RUNWITHIT Synthetics: quand l’IA aide à voir plus loin

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Dean Bittner, cofondateur et directeur de la technologie et Myrna Bittner, cofondatrice et directrice générale, RUNWITHIT Synthetics

Qu’arriverait-il à la population d’une ville si les loyers augmentaient de 6 %? Quelles seraient les répercussions d’un séisme majeur sur les infrastructures urbaines? Une nouvelle technologie pourrait-elle connaître du succès sur le marché? 

Voilà le type de questions auxquelles RUNWITHIT Synthetics (RWI), une entreprise d’Edmonton, aide les organisations à répondre. Elle ne cherche pas à prédire l’avenir. Elle utilise plutôt l’IA pour créer des mondes virtuels réalistes, appelés «villes synthétiques», où il est possible d’explorer des scénarios avant de prendre des décisions.

Au cœur de chaque ville synthétique se trouve une population synthétique: des personnes virtuelles générées par l’IA, dont les caractéristiques et les comportements reflètent ceux de la communauté réelle. 

Ces simulations numériques permettent aux gouvernements, aux entreprises et à d’autres organisations de mettre des idées à l’essai, d’évaluer des investissements et de se préparer à un avenir incertain.

Myrna Bittner, cofondatrice et directrice générale de RWI, parle de «tester l’avenir en vase clos».

Cette approche a été reconnue à l’échelle internationale. Elle aide la clientèle de RWI à relever des défis qui vont de l’abordabilité du logement et de la sécurité énergétique aux soins de santé et à la résilience climatique.

Voir au-delà des données actuelles

Dean et Myrna Bittner ont fondé RWI en 2014 pour aider les entreprises à tester des systèmes numériques complexes dans des environnements virtuels réalistes avant de les déployer dans le monde réel. Leur objectif était de réduire les coûts et les risques d’échec.

Au départ, les projets portaient sur les réseaux de communication, les systèmes essentiels à la sécurité et d’autres applications très techniques. 

Un tournant survient en 2019, lorsqu’une entreprise technologique demande à RWI de simuler les effets d’un séisme majeur sur la ville de San José, en Californie, et de montrer comment les technologies de ville intelligente pourraient réduire les dommages. 

Le projet devait porter sur les infrastructures. RWI a toutefois insisté pour y ajouter un autre élément: la population. 

«Il nous semblait que le plus important, c’était les gens, souligne Myrna Bittner. Si on ne peut pas lier ces systèmes au fait d’aider les gens, de les sauver, on passe à côté de l’essentiel.»

L’équipe a créé une population virtuelle et lui a attribué des comportements réalistes fondés sur des recherches concernant les réactions en situation de catastrophe. Elle pouvait observer comment les personnes évacuaient, notamment si elles s’arrêtaient pour en aider d’autres, comment le stress influençait leurs décisions et comment différentes interventions d’urgence modifiaient les résultats. 

Le projet a précisé la vision de l’entreprise. Au lieu de se limiter à tester des technologies, RWI a commencé à modéliser des communautés entières pour montrer comment les infrastructures, l’économie, les politiques publiques et le comportement humain interagissent. Ces interactions sont souvent impossibles à comprendre au moyen des outils de prévision traditionnels.

C’est une sorte de croisement entre Google Earth et SimCity. Les gens peuvent visualiser leurs communautés en tant que systèmes vivants, interreliés, et se demander “et si...?” 

Créer des mondes virtuels

Dans les communautés virtuelles de RWI, les résidentes et résidents ont un logement, un emploi, des revenus, des options de transport et d’autres caractéristiques. Les organisations peuvent étudier l’incidence de différents événements ou décisions politiques au fil du temps.

«C’est une sorte de croisement entre Google Earth et SimCity», observe Myrna Bittner (SimCity est un jeu vidéo à monde ouvert sur la construction de villes). «Les gens peuvent visualiser leurs communautés en tant que systèmes vivants, interreliés, et se demander “et si...?”» 

Les prévisions traditionnelles reposent sur des données historiques. RWI peut quant à elle générer des données sur des situations qui ne se sont encore jamais produites.

«Nous travaillons toujours dans des domaines où les données manquent. Nous travaillons à partir de l’avenir, de “et si”, d’hypothèses», déclare Dean Bittner, cofondateur et directeur de la technologie. «Nous sommes passés maîtres dans l’art de la génération de données.» 

Cette capacité permet à la clientèle de RWI de poser des questions auxquelles les chiffriers ne peuvent répondre à eux seuls.

Donner une longueur d’avance aux décisionnaires

Un projet récent illustre la puissance de cette approche.

En collaboration avec Centraide du Grand Montréal, RWI a créé une réplique numérique de la région de Montréal pour étudier l’abordabilité du logement.

Le modèle intégrait des renseignements sur les ménages, le logement, le transport et d’autres facteurs qui influencent la stabilité financière. L’équipe a ensuite posé la question suivante: qu’arriverait-il si les loyers augmentaient de 6 %?

Selon la simulation, plus de 30 000 personnes pourraient basculer dans la pauvreté, tandis que de nombreuses autres passeraient de la stabilité financière à la précarité. 

Pour Myrna Bittner, l’intérêt de l’exercice ne consistait pas simplement à produire une statistique de plus. Trop souvent, explique-t-elle, les gouvernements et les organisations réagissent seulement lorsque les problèmes deviennent visibles. 

En modélisant les résultats possibles à l’avance, les décisionnaires peuvent déterminer quelles communautés risquent d’être les plus touchées, de quelle façon, et où les interventions pourraient avoir le plus d’effet.

Pas besoin d’être un grand groupe pour y trouver une utilité. L’avenir et la compréhension des possibilités de votre entreprise sont importants, quelle que soit sa taille.

Voir grand, quelle que soit la taille de votre entreprise

La mise au point d’une technologie aussi ambitieuse a demandé de la patience. Plutôt que de mobiliser du capital de risque dès ses débuts, RWI a financé sa croissance principalement au moyen de ses revenus et a eu recours à des prêts de BDC pour saisir de nouvelles occasions. En 2024, l’entreprise a reçu un investissement de plusieurs millions de dollars de Raven Indigenous Capital Partners. 

Selon Myrna Bittner, les prêts de BDC ont été particulièrement utiles pendant les premières années, car ils ont fourni les fonds de contrepartie nécessaires pour obtenir du financement public destiné à l’innovation. 

«BDC était là pour nous, explique-t-elle. Il suffisait de leur passer un coup de fil.»

Bon nombre d’organisations clientes de RWI sont des gouvernements, des services publics ou de grandes organisations. Dean Bittner souligne toutefois que la technologie peut aussi aider les entreprises de plus petite taille à réduire l’incertitude avant de faire des investissements importants. 

Par exemple, une entreprise qui met au point une nouvelle thermopompe pourrait la déployer virtuellement dans une ville synthétique afin de comprendre si différents segments de clientèle l’adopteraient et de quelle façon. Une association sectorielle pourrait aussi explorer les effets d’une politique proposée sur les entreprises qu’elle représente. 

Les simulations virtuelles peuvent également aider les entreprises en démarrage à comprendre et à démontrer le potentiel de nouveaux produits ou de nouvelles technologies avant d’investir dans de coûteux projets pilotes réels. 

«Pas besoin d’être un grand groupe pour y trouver une utilité, affirme Dean Bittner. L’avenir et la compréhension des possibilités de votre entreprise sont importants, quelle que soit sa taille.»

Le message général s’applique aux organisations de toutes tailles: avant d’investir beaucoup de temps ou d’argent, cherchez des façons de tester vos hypothèses, d’explorer différents scénarios et de comprendre les conséquences possibles. L’IA peut aider les entreprises à prendre de meilleures décisions, mais seulement si elle sert à répondre à des questions pertinentes.

Si vous songez à adopter l’IA, utilisez votre discernement commercial habituel pour vous assurer que la valeur obtenue l’emporte sur les coûts.

L’IA comme outil de prise de décision

Les cofondateurs décrivent leur approche comme une «IA transparente». Contrairement aux systèmes d’IA qui produisent des réponses sans expliquer leur raisonnement, les modèles de RWI permettent de comprendre les hypothèses qui sous-tendent les résultats et de voir comment différentes décisions influencent les résultats.

Même si l’IA alimente la plateforme de RWI, les cofondateurs la considèrent comme un moyen plutôt que comme une fin. 

À leurs yeux, le véritable objectif consiste à aider les organisations à prendre de meilleures décisions. 

Les cofondateurs encouragent les entreprises à adopter l’IA de façon réfléchie. Selon eux, l’IA générative peut accroître la productivité, mais les entreprises devraient:

  • l’utiliser lorsqu’elle crée une véritable valeur;
  • comprendre comment les outils traitent les renseignements sensibles;
  • éviter d’exposer une propriété intellectuelle de valeur.

«Si vous songez à adopter l’IA, utilisez votre discernement commercial habituel pour vous assurer que la valeur obtenue l’emporte sur les coûts», conseille Dean Bittner. 

Prévoir l’avenir

Cette année, RWI a franchi une étape importante en lançant Synthetic Canada, un environnement numérique national qui combine des cartes 3D, des données contextuelles et temporelles ainsi que des populations virtuelles générées par l’IA. Cet outil permet d’évaluer le logement, les grands projets, les transitions énergétiques, la défense, les décisions politiques et les répercussions des changements climatiques.

L’entreprise croît également dans le domaine de la recherche en santé. Des équipes de l’Université de Waterloo ont désormais accès à sa plateforme de modélisation, et elle commercialise sa technologie pour que sa clientèle puisse à terme effectuer ses propres simulations afin d’étudier des scénarios et d’évaluer des investissements. 

Même si le travail de RWI consiste souvent à modéliser des catastrophes, des chocs économiques et d’autres scénarios difficiles, ses cofondateurs envisagent l’avenir avec confiance.

«En fait, nous sommes farouchement optimistes», confie Myrna Bittner. Plutôt que de s’attarder sur ce qui pourrait mal se passer, elle est motivée par la possibilité d’aider les organisations à faire de meilleurs choix et à éviter des problèmes potentiels.

Les entreprises font face à une incertitude croissante, qu’elle découle des changements climatiques, de l’évolution des technologies ou de l’imprévisibilité des marchés mondiaux. Dans ce contexte, la possibilité de tester des idées avant de faire des investissements coûteux pourrait devenir de plus en plus précieuse.

Après tout, la meilleure façon de se préparer à l’avenir est peut-être de lui rendre visite.

Prochaines étapes

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