Ces entreprises canadiennes sont derrière les percées numériques du secteur de la construction

Le secteur de la construction tarde à prendre le virage numérique, mais des entreprises technologiques canadiennes redéfinissent les façons de faire dans le secteur

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Eamon O’Rourke baigne dans le secteur de la construction depuis son plus jeune âge. Il a commencé à aider son père à rénover des maisons en Irlande dès qu’il a été assez vieux pour se servir d’un marteau. Après quelques années en Australie, il s’est installé à Montréal, au Canada, où il a géré des projets de construction d’une valeur de 55 millions de dollars pendant 18 ans. Ayant évolué toute sa vie dans le secteur, il connaît très bien les difficultés que peut connaître les entrepreneur.es général.es. C’est ce qui l’a incité à faire équipe avec Joelle Chartrand et Devlin Chartrand pour cofonder RenoRun, une plateforme de commerce électronique permettant de commander des matériaux pour les chantiers de construction.

«Ce que nous faisons, c’est répondre aux besoins non comblés du secteur, explique M. O’Rourke. Nous cherchons à trouver des solutions à nos propres problèmes.»

Ces problèmes se sont exacerbés au cours des dernières années. Bien que le secteur de la construction poursuive son essor au Canada et partout dans le monde, les pénuries de main-d’œuvre et les problèmes de chaîne d’approvisionnement exercent des pressions sur le secteur. Cela incite de nombreuses entreprises de construction à chercher des façons de travailler plus intelligemment plutôt que plus fort et à se tourner vers des solutions numériques.

Elles ont de bonnes raisons de le faire. Une étude de BDC menée en 2018 a révélé que les entreprises ayant un niveau supérieur de maturité numérique sont plus susceptibles d’avoir connu une croissance plus élevée de leurs ventes et de leurs bénéfices et d’avoir exporté que les autres.

Avant, dans les foires commerciales, on voyait cinq ou six kiosques d’entreprises de technologie de la construction. Maintenant, on en voit 50 ou 60.

«La demande existe et va en augmentant, souligne M. O’Rourke. Avant, dans les foires commerciales, on voyait cinq ou six kiosques d’entreprises de technologie de la construction. Maintenant, on en voit 50 ou 60

Des entreprises canadiennes sont à l’avant-garde de cette vague d’innovation, offrant des solutions couvrant l’ensemble du processus de construction, de la planification à l’affectation des ressources, en passant par l’exécution sur place.

Simplifier la dotation en personnel

Bridgit, une entreprise de Toronto, fait partie du palmarès du Globe and Mail des entreprises connaissant la plus forte croissance depuis trois ans. Les fondatrices Mallorie Brodie et Lauren Lake ont des racines profondes dans la construction: la famille de Mme Brodie dirigeait des entreprises de fabrication d’acier et de démolition, tandis que le grand-père de Mme Lake était responsable d’une de sous-traitant spécialisé.

Après avoir constaté que de trop nombreux «systèmes» de gestion de la main-d’œuvre étaient bricolés à partir de tableurs Excel et de tableaux blancs, elles ont créé Bridgit Bench, une plateforme infonuagique qui utilise les données de projets antérieurs pour donner aux entrepreneur.es une meilleure idée de leurs futurs besoins en main-d’œuvre.

En plus de rendre la planification de la main-d’œuvre plus précise, Bridgit Bench permet aux entreprises du secteur de la construction d’affecter des équipes en fonction des exigences propres à chaque chantier et de filtrer les profils des travailleur.euses pour faire correspondre les compétences aux besoins du projet.

La solution sert également d’outil de recrutement et de fidélisation pour les entreprises d’un secteur où l’on s’arrache le personnel talentueux. Les travailleur.euses dont le profil indique une préférence pour certains types de projets, ou encore qui recherchent un temps de déplacement minimal, peuvent être jumelé.es à des chantiers qui leur conviennent, ce qui peut les inciter à revenir.

«Le fait que entreprises de construction puissent s’engager à tenir compte de l’expérience professionnelle d’une personne et à chercher des occasions qui cadrent avec son plan de carrière est convaincant pour les celles qui cherchent à changer d’entreprise», souligne Mme Brodie.

Mallorie Brodie, PDG et co-fondatrice et Lauren Lake, chef d’exploitation et co-fondatrice, toutes les deux de Bridgit.

Mallorie Brodie, PDG et co-fondatrice et Lauren Lake, chef d’exploitation et co-fondatrice, toutes les deux de Bridgit.

Trouver de l’équipement lourd n’a pas à être un fardeau

Tout comme pour M. O’Rourke et Mmes Brodie and Lake, Kevin Forestell a eu une idée de technologie fondée sur sa propre expérience. Exploitant en solitaire son entreprise a de la minifourgonnette de ses parents (dont il avait retiré la banquette arrière pour faire de la place pour une brouette), M. Forestell a bâti une entreprise prospère de construction dans le domaine de l’aménagement paysager à Guelph. Après dix ans, l’entreprise comptait plus de 400 employé.es et 200 pièces d’équipement lourd. L’entreprise réalisait des travaux d’aménagement paysager pendant l’été et de déneigement pendant l’hiver.

«Nous avons constaté qu’une partie de notre équipement n’était utilisée que cinq ou sept mois par année, explique M. Forestell. Le reste du temps, l’équipement ne servait pas.»

C’est ainsi que M. Forestell et ses cofondateurs Tim Forestell et Erin Stephenson ont créé DOZR, une plateforme en ligne qui permet aux entrepreneur.es de trouver de l’équipement lourd pour effectuer des tâches précises, le plus près possible de leur chantier. Aujourd’hui, avec plus de 30 000 fournisseurs inscrits, DOZR fonctionne presque comme un agrégateur de réservations de voyage, dressant la liste de tous les fournisseurs disponibles d’un type donné d’équipement dans une région donnée.

Il peut s’écouler plus d’un an suivant l’achat d’une nouvelle excavatrice avant de la recevoir. Les gens se tournent de plus en plus vers la location, et notre plateforme aide à maximiser l’offre de location.

Les avantages sont doubles: les propriétaires d’équipement, y compris certaines des plus grandes entreprises de location, sont en mesure d’optimiser et de monétiser l’utilisation de leurs actifs, tandis que les entreprises de construction ont un accès plus pratique à la machinerie dont elles ont besoin.

«Le secteur de la construction est en plein essor, le marché des rénovations explose et, compte tenu des défis liés à la chaîne d’approvisionnement, il est très difficile aujourd’hui d’acheter du nouvel équipement, souligne M. Forestell. Il peut s’écouler plus d’un an suivant l’achat d’une nouvelle excavatrice avant de la recevoir. Les gens se tournent de plus en plus vers la location, et notre plateforme aide à maximiser l’offre de location.»

Les co-fondateurs et la co-fondatrice de DOZR, Erin Stephenson, Kevin Forestell et Tim Forestell

Les co-fondateurs et la co-fondatrice de DOZR, Erin Stephenson, Kevin Forestell et Tim Forestell (Photo: avec la permission de DOZR)

Stimuler la productivité des entrepreneur.es

L’objectif de M. O’Rourke est similaire pour RenoRun: faciliter la vie des entrepreneur.es. Dans son cas, il s’agit d’éliminer le temps qui se perd invariablement lorsque des employé.e qualifié.es doivent quitter le chantier pour aller chercher des fournitures.

«Vous ne voulez pas avoir à envoyer des gens à l’extérieur du chantier, pas lorsque la main-d’œuvre est déjà si sollicitée, explique M. O’Rourke. Tout tournait autour de la question de savoir comment simplifier les choses pour permettre de gagner du temps.»

Eamon O’Rourke, cofondateur et PDG, RenoRun

Eamon O’Rourke, cofondateur et PDG, RenoRun (Photo: avec la permission de RenoRun)

M. O’Rourke et Joelle et Devlin Chartrand ont surveillé les terrains de stationnement de quincailleries à grande surface à Montréal et ont compté le nombre de personnes portant des bottes de travail qui venaient acheter des fournitures à la dernière minute, afin d’avoir une idée de l’ampleur de la demande pour une solution de rechange. Le besoin était évident. Il a donc créé avec ses cofondateurs une plateforme de commerce électronique qui permet de faire, sur le chantier, des commandes pour une grande variété de matériaux.

Aujourd’hui, les entrepreneur.es peuvent obtenir des livraisons juste à temps de RenoRun de trois manières: au moyen d’une application, d’une boutique en ligne et d’un numéro de téléphone sans frais, qui offre également des conseils. L’entreprise, qui n’était présente qu’à Montréal, sert maintenant les marchés de Montréal, de Toronto, de Boston, de Chicago, de Philadelphie et de Washington D.C.

Joelle Chartrand, cofondatrice et vice-présidente de la culture, RenoRun

Joelle Chartrand, cofondatrice et vice-présidente de la culture, RenoRun (Photo: avec la permission de RenoRun)

Les investisseurs réagissent au potentiel

Le potentiel des solutions numériques de ces trois entreprises qui perturbent le secteur ont attiré l’attention d’investisseurs en capital de risque, y compris BDC Capital ainsi que la crème de grandes sociétés américaines. La ronde de financement de série B de 24 millions de dollars de Bridgit a été codirigée par Camber Creek et Storm Ventures. DOZR a obtenu du financement de série B de 27,5 millions de dollars d’investisseurs tels Builders VC dans la Silicon Valley. Le financement de série B total de RenoRun était de 142 millions de dollars américains, codirigé par Tiger Global et Sozo Ventures.

Ces entreprises canadiennes sont aussi perturbatrices d’une autre façon. Toutes trois sont cofondées et codirigées par des femmes dans un secteur traditionnellement dominé par les hommes.

Mallorie Brodie, de Bridgit, s’est classée au palmarès Top 40 Under 40 in Canadian Construction (les 40 Canadiens de moins de 40 ans les plus performants dans la construction au Canada), tandis que Lauren Lake a été nommée dans les palmarès Best of Canada Forbes Under 30 Innovators (les meilleurs innovateurs de moins de 30 ans au Canada), le palmarès Forbes Manufacturing & Industry 30 Under 30 (les 30 meilleurs chefs d’entreprises industrielles ou de fabrication de moins de 30 ans) et dans la liste TechWeek 100.

La cofondatrice et chef de l’exploitation de DOZR, Erin Stephenson, a remporté le prix «Entrepreneure de l’année» de Startup Canada pour l’Ontario.

Joelle Chartrand, cofondatrice de RenoRun, est actuellement vice-présidente de la culture dans l’entreprise et se consacre à la création d’un milieu de travail dynamique et bienveillant.

Comme le dit M. Forestell: «Le secteur est à la veille de subir toutes sortes de changements.»

Selon Jack Fraser, associé, Fonds de croissance en coinvestissement à BDC, les innovateur.trices canadien.nes sont bien placé.es pour tirer parti de cette vague de changement.

«Il y a tellement de talent au Canada, et les investisseurs souhaitent réellement apporter de nouvelles solutions numériques à ce marché, souligne M. Fraser. Nous devons saisir l’occasion maintenant, et nous pouvons le faire. À BDC, nous sommes très heureux de collaborer avec des entreprises comme Bridgit, DOZR et RenoRun et de contribuer à l’essor de l’innovation canadienne dans le secteur de la construction.»

Apprenez-en plus sur la façon dont BDC investit dans des entreprises canadiennes novatrices.

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