Comment une entrepreneure a bâti une entreprise à partir d’un produit original

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Sharon Bond

Pendant trois ans, Sharon Bond a passé le plus clair de son temps à vendre de la bannique, un pain traditionnel, à partir d’un comptoir routier à West Kelowna, en Colombie-Britannique. Elle souhaitait ainsi éponger sa dette afin de pouvoir obtenir le prêt bancaire nécessaire pour ouvrir un restaurant.

Lorsqu’elle a finalement obtenu un prêt d’All Nations Trust Company, institution financière détenue par des Autochtones, elle a pu louer un local et y entreprendre des rénovations.

Même si elle avait toujours rêvé de diriger sa propre entreprise, Sharon Bond s’interrogeait à mesure que le grand jour approchait.

«Est-ce que je fais les bons choix ? Mon projet va-t-il marcher ? Les gens connaissent-ils la nourriture traditionnelle autochtone ?» Toutes ces questions lui trottaient dans la tête. «J’ai cherché en vain des gens comme moi pour prendre exemple sur eux.»

Sharon Bond a bien cru que ses craintes allaient se réaliser lorsque son restaurant s’est retrouvé privé de gaz pendant deux semaines en raison d’un compteur mal installé. Elle et son équipe ont été forcées de cuisiner sur une poêle électrique lors de l’ouverture à l’été 2009.

«Nous nous démenions pour continuer à préparer les banniques pendant que les techniciens travaillaient à rétablir notre accès au gaz, se souvient l’entrepreneure. C’était vraiment fou!»

Les joies de la bannique

Aujourd’hui, Sharon Bond peut se remémorer ces débuts chaotiques avec le sourire. Forte du succès du Kekuli Cafe, elle a pu ouvrir un deuxième établissement. Elle a même entamé les démarches pour franchiser la marque Kekuli, avec la bannique comme produit phare et un slogan amusant, qu’on pourrait traduire par «Pas de panique… nous avons de la bannique!».

La bannique - ou pain frit - est un aliment de base de la cuisine autochtone dans plusieurs régions du pays. Faite de farine sans levain, elle peut être frite ou cuite au four ou à la poêle. Sharon ajoute sa petite touche en proposant des garnitures telles que glaçage à l’érable ou sauce aux amélanches.

«Nous avons créé une bannique moelleuse et légère, qui accompagne parfaitement un café ou un latté.»

Bien s’entourer

Au début, le principal défi pour l’entrepreneure a été d’apprendre à gérer son équipe. Comme Sharon l’explique, elle et son mari, Darren Hogg, avait énormément de travail.

«Nous avions alors peu d’expérience en ressources humaines, se rappelle Sharon. Il nous a fallu six mois pour comprendre pourquoi nous faisions tout le travail.»

Sharon Bond a décidé de rédiger des manuels sur les différents aspects de la gestion de l’entreprise — formation requise pour chaque poste, politiques et procédures, code vestimentaire, guides d’utilisation détaillés de l’équipement et autres.

S’impliquer dans la communauté

En 2014, Sharon Bond est retournée dans sa ville natale de Merritt, située 125 km plus à l’ouest. Elle y a ouvert son deuxième café grâce à un prêt des Services bancaires aux Autochtones de BDC.

 Sharon Bond s’est engagée activement dans sa collectivité, un choix qui l’aide à mieux faire connaître son entreprise. Elle est conseillère de bande pour la Première Nation Nooaitch depuis 2015 et membre du conseil d’administration de la Merritt & District Chamber of Commerce.

Elle siège aussi au conseil d’administration de l’Aboriginal Tourism Association of British Columbia, comme représentante de Thompson-Okanagan.

Sharon Bond a un conseil simple pour l’ensemble des propritaires d’entreprise en devenir : «Soyez prêts à vous dépenser sans compter. Vous devrez consacrer tout votre temps à votre entreprise avant de pouvoir faire suffisamment confiance à votre personnel pour prendre le relais.»

«Nous nous sommes entourés d’une équipe très compétente, ce qui nous permet de déléguer et de nous concentrer sur d’autres choses. Mais nous sommes toujours prêts à intervenir en cas de problème.»

Avec le temps, l’entrepreneure a réalisé que la relation entre les membres de son équipe et sa clientèle était l’une des clés de sa réussite. «Si nos clients reviennent, c’est parce que notre personnel est attentionné et chaleureux à leur égard. Ils aiment pouvoir entretenir de tels liens.»

Voulant conserver ce trait distinctif quand elle franchisera sa marque, Sharon Bond a travaillé avec une personne consultante en vente et en marketing de BDC pour clarifier les valeurs fondamentales de l’entreprise et formuler ses énoncés de mission et de vision. L’accent est mis sur l’engagement à donner priorité à la clientèle.

«Nous voulons que les gens gardent un bon souvenir de nos restaurants. Notre objectif est donc de donner à chaque employé les moyens de répon¬dre aux besoins des clients pour qu’ils aient envie de revenir.»

De quoi ressentir de la fierté!

Comme femme entrepreneure des Premières Nations, Sharon Bond estime devoir combattre les stéréotypes et être une personne modèle, à l’image de celle qu’elle aurait aimé avoir quand elle s’est lancée dans cette aventure.

«Si vous êtes un Autochtone, il y a un entrepreneur qui sommeille en vous. Vous pouvez lancer un magasin de détail, un restaurant ou tout ce qui vous plaira.»

«Être Autochtone n’est pas une barrière. Nous créons des emplois. Nous nous prenons en main. Il y a de quoi être fier des Premières Nations du Canada. C’est formidable. C’est une bonne chose.»

Leçons tirées

1. Établissez des procédures et des systèmes.

Normaliser vos méthodes de travail vous aidera à former du nouveau personnel et à favoriser ainsi l’expansion de votre entreprise.

2. Déléguez les responsabilités.

Désigner des cheffes ou chefs d’équipe et des gestionnaires vous permettra de prendre du recul et de vous concentrer sur les grands enjeux.

3. Accordez plus d’autonomie à votre personnel.

Votre personnel fait le lien avec votre clientèle, alors donnez-leur les outils nécessaires pour créer une expérience unique.

4. Participez activement à la vie de votre collectivité.

Investissez-vous dans votre collectivité; cela renforcera votre visibilité et suscitera de l’intérêt pour votre entreprise.

5. Préparez-vous à travailler fort.

Aussi extraordinaire que soit votre équipe, vous devez être en mesure d’intervenir à tout moment.

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