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Lettre économique mensuelle

Juin 2020
Article vedette

Reprise économique: que réserve l’après-COVID pour votre secteur d’activité?

Un retour à la normale est attendu en 2021 pour certains, mais d’autres devront ronger leur frein plus longtemps

La contraction économique causée par la pandémie ne fait plus aucun doute. Mais la date d’un retour à la normale, lorsque nous retrouverons le niveau d’activité économique précédant la mise en place des mesures de distanciation physique, est beaucoup moins certaine.

La présente lettre économique fait part de nos attentes envers des secteurs d’activité parmi les plus importants au pays.

Prévisions économiques: exercice périlleux

Qu’arrive-t-il lorsque vous mettez 10 économistes dans une salle? Vous risquez fort d’obtenir 11 opinions différentes. Cette vieille blague, qui n’est pas dénuée de vérité, est d’autant plus actuelle en ces temps de pandémie. À preuve: les experts canadiens prévoient une contraction du PIB oscillant entre 5 % et 10 % en 2020 et des scénarios de reprise qui divergent tout autant pour les années à venir.

La prudence nous amène à tabler sur des scénarios optimistes et pessimistes. Voilà pourquoi nous nous attendons à ce que le PIB retrouve sa vigueur d’avant crise quelque part entre l’été 2021 et l’automne 2023. Pourquoi un écart aussi grand? Avant tout parce que l’évolution de l’économie dépendra de l’ampleur d’une potentielle deuxième vague d’infections à la COVID-19. L’importance du choc économique en cours pourrait également laisser une marque sur la confiance des consommateurs.

Cette reprise globale cache également certains rebonds sectoriels aux rythmes différents.

Suivre la reprise en temps réel

Les mégadonnées guident de plus en plus nos prévisions économiques.

Par exemple, Google publie des données quotidiennes sur la mobilité des Canadiens qui révèlent la divergence d’achalandage selon certaines activités.

On remarque ainsi qu’au 29 mai, la fréquentation des commerces de détail et des lieux de loisirs demeurait en baisse de 30 %. Le déplacement vers les milieux de travail (-40 %) était également de loin inférieur à sa normale. Il est probable que certains secteurs, dont le commerce de détail, accélèrent leur rattrapage au rythme des mesures de déconfinement adoptées par les provinces.

Différentes industries, différents défis

Si les scénarios de reprise les plus plausibles varient d’une industrie à l’autre, certaines caractéristiques propres à chacune nous permettent de faire des prévisions éclairées. Vraisemblablement, les secteurs se prêtant plus facilement à la distanciation physique retrouveront leur rythme avant les autres.

À cet effet, une analyse de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) a mesuré le risque relatif du retour au travail de plus de 300 emplois dans une centaine d’industries. L’indicateur développé par les chercheurs tient compte de la proximité physique des employés et de la fréquence de contacts directs avec collègues et clients, entre autres.

En général, les secteurs présentant des risques d’infection plus élevés pour les travailleurs affichaient également les pertes d’emplois les plus importantes (sauf pour les services essentiels). Ces industries, notamment certains sous-secteurs du commerce de détail, de l’hébergement ou de la restauration, pourraient connaître des reprises plus lentes, voire interrompues, si une deuxième vague d’infections devait avoir lieu.

La demande des consommateurs à l’amorce de la relance est un autre facteur qui aura un impact sur la reprise des différentes industries. Le choc économique en cours a eu d’importantes répercussions sur le revenu de nombreux ménages qui risquent ainsi de demeurer prudents.

Par ailleurs, si les secteurs manufacturier et de la construction se prêtent plus facilement à la distanciation physique, leur bonne tenue dépendra avant tout de la demande pour leurs produits. La prochaine section se penche sur leurs perspectives.

Cinq industries à garder à l’œil

Chaque sous-secteur d’activité connaîtra une reprise distincte. Mais différents scénarios se présentent aux entrepreneurs canadiens œuvrant dans des secteurs d’activité parmi les plus importants au pays.

1. Construction

L’industrie canadienne de la construction était parmi les plus affectées au début de la crise, comme en témoigne la chute de plus de 40 % des heures travaillées en avril par rapport à février. Se prêtant mieux à la distanciation physique que la plupart des industries, le rebond des activités dans ce secteur s’est depuis confirmé alors que les heures travaillées étaient en mai à 20 % de leur niveau pré-crise.

Cette industrie devrait être parmi les premières à retrouver ses repères. Le devancement de certains projets d’infrastructures planifiés par les gouvernements contribuera à sa remise sur pied. D’autre part, la décélération des activités sur le marché de l’habitation pourrait représenter un risque baissier.

2. Secteur manufacturier (fabrication)

Comme en Asie et en Europe, le secteur manufacturier a été le premier à reprendre ses activités après le déconfinement, si bien que le niveau des heures travaillées par rapport à février est passé de 71 % en avril à 83 % en mai.

La réduction du pouvoir d’achat des ménages, jumelée à une plus grande prudence de leur part, aura toutefois un impact sur la demande dans certains secteurs.

Les sous-secteurs manufacturiers retrouveront ainsi leur volume d’activité à différentes périodes au cours des prochaines années. S’il faudra généralement attendre la fin de 2021 pour retrouver le niveau de production atteint en 2019, l’industrie alimentaire devrait y parvenir dès l’hiver prochain, tandis que le secteur de l’aérospatial risque de patienter jusqu’à la fin de 2022. Pour diverses raisons, le secteur automobile devra pour sa part attendre jusqu’en 2024.

3. Commerce de gros et de détail

Le commerce de gros et de détail a également fait les frais de la pandémie. En avril, les heures travaillées dans ce secteur étaient 30 % inférieures à celles de février. Malgré le maintien des restrictions en mai (notamment dans les centres commerciaux), les heures travaillées étaient tout de même en hausse, à 81 % du niveau précédant la crise. La réouverture graduelle des commerces devrait épauler la reprise au cours des prochains mois.

Malgré la réouverture des commerces, les premiers indicateurs en provenance d’Asie et de l’Europe montrent que l’achalandage reste en forte baisse par rapport à l’an dernier. Prudents, les ménages prendront un certain temps à retourner à leurs anciennes habitudes de consommation.

Oxford Economics prévoit qu’il faudra ainsi patienter jusqu’à l’été 2021 pour un retour au niveau d’activité pré-crise. Il faut de plus s’attendre à ce que certains sous-secteurs performent mieux que d’autres, notamment ceux ayant déjà effectué leur virage numérique. Autre tendance de fond importante: les consommateurs risquent de se tourner davantage vers les produits locaux.

4. Technologies de l’information et de la communication (TIC)

Le secteur des TIC tirera son épingle du jeu ces prochaines années.

Premièrement, de nombreux employés prennent goût au télétravail et plusieurs dirigeants notent que la transition se fait plus aisément que prévu. Des investissements y sont attendus.

De plus, dans la foulée de l’explosion des ventes en ligne, des sondages internes de la BDC révèlent des intentions accrues chez les entrepreneurs d’investir dans le commerce électronique.

Résultat: ce secteur retrouvera son niveau d’avant-crise dès l’hiver prochain – et il présentera à moyen terme de meilleures perspectives que s’il en avait été autrement.

5. Tourisme

L’incertitude en cours limitera le tourisme au-delà de cette année – le risque de devoir se mettre en quarantaine lors du retour au pays calmera les ardeurs de bien des voyageurs, canadiens ou autres. Oxford Economics s’attend à une réduction de près de la moitié de l’activité touristique en 2020 et un retour à la normale en 2022 au plus tôt.

Avec l’annulation de nombreux voyages à l’extérieur du pays, les Canadiens avaient davantage l’intention de passer leurs vacances au Canada, indiquait un sondage du Conference Board du Canada publié en mai.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Il faut planifier ses activités en fonction de scénarios optimistes et pessimistes. Si les opinions divergent quant à l’ampleur de la reprise économique, la séquence d’activités des différentes industries et leurs facteurs de risque font généralement consensus;
  2. Vous pouvez continuer de suivre l’évolution des déplacements au sein de votre province par l’entremise de l’outil de mobilité de Google. Si votre entreprise dépend d’un achalandage accru, cet outil vous fournira un signal clair;
  3. Pour les détaillants, il est de plus en plus indispensable d’avoir une plateforme numérique fonctionnelle et invitante. Vous pourriez profiter des changements d’habitudes des consommateurs en adoptant une stratégie orientée sur l’achat de produits locaux;
  4. Les industries touristiques doivent principalement cibler les voyageurs canadiens. Une telle approche portera ses fruits au cours des deux prochaines années.
Perspectives Canada

Le pire de la tempête semble derrière nous

Alors que la reprise est entamée, on constate le terrain perdu

À défaut de surprendre, les indicateurs économiques continuent d’offrir un brusque rappel à la réalité.

Si la contraction du PIB a été moins importante que prévu en mars, les données disponibles à ce jour suggèrent une contraction plus forte en avril. Le déconfinement progressif a toutefois généré un rebond inattendu de l’emploi en mai – un signe évident que le pire de la tempête pourrait être derrière nous.

Réduction de l’activité économique record… pour l’instant

Statistique Canada a confirmé les appréhensions: la récession a débuté en même temps que la mise en place des mesures de confinement. Les fermetures des commerces, des écoles, puis des frontières, au cours des deux dernières semaines de mars, ont contribué à faire chuter le PIB de 7,2 % pour l’ensemble du mois. Pratiquement aucun secteur n’a été épargné.

Parmi les industries productrices de biens, c’est le secteur manufacturier (fabrication), qui a été le plus affecté lors des premières semaines de la crise. La situation était d’autant plus prévisible que près de 80 % des entreprises du secteur rapportaient un ralentissement de leurs activités dans l’Enquête mensuelle sur les industries manufacturières. La fermeture d’usines a particulièrement frappé les industries de véhicules automobiles.

Dans le secteur des services, la restauration, l’hébergement, et le secteur des arts, spectacles et loisir ont été les plus touchés.

Le PIB a chuté à un rythme annualisé de 8,2 % au premier trimestre. En comparaison, la contraction économique aux États-Unis était de 5,0 %, alors que le PIB reculait de 14,2 % dans la zone euro et de 33,8 % en Chine. Règle générale, plus tôt ont été mises en place les mesures de confinement, plus leurs effets sur le PIB pendant les trois premiers mois de l’année ont été importants.

Les prévisions de décroissance du PIB au deuxième trimestre au Canada et aux États-Unis (environ -40 %) sont plus pessimistes que les données enregistrées en Chine au sommet de son propre confinement.

Le PIB canadien aurait fléchi de 11 % (taux non annualisé) en avril, estime Statistique Canada à partir de données préliminaires. Cela représenterait une contraction économique de près de 18 % en deux mois seulement.

Les premiers effets de la pandémie sur les comptes économiques

Les données trimestrielles détaillent les effets de la crise sur la consommation et l’investissement. Aux fins d’analyse, il importe de préciser que le confinement généralisé ne représente que deux des treize semaines du trimestre.

Les services, qui nécessitent souvent un contact direct avec le client, ont évidemment écopé: les dépenses dans ce secteur étaient en chute de 10,8 % par rapport à l’automne dernier (en rythme annualisé).

La consommation de biens était quant à elle en baisse de 6,8 %, tandis que seuls les biens non durables affichaient des gains (+12,9 %) attribuables aux nombreux ménages qui ont voulu faire le plein de nourriture et de produits de soins personnels. Les achats en magasin ont toutefois beaucoup plus souffert que l’indiquent ces chiffres: la firme de conseil en commerce électronique Absolunet rapportait une hausse de plus de 100 % des ventes en ligne à la fin mars pour plusieurs secteurs au Canada, dont l’ameublement, les articles de sport et les appareils électroménagers.

L’investissement privé était quant à lui en baisse de 1,4 % – causé principalement par une baisse de l’investissement en équipements de production (-13,1 %). Les exportations de biens et services ont diminué de 11,3 %.

Enfin, le taux d’épargne a augmenté à 6,1 %, un niveau atteint il y a près de 20 ans. Cette épargne additionnelle pourrait à moyen terme jouer en faveur des détaillants. Toutefois, l’incertitude économique et la perte de revenus pourraient limiter l’envie de dépenser des ménages encore un certain temps.

Un Canadien sur sept a maintenant perdu son emploi

Le début du déconfinement, qui se poursuit partout au pays, a permis de renverser la tendance sur le marché du travail. Les 290 000 emplois récupérés en mai représentent 10 % des 3 millions d’emplois perdus au cours des deux mois précédents.

Le taux de chômage a tout de même augmenté, passant à 13,7 %. Il s’élèverait même à 18,2 % si on tenait compte des travailleurs découragés, en attente de rappel, ou encore à temps partiel involontaire.

Il y a néanmoins tout lieu d’être optimiste. En effet, plus d’un million de chômeurs en mai signalaient être en situation de mise à pied temporaire. Leur période de chômage pourrait ainsi être de courte durée.

La situation est d’autant plus plausible que l’Enquête sur la population active a été réalisée pendant la semaine du 11 mai, soit avant la réouverture graduelle de nombreux commerces partout au pays. En effet, comme nous l’indiquions dans l’article principal, le nombre d’heures travaillées a déjà bondi dans toutes les industries, et surtout dans la construction, le secteur manufacturier et le commerce de gros et de détail. Les gains devraient être généralisés lors de la publication des statistiques pour juin.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. La relance est entamée. Celle-ci risque toutefois d’être lente et inégale étant donné l’ampleur du choc économique;
  2. Malgré un taux d’épargne en hausse, les ménages ne sont pas encore prêts à délier les cordons de la bourse. La perte de salaires et l’incertitude économique limiteront les dépenses non-essentielles pour quelque temps;
  3. Le déconfinement se poursuit, mais la reprise économique ne sera pas uniforme d’une industrie à l’autre. Si certaines auront retrouvé leur niveau d’activité cet hiver, d’autres attendront plusieurs années avant d’y parvenir. Notre article principal traite du sujet.
Perspectives États-Unis

Les États-Unis ont passé le point d’inflexion

Les données économiques laissent à désirer, mais le creux est probablement franchi

La bonne nouvelle du mois: le marché du travail a connu des gains inattendus en mai. De plus, le taux d’infection à la COVID-19 ne semble pas rebondir en flèche alors que le déconfinement se poursuit dans plusieurs États.

Par ailleurs, les indicateurs économiques demeurent historiquement faibles. La reprise est amorcée, mais elle sera lente et graduelle.

Près de 20 millions d’emplois perdus en trois mois

La contraction du PIB au premier trimestre a été révisée de 4,8 % à 5,0 % et les perspectives sont encore plus sombres pour le deuxième trimestre alors que les données préliminaires suggèrent une diminution du PIB variant de 30 % à 40 % (indicateurs en taux annualisé). La reprise devrait se confirmer au deuxième semestre de l’année, mais une réduction de l’activité économique de 5 % à 7 % en 2020 demeure inévitable.

Les travailleurs américains ont renversé la vapeur après deux mois dévastateurs, indique le rapport mensuel sur l’emploi. Quelque 2,5 millions emplois ont été créés, mais il reste que 19,5 millions de personnes ont perdu leur emploi depuis février. Le taux de chômage a légèrement diminué, à 13,3 %.

Ces résultats ne changent rien au fait que près d’un travailleur sur quatre (43 millions) s’est inscrit au chômage entre la mi-mars et la fin mai. Bonne nouvelle si elle en est une; le nombre de renouvellements de ces allocations a chuté pour la première fois depuis le début de la crise. Après l’atteinte d’un sommet de quelque 25 millions de demandes d’indemnités dans la semaine du 9 mai, celles-ci avaient reculé à 21,5 millions deux semaines plus tard. La poursuite du déconfinement devrait accélérer le retour des employés relégués sur les lignes de touche. Les statistiques liées à l’emploi devraient ainsi demeurer en territoire positif lors de la prochaine enquête, qui sera menée à la mi-juin.

Transferts en hausse, consommation en baisse

Les données sur le revenu personnel et la consommation sont publiées beaucoup plus tôt aux États-Unis qu’au Canada. Il est donc utile de les décortiquer pour mieux percevoir notre propre situation macroéconomique.

Le revenu personnel moyen a grimpé de 10,5 % en avril, du jamais vu. Cette hausse extraordinaire était principalement attribuable à la forte augmentation (+91 %) des prestations sociales du gouvernement américain, qui n’étaient pas conditionnelles à une perte d’emploi. La composante salariale des ménages – en baisse de 8 % étant donné les 20,5 millions emplois perdus en avril, ne pouvait évidemment pas contribuer à cette importante augmentation.

Cette hausse du revenu personnel ne s’est toutefois pas transposée en consommation additionnelle, alors que les dépenses ont plongé de 13,6 % entre mars et avril. Depuis février, les ménages ont réduit leur budget de 20 %, mené par le repli des achats de biens durables (-27 %).

Dans la catégorie des biens non-durables, les ménages ont diminué leurs dépenses de moitié en essence et en vêtements depuis février. L’achat d’aliments et boissons en épicerie, en hausse de 4 %, s’est régularisé après le stockage réalisé en mars.

Les prestations de services sont en baisse de 20 % et s’expliquent par des réductions de dépenses importantes dans le transport, la restauration, l’hébergement et les loisirs. Il sera intéressant de suivre l’évolution de ces différentes sous-catégories pendant que le déconfinement continuera d’aller de l’avant.

Globalement, l’inflation fondamentale (telle que mesurée par l’indice des prix PCE) était négative à -0,4 %, confirmant que les pressions désinflationnistes avaient pour l’instant le dessus sur les pressions causées par la perturbation des chaînes d'approvisionnement.

L’épargne en forte hausse

La forte augmentation des revenus et la chute des dépenses ont entraîné un taux d’épargne sans précédent de 33 % en avril, surpassant ainsi le niveau record d’environ 13 % atteint il y a une quarantaine d’années.

Bon ou mauvais augure?

Il faut d’abord garder en tête que bon nombre de secteurs n’étaient pas opérationnels en avril, principalement dans le domaine des services. Le déconfinement en cours devrait permettre une reprise de plusieurs catégories d’achats, mais à des rythmes inégaux. L’article principal aborde la question dans notre contexte national.

D’autre part, en temps d’incertitude économique, les ménages ont tendance à augmenter leur épargne de précaution. Le président de la Réserve fédérale Jerome Powell affirmait récemment que 40 % des ménages gagnant moins de 40 000 $US par année avaient vu un de leurs membres perdre un emploi au cours des derniers mois. Ces ménages n’ont parfois pas de fonds d’urgence pour compenser des pertes de revenus. Il est ainsi probable que plusieurs d’entre eux limitent les sorties d’argent au cas où la crise économique devait perdurer.

De même, les travailleurs ayant conservé leurs emplois vont possiblement reporter des achats plus importants, notamment des biens durables comme une voiture ou des meubles. Cette catégorie de biens est habituellement liée à la confiance des consommateurs. Or, celle-ci demeurait faible, selon les indices de confiance du Conference Board (86,6) et de l’Université du Michigan (72,3) qui sont tous deux autour de leurs creux respectifs des dix dernières années.

La confiance des entreprises: lentement mais sûrement

L’indice de confiance du secteur manufacturier est pour sa part demeuré en contraction en mai, mais à un rythme moins important qu’en avril, indique l’Institute for Supply Management (ISM). L’indice ISM manufacturier, qui a légèrement grimpé de 41,5 à 43,1, est ainsi demeuré à un niveau comparable à celui observé après la récession américaine de 2007-2009 (un indice sous les 50 indique une contraction).

Même son de cloche du côté des services, alors que l’indice ISM non-manufacturier est passé de 41,8 à 45,4. Le sondage précédait toutefois le déconfinement de certains États – ce qui rend probable une augmentation de l’indice au cours des prochains mois.

Pour chacun des deux indices, les directeurs sondés rapportaient une hausse des nouvelles commandes, de la production, et de l’emploi.

Ce que cela signifie pour le Canada

  1. La reprise est amorcée, mais sera lente et graduelle.
  2. La hausse de l’épargne n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les détaillants – il est probable que les ménages soient plus prudents au cours des prochains trimestres, au nord comme au sud de la frontière.
  3. À cet égard, nos exportations risquent de pâtir pour un certain temps – surtout celles qui nécessitent un renforcement de la confiance des consommateurs.
Point sur le marché du pétrole

Regain d’optimisme sur les marchés

Après un mois d’avril qui aura marqué les esprits, le pétrole évolue encore en montagnes russes

Les variations brusques des prix du pétrole se sont poursuivies en mai – à la hausse cette fois. Bien que la demande demeure faible, elle rebondit plus rapidement que prévu. Cette appréciation est principalement attribuable au resserrement plus important qu’anticipé de la production.

Le WTI et le Brent, dont les prix variaient autour des 40 $ le baril en date du 4 juin, se transigeaient à des valeurs similaires à celles observées au début mars avant le déclenchement de la guerre de prix entre l’Arabie saoudite et la Russie. Le cours du Western Canadian Select (WCS), à 30 $, atteignait également un sommet qui précédait cette impasse. Une diminution des goulots d’étranglement de ce côté-ci de la frontière a réduit l’écart de prix entre le WCS et le WTI, qui est passé sous les 10 $ pour la première fois en 2020.

Si l’atteinte de ces cours était impensable il y a un mois à peine, le risque demeure à la baisse pour la deuxième moitié de 2020. La crainte d’une deuxième vague de la pandémie représente un risque certain pour les cours, du moins jusqu’à ce qu’un vaccin pour contrer la COVID-19 soit disponible.

Déplacements en hausse…

Le déconfinement s’est poursuivi dans de nombreux pays: l’assouplissement de certaines mesures de distanciation physique et la réouverture de nombreux commerces ont contribué à une augmentation des déplacements.

Selon les données sur la mobilité des populations recueillies par Google, les déplacements étaient en hausse dans chacun des pays du G7 (voir l’article principal pour plus de détails sur le Canada). Les déplacements, qui avaient atteint un creux de 47 % à la mi-avril, ont bondi à 71 % à la fin mai (moyenne des sept pays). Plusieurs pays non membres de l’OCDE – notamment en Amérique du Sud et en Afrique – n’avaient pas entamé leur déconfinement à la mi-mai.

Conséquence principale de cette hausse des déplacements: la demande en essence sur un an, qui était en baisse de 40 % en avril aux États-Unis, ne devrait être en baisse que de 15 % en juin.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a ainsi révisé à la hausse ses perspectives de demande mondiale pour 2020. Après avoir atteint un creux en avril et une chute d’environ 25 % par rapport à il y a un an, l’écart devrait se resserrer à 13 % en juin puis à 5 % en moyenne pour la deuxième moitié de l’année.

Une partie importante de la demande en pétrole dépend du commerce international. À cet égard, les prévisions sont plus incertaines. L’Organisation mondiale du commerce table sur une diminution de 13 % à 32 % des échanges en 2020. Le rythme de reprise du commerce international aura certainement un impact sur la demande au cours des prochains trimestres.

…et resserrement de la production d’un continent à l’autre

Il était déjà acquis que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la Russie diminueraient conjointement leur production d’environ 9,7 millions de barils par jour (mb/j) dès le mois de mai.

Ce qui était moins certain, c’était le resserrement des activités des producteurs non membres de l’OPEP. Malgré les faibles cours observés depuis le mois de mars, plusieurs s’attendaient à ce que des contraintes logistiques limitent le potentiel de réduction des autres producteurs.

Faisant fi de ces prédictions, les producteurs du Canada et des États-Unis ont dès avril diminué leur débit de 3 mb/j. En quelques semaines seulement, la production mondiale a ainsi affiché une chute record de 12 % pour atteindre son plus faible niveau depuis 2011 (88 mb/j).

La production canadienne avait pour sa part atteint un niveau record de 5,8 mb/j en décembre 2019. Elle aurait baissé à environ 5,0 mb/j en avril, soit une diminution de 14 % en quatre mois. Les opérations de forage ont enregistré un creux d’activité des dernières décennies, avec seulement 20 installations actives au 29 mai comparativement à 78 à pareille date l’an dernier.

Conséquences pour le Canada

La hausse des cours du pétrole devrait permettre aux producteurs canadiens toujours en opération de souffler un peu. Toutefois, la situation demeure précaire: aux prix actuels, les producteurs évitent à peine les pertes opérationnelles.

Il était inévitable que les emplois reculent dans le secteur de l’extraction pétrolière. L’AIE s’attend à une augmentation de la production albertaine en deuxième moitié de 2020. Si le WCS continue de se transiger autour des prix actuels, plusieurs exploitants de sables bitumineux seraient prêts à relancer leur production.

Malgré la récente appréciation des cours du pétrole, la confiance des firmes œuvrant dans le secteur demeure fragile et les investissements risquent d’en pâtir encore un certain temps. La croissance économique dans les provinces productrices de pétrole demeure ainsi plus faible qu’ailleurs au pays, selon les prévisions.

Autres indicateurs économiques

Changement de garde à la Banque du Canada

Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Tiff Macklem a pris les rênes le 3 juin. On s’attend à voir le taux du financement à un jour maintenir sa valeur plancher de 0,25 % au moins jusqu’à la fin de 2021. Entretemps, la banque centrale continuera d’assurer le bon fonctionnement des marchés financiers au moyen de programmes d’achat massif d’actifs. Entre février et avril, les actifs détenus par la Banque du Canada sont ainsi passés de 123 à 390 milliards de dollars, ce qui représente maintenant près de 20 % du PIB national.

Le dollar canadien retrouve ses airs de 2019

Le huard s’est apprécié ces dernières semaines par rapport au dollar américain, pour atteindre 0,74 $US en début juin. Cette appréciation va de pair avec la hausse des cours du pétrole, abordée dans la section correspondante de cette lettre économique. Le dollar canadien retrouve ainsi sa valeur d’il y a un an.

La confiance des entrepreneurs canadiens en présage à la reprise

L’économie reprend de la vigueur alors que 38 % des PME canadiennes avaient redémarré complètement leurs activités à la fin mai et 44 % d’entre elles avaient alors rouvert partiellement, indique la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). Plus d’un entrepreneur sur deux disait toutefois s’inquiéter de leur habileté à faire respecter les règles de distanciation physique.

L’optimisme des dirigeants de PME est aussi au rendez-vous. L’indice de confiance du Baromètre des affaires de la FCEI est en effet passé en territoire expansionniste en mai, à 52,5 comparativement à 46,4 en avril. Les secteurs de l’agriculture, des ressources naturelles, de la fabrication (secteur manufacturier), du commerce de détail, et celui de l’information, des arts et des spectacles n’avaient toutefois pas atteint le seuil de 50, indiquant qu’ils se trouvaient toujours en situation de contraction.

À l’échelle des provinces, l’effet de contraction des activités était également sentie à Terre-Neuve-et-Labrador, à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et au Québec.

La faiblesse de la demande entraîne la désinflation

L’indice des prix à la consommation (IPC) pour avril a chuté de 0,2 % par rapport à il y a un an. Il s’agit du premier recul d’une année à l’autre de l’inflation depuis la récession de 2008-2009.

Les prix étaient en baisse dans trois des huit catégories principales de l’IPC dont les transports (-4,4 %) et les vêtements et chaussures (-4,1 %). Si le coût de l’essence (-39 %) explique principalement la réduction des prix liés au transport, aucune catégorie ne se démarque dans le secteur des vêtements et chaussures – indiquant que la chute des prix pourrait être attribuable à la forte progression du commerce en ligne depuis le début de la pandémie.

Les prix de besoins essentiels tels les aliments (+3,4 %) et les produits de nettoyage ménager (+6,4 %) étaient pour leur part en hausse.

L’inflation fondamentale demeurait près de la cible de 2 % fixée par la banque centrale, alors que la moyenne des trois indicateurs servant à la mesurer était de 1,8 %.

Les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement pourraient éventuellement mener à des pressions inflationnistes. Mais il y a tout lieu de croire que le taux d’inflation d’ensemble pour le reste de 2020 restera faible, voire négatif, tant la contraction de la demande est importante.

Indicateurs clés: Canada

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