Principales tendances touchant les entreprises canadiennes

À quoi ressembleront le commerce de détail, le secteur manufacturier et la construction dans 10 ans?

Temps de lecture: 13 minutes

Partager

Qu’est-ce qui attend les entreprises canadiennes au cours de la prochaine décennie? Comment peuvent-elles se préparer aujourd’hui au succès de demain?

Ces questions sont d’une importance cruciale pour les entrepreneurs qui doivent composer avec un contexte des affaires en évolution rapide. Pour trouver des réponses, BDC a chargé Juniper Consulting d’étudier les tendances dominantes qui façonneront l’environnement des affaires d’ici 2030.

L’étude a mis en évidence plusieurs tendances qui toucheront tous les secteurs. La plus importante d’entre elles est la technologie en tant que moteur dominant du changement.

La technologie peut alimenter la croissance, l’innovation et l’efficacité; si elle ne l’exploite pas, une entreprise peut voir sa survie menacée.

Voici d’autres tendances clés relevées dans le cadre de l’étude:

  • l’évolution du travail, surtout dans la foulée de la pandémie de COVID-19;
  • le vieillissement de la population et la dépendance croissante du Canada envers l’immigration pour assurer la croissance de sa population et pallier les pénuries de main-d’œuvre;
  • les défis croissants en matière de développement durable en période de changements climatiques;
  • l’évolution de la dynamique du marché, du ralentissement de la croissance économique à l’intensification de la concurrence étrangère, en passant par la transition vers une économie de services.

L’étude s’est penchée sur plusieurs secteurs d’activité importants du Canada pour voir ce qui les attend. Nous présentons ici les résultats pour trois des plus importants secteurs, soit le commerce de détail, le secteur manufacturier et la construction.

Principales tendances pour le commerce de détail au Canada

Le secteur du commerce de détail compte plus de petites et moyennes entreprises que tout autre secteur au Canada, et ces entreprises emploient également plus de Canadiens que tout autre.

Il est bien connu que le commerce électronique entraîne de grands changements dans le secteur du commerce de détail. Mais le changement ne s’arrête pas au magasinage en ligne. Les entrepreneurs doivent également composer avec l’évolution rapide des préférences des consommateurs, la concurrence croissante et la nécessité d’investir dans les nouvelles technologies.

Nouvelles règles de concurrence

Au cours de la prochaine décennie, le secteur du commerce de détail sera marqué par une concurrence encore plus grande. Les Canadiens ont déjà atteint le pic de consommation avec une myriade d’options d’achat dans chaque catégorie et de plus en plus d’entrants arrivent sur le marché grâce au faible coût de lancement d’une entreprise de détail et à la concurrence étrangère croissante.

Les grands distributeurs continueront à dominer le marché des prix moyens, tandis que les préférences émergentes des consommateurs polariseront le marché entre les extrêmes des produits de luxe et des produits à bas prix.

Répondre aux exigences des futurs consommateurs

Les besoins et les désirs des clients évoluent rapidement, et les détaillants doivent suivre le rythme en utilisant des outils numériques pour déterminer leurs préférences et en faire le suivi. Par exemple, les évaluations en ligne seront de plus en plus importantes pour connaître les attentes des clients et les utiliser pour obtenir un avantage concurrentiel.

L’essor de l’économie de l’expérience

Les jeunes générations préfèrent nettement dépenser leur argent en faisant des choses plutôt qu’en les possédant. C’est ce qu’on appelle l’économie de l’expérience. Cette tendance pousse les détaillants à explorer comment ils peuvent répondre aux désirs «expérientiels». Par exemple, des entreprises font participer leurs clients à la création conjointe de produits au moyen de sondages en ligne et elles commanditent plus d’événements et de cours en magasin.

Les plus jeunes préfèrent aussi dépenser leur argent pour avoir accès à des biens et à des services plutôt que pour en devenir propriétaires. Cette préférence explique la montée de l’économie du partage et un penchant pour la location plutôt que la propriété. Cette tendance reflète l’augmentation de la conscience environnementale qui entraîne également une préférence pour les produits écologiques et réutilisables.

Présence numérique, physique et hybride

Pour réussir dans l’avenir, les détaillants doivent offrir une excellente expérience sur tous les canaux: numériques, physiques et numériques-physiques hybrides. Les consommateurs sont à l’aise de faire des allers-retours entre le magasinage numérique et physique et la création d’une expérience de marque transparente sur tous les canaux est essentielle pour réussir.

Ce que les détaillants canadiens doivent faire

  1. Les grands distributeurs continueront à dominer le marché des produits de milieu de gamme, tandis que les préférences émergentes des consommateurs polariseront les marchés des produits d'entrée de gamme (bas prix) et de hautes gammes (produits de luxe). Vous devrez adapter votre marque et vos produits en conséquence. Si vous décidez de ne pas effectuer de migration, vous devrez être de plus en plus audacieux dans votre différenciation pour maintenir votre part de marché.
  2. Vous devrez améliorer votre compréhension de vos clients en faisant une utilisation plus efficace des données provenant des interactions et des évaluations en ligne. Cela vous aidera à vous tenir au courant des préférences et des attentes changeantes des clients.
  3. Investissez dans la technologie pour offrir une expérience de magasinage omnicanal uniforme et fluide. Offrir des expériences clients axées sur la technologie sera essentiel à votre réussite au cours de la prochaine décennie.

Principales tendances pour le secteur manufacturier au Canada

Ce secteur représente 10 % du PIB du Canada et 68 % des exportations de marchandises. Bien que les secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale soient des piliers de ce secteur, la production d’équipement lourd, de machinerie et d’autres biens est également importante. Les petites et moyennes entreprises représentent une plus grande part du secteur manufacturier au Canada que dans les pays comparables.

Au cours de la prochaine décennie, la tendance clé qui touchera les PME du secteur manufacturier sera l’accélération de l’innovation technologique dans le cadre de ce qu’on appelle l’industrie 4.0. De plus, parmi les autres tendances importantes, mentionnons la demande croissante de produits personnalisés et d’autres services de la part des clients.

Passage à l’industrie 4.0puis 5.0

Bien que les définitions varient, l’industrie 4.0 est généralement décrite comme l’utilisation accrue de la robotique, de l’Internet des objets (IdO), de l’analytique des données et de l’intelligence artificielle pour améliorer la productivité, le service à la clientèle et l’innovation.

Les progrès de l’industrie 4.0 s’accélèrent partout dans le monde depuis 2010 et les avantages pour les fabricants sont impressionnants. Par exemple, les capteurs connectés à Internet peuvent offrir une surveillance continue d’une vaste gamme de mesures de production, ce qui donne aux gestionnaires une vue d’ensemble des activités en temps réel. Un autre exemple est l’essor de l’entretien prédictif, où les capteurs sont utilisés pour éviter les temps d’arrêt et les dommages potentiels en cas de défaillance de l’équipement.

Les avantages de l’industrie 4.0 s’additionneront rapidement et sépareront les entreprises très performantes des retardataires. Au fil du temps, l’industrie 4.0 deviendra une exigence et les entreprises qui ne l’adopteront pas fermeront leurs portes. Malheureusement, les fabricants canadiens accusent un retard par rapport aux concurrents d’autres pays qui adoptent ces technologies de fabrication de pointe.

La prochaine étape – l’industrie 5.0 – est déjà à l’horizon. Elle consiste à faire participer de nouveau les humains au processus de production en les faisant travailler avec des robots de pointe dans des environnements de travail partagés intelligents.

Ce qu’il faudra pour arriver à l’industrie 4.0

Les fabricants canadiens devront surmonter des obstacles pour rattraper les autres pays dans l’adoption de l’industrie 4.0 et suivre le rythme des progrès de l’industrie 5.0. Le manque de ressources, y compris de capitaux, constitue le principal obstacle. Les PME devront prendre des décisions prudentes au sujet de la taille et de l’ampleur de leurs investissements. Heureusement, certaines entreprises pourraient passer par-dessus l’industrie 4.0 pour adopter de manière précoce l’industrie 5.0, ce qui leur permettrait d’économiser des capitaux et de prendre de l’avance dans la course technologique.

La fabrication de pointe exige un changement des compétences techniques et des pratiques de gestion pour en retirer des avantages. Au cours des prochaines années, la main-d’œuvre d’une usine devra comprendre des analystes de données, des programmeurs et des techniciens en robotique. Cela signifie que les entreprises devront intensifier leurs efforts de recrutement pour trouver ces travailleurs. Parallèlement, les gestionnaires devront se familiariser avec le nouveau contexte opérationnel et les travailleurs devront s’adapter aux nouvelles méthodes et technologies.

La fabrication en tant que service

Les clients veulent de plus en plus que les fabricants offrent des produits personnalisés sur demande. La personnalisation commence par l’utilisation des bons outils pour créer des produits sur mesure dans de brefs délais.

Parmi les nouveaux outils, mentionnons les appareils de réalité virtuelle et de réalité augmentée, qui peuvent être utilisés pour créer conjointement des produits avec les clients. Les concepteurs peuvent faire la démonstration de leurs produits de façon virtuelle et adapter les modèles numériques en temps réel. La personnalisation peut également être réalisée à plus grande échelle au moyen de l’analytique des données et de l’intelligence artificielle pour déterminer les tendances en matière de choix et de préférences des clients.

Les fabricants peuvent aussi offrir leurs produits en tant que service. Par exemple, un fabricant d’équipement lourd pourrait louer son équipement à l’heure plutôt que de le vendre dans le cadre d’une transaction ponctuelle. De cette façon, le fabricant établit une relation continue avec le client, ce qui lui fournit des flux de trésorerie continus et des occasions d’accroître ses affaires.

Ce que les fabricants canadiens devraient faire

  1. Aller de l’avant avec l’industrie 4.0. La robotique, les capteurs de l’IdO, les réseaux infonuagiques et l’intelligence artificielle seront des exigences essentielles d’ici 2030. Vous devriez également explorer la façon d’intégrer les innovations de l’industrie 5.0 dans vos activités et voir si vous pouvez même passer par-dessus l’industrie 4.0.
  2. La fabrication de demain exigera des compétences différentes. Adoptez de nouvelles méthodes de recrutement et ouvrez des canaux aux candidats hautement qualifiés tout en mettant en place des programmes de recyclage pour les employés existants afin de combler les lacunes en matière de compétences.
  3. Les fabricants devraient chercher des façons de mieux servir leurs clients en personnalisant leurs produits et services et en réduisant les délais d’exécution. Pour de nombreuses entreprises, convertir leur modèle d’affaires en services plutôt qu’en transactions ponctuelles sera aussi une avenue prometteuse.

Principales tendances pour le secteur de la construction au Canada

La construction est un pilier de l’économie canadienne depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, il y a près de 150 000 PME dans le secteur, qui emploient environ 1 million de travailleurs. Toutefois, le secteur de la construction a mis du temps à accueillir le changement. Par conséquent, il rate des occasions et s’expose à des menaces concurrentielles.

Quoi et où construire

Pour rester en phase avec la société canadienne, les entreprises de construction doivent réfléchir à ce qu’elles bâtiront et aux meilleurs endroits pour le faire. Bien qu’il soit difficile de prévoir les effets à long terme de la pandémie, il est clair que la population canadienne continuera de croître et que la majeure partie de cette croissance se situera probablement dans les villes et les banlieues.

Il faudra plus de logements abordables, de transports et de services publics. Cela créera des défis et des occasions pour les entreprises de construction des grandes régions métropolitaines ainsi que des petits centres moins coûteux qui ont connu une croissance rapide depuis la pandémie.

À mesure que l’immigration reprendra, elle redeviendra un moteur de croissance de la population et pourrait redéfinir la demande de logements. Par exemple, il pourrait y avoir un virage vers le logement multigénérationnel conforme aux traditions culturelles non occidentales. D’autre part, les jeunes générations accorderont une grande valeur à l’abordabilité du logement, tandis que les baby-boomers chercheront à passer des maisons familiales aux immeubles en copropriété ou aux résidences pour retraités. La convergence de ces tendances pourrait signifier que l’offre actuelle de logements sera transformée pour accroître la densité dans les villes.

De plus, la pandémie de COVID-19 a transformé de manière permanente les habitudes de travail. La demande pour l’immobilier commercial diminuera à mesure que le travail à distance deviendra la norme. De plus, les gens veulent de plus grands logements pour accueillir les bureaux à domicile. En même temps, il faudra peut-être repenser l’aménagement des bureaux afin de créer un espace permanent pour la distanciation physique.

S’adapter aux changements climatiques

L’industrie de la construction est responsable d’impacts environnementaux majeurs. Selon le Forum économique mondial, elle consomme la plus grande part de ressources et de matières premières, et les bâtiments sont responsables de 25 à 40 % de la consommation mondiale d’énergie. Par conséquent, ils sont une énorme source d’émissions de gaz à effet de serre.

Le développement durable sera une priorité importante pour le secteur à l’avenir, y compris l’utilisation de nouveaux matériaux et processus pour réduire les impacts environnementaux. Parallèlement, le secteur devra rendre les bâtiments et les autres infrastructures plus résilients pour résister à la fréquence plus élevée des catastrophes naturelles causées par les changements climatiques.

L’incorporation de nouvelles technologies

Le secteur de la construction hésite à adopter les nouvelles technologies et, par conséquent, la productivité de la main-d’œuvre stagne. L’intégration de plus de technologies permettra non seulement d’améliorer la qualité et la sécurité, mais aussi d’atténuer les pénuries de main-d’œuvre.

Parmi les technologies offertes aux entreprises de construction, mentionnons les logiciels de modélisation, les drones aériens et les imprimantes 3D. Les PME ayant des ressources limitées pourraient vouloir explorer l’accès à la technologie au moyen de partenariats avec de plus grandes entreprises ou en partageant de l’équipement avec d’autres petites entreprises.

Comme c’est le cas pour le secteur manufacturier, les entreprises de construction devront chercher des employés possédant les compétences nécessaires pour utiliser les nouvelles technologies, ainsi que recycler leurs travailleurs actuels. Il s’agit d’un défi difficile, car la concurrence pour les talents en technologie est particulièrement importante dans le secteur de la construction.

Ce que les entreprises canadiennes de construction devraient faire

  1. Les entreprises de construction devraient se préparer à prendre de l’expansion pour répondre à la demande accrue créée par la croissance de la population. Les PME devraient également surveiller de près l’évolution des préférences des consommateurs et les intégrer aux nouvelles offres.
  2. Les entrepreneurs devraient mettre l’accent sur le développement durable dans leurs activités et leurs projets, y compris la réduction des matières, la réduction des déchets et l’utilisation de matériaux recyclés et de méthodes d’assemblage plus efficaces. À mesure que l’ampleur et la fréquence des événements météorologiques extrêmes augmenteront, les PME devraient également explorer des façons de rendre leurs projets plus résilients aux catastrophes naturelles.
  3. Les entreprises de construction doivent investir dans les nouvelles technologies, embaucher des employés doués en technologie et accroître les compétences des travailleurs existants.
Partager