Croître grâce au développement durable | BDC.ca
logo BDC

L’art du recyclage: bâtir une entreprise sur les bases du développement durable et de la responsabilité sociale

Partager

Raed Bechara aide à sauver la planète, une palette à la fois. Propriétaire de l’entreprise Industrie de Palettes Standard (IPS) à Laval, au Québec, M. Bechara fait du recyclage un art de vivre. Il répare des palettes en bois usagées pour les revendre à des entreprises, ce qui contribue à la préservation de 50 000 arbres par an selon ses estimations.

Cette démarche écologique a valu à M. Bechara un prix prestigieux dans le domaine du développement durable et a permis à son entreprise de croître rapidement. Immigrant d’origine syrienne, cet entrepreneur n’a pas oublié ses racines. L’an passé, il a embauché 15 réfugiés syriens et a fait le nécessaire pour qu’ils apprennent le français pendant leurs heures de travail.

Voici ce que Raed Bechara avait à dire sur:

…son arrivé au Canada

J’ai quitté la Syrie pour m’établir au Québec en 1987, à l’âge de 16 ans. Tout laisser derrière moi n’a pas été facile. Je ne connaissais pas un mot de français ni d’anglais. Je n’avais aucun ami ici. Mais mes parents voulaient nous offrir une vie meilleure, à moi et à mes deux petites soeurs.

Nous avons donné un emploi à 15 réfugiés syriens l’an passé et avons fait en sorte qu’ils puissent suivre des cours de français dans nos locaux pendant leurs heures de travail. Les choses n’ont pas été faciles quand nous avons immigré au Canada, alors je voulais qu’il en soit autrement pour eux. Je voulais qu’ils aient un bon emploi et qu’ils apprennent le français.

À notre arrivée, nous n’avions quasiment rien. Pour nous soutenir, mon père occupait trois emplois. J’ai pu aller à l’université pour étudier la biochimie. Je voulais devenir pharmacien.

…ses premiers pas avec son entreprise

À l’époque, je travaillais à temps partiel au service à la clientèle à Industrie de Palettes Standard. C’était une petite entreprise qui recyclait des palettes usagées, à raison de 3 000 par semaine.

Un jour, l’entreprise a fait faillite et je l’ai achetée pour une bouchée de pain. J’étais étudiant et je n’avais presque pas d’argent, mais des membres de mon entourage m’en ont prêté. J’ai pu recouvrer les créances de certains clients, ce qui m’a permis de libérer l’entreprise de la faillite. Peu après, je l’ai vendue et j’ai pu rembourser mon prêt étudiant grâce aux profits que j’avais réalisés.

Par la suite, j’ai continué de travailler à temps partiel à IPS jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat en biochimie. Diplôme en poche, j’ai commencé à chercher un emploi dans mon domaine. Alors que j’étais prêt à quitter IPS, le propriétaire m’a demandé de rester et m’a offert des actions dans l’entreprise.

…comment il est devenu propriétaire de sa compagnie

J’ai vu qu’il y avait beaucoup de potentiel à exploiter et, comme j’avais la fibre entrepreneuriale, j’ai accepté. J’ai obtenu 24 % de la société, et ma carrière de pharmacien s’est terminée avant même d’avoir commencé.

Nous revendions à peine la moitié des palettes que nous achetions. Les autres étaient en trop mauvais état pour être réparées ou n’étaient pas de la bonne dimension. On devait donc les envoyer au site d’enfouissement ou d’incinération.

L’environnement a toujours été une préoccupation importante pour moi. Un de mes professeurs nous disait toujours que le recyclage était l’industrie de l’avenir. J’étais persuadé qu’on pourrait trouver des solutions pour recycler plus de palettes.

En 2007, mon associé est décédé. J’ai racheté ses actions et je suis devenu propriétaire unique de l’entreprise.

…l’évolution de ses activités

Au fur et à mesure de notre croissance, nous avons étendu nos activités: d’un simple atelier de réparation et de revente, nous sommes devenus un centre de services intégrés de gestion de palettes. C’est la diversité de nos activités qui a fait la force de notre entreprise.

La plupart de nos clients utilisent d’importantes quantités de palettes chaque jour. Nous pouvons leur livrer un grand nombre de palettes recyclées, puis récupérer leurs palettes brisées ou endommagées pour les faire réparer à nos installations.

Nous proposons de plus en plus de services. Par exemple, il arrive que des fournisseurs ou des distributeurs aient des palettes dont ils n’ont pas besoin. Nous les achetons et les revendons.

Certaines entreprises font aussi appel à nous pour l’entreposage provisoire de leurs palettes - à raison de 20 000 à 25 000 à la fois. Après les avoir récupérées, nous les inspectons et les réparons, puis nous les stockons jusqu’à ce que le client en ait de nouveau besoin.

Au fil de notre croissance, nous avons également poussé le recyclage à l’extrême. En 2009, j’ai investi 450 000 $ dans l’achat d’un broyeur. Au lieu d’engager des sommes importantes pour nous débarrasser des palettes irréparables, nous utilisons cette machine pour les transformer en résidus ou en copeaux de bois et les revendre. Le broyeur trie aussi les clous, qui sont vendus pour le métal. Chaque fois que nous vendons nos copeaux, nous sauvons un arbre.

Quand on peut tendre la main aux autres, il ne faut pas hésiter à le faire.

…la croissance de son entreprise

Lors de la crise financière, nous avons gagné des parts de marché: les entreprises cherchaient par tous les moyens à réduire leurs coûts, et nos palettes recyclées leur faisaient économiser de 30 à 50 % par rapport à des neuves.

Il y a deux ans, j’ai investi 7 millions de dollars dans des installations plus vastes. Nous avons 3 700 mètres carrés (40 000 pieds carrés) d’usine et 19 000 mètres carrés (200 000 pieds carrés) de terrain pour l’entreposage.

Avant, nous devions broyer au complet les palettes non réparables. Aujourd’hui, nous broyons seulement les parties abîmées et récupérons les autres. Nous réutilisons les planches en bon état plutôt que de les passer au broyeur, d’où des économies importantes.

Nous avons aussi une machine qui recycle les déchets en carton et en plastique de nos clients. Avant, nous devions payer une entreprise pour nous en débarrasser. Désormais, nous avons l’équipement nécessaire pour les compresser en balles. Nous pouvons donc recycler davantage. On essaie d’être la ressource en palettes recyclées.

En 2015, nous avons été désignés gagnant d’un prix Desjardins Entrepreneurs dans la catégorie du développement durable.

Notre entreprise a connu une forte croissance. Nous traitons aujourd’hui un volume de 65 000 palettes par semaine contre 35 000 il y a dix ans. J’ai 65 remorques et 44 employés, soit 24 de plus qu’il y a deux ans.

…l’importance de garder une attitude positive, quoi qu’il arrive

Je suis fier de pouvoir aider les réfugiés syriens que nous avons embauchés. Quand on peut tendre la main aux autres, il ne faut pas hésiter à le faire.

Ce n’était pas toujours facile au début. Nombre d’entre eux avaient perdu leur maison ou leur entreprise en Syrie. Mais je leur rappelais que l’important était d’être en sécurité ici, avec leur famille. Cela n’a pas de prix.

Si j’avais un conseil à donner à d’autres entrepreneurs, je leur dirais de faire preuve de détermination. Lorsque j’ai acheté les actions de mon associé en 2007, l’entreprise a perdu deux gros clients qui avaient fait faillite. Cela m’avait inquiété. De retour à la maison, je me souviens avoir dit à mon épouse: «Nous devrons peut-être aller vivre dans le sous-sol de mes parents.»

Finalement, l’année s’est terminée par un profit. Cela m’a fait prendre conscience qu’il ne faut jamais se décourager, même dans les moments les plus difficiles. Quoi qu’il arrive, gardez une attitude positive.

Partager

v17.9.0.10395