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Lettre économique mensuelle

Mai 2020
Article vedette

Repartir la machine

Après l’arrêt brusque, un redémarrage plus complexe et graduel

Les bouleversements liés à l’émergence de la COVID-19 en sol canadien ont été immédiats: fermeture des écoles, des commerces et industries non-essentiels, et mise sur pause de nos habitudes de vie. La fin du confinement généralisé approche à grands pas, ou est déjà en cours, selon la région.

Mais si l’arrêt des activités s’est fait rapidement, le déconfinement devra être graduel et stratégique, sans quoi nous risquons de retourner à la case départ. Cette section recense les actions en redémarrage des différentes économies à l’échelle internationale, et les plus récentes perspectives à cet égard au Canada.

Progression de la COVID-19 au Canada

Le déconfinement progressif aura deux objectifs: relancer l’économie tout en limitant la hausse des nouveaux cas d’infection à la COVID-19.

La progression des courbes d’infection varie selon les pays et les provinces. Les régions ayant atteint un plateau de nouvelles infections procèderont au déconfinement plus rapidement. Il importe de garder ces données à l’œil, puisqu’une hausse marquée pourrait entraîner un resserrement des mesures sanitaires et donc un report de la reprise économique.

La majorité des pays européens et asiatiques ont atteint leurs sommets entre la mi-mars et la mi-avril. C’est également le cas dans six provinces canadiennes: la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, le Manitoba, de même que le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador et l’Île-du-Prince-Édouard.

D’autres régions du monde approchaient leurs sommets d’infection, dont des pays d’Amérique comme les États-Unis, le Mexique et le Brésil. Les quatre autres provinces canadiennes, soit le Québec, l’Alberta, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse, font également partie de ce groupe. Le Japon était pour sa part confronté à une recrudescence des cas de contamination.

Expériences de pays ayant redémarré leur économie

Les pays d’Asie et d’Europe ont vécu la crise avant nous. Ils ont donc quelques semaines d’avance dans leurs démarches de déconfinement. L’évolution de la situation dans ces pays nous servira d’exemple dans les semaines et mois à venir.

En Asie

La Chine a été la première à subir la propagation du virus, mais aussi la première à s’en sortir. Les masques sont maintenant obligatoires en public, et des capteurs de température ont été installés à l’entrée des magasins, des usines et des restaurants. Une application cellulaire obligatoire permet d’identifier les sources d’infection possible, si nécessaire.

Si ce modèle n’est pas particulièrement adapté à bien des pays dont le Canada, nous constatons néanmoins que l’activité manufacturière chinoise est en hausse, ce qui est encourageant. Toutefois, les données montrent que les consommateurs sont lents à reprendre leurs habitudes de consommation. Cette baisse de confiance apparente pourrait représenter un défi pour les restaurateurs et les commerçants si elle devait aussi traverser le Pacifique.

Déconfinement progressif en Europe

En Europe, la plupart des pays ont desserré l’étau en adoptant des mesures de déconfinement qui excèdent les nôtres à ce jour. Si les démarches diffèrent d’un pays à l’autre, ils suivent une progression similaire.

Généralement, les industries manufacturières et de la construction ont été les premiers secteurs à reprendre leurs activités, et ce même dans les pays les plus durement touchés comme l’Italie et l’Espagne qui sont allés de l’avant à la mi-avril.

Chez les détaillants, les petits commerces en Allemagne, en Autriche et en République tchèque ont initialement repris leurs activités, en suivant des mesures sanitaires strictes. Les magasins de plus grande taille ont ensuite ouvert progressivement leurs portes. En revanche, les centres commerciaux restaient fermés, à l’exception de ceux en plein air qui ont réouvert en premier.

Même si la plupart des Français ont pu reprendre le boulot le 11 mai, les bars, restaurants et cafés demeuraient fermés. La fréquentation de ce type d’établissements demeurait d’ailleurs très limitée à l’échelle de l’Europe – l’Autriche et l’Italie visent leur réouverture à la mi-mai.

Les rassemblements publics demeuraient interdits pour la plupart, mais l’Autriche prévoyait leur reprise à la mi-juillet, tandis que le Danemark et l’Allemagne ciblaient plutôt la fin de l’été. Les pays davantage touchés risquent d’attendre plus tard cet automne.

Le déconfinement très graduel a permis de limiter les taux d’infection.

Au Canada

Qu’en est-il au Canada? Les différents gouvernements ont commencé à dévoiler leur plan de déconfinement. Cette liste est en date du 8 mai 2020.

Alberta, Ontario, Québec, Nouvelle-Écosse  – Ces quatre provinces étaient encore près de leurs sommets d’infection au moment des plus récentes annonces de reprise progressive des activités.

En Alberta, les activités liées à l’agriculture et à l’industrie pétrolière n’ont jamais cessé. Certains détaillants seront autorisés à rouvrir le 14 mai (vêtements, meubles, librairies). Les théâtres, les centres de loisirs et les salles de sport resteront fermés. Les écoles n'accueilleront des élèves que cet automne.

En Ontario, les écoles pourraient rouvrir en début juin. Entretemps, la province propose de redémarrer son économie en trois phases, espacées de 2 à 4 semaines, pendant lesquelles de plus en de plus de secteurs pourront reprendre leurs activités. La prochaine étape nécessitera une réduction de la propagation de la maladie et la province n’écarte pas un resserrement des mesures au besoin. Les secteurs économiques touchés par cette feuille de route seront précisés prochainement.

Au Québec, la construction résidentielle et l’activité minière ont repris en avril. Les détaillants ayant un accès extérieur ont réouvert le 4 mai (25 mai pour le Grand Montréal). Certaines entreprises manufacturières (selon le nombre d’employés) et tous les employés de la construction ont redémarré leurs activités le 11 mai. Les différents fournisseurs de ces secteurs ont également pu retourner au travail.

Les écoles primaires et les garderies ont également rouvert le 11 mai (25 mai dans le Grand Montréal, si la situation le permet). Le retour en classe se fera toutefois sur une base volontaire. Les écoles secondaires, cégeps et universités resteront toutefois fermés jusqu’en septembre.

En Nouvelle-Écosse les activités de construction se sont poursuivies ce printemps, mais les services non-essentiels demeurent fermés. Des activités en plein air ont été autorisées à compter du 1er mai.

Colombie-Britannique, Saskatchewan, Manitoba – Ces trois provinces avaient atteint leur sommet il y a quelques semaines au moment des annonces de déconfinement.

La Colombie-Britannique a eu ses premiers cas positifs dès la fin janvier et son taux d’infection a atteint un plateau à la fin mars. Seuls les services essentiels sont en opération. À partir de la mi-mai, les services de santé et certains détaillants pourraient reprendre leurs activités s'ils prennent les précautions nécessaires.

La Saskatchewan a dévoilé un plan de redémarrage en cinq étapes. La première phase inclut principalement des activités extérieures et le travail des professionnels de la santé. La deuxième, prévue pour le 19 mai, englobe le commerce de détail. La troisième phase donnerait le feu vert aux restaurants et salles d’entraînement. Les arénas, les piscines et les aires de jeux pourraient ouvrir en phase 4. Enfin, la dernière phase verrait une levée des restrictions sur la taille des rassemblements publics. Aucune date n’est proposée et l’assouplissement des mesures dépendra de l’évolution de la propagation.

Au Manitoba, la réouverture des entreprises non-essentielles se fera en plusieurs étapes: à partir du 4 mai, les salons de coiffure ont pu rouvrir, tout comme les commerces de détail respectant certaines normes de sécurité. D’autres services pourraient reprendre au plus tôt le 1er juin.

Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador – Ces trois provinces de l'Atlantique présentaient moins d'un cas par million d'habitants au cours de la dernière semaine.

Le Nouveau-Brunswick avise ses citoyens au moyen d’une alerte de quatre couleurs: rouge, orange, jaune, et vert. Des mesures plus explicites seront annoncées prochainement, mais les activités extérieures sont entretemps tolérées. La réouverture des garderies, bureaux et restaurants pourrait suivre au cours des prochaines semaines.

L’Île-du-Prince-Édouard a diminué ses restrictions le 1er mai. La pêche au homard devait reprendre à la mi-mai. L'accès à la province demeurait limité pour les non-résidents.

À Terre-Neuve-et-Labrador, sauf pour le commerce de détail et les restaurants, il n’y a eu aucune fermeture obligatoire des commerces qui maintenaient des mesures sanitaires adéquates. Le gouvernement provincial visait une levée des premières restrictions le 11 mai.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

Après l’arrêt, le déconfinement. Nombre d’incertitudes demeurent et le chemin de la reprise pourrait être sinueux. Pour les entrepreneurs, quelques stratégies sont à privilégier:

  1. La santé demeure prioritaire. Pour éviter une éclosion d’infections dans votre entreprise, vous devrez mettre en place des mesures sanitaires pour assurer la santé et sécurité de vos employés. Vous devrez peut-être faire preuve de créativité pour respecter les deux mètres de distanciation physique exigés.
  2. Vos attentes doivent être réalistes: la reprise pourrait être lente, comme en témoigne les premières données relatives aux dépenses des ménages observées en Chine. Certains secteurs connaîtront un rebond plus important que d’autres, tandis que des industries prendront des années à retrouver leur rythme d’antan. À cet effet, consultez la section sur les perspectives canadiennes.
  3. Les ventes en ligne ont explosé depuis la mi-mars. Alors que les consommateurs se forgent de nouvelles habitudes, assurez-vous d’avoir un site Internet attrayant et transactionnel. Vos ventes futures en bénéficieront.
  4. Si votre entreprise ne peut reprendre du service, l’expérience vécue par votre secteur d’activité en Europe et en Asie peut vous donner une idée du temps qu’il faudra avant son redémarrage au Canada. Entretemps, restez à l’affût des programmes d’aide disponibles, notamment de la part du gouvernement du Canada et de la BDC.
Perspectives Canada

Élimination progressive du confinement: l’ABC d’une reprise graduelle

Le ralentissement économique le plus brutal jamais vécu sera suivi par une reprise inégale

La COVID-19 allait sans aucun doute porter un dur coup à notre économie. Les statistiques mettent aujourd’hui en lumière l’ampleur du choc. Alors que les courbes d’infection semblent s’aplatir, les provinces ont commencé à annoncer leurs plans de redémarrage économique. Cet article passe en revue les plus récentes données portant sur l’économie canadienne et offre un portrait de ce à quoi pourrait ressembler la reprise (alphabet à l’appui).

Une économie en santé comme point de départ

Statistique Canada s’est livré à un exercice inhabituel le mois dernier: fournir une estimation du PIB canadien en mars avant même de publier son évaluation pour février.

Cette projection hâtive visait à tenter de fournir les premiers constats de l’ampleur du choc lié à la COVID-19, après la mise en place des mesures de confinement vers la mi-mars. Le diagnostic confirmait les craintes: une réduction de près de 9 % de l’activité économique pour le mois, et de 2,6 % pour l’ensemble du premier trimestre. Statistique Canada révisera son estimation à la fin du mois de mai.

Le portrait économique demeurait somme toute positif en février (publié le 30 avril). Bien que l’économie soit demeurée au neutre (0 %), la situation était principalement attribuable à des facteurs temporaires: des grèves ciblées en Ontario, des interruptions ferroviaires et une réduction des vols provenant des régions déjà affectées par la COVID-19.

Malgré ces événements, l’économie avait crû de 2,2 % depuis un an. Une performance plutôt satisfaisante compte tenu non seulement des tensions ayant affectées le commerce international ces dernières années, mais aussi de la longue phase de croissance économique.

Mesurer l’ampleur des dégâts

Février 2020 servira donc de baromètre pour les trimestres – ou années – à venir. Ce sera le niveau d’activité économique à atteindre pour affirmer que la crise est largement derrière nous.

Le creux économique qui devait s’ensuivre commence à se confirmer. Les données relatives à l’emploi en mars étaient catastrophiques (un million d’emplois perdus, taux de chômage de 7,8 %). Or, même ces chiffres sous-estimaient l’ampleur du choc économique car ils ne tenaient pas encore compte des effets généralisés du confinement à l’échelle nationale. Effectivement, les données colligées pendant la semaine du 12 avril étaient encore pires: 1 993 800 emplois additionnels perdus, faisant passer le taux de chômage à 13 %, un sommet remontant à 1982.

Les dégâts causés par le confinement se précisent également dans les entreprises. Selon Statistique Canada, près de la moitié (45 %) des entreprises ayant réduit leur effectif ont mis à pied au moins 8 employés sur 10. L’hébergement et la restauration étaient les plus touchés, à 69 %, mais plus de la moitié des entreprises œuvrant dans les secteurs du commerce de détail, des arts, et des soins de santé avaient également mis à pied plus de 80 % de leurs travailleurs.

Les emplois liés plus facilement au télétravail ont été moins touchés, mais n’ont pas été épargnés pour autant. Un quart des entreprises du secteur des services professionnels, scientifiques et techniques qui ont eu à mettre à pied des employés ont mis au rancart la grande majorité de ceux-ci.

Comment expliquer alors que le taux de chômage n’ait grimpé qu’à 13 %? C’est que le confinement frappe de façon démesurée les PME canadiennes, qui ont des défis de liquidité plus importants. Les nouveaux chômeurs (que nous souhaitons temporaires) proviennent de façon disproportionnée de ces plus petites entreprises, alors que pas moins de 75 % d’entre elles ont réduit partiellement ou totalement leurs activités depuis mars, révèle un sondage de la BDC.

Quelle forme prendra la reprise

Ce même sondage de la BDC indique que 28 % des PME canadiennes considèrent difficile le retour à un niveau normal d’activité en moins d’un mois. La demande pour les produits représente le plus grand risque.

Les premières données en provenance de la Chine montrent en effet que la demande tarde à reprendre sa vigueur malgré la levée du confinement [voir article principal]. Les consommateurs demeurent prudents face à l’incertitude causée par la COVID-19. La même tendance risque de s’observer au Canada.

Voilà différents scénarios de reprise économique qui se présentent aux entrepreneurs, selon leur secteur d’activité. Les économistes envisagent généralement quatre grandes tendances potentielles:

  1. Une reprise en forme de V implique un rebond important, qui ramène l’activité aux sommets précédents relativement rapidement. Elle toucherait particulièrement les secteurs manufacturiers et de la construction, qui se prêtent bien à la distanciation physique, comme en témoigne la reprise de ces activités en Europe et en Asie.
  2. Une reprise en forme de U, qui se caractérise par une reprise plus lente, pourrait s’étaler sur plus d’un an. Cette situation semble plus probable pour les secteurs nécessitant un retour de la confiance des consommateurs, tant d’un point de vue économique que sanitaire. Les premières informations économiques provenant de la Chine et de l’Europe indiquent que ça pourrait être le cas pour les secteurs du commerce de détail et de la restauration.
  3. Une reprise en forme de L: le pire des scénarios, cette situation indique un rebond timide et un niveau d’activité inférieur à sa tendance pré-crise pendant plusieurs années. Les entreprises œuvrant dans l’industrie du tourisme et des événements grand public devraient malheureusement emprunter ce chemin.
  4. Une recrudescence des cas de COVID-19 plus tard en 2020 ou en 2021 risque enfin de causer une reprise en forme de W pour la plupart des entreprises. Les trois grandes pandémies du XXe siècle se sont caractérisées par plus d’une vague.

Le scénario que nous privilégions pour l’ensemble de l’économie canadienne est un croisement entre les formes V et U. La reprise devrait être globalement moins rapide qu’un redressement en V, mais avec suffisamment d’industries présentant des signes de vigueur pour éviter un pénible correctif en U.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

La reprise sera graduelle et inégale. Cette situation a une portée importante pour les entrepreneurs canadiens:

  1. Votre chaîne d’approvisionnement risque de se rétablir avec un certain décalage. Avant de reprendre vos activités, assurez-vous de contacter vos fournisseurs pour minimiser les goulots d’étranglement.
  2. Si vous considérez improbable une reprise en forme de V pour votre entreprise, gardez un œil attentif sur vos liquidités, et restez à jour quant aux programmes d’aide proposés par le gouvernement du Canada et la BDC.
  3. Selon nos estimations, 55 % des clients ont augmenté leurs achats en ligne depuis le début de la crise. Ces nouvelles habitudes risquent de perdurer: un site Internet de qualité deviendra encore plus critique à vos succès dans un monde post-pandémique.
Perspectives États-Unis

La distanciation sociale et son impact sur la consommation: l’exemple des États-Unis

Avec plus de 20 millions de chômeurs aux États-Unis, nos premiers indices de l’impact de la pandémie sur la consommation proviennent du sud de la frontière

Les nouvelles données nous permettent de mieux comprendre l’ampleur de la crise et les efforts à déployer pour venir en aide aux secteurs les plus affectés. Les indices de consommation aux États-Unis, plus ponctuels que les nôtres, nous donnent un bon aperçu de l’impact de la COVID-19 sur les différentes industries qui composent l’économie canadienne.

Cette section propose d’abord un survol des plus récentes statistiques économiques américaines, avant de conclure sur l’impact de la COVID-19 sur la consommation de certaines catégories de produits.

L’économie a connu sa plus rapide contraction en onze ans

Deux semaines de confinement auront contribué à mettre fin à la plus longue expansion économique de l’histoire moderne des États-Unis. L’économie américaine a chuté de 4,8 % au premier trimestre de 2020, selon les premières estimations du Bureau of Economic Analysis. Cette décroissance est principalement attribuable à un effondrement de la consommation (abordé à la fin de cet article). L’incertitude économique et les confinements généralisés auront du même coup fait grimper le taux d’épargne personnel à 13,1 %, un sommet remontant à 1981.

Les perspectives sont encore plus sombres: les économistes s’attendent à ce que la contraction pour le deuxième trimestre de 2020 soit la plus importante jamais vu depuis la démobilisation suivant la Seconde Guerre mondiale – des taux annualisés de -30 % à -40 % font présentement consensus. Le Congressional Budget Office (CBO) projette un retour à la croissance pendant la deuxième moitié de l’année (avec un coup de pouce de l’épargne actuelle), mais est d’avis qu’un retour au niveau d’activité économique pré-récession attendra 2022 au plus tôt.

Le marché du travail poursuit sa mauvaise passe

Chaque semaine depuis la mi-mars, les nouveaux chômeurs se comptent par millions aux États-Unis. Le pays a ainsi enregistré 33,5 millions nouvelles inscriptions au chômage au cours des sept dernières semaines. Environ 23 millions de personnes renouvelaient une allocation chômage à la fin d’avril – plus de trois fois le sommet atteint en 2009.

Selon le Bureau of Labor Statistics, 20,5 millions d’emplois ont été supprimés en avril, après le triste bilan de 870 000 en moins en mars. Le taux de chômage est ainsi passé de 4,4 % à 14,7 %.

Le déconfinement progressif de plusieurs États devrait prochainement mettre fin à l’hémorragie, mais il faudra attendre encore quelques mois avant d’observer une baisse significative du taux de chômage. Le CBO est d’avis que le taux de chômage demeurera supérieur à 10 % jusqu’en 2021.

La confiance des entreprises continue de pâtir

Les indices ISM manufacturier et non-manufacturier ont plongé et sont tous deux sous la barre des 50, un seuil indiquant une contraction de l’activité économique.

L’indice du secteur manufacturier est passé de 49,1 à 41,5 – le pire score depuis 2009, tandis que l’indice non-manufacturier est maintenant de 41,8, se trouvant ainsi en territoire de contraction pour la première fois en plus d’une décennie.

Plusieurs composantes de ces deux indices sont en chute libre: les nouvelles commandes et l’emploi ont notamment présenté des reculs importants. Ces deux indices composites auraient écopé davantage sans la contribution positive des délais de livraison. Il s’agit d’une aberration dans les circonstances puisque ces délais découlent de l’arrêt des activités, au lieu des goulots d’étranglement qui reflètent habituellement une économie en plein essor.

Plus forte contraction mensuelle de la consommation jamais enregistrée

La confiance des consommateurs s’est également effritée en avril. L’indice correspondant du Conference Board a ainsi dégringolé à 86,9 pour atteindre son plus faible niveau depuis juin 2014.

Comment se traduit cette confiance dans l’économie réelle? Le confinement a eu deux effets principaux sur la consommation. Premièrement, il a rendu impossible la prestation de certains services. Puis, l’incertitude économique a encouragé de nombreux ménages à se serrer la ceinture et à reporter des achats importants.

Une analyse de la consommation de catégories de produits les plus affectées nous renseigne sur les secteurs qui risquent d’être les plus touchés au Canada (nos données sont publiées plus tard, mais sont moins sujettes à des révisions).

Les biens durables ont été les plus atteints en mars, en diminution de 15 %. Les véhicules et pièces automobiles ont affiché la plus forte baisse (-26 %), mais l’ameublement a aussi écopé (-8 %).

L’ensemble des biens non durables ont connu une hausse (+4 %), mais ce résultat est entièrement dû à la hausse des achats d’aliments et boissons en épicerie (+19 %). Les ventes de vêtements et de chaussures ont chuté de près de 30 %. Il n’y a pas de précision entre les ventes en magasin ou en ligne, mais il est très probable que ces dernières aient moins souffert.

Les ventes de services ont quant à elles régressé de 9,5 %, menées principalement par une chute des transports, des loisirs, de la restauration et de l’hébergement.

Notons que la plupart des États ont établi des mesures de confinement à partir de la mi-mars et, par conséquent, le mois d’avril risque de présenter une baisse encore plus importante de la consommation. La divulgation au préalable des données américaines sur les ventes des différents biens et services nous permettra d’en suivre l’évolution et servira d’indicateur à nos détaillants et fournisseurs canadiens.

Ce que cela signifie pour le Canada

  1. Les baisses importantes de la consommation camouflent la progression des ventes en ligne. Il est fort probable que les consommateurs se tournent davantage vers le commerce en ligne: si ce n’est déjà fait, il faudra prendre le virage numérique.
  2. La demande est en forte baisse dans le secteur des biens durables. Si vous n’avez pas cessé vos opérations et que vous exportez de tels produits aux États-Unis, veuillez garder un œil sur vos inventaires.
  3. Différents secteurs connaîtront divers rythmes de reprise. Si vos opérations dépendent de la fluidité du commerce à la frontière canado-américaine, vous devriez vous attendre davantage à une reprise en U plutôt qu’à un rebond en forme de V (voir la section canadienne à cet effet).
Point sur le marché du pétrole

Un monde inondé de pétrole

Un effondrement de la demande et des surplus d’inventaires ont mené à des prix négatifs en avril

La diminution des prix s’est poursuivie en avril, malgré l’entente entre l’OPEP et la Russie, qui avaient convenu de ralentir leurs rythmes de production.

Un événement inusité est d’ailleurs survenu le 20 avril: différents contrats à terme sur le pétrole se sont échangés à des valeurs négatives alors que les prix ont plongé à -37,63 $US pour le WTI, et -48,38 $US pour le WCS. Ces contrats se transigeaient à des valeurs positives dès le lendemain, mais les prix sont restés plutôt faibles. Comment des investisseurs en sont-ils venus à vouloir payer pour se départir d’une ressource naturelle? Cette lettre offre plusieurs éléments de réponse.

Une histoire d’offre et de demande

Comme c’est souvent le cas pour comprendre des phénomènes économiques, l’explication débute par «C’est une histoire d’offre et de demande…».

À travers le monde, le secteur du transport représente environ 70 % de la demande en pétrole. Les confinements à l’échelle mondiale ont drastiquement diminué les déplacements et contribué à un écroulement sans précédent de la demande en pétrole.

La International Energy Agency (IEA) prévoit en effet que la demande mondiale au deuxième trimestre de 2020 devrait chuter de 25 % par rapport à 2019 et ne devrait pas retrouver son niveau précédent de 100 millions de barils par jour (mb/j) d’ici la fin de l’année.

Cette chute de la demande a donc amené les raffineries à ralentir leurs opérations afin d’éviter l’accumulation d’un important inventaire.

L’entente du 12 avril entre la Russie et l’Arabie saoudite, visant une réduction mondiale de la production de pétrole d’environ 10 %, contribuerait à faire passer l’offre globale à un peu plus de 90 mb/j. Si la différence actuelle entre la production estimée et la demande projetée devait se concrétiser, la surproduction de pétrole brut atteindrait tout de même 17 mb/j.

Sans réduction additionnelle de la production, une augmentation de la demande plus graduelle que prévu aurait des conséquences névralgiques sur les inventaires mondiaux qui, selon certaines analyses, sont sur le point de déborder.

Tout inventaire a ses limites

Plus d’une vingtaine de pétroliers avaient jeté l’ancre au large des ports de Long Beach et Los Angeles dans la semaine du 20 avril. Ils étaient en attente d’instructions quant au déchargement de pétrole brut du Mexique ou d’Alaska devant être acheminé à des raffineries.

L’inadéquation entre l’offre et la demande de pétrole se traduit par un manque de capacité de stockage de plus en plus évident. Les raffineries, les parcs de stockage et les réserves stratégiques manquent d’espace. À cet égard, l’IEA estime que la capacité opérationnelle maximale mondiale se situe quelque part entre 5,0 et 5,7 milliards de barils de pétrole.

L’agence estime que le point médian de cette fourchette sera atteint au cours du mois de mai et pourrait atteindre sa borne supérieure en fin juin. Si ses estimations de stockage sont justes, une reprise de la demande en pétrole plus lente que prévu contribuera à une répétition des événements survenus au large du sud de la Californie le mois dernier.

Les prix négatifs du 20 avril découlent donc d’un manque de liquidité sur le marché des contrats pour livraison en mai (venant à échéance le 21 avril): les investisseurs étaient tout simplement incapables de trouver preneur pour leurs contrats, alors que les acheteurs habituels de pétrole brut n’étaient même pas disposés à ne rien payer pour un baril de pétrole – il fallait les compenser pour prendre en compte le coût du stockage, qui est de plus en plus élevé compte tenu de l’atteinte des capacités maximales.

Les capacités de stockage varient d’un continent à un autre: la production nord-américaine (WCS, WTI) est davantage enclavée que celle du Brent, qui est extrait dans la Mer du Nord. La capacité de stockage est ainsi plus limitée en Amérique du Nord. Voilà aussi pourquoi le cours du Brent n’a jamais été négatif: les problèmes de stockage y étaient somme toute plus limités et les détenteurs de contrats venant à échéance étaient capables de trouver preneur, même à 25 $US le baril.

Conséquences pour le Canada

Les perspectives à moyen terme demeurent nébuleuses pour le secteur pétrolier. Des stocks mondiaux qui dépassent les 6 milliards de barils impliquent des prix plus bas, plus longtemps. La demande devra excéder l’offre de façon marquée pour que les stocks retournent éventuellement à un niveau plus régulier, sous les 3 milliards de barils.

L’IEA estime que les compagnies de pétrole canadiennes auraient ainsi réduit leurs budgets d’investissement de plus de 8 milliards de dollars entre mars et la mi-avril. Bien qu’un arrêt complet de la production entraîne des défis logistiques coûteux et risqués, certaines compagnies jugent cette option préférable à celle de produire à un prix du WCS inférieur à 10 $US le baril.

Ces entreprises ont toutefois des besoins en liquidité pour payer leurs employés et respecter leurs engagements financiers. Le gouvernement du Canada et la BDC ont d’ailleurs annoncé des programmes de soutien financier.

La COVID-19 et ses effets sur le marché du pétrole assombrissent l’avenir pour les provinces productrices de pétrole à court et moyen terme. L’IEA prévoit à ce titre une contraction de l’industrie minière albertaine de plus de 5 % en 2020, et la pire récession de l’histoire de la province.

Annexe: Comment en sommes-nous arrivés à des prix négatifs?

Pour comprendre les dynamiques pouvant mener à des prix négatifs, il faut d’abord expliquer comment se transigent les ressources naturelles sur les marchés financiers, et pourquoi un prix négatif ne signifie pas pour autant que la station-service du coin vous payera pour faire le plein.

Il convient également de distinguer le marché spot des contrats à termes. L’achat sur le marché spot entraîne une prise de possession immédiate du produit. C’est le cas notamment lorsque vous achetez le titre d’une entreprise cotée en bourse.

Les ressources naturelles sont de leur côté généralement échangées par l’entremise de contrats à termes, dont la détention à une certaine date mène à une livraison ultérieure. Par exemple, il est possible d’acheter aujourd’hui un contrat pour le WTI pour la livraison en juin 2020, en février 2021, ou tout autre moment au cours de la décennie.

Il y a ainsi toujours plus qu’un prix pour un produit de base, même si en temps normal les prix ne diffèrent pas de façon importante (voir les cours du 2 janvier 2020 sur le graphique). Ainsi, pour le WTI au cours du tristement célèbre 20 avril, c’est le contrat pour livraison en mai qui s’est échangé en territoire négatif. Le même jour, le baril pour livraison en juin se transigeait à 20 $US.

La date du dernier règlement pour livraison en mai était le 21 avril. Le 22 avril, le nouveau contrat de court terme était pour livraison en juin et il s’échangeait pour (+)14 $US – une baisse de 30 % par rapport à deux jours plus tôt.

Si les prix à court terme ont drastiquement diminué ces dernières semaines, les contrats pour livraison à la fin 2020 ont été moins volatiles et ont continué de s’échanger dans une fourchette plus restreinte de 28 $US à 32 $US. Les investisseurs et spéculateurs sont donc relativement optimistes et estiment que les facteurs attribuables à la récente chute du prix se résorberont au cours des prochains mois.

Autres indicateurs économiques

La Banque du Canada prête à faire «tout ce qu’il faudra»

Après des réductions cumulatives de 150 points de base en mars, le taux directeur de la Banque du Canada est maintenant à 0,25 %, ce que le gouverneur actuel considère comme la borne inférieure. Le nouveau gouverneur Tiff Macklem, qui entrera en poste en juin, a fait écho à ces propos. Il est ainsi peu probable que ce taux varie au cours de la prochaine année. Toutefois les activités de la banque centrale ne se limitent pas seulement à son taux directeur: en l’espace d’un mois, de la mi-mars à la mi-avril, les actifs détenus par la Banque du Canada ont bondi de 59 % pour atteindre près de 200 milliards de dollars (environ 10 % du PIB). Ces injections de liquidités permettraient d’éviter un resserrement du crédit à l’instar de celui observé au déclenchement de la récession de 2008-2009.

Le dollar canadien demeure faible

La pandémie et les cours du pétrole continuent de peser sur le dollar canadien. Depuis avril, le huard se transige autour de 0,71 $U.S., ce qui représente une légère amélioration par rapport à mars lorsque la devise testait la barre des 0,70 $U.S. Malgré l’effondrement des prix du pétrole en avril, le huard a fait preuve d’une étonnante résilience. Le dollar ne devrait toutefois pas retourner à sa valeur des dernières années, autour des 0,75 $U.S., tant que la pandémie ne sera pas jugée sous contrôle.

Remontée de la confiance des entrepreneurs

L’indice de confiance des PME de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a bondi de plus de 15 points en avril, pour atteindre 46. La hausse a été un peu plus élevée pour le secteur de la fabrication, qui a affiché un gain de 19 points, pour s’établir à 44. Un indice inférieur à 50 représente une contraction de l’activité. Notre analyse sectorielle prévoit un rebond plus important (se rapprochant d’une forme en V) à court terme dans le domaine manufacturier. En revanche, à cause des mesures sanitaires susceptibles de s’étaler dans le temps, de nombreux services subiront une reprise plus lente en forme de U.

L’inflation à surveiller

L’inflation d’une année à l’autre a chuté à 0,9 % en mars, entraînée par l’effondrement du prix de l’essence. La moyenne des trois mesures d’inflation fondamentale de la Banque du Canada, qui excluent certains des biens et services les plus volatiles, demeurait plus stable à 1,8 %. La Banque du Canada gardera à l’œil la hausse des prix au pays, sa cible se situant entre 1 et 3 %. Certains produits, particulièrement ceux faisant l’objet de pénuries comme les denrées alimentaires, pourraient subir une forte hausse de prix au cours des prochains mois. Les nombreuses fermetures d’usines nord-américaines de transformation de bœuf et de porc, par exemple, pourraient amener une augmentation des prix de la viande et ses substituts. Les effets de la dépréciation du dollar canadien pourraient aussi entraîner une croissance du coût des importations. Ces pressions à la hausse seront toutefois contrecarrées par une forte baisse de la demande due à la pandémie.

Indicateurs clés: Canada

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