Renversant: les investisseuses et investisseurs veulent des B Corps

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Lorsque je demande à des propriétaires d’entreprise ce qu’elles et ils pensent des investisseuses et investisseurs, elles et ils se réfugient souvent dans un silence poli. Plusieurs ne manifestent aucune émotion. Si j’insiste, elles et ils finissent par avouer leurs relations plutôt tendues ou des rapports amour-haine avec le monde de l’investissement.

Voici ce que les propriétaires d’entreprise disent: «En théorie, nous devrions vouloir la même chose – une entreprise solide dont la valeur croît avec le temps. Mais, selon mon expérience, les investisseuses et investisseurs insistent pour avoir des dividendes maintenant, ou encore demandent une évaluation très basse pour profiter de nous. Et elles et ils rouspètent dès que j’investis dans le personnel ou en recherche et développement.»

Cet antagonisme entre la théorie et l’expérience concrète conduit de nombreux gens d’affaires à renoncer à l’idée d’attirer des investisseuses et investisseurs, privant ainsi leur entreprise du capital dont elle aurait peut-être besoin pour réussir et croître.

Cet antagonisme est plus vif pour certains propriétaires d’entreprise que pour d’autres. Pour celles et ceux qui affirment ouvertement que le succès ne passe pas seulement par l’argent – qui par exemple tirent une grande fierté du fait de créer des emplois et de ne pas traiter les membres de leur personnel comme des «centres de coûts» à contenir – la vision étriquée et à court terme de plusieurs investisseuses et investisseurs est à proscrire, et non à rechercher.

Wall Street découvre les B Corps

Pour prospérer à long terme, une entreprise ne doit pas uniquement réussir financièrement, mais aussi « contribuer à la société ». Tout à fait. Ces paroles sont celles de Larry Fink, président et chef de la direction de Blackrock, la plus grande société d’investissement au monde.

Oui, vous avez bien lu. Un géant de Wall Street, qui est un milieu où l’argent prime, plutôt que les questions sociales, affirme que la mission d’une entreprise devrait aussi viser des aspects comme la prospérité locale et inclusive, la vigueur des collectivités et la protection de l’environnement.

Il semble que les investisseuses et investisseurs aient découvert les B Corps. Dans une étude récente intitulée Just Good Business: An Investor’s Guide to B Corps, le Yale Centre for Business and the Environment, de concert avec Patagonia, un collaborateur habituel dans le domaine du développement durable, et la firme de services-conseils en gestion de patrimoine Caprock, explique la valeur financière distincte créée par les entreprises certifiées B Corp et les sociétés au service du bien commun.

En voici un extrait:

Une formule toute simple

Cela veut-il dire pour autant que Wall Street et les grandes écoles de commerce ont aussi adopté cette raison d’être qui inspire les entreprises B Corp que nous connaissons? Non. Certaines d’entre elles, sans doute. Mais même si ces actrices et acteurs du milieu accordent peu d’importance à cette valeur élargie, elles et ils savent maintenant que la certification B Corp est un mécanisme rigoureux et complet contribuant à l’évaluation d’une entreprise.

Un fait qui ne figure pas au rapport de Yale, mais qu’on ne peut passer sous silence, est le prêt de deux milliards d’euros accordé par un syndicat de grandes banques à Danone, une entreprise vieille d’un siècle et nouvellement certifiée B Corp. Ce qui frappe, dans le cas de ce prêt, est la condition assortie: un taux d’intérêt plus bas pour Danone si elle maintient sa certification B Corp.

En d’autres mots, les grandes banques et les autres investisseuses et investisseurs conventionnels découvrent peu à peu cette formule simple que nous, de BDC, connaissons depuis déjà des années.

B Corp = meilleure gestion = risque plus faible = investissement plus sûr

B Corp: le mouvement le plus intéressant et le plus nécessaire des propriétaires d’entreprise dans le monde entier. Aussi, une approche novatrice et robuste de l’évaluation d’une entreprise.