 7,5 millions d’emplois depuis avril – soit un tiers des pertes causées par la pandémie. Le taux de chômage est passé de 14,7 % en avril à 11,1 % en juin.

Le rythme de croissance du marché du travail devrait cependant ralentir. Les inscriptions au chômage demeurent en effet élevées – plus d’un million de nouvelles demandes ont été enregistrées lors de la première semaine de juillet. La moyenne hebdomadaire des dix dernières années se chiffre à 300 000.

Malgré les hausses de l’emploi, quelque 18 millions de personnes touchaient encore des allocations de chômage à la fin juin. Par ailleurs, le Congrès américain devrait prochainement s’entendre sur la prochaine étape du plan de relance économique, alors que les revenus des ménages étaient en baisse de 4,2 % en mai.

Le risque qui continuera de planer sur l’économie américaine

Les cas d’infections à la COVID-19 semblaient avoir plafonné en début avril autour des 100 cas par millions d’habitants. Au cours des deux mois qui ont suivi, le taux d’infection a diminué de 40 % avant de rebondir à partir de la mi-juin.

Un nouveau sommet de 190 cas par million d’habitants a même été atteint le 9 juillet, alors que la tendance demeurait à la hausse. En comparaison, les cas au Canada ont plafonné à un peu moins de 50 cas par million d’habitants à la fin avril et se sont stabilisés sous les 10 depuis la mi-juin.

Cette résurgence des infections aux États-Unis est principalement attribuable à la recrudescence des cas dans quelques-uns des États les plus peuplés du pays, soit la Californie, le Texas et la Floride, qui avaient été relativement épargnés en mars et en avril.

Ces États ont d’ailleurs remis en place certaines mesures de confinement, dont la fermeture de bars et restaurants. Début juillet, six États avaient réintroduit de telles restrictions et 15 avaient suspendu la réouverture de leur économie.

Il est donc possible que la situation de l’emploi à la mi-juillet soit moins reluisante que le bilan dressé à la mi-juin, moment où la dernière enquête a été menée.

Ce que cela signifie pour le Canada

  1. Le rythme de la reprise s’est accéléré en mai et en juin aux États-Unis, comme en témoigne le dynamisme des ventes au détail et du marché de l’emploi.
  2. Cette reprise devrait toutefois ralentir cet été, alors que les cas d’infection à la COVID-19 atteignent de nouveaux sommets aux États-Unis et que plusieurs États remettent en place des restrictions.
  3. Ces mesures visant à limiter la propagation de la COVID-19 auront un effet sur le potentiel économique des États-Unis et, par conséquent, un impact négatif sur la reprise des exportations canadiennes.
  4. La date de réouverture de la frontière canado-américaine sera probablement repoussée au-delà du 21 juillet. Les effets de cette fermeture sur l’industrie touristique canadienne sont décrits dans l’article principal.
Point sur le marché du pétrole

Stabilisation des cours en juin

Après plusieurs semaines de reprise, les prix du pétrole ont peu varié en juin

Une guerre des prix en mars, des cours négatifs en avril, une remontée à sens unique en mai: l’or noir en a vu de toutes les couleurs en 2020. Voilà pourquoi un mois de stabilité des cours en juin donne un semblant de retour à la normalité.

Toutefois, la montée en force de la pandémie aux États-Unis, au Brésil et en Russie continue de peser sur les perspectives de reprise de la demande pour la deuxième moitié de 2020.

D’autre part, bien que les coupes de production des membres de l’OPEP+ ont été renouvelées jusqu’en fin juillet, la ligne demeure mince entre un marché stable et la situation de surabondance des derniers mois qui a mené à des inventaires importants.

Au Canada, les nouvelles données indiquent une contraction de la production de plus de 20 % depuis le début de l’année.

Baisse de la volatilité sur les marchés

Les différents cours du pétrole se sont négociés dans des fourchettes relativement restreintes de 35 $ à 41 $ pour le WTI et de 28 $ à 33 $ pour le WCS.

L’écart entre les deux est demeuré stable autour des 9 $ le baril, comparativement à plus de 15 $ au cours des premiers mois de l’année. L’absence de goulots d’étranglement au Canada a contribué au resserrement de l’écart des prix.

Les contrats à terme suggèrent que les investisseurs s’attendent à une stabilisation des prix pour les trimestres à venir – le contrat de WTI pour livraison en avril 2021 était de 41,36 $ comparativement à 40,06 $ pour août 2020 (en date du 10 juillet).

Incertitude liée à la demande

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’attend à ce que la demande internationale de pétrole chute de 8,1 millions de barils par jour (mb/j) en 2020, avant de récupérer 5,7 mb/j en 2021.

Il faudra ainsi attendre jusqu’en 2022 pour voir la demande retourner à ces niveaux de 2019. Ce délai est principalement attribuable au faible rebond attendu de la demande en kérosène, un dérivé du pétrole qui sert à alimenter les avions. L’AIE estime d’ailleurs que la demande en kérosène demeurera 25 % plus faible en 2021 qu’elle ne l’était en 2019, alors que les vols intercontinentaux demeureront limités tant que la pandémie ne sera pas jugée sous contrôle.

À plus court terme, le déconfinement s’est somme toute poursuivi à l’échelle internationale en juin, bien que certaines régions aient dû rebrousser chemin, du moins temporairement: des éclosions localisées ont été observées en Chine (Pékin), en Corée du Sud (Séoul), aux États-Unis (Californie, Arizona, Texas, Floride – voir l’article sur les États-Unis) et en Espagne (Catalogne, Galice).

À la mi-juin, la demande en essence aux États-Unis demeurait environ 10 % plus faible sur un an, comparativement à un recul de 50 % en avril. Toutefois, il est probable que la reprise ralentisse. L’indice de mobilité de Google, qui mesure la divergence d’achalandage de différentes activités, n’a pas progressé en juin et demeurait à 20 % du niveau observé en janvier.

La situation géopolitique est un autre risque lié à la demande. Une nouvelle guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis pourrait se pointer à l’horizon, alors que les tensions entre les deux pays demeurent élevées pour plusieurs raisons, dont le statut de Hong Kong.

Prolongement des coupes de production

En mai, la production internationale était estimée à 89 mb/j, ce qui correspond à une réduction de près de 12 % du rythme observé en 2019. Cette réduction de l’offre est attribuable tant à l’entente entre les membres de l’OPEP+ qu'au ralentissement de la production d’autres joueurs importants dont les États-Unis et le Canada.

Le 6 juin, les membres de l’OPEP+ se sont entendus sur le prolongement de leurs coupes de production de 9,7 mb/j jusqu’en fin juillet. Cet accord aura pour effet de limiter la hausse des inventaires, qui demeurent élevés.

À la mi-juin, le taux d’utilisation des capacités de stockage potentiel était de 76 %, estime l’AEI qui est d’avis qu’un taux de 80 % (plus ou moins 5 points de pourcentage) représente la borne supérieure opérationnelle. Ce seuil serait ainsi déjà atteint ou surpassé.

Le niveau de production actuel devrait néanmoins être suffisant pour ramener le marché à l’équilibre au cours du troisième trimestre de 2020 (juillet à septembre). La ligne demeure toutefois mince entre un marché stable et la situation de surabondance des derniers mois.

Au Canada, les données commencent à démontrer l’ampleur de l’impact économique de la COVID-19 sur son secteur de l’énergie. La production nationale aurait chuté de 530 000 barils par jour en avril et a potentiellement connu une baisse similaire en mai. Cela représente une réduction d’environ 20 % de la production affichée en début d’année (autour de 5,7 mb/j).

Selon l’AEI, l’absence d’une deuxième vague d’infections à la COVID-19 devrait favoriser la reprise des activités en deuxième moitié d’année, permettant au niveau de production de franchir les 5 mb/j au cours du dernier trimestre. Si toutes les conditions sont réunies, le niveau de production de 2021 pourrait ressembler à celui de 2019 mais ne serait pas accompagné des prix alors en vigueur (près des 50 $ le baril pour le WCS).

En résumé

Si le marché du pétrole s’est finalement stabilisé en juin, l’avenir demeure incertain. L’évolution des taux d’infection à la COVID-19 demeurera précurseur de l’état des marchés des matières premières et, plus globalement, de la croissance économique pour plusieurs trimestres encore.

Pour l’instant, la demande internationale suit le rythme de la production, mais les inventaires élevés risquent de retarder le retour aux prix qui étaient en vigueur avant la crise – potentiellement au-delà de 2021.

Au Canada, la situation se répercutera sur le niveau d’activité des provinces productrices de pétrole ainsi que sur le niveau d’investissement dans leurs secteurs de l’énergie respectifs.

À court terme, il est plausible que le niveau de production augmente, notamment en Alberta. Les prix actuels rendent l’extraction profitable (de façon limitée). Néanmoins, la géopolitique et l’évolution de la pandémie pourraient rapidement ramener les producteurs en situation déficitaire.

À plus long terme, l’absence de nouveaux investissements pose un risque sur la rentabilité de l’industrie canadienne. Elle pourrait laisser des parts de marché à ses concurrents si les prix alors en vigueur ne justifient pas le coût de revient relativement élevé d’une production canadienne plus importante.

Pour plus d’informations sur les tendances en investissements dans le secteur de l’énergie, le rapport World Energy Investment 2020 de l’AIE discute dans une perspective internationale de plusieurs scénarios pour la décennie à venir.

Autres indicateurs économiques

L’entrée en fonction du gouverneur

Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a profité de son premier discours en juin pour parler du ciblage de l’inflation en temps de pandémie.

Il a réitéré l’importance pour l’économie canadienne de maintenir l’inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Pour ce faire, la banque centrale détient plusieurs outils, dont son taux directeur qui est à sa borne inférieure de 0,25 % depuis mars et devrait le rester au moins jusqu’à la fin de 2021. Des taux négatifs, qui pourraient selon lui mener à certaines instabilités sur les marchés financiers, sont donc pour l’instant écartés.

Quant au programme en cours d’achats d’actifs par la Banque du Canada, qualifié d’«assouplissement quantitatif» par le nouveau gouverneur, il se poursuivra jusqu’à ce que la reprise se confirme. Ce programme d’achat d’obligations sans précédent permet d’assurer des taux d’intérêt de long terme plus faibles, de même que le bon fonctionnement des marchés de crédit.

Conséquence: le bilan de la Banque du Canada a presque quadruplé entre février et mai, alors qu’elle détient maintenant des actifs totalisant 470 G$.

Le dollar canadien fait fi de la décote

Le huard s’est maintenu dans une fourchette de 0,73 $ à 0,74 $ US au cours du dernier mois. Cela correspond à la stabilité des cours du pétrole (voir la section sur le pétrole). La décote de l’agence de crédit Fitch de AAA à AA+ (stable) le 24 juin n’a pas eu d’impact sur la valeur de la devise canadienne par rapport à celle des États-Unis. Le Canada détient toujours la meilleure note possible avec deux autres agences de crédit réputées, soit Standard & Poor’s (AAA) et Moody’s (Aaa).

La confiance des entrepreneurs se stabilise

Le redémarrage de l’économie se poursuit alors que 57 % des PME étaient «complètement ouvertes» en date du 6 juillet, comparativement à 53 % deux semaines plus tôt, indique la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) (voir leur tableau de bord hebdomadaire). De même, 34 % des PME avaient alors retrouvé l’entièreté de leurs effectifs, mais seulement 24 % rapportaient un niveau de ventes similaire ou supérieur à celui précédant la crise.

Cette reprise des activités a contribué à hausser le niveau de confiance des propriétaires de PME à 54,6 en juin, une hausse de deux points par rapport à mai, révèle l’indice du Baromètre des affaires de la FCEI. Cette légère augmentation témoigne d’un niveau d’activité en croissance, mais dont les perspectives demeurent incertaines.

À cet effet, près de 40 % des répondants considéraient le climat d’affaires comme étant mauvais, contre seulement environ 20 % qui le trouvaient favorable. Un employeur sur trois planifiait se départir d’employés à temps plein au cours des trois prochains mois, tandis que seulement 14 % entrevoyaient des embauches.

Quelques industries continuaient d’afficher un score inférieur à 50, seuil sous lequel le niveau d’activité est en contraction. C’était le cas de l’agriculture, des ressources naturelles, de la construction, et du secteur des informations, des arts et des spectacles.

Éviterons-nous la déflation?

Les prix étaient en croissance dans quatre des huit catégories recensées, dont les aliments qui étaient en hausse de 3,1 %. Les prix dans les domaines des transports et des vêtements et chaussures étaient en chute de 3 % et 5,4 %, respectivement.

La politique monétaire de la Banque du Canada vise un maintien de l’inflation autour de sa cible de 2 %. Or, comme la pandémie a eu un impact sur les habitudes de consommation des Canadiens, la mesure courante de l’inflation pourrait être revue. L’équipe du nouveau gouverneur Macklem travaille d’ailleurs sur la question, a-t-il mentionné lors de son premier discours.

Entretemps, les mesures employées par la banque centrale viseront à soutenir l’emploi et ramener l’inflation plus près de sa fourchette cible de 1 % à 3 %.

Indicateurs clés: Canada

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