Du soutien financier et des ressources pour les entreprises touchées par la COVID-19.

Soutien pour les entreprises touchées par la COVID-19.

Lettre économique mensuelle

Octobre 2020
Article vedette

Biden/Trump: l’impact de l’élection américaine sur les entrepreneurs canadiens

L’élection présidentielle du 3 novembre monopolise l’attention médiatique. Au-delà des politiques que défendent les candidats et leurs partis respectifs, ceux-ci proposent différentes visions économiques dont l’impact dépasse les frontières du pays.

Dans cette édition mensuelle, nous résumons l’état de la course à ce jour, les différentes positions défendues par MM. Biden et Trump et les effets de la victoire de l’un ou l’autre sur l’économie canadienne.

L’état de la course

Depuis sa victoire à l’investiture démocrate, Joe Biden devance Donald Trump dans les sondages nationaux par une marge moyenne de 7,3 % (9,7 % en date du 8 octobre). Si Biden détenait à la mi-octobre une avance durable dans la majorité des États pivots (swing states), un biais dans les sondages dans un sens ou dans l’autre demeure une possibilité, comme ce fut le cas en 2016. En ce sens, l’agrégateur de sondages FiveThirtyEight donnait en date du 9 octobre une probabilité de victoire de 85 % du candidat démocrate, contre 15 % pour le président sortant.

De nombreuses courses au Sénat auront également un impact sur l’orientation économique du pays. Une victoire d’un nombre suffisant de Républicains empêcherait une administration Biden de mettre de l’avant son programme politique ce qui contribuerait au maintien du statu quo jusqu’aux élections de mi-mandat de 2022.

Au moment d’écrire ses lignes, l’agrégateur FiveThirtyEight donnait au Parti Démocrate une probabilité de 68 % de contrôler le Sénat à l’issue de l’élection du 3 novembre. Les sièges en jeu dans l’Iowa, le Maine, le Colorado, la Caroline-du-Nord et l’Arizona seront déterminants. Par ailleurs, les Démocrates devraient garder le contrôle de la Chambre des représentants, peu importe l’issue de l’élection présidentielle.

Des victoires de camps opposés provoqueraient de nombreuses impasses politiques au cours des prochaines années. En cas de victoires plus décisives d’un parti ou de l’autre, leurs programmes auront plus d’impact sur l’économie.

Le Canada vulnérable à une montée du protectionnisme

Les échanges économiques internationaux demeurent cruciaux pour l’économie canadienne: en 2019, les exportations représentaient 32 % de son PIB. Chaque mois, le Canada exporte environ 50 milliards de dollars en marchandises, dont plus de 35 G$ aux États-Unis. La stabilité des échanges commerciaux demeure ainsi une priorité pour le Canada. L’élection de Trump en 2016 présentait un risque d’abrogation de l’Accord de libre-échange nord-américain. Cette menace a débouché en 2018 sur l’Accord Canada – États-Unis – Mexique, ce qui diminue aujourd’hui le risque à cet égard. Néanmoins, l’administration en place ne se gêne pas pour imposer des tarifs sur certains produits canadiens, comme ce fut le cas pour l’aluminium cet été. Malgré le recul de l’administration Trump, ce type de différends demeure probable en cas de réélection.

Peu importe qui de Biden ou Trump sera président, on s’attend au maintien de relations tendues entre les États-Unis et la Chine, ce qui représente un risque pour des économies exportatrices comme le Canada.

Les enjeux risquent toutefois d’être différents: une des premières actions de M. Trump en 2017 a été de quitter l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), dont le Canada fait partie. Cet accord a pour but, entre autres, de faire contrepoids à l’hégémonie régionale de la Chine. (L’Accord a néanmoins survécu et le bloc commercial comptera 500 millions de consommateurs à terme).

En cas de victoire de M. Biden, il est probable que les États-Unis entament des négociations pour réintégrer le PTPGP. Cela donnerait un élan au multilatéralisme international qui a été mis à rude épreuve ces dernières années, alors que Trump a maintes fois signalé son appréhension face à des organisations telles l’OMC et l’OTAN.

Peu importe le gagnant, il est à prévoir que la crise économique actuelle entraînera un courant protectionniste «Buy America». Les exportateurs canadiens devront donc faire face à ce défi dans les prochaines années.

Impôts: la compétitivité relative du Canada en déclin

L’élection américaine aura aussi une incidence économique sur la fiscalité. Depuis la réduction des impôts promulguée par l’administration Trump en 2017, la compétitivité relative du Canada s’est détériorée. Le taux d'imposition des sociétés américaines est alors passé de 35 % à 21 %. En 2018, l’imposition des sociétés représentait 1,1 % du PIB aux États-Unis, comparativement à 3,7 % au Canada.

Or, en cas de victoire, les Républicains envisagent d’autres réductions d’impôts pour contribuer à la relance économique en 2021.

Joe Biden propose plutôt une hausse d’impôts cumulative de 4 000 milliards de dollars sur 10 ans, qui seraient puisés dans les poches des plus fortunés et des entreprises (en rehaussant notamment le taux d’imposition des sociétés de 21 % à 28 %). Une telle hausse augmenterait la compétitivité relative des entreprises canadiennes.

En contrepartie, le candidat démocrate s’est engagé à augmenter dans des proportions similaires les dépenses, particulièrement dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures.

Le programme démocrate générerait un PIB plus élevé de 4,5 % en 2024 selon Moody’s, une firme de consultants sans affiliation politique (voir leur note, en anglais). Des dépenses gouvernementales plus importantes viendraient en effet compenser un secteur privé affaibli par la crise actuelle, explique Moody’s.

Les Démocrates ont toutefois besoin d’une majorité au Sénat pour réaliser leur programme, sans quoi davantage de compromis seraient nécessaires.

Le secteur de l’énergie

L’élection américaine pourrait aussi avoir un impact sur le secteur pétrolier canadien. L’expansion de l’oléoduc Keystone XL, qui permettrait à termes d’acheminer 830 000 barils par jour de pétrole de l’Alberta aux raffineries du Golfe du Mexique, n’avait pas particulièrement l’aval de l’administration Obama (alors que M. Biden était vice-président). Le projet, qui fait encore face à des embuches logistiques et économiques, serait davantage à risque dans l’éventualité d’une Maison Blanche démocrate.

Par ailleurs, une administration Biden réintégrerait l’Accord de Paris et mettrait de l’avant d’importants investissements dans les énergies renouvelables dans le but de rendre l’économie américaine carboneutre d’ici 2050. Les entreprises canadiennes œuvrant dans ce secteur d’avenir pourraient en bénéficier.

L’impact sur les entrepreneurs canadiens

  1. Bien que le candidat démocrate soit présentement favori, la course demeure compétitive dans plusieurs États pivots. La course au Sénat reste aussi serrée et pourrait limiter la mise en place des politiques de l’éventuel président en cas de division du pouvoir.
  2. Le Canada bénéficierait à plusieurs égards de l’élection de M. Biden: il y aurait moins d’incertitude en matière d’échanges commerciaux et notre désavantage fiscal serait amoindri. Le multilatéralisme reprendrait du mieux, un facteur important pour une économie exportatrice comme la nôtre. Les entreprises du secteur des énergies renouvelables profiteraient à moyen terme de débouchés intéressants au sud de la frontière.
  3. Le secteur pétrolier canadien, qui ferait face à moins d’obstacles avec une administration républicaine à Washington, sortirait gagnant de la réélection de M. Trump. Le Canada continuerait toutefois d’affronter une administration souvent imprévisible et notre compétitivité relative demeurerait affaiblie.
Perspectives Canada

La reprise économique se heurte à la deuxième vague

L’emploi et l’activité économique ont poursuivi leur remontée au cours de l’été. À l’amorce du quatrième et dernier trimestre de 2020, et d’une hausse importante des cas d’infections à la Covid-19, cet élan sera-t-il suffisant pour éviter une deuxième contraction du PIB?

La phase de rebond initial tire à sa fin

L’activité économique a poursuivi sa remontée, alors que le PIB a connu une croissance de 3 % en juillet, après une hausse record de 6,5 % en juin. L’économie canadienne carbure ainsi à 94 % de son rythme qui prévalait avant la pandémie.

Chacun des 20 secteurs a affiché une croissance en juillet, une première depuis la publication de ces données (1997), et 6 secteurs ont déjà retrouvé leur niveau d’activité de 2019: l’agriculture, les services publics, les services financiers et d’assurance, le commerce de détail et les services immobiliers.

Le secteur manufacturier (fabrication) a été particulièrement vigoureux, affichant une croissance de 5,9 %. La fabrication de véhicules automobiles (+10,5 %) et de pièces automobiles (+38,6 %) a contribué à cette embellie. Du côté des biens non durables, notons la forte performance de la fabrication de produits en plastique et en caoutchouc (+17,9 %).

Le secteur de l’hébergement et des services de restauration a présenté une hausse de 20,1 %, alors que la réouverture des restaurants et des bars s’est poursuivie à l’échelle du pays. Ce secteur continuait toutefois d’afficher un recul de 33 % par rapport à son niveau de février et le potentiel de gains supplémentaires demeure limité d’ici la fin de 2020.

La fermeture partielle des bars et restaurants pendant quatre semaines en octobre au Québec en en Ontario donne un avant-goût de ce qui attend ce secteur d’ici la mise au point d’un vaccin.

La reprise demeurait également limitée pour les secteurs des arts, spectacles et loisirs ainsi que pour le transport et l’entreposage.

La phase de relance rapide semble maintenant derrière nous. Les données préliminaires suggèrent en effet une croissance de 1 % en août, selon Statistique Canada. Cette nouvelle phase de «récupération» sera beaucoup plus lente que le rebond des derniers mois. Le PIB canadien atteindrait de nouveaux sommets seulement en 2022.

Emplois: les gains se poursuivent

En septembre, 378 200 emplois se sont ajoutés au marché du travail canadien. Cette hausse portait la création nette d’emplois depuis mai à 2,29 millions, soit 76 % des 3 millions d’emplois perdus lors du confinement du printemps.

Le taux de chômage a ainsi continué sa descente, passant de 10,2 % à 9 %. En tenant compte de la main-d’œuvre sous-utilisée, qui regroupe les travailleurs à temps partiel involontaires ainsi que les chercheurs d’emploi découragés et ceux en attente d’un rappel, le taux de chômage passerait à 11,2 %. Ce taux est toutefois inférieur au sommet de 18,2 % enregistré en mai.

Le niveau d’emploi affichait un recul de 3,7 % par rapport à son niveau précédant la crise. Si la tendance devait généralement être à la hausse au cours de la récupération économique à venir, le chemin risque d’être moins linéaire puisque des confinements partiels sont à prévoir. De façon générale, le marché du travail ne devrait pas récupérer la totalité des emplois perdus avant environ deux ans.

La deuxième vague se confirme

Au cours de l’été, les cas quotidiens d’infection à la Covid-19 avaient baissé jusqu’à 10 à 15 par million d’habitants à l’échelle du pays. Ce contrôle de la pandémie avait alors permis de rouvrir la grande majorité des secteurs de l’économie.

La situation a empiré en septembre et en octobre. Les cas d’infection quotidiens, qui s’élevaient à 57 par millions d’habitants en date du 8 octobre, ont maintenant surpassé le sommet de 45 atteint le printemps dernier. Les décès demeurent toutefois inférieurs à ceux observés en avril et mai, alors que les infections affectent davantage des cohortes plus jeunes – un groupe moins à risque. La hausse d’infections est particulièrement importante au Québec, en Ontario et en Alberta. D’autres provinces font mieux, dont celles de l’Atlantique.

Certaines provinces ont réagi à ces hausses de nouveaux cas. La Colombie-Britannique a davantage limité les heures d’ouverture des bars et restaurants. Dans plusieurs régions du Québec et de l’Ontario, les gouvernements sont allés encore plus loin en fermant complètement les salles à manger et autres lieux de socialisation.

Quatrième trimestre: l’élan se poursuivra-t-il?

La hausse de près de 40 % du PIB (en rythme annualisé) au troisième trimestre sera maintenant suivie d’une reprise économique plus lente. L’arrivée d’une deuxième vague, combinée au renforcement de certaines mesures sanitaires, risque de ralentir le rythme de croissance.

Le quatrième trimestre se fera néanmoins sous le signe de la croissance. Même en cas de confinement, ces mesures seront plus ciblées qu’au printemps dernier. Le maintien des programmes gouvernementaux (comme le changement de la Prestation canadienne d’urgence en Prestation canadienne de relance économique) devrait permettre aux travailleurs touchés par la crise économique de conserver leur revenu et ainsi continuer à soutenir plusieurs secteurs d’activité, notamment le commerce de détail.

Les ménages pourraient toutefois se montrer plus prudents à l’approche d’un hiver certes imprévisible, mais qui s’annonce globalement pénible. Ces incertitudes, pour les entreprises, minent leurs intentions d’investissement qui demeurent faibles.

L’impact sur les entrepreneurs

  1. Malgré une économie toujours fragile, la reprise a été à ce jour plus forte qu’anticipée. Attendez-vous néanmoins à un ralentissement notable au cours des prochains mois.
  2. La deuxième vague étant à nos portes, il importe de garder un œil sur vos liquidités. Pour des conseils sur la continuité de vos affaires lors d’événements hors de votre contrôle, consulter cet article.
  3. Soyez à l’affût des nouvelles mesures d’aide aux entreprises touchées par la mise en place de nouvelles mesures sanitaires.
  4. Le dernier trimestre de 2020 devrait néanmoins afficher une croissance positive. Les mesures gouvernementales de soutien demeurent importantes et limiteront le risque de réduction drastique de la consommation. Malheureusement, les secteurs les plus affectés à ce jour le demeureront pendant quelques trimestres encore.
Perspectives États-Unis

Reprise américaine: des bases moins solides

À l’approche de l’élection américaine, la reprise économique demeurait généralement vigoureuse, mais les perspectives du marché du travail laissaient présager un hiver plus difficile.

Le marché du travail déçoit

L’économie américaine a ajouté 661 000 emplois en septembre, ce qui était inférieur aux attentes et signalait un ralentissement de la croissance rapide des derniers mois.

Le taux de chômage a continué sa descente plus rapide que prévu, de 8,4 % à 7,9 %. Toutefois, le taux d’activité a reculé à 61,4 %, alors que près de 700 000 Américains ont quitté le marché du travail, après avoir notamment abandonné la recherche d’un emploi.

Les États-Unis ont récupéré 11,4 des 22,2 millions emplois perdus (52 %) lors du confinement, une marque plus faible qu’au Canada (76 %). À ce rythme, il faudrait attendre 17 mois avant que le pays retrouve le niveau d’emploi qui précédait la crise.

Cette attente pourrait être encore plus longue. Globalement, 60 % des entreprises présentement fermées ne rouvriront pas leurs portes, estime la compagnie numérique Yelp (voir leur rapport, en anglais) qui note que 98 000 firmes qui s’affichaient sur sa plateforme en mars étaient aujourd’hui fermées définitivement.

Les statistiques sur l’emploi font écho à ces fermetures: 3,8 millions de pertes d'emplois sont dorénavant considérées comme permanentes, comparativement à 1,3 million il y a un an. Ces chômeurs prennent généralement beaucoup plus de temps à se trouver un emploi.

Faute d’un nouvel accord au Congrès américain, la fin de certains programmes d’aide qui obligeaient les entreprises à garder leurs employés pourrait mener à de nouvelles vagues de licenciement, comme celles annoncées par Disney et United Airlines en début octobre.

Bref, le marché du travail demeure sur une pente ascendante, mais les mois à venir s’annoncent plus difficiles. Sa progression dépendra du dénouement de l’impasse politique, abordée dans la prochaine section.

Recul du revenu disponible

La chute de 2,7 % du revenu disponible en août est un autre élément à surveiller. La hausse de la rémunération (+1,3 %), attribuable aux gains sur le marché du travail, n’a pas suffi à compenser la réduction des transferts gouvernementaux (-15 %). Cette situation était nettement prévisible après la fin, en juillet, du programme de bonification de l’assurance-chômage en vigueur depuis le début de la pandémie.

Au moment d’écrire ces lignes, le Congrès américain n’arrivait pas à s’entendre sur les modalités du prochain plan de relance. Le président Trump avait même décidé de suspendre jusqu'au lendemain des élections les négociations sur de nouvelles mesures d'aide aux Américains. Les deux partis semblaient toutefois se rapprocher d’une entente: la Chambre des représentants (Démocrate) proposait un programme de 2 000 milliards de dollars, tandis que le Sénat (Républicain) semblait prêt à approuver un plan de relance de 1 600 milliards de dollars. Plusieurs sénateurs républicains n’étaient pas prêts à voter en faveur d’un plan dépassant 1 000 milliards de dollars. Les détails de la distribution des fonds n’étaient pas réglés: les Démocrates proposaient une aide de 436 milliards de dollars aux États et municipalités, contre 250 milliards pour les Républicains.

Les résultats de ces négociations auront un impact certain sur la tenue de l’économie au cours des prochains trimestres. De nombreux États ne peuvent déclarer de déficits et pourraient procéder à des mises à pied douloureuses en enseignement et d’autres services publics. Une telle situation avait d’ailleurs ralenti la dernière reprise économique.

Le consommateur américain reprend confiance

La vente de biens est demeurée plus élevée qu’à l’amorce de la crise, alors que les ménages continuaient leurs dépenses liées aux achats reportés pendant le confinement. Les ventes de voiture étaient particulièrement robustes en septembre (16,3 millions en rythme annualisé), ce qui témoigne généralement d’une confiance renouvelée. L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board atteignait d’ailleurs un sommet remontant à mars, après un été généralement morose.

La reprise des dépenses liées aux services est beaucoup plus lente et similaire à ce qu’on observe pour les emplois du secteur. Les dépenses pour les soins personnels, l’hébergement et la restauration demeuraient de loin inférieurs à leurs niveaux observés en début d’année.

Les indices ISM manufacturier et non-manufacturier suggéraient tous deux que la majorité des entreprises s’attendent aussi à une amélioration de l’environnement économique au cours des prochains mois.

L’indice manufacturier a légèrement reculé en septembre (55,6), alors que la composante «nouvelles commandes» perdait 7,4 points à 60,2. La bonne nouvelle: l’indicateur demeure en territoire expansionniste, le chiffre ayant été particulièrement élevé en août à cause des commandes accumulées pendant le confinement printanier. Les intentions d’embauche (49,6) restaient cependant limitées.

Seulement 4 des 18 secteurs manufacturiers rapportaient toujours une contraction de l’activité, soit: l’habillement, l’impression et activités de soutien connexes, les produits du pétrole et du charbon, et les métaux primaires.

Dans le secteur non-manufacturier (services), l’indicateur a augmenté à 57,8. La composante emploi passait pour la première fois en territoire expansionniste (51,8). À l’approche d’une recrudescence des cas d’infection dans certains États et de possibles mesures de confinement partiel, les intentions d’embauche pourraient être mises à l’épreuve au cours des prochains mois.

L’impact sur le Canada

  1. Le ralentissement de la reprise économique américaine limitera le rattrapage des exportations canadiennes.
  2. La confiance des consommateurs et des entreprises demeure encourageante, mais la plupart des autres indicateurs sont au jaune. Le marché de l’emploi présente des signes inquiétants et une impasse politique persiste quant aux programmes d’aide du gouvernement.
  3. Alors que les nouveaux cas d’infection à la Covid-19 demeurent élevés, les risques de reconfinement partiel sont réels, à l’instar de ce qu’on observe dans certaines provinces canadiennes.
  4. L’élection présidentielle américaine du 3 novembre est un autre facteur d’incertitude. L’article principal donne plus de détails de son impact potentiel sur le Canada.
Point sur le marché du pétrole

L’évolution du virus nuit au pétrole

Une révision à la baisse de la demande en pétrole a entraîné une réduction des cours du pétrole en septembre. L’augmentation importante des cas d’infection à la Covid-19 dans certains pays devrait réduire les déplacements de la population au cours des prochains mois. La production a pour sa part augmenté, mais des stocks élevés pourraient forcer les producteurs à limiter leurs ambitions au cours des prochaines années.

La valeur du brut recule en septembre

Le Brent et le WTI, indices de référence principaux du pétrole, ont reculé de 10 % au cours des premières semaines de septembre et se transigent autour des 40 $US, soit leur valeur observée pendant l’été.

À ce prix, ces indices demeurent 20 à 25 % inférieurs aux cours affichés en début d’année. L’écart du Western Canadian Select – l’indice de référence canadien – avec le WTI s’est quelque peu rétréci, alors que sa valeur a atteint un sommet d’environ 33 $US qui prévalait au début de la pandémie. Ce plus petit différentiel par rapport au WTI est attribuable à des goulots d’étranglement moins importants à Hardisty, en Alberta.

L’incertitude entourant l’élection américaine du 3 novembre pourrait contribuer à une certaine volatilité des marchés au cours des prochaines semaines.

Demande: projections révisées à la baisse

Les données officielles de juin montrent que la demande en pétrole équivalait à 90 millions de barils par jour (mb/j). Ce niveau, de 10 % plus faible que celui atteint en juin 2019, représentait toutefois une récupération d’environ 70 % de la demande perdue au cours du confinement du printemps dernier.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) ne s’attend toujours pas, comme c’est le cas depuis mars, à ce que la demande en pétrole retrouve en 2020 ses sommets précédents. Selon sa plus récente projection, l’échéance est même repoussée au moins jusqu’en 2022 (demande projetée à 97,1 mb/j au dernier trimestre de 2021, comparativement à 101 au dernier trimestre de 2019).

C’est que la demande en énergie semble suivre deux trajectoires distinctes.

D’un côté, la relance plus robuste que prévu en Chine – tributaire des investissements massifs des différents paliers du gouvernement – tire à la hausse le prix de certains produits de base, dont le cuivre.

L’économie chinoise pourrait même afficher une croissance de son PIB en 2020, ce qui accroît la demande en pétrole. Le rythme de croissance est néanmoins appelé à ralentir, à court terme, et la réduction du cours du pétrole en septembre était en partie attribuable à un recul de la demande chinoise pour les contrats de livraison à court terme.

En Europe et en Amérique du Nord, toutefois, les perspectives de demande en énergie ont été revues à la baisse par l’AIE. À court terme, la hausse des infections à la Covid-19 et les mesures de confinement partiel qui s’ensuivent feront diminuer les besoins en pétrole.

De plus, la pandémie accélère certaines tendances déjà en cours dans le marché du travail, dont le télétravail, qui perdureront dans le temps. Selon l’AIE, seulement 2 % des Américains travaillaient entièrement de la maison l’an dernier, comparativement à près de 50 % pendant la phase la plus sévère du confinement. Des données européennes indiquent un portrait semblable, tandis que Statistique Canada estime à près de 40 % la proportion d’emplois que les Canadiens peuvent effectuer à distance. En d’autres mots, ces tendances que l’on entrevoyait pour la fin de la décennie sont déjà à nos portes. La deuxième vague pourrait générer plus d’investissements en technologies de l’information et donner un élan plus permanent au télétravail.

La production alignée sur les besoins actuels

L’offre mondiale de pétrole en août était de 91,7 mb/j, estime l’AEI, soit l’équivalent à la demande globale.

Comme convenu, les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole élargie (OPEP+) ont augmenté leur production de 2 mb/j. Mais, comparativement au niveau de la fin 2019, les réductions de production demeuraient importantes, à 7,7 mb/j.

La reprise plus lente de la demande à venir nécessitera un maintien de l’alliance entre les différents membres de l’OPEP+, qui demeure stable depuis le différend Russie / Arabie saoudite survenu en mars.

En Amérique du Nord, des ouragans ont limité la production aux États-Unis, tandis que la production canadienne augmentait de 130 000 barils par jour. La dernière section fournit plus de détails sur ce sujet.

Globalement, cet alignement entre l’offre et la demande signifie que les inventaires demeurent élevés. Les stocks ont légèrement augmenté, de 0,44 mb/j en juillet, pour atteindre les 3,2 milliards de barils, soit une hausse de plus de 10 % par rapport aux inventaires de début d’année.

L’impact sur le Canada

Ces inventaires importants ont une portée significative: sans rétablissement complet de la demande, toute friction géopolitique entre les membres de l’OPEP+ quant aux différents niveaux de production risque d’avoir un impact notable sur les cours du pétrole.

Les prix actuels sont généralement suffisants pour assurer la profitabilité de l’exploitation pétrolière au Canada. Ils sont cependant trop faibles pour motiver de nouveaux investissements dans le secteur, ce qui aura un impact à long terme sur le potentiel économique de plusieurs provinces canadiennes. Devant ces incertitudes, Suncor a annoncé récemment la possibilité de mettre à pied environ 10 à 15 % de ses employés au cours des 18 prochains mois.

La stabilité des cours du pétrole pendant l’été a favorisé une hausse de la production au Canada – alors que celle-ci a augmenté de 130 000 barils par jour en moyenne en août. L’AEI estime que la production canadienne sera de 5,4 mb/j à la fin de l’année, ce qui est 10 % inférieur à son niveau de début d’année. Les prévisions pour les prochains mois ont été revues à la baisse, alors que certains producteurs ont devancé des projets de maintenance et que des incidents ont forcé l’arrêt ou le ralentissement de certains forages. En 2021, l’AEI prévoit une production comparable à celle de 2019. Il est toutefois improbable que les prix s’approchent des niveaux alors atteints.

À plus long terme, l’élection américaine pourrait avoir un impact sur les perspectives d’exportations canadiennes de pétrole. Notre article principal traite des impacts potentiels de l’élection sur l’économie canadienne.

Autres indicateurs économiques

La banque centrale maintient son taux directeur

La Banque du Canada a annoncé, début septembre, le maintien de son taux directeur à sa valeur plancher de 0,25 %. Elle entendait aussi poursuivre son programme d’assouplissement quantitatif qui prévoit des achats d’obligations du gouvernement du Canada à raison d’au moins 5 milliards de dollars par semaine.

Maintenir l'élan de la reprise économique entamée cet été demeure l’objectif principal de la banque centrale (voir leur communiqué). Malgré un rebond plus rapide qu’anticipé, la reprise restera lente pendant encore un certain temps (voir la section sur le Canada).

Devant les incertitudes entourant l’évolution de la pandémie, les taux d’intérêt devraient demeurer faibles encore longtemps. D’ailleurs, les membres votants au sein de la Réserve fédérale américaine s’attendent presque unanimement au maintien des taux américains à leur minimum au moins jusqu’à la fin de 2023.

La Banque du Canada fera part de son scénario de croissance de l’économie canadienne dans son prochain Rapport sur la politique monétaire, qui sera publié le 28 octobre.

Le dollar canadien fléchit quelque peu

Après une remontée à près de 0,77 $US en début septembre, le huard s’est quelque peu déprécié et se maintient actuellement entre 0,75 $ et 0,76 $US. Ce niveau est légèrement inférieur à sa valeur moyenne affichée en 2019.

De nouveaux confinements partiels, qui entraîneraient par exemple une chute de la demande mondiale en pétrole, pourraient mettre du plomb dans l’aile du dollar canadien (voir la section sur le pétrole). À l’inverse, des incertitudes quant à l’issue de l’élection américaine pourraient lui donner une certaine vigueur au cours des prochaines semaines (voir l’article principal).

La confiance des PME stagne

L’indice de confiance des dirigeants de PME, établi par la FCEI, est demeuré inchangé à 59,2, en septembre. Une majorité d’entrepreneurs continuent donc de s’attendre à une amélioration de la situation au cours des douze prochains mois. Ce baromètre des attentes sur douze mois n’a toujours pas augmenté depuis juillet et témoigne d’une stagnation de leur confiance. À cet égard, l’indice à plus court terme (trois mois) demeurait faible à 39,7.

L’inégalité de la reprise d’un secteur à un autre se reflète dans leur optimisme modéré. La confiance était en hausse dans la totalité des secteurs de la production de biens, tandis que la situation variait du côté des services, alors que le commerce de gros, les transports, les finances, les services aux entreprises, et l’hébergement et la restauration affichaient un recul.

Quelque 70 % des entreprises étaient complètement ouvertes, à l’échelle du pays en date du 22 septembre, alors que 42 % disaient avoir réembauché la totalité de leur personnel. Seulement 30 % des entreprises rapportaient un niveau de ventes «normal». (voir le Tableau de suivi de la santé des PME de la FCEI). Une refermeture partielle de certains secteurs d’activité pourrait avoir un effet négatif sur ces indicateurs au cours des prochaines semaines.

L’inflation demeure tout juste en territoire positif

Le taux de croissance annuel des prix était de 0,1 % au mois d’août, identique au taux d’inflation observé un mois plus tôt. Par ailleurs, la moyenne des trois indicateurs utilisés par la Banque du Canada pour mesurer l’inflation fondamentale est passée de 1,6 % à 1,7 %.

Sur un an, les prix de l’alimentation ont continué d’augmenter (+1,8 %), mais à un rythme moins rapide qu’en juillet (+2,2 %). Les frais de logement, quant à eux, ont affiché une croissance annuelle stable de 1,5 %. Les prix dans les secteurs de l’habillement et des transports étaient en baisse de 1,3 % par rapport à l’année dernière – une déflation moins importante qu’au début de la crise. Le prix de l’essence a affiché un premier recul mensuel depuis avril.

Indicateurs clés: Canada

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