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House of cool: un studio d’animation de Toronto qui a su trouver son créneau de marché

Les talents, la diversité et une planification stratégique intelligente portent leurs fruits

Temps de lecture: 8 minutes

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House of Cool

Après une dizaine d’années comme scénarimagiste et animateur pour de grands studios comme Pixar et DreamWorks, Ricardo Curtis était prêt pour autre chose. De retour à Toronto, sa ville natale, il s’est associé avec Wesley Lui, son ami d’enfance. En 2004, ils ont fondé le studio de préproduction House of Cool.

Soucieux de se tailler une place sur le marché de l’animation, les cofondateurs ont choisi de se concentrer sur une partie du processus complexe et coûteux de la réalisation cinématographique: le scénarimage. Le scénarimage à l’étape de la préproduction demande une bonne dose de créativité, mais beaucoup moins de ressources que la production, ce qu’un modeste studio peut plus facilement gérer.

«Le plan d’affaires que nous avions mis au point nous semblait génial, avoue Ricardo Curtis, mais nous avons vite compris que notre modèle était défaillant, car personne ne s’y prenait ainsi.»

House of Cool a innové à bien des égards: en 2004, le milieu n’avait jamais entendu parler d’un studio de scénarimage de préproduction. Par ailleurs, Ricardo Curtis et Wes Lui sont respectivement sino-jamaïcain et chinois. Une vingtaine d’années plus tard, peu de studios d’animation sont dirigés par deux personnes racisées.

«Chez House of Cool, non seulement sommes-nous spécialisés, mais nous sommes les seuls à faire ce que nous faisons», déclare Ricardo Curtis.

À chacun son talent

La réalisation d’un film d’animation est onéreuse. Le budget d’un film à grand déploiement comme ceux sur lesquels travaillait jadis Ricardo Curtis est d’au moins cent millions de dollars, budget qu’un petit studio n’aurait pas. Cependant, la réalisation de tels films doit d’abord passer par l’étape de la préproduction, c’est-à-dire la planification qui précède l’animation, au cours de laquelle les personnages et l’histoire sont entièrement élaborés par les artistes au moyen de scénarimages: des représentations visuelles du scénario. Le scénarimage devient le plan directeur que les animateurs doivent suivre au fil de la production.

Animé d’une nette vision artistique et d’une bonne connaissance du milieu, M. Curtis réunissait les qualités requises pour lancer un studio de préproduction, mais il avait besoin d’une personne comprenant l’aspect financier de l’entrepreneuriat. Wesley Lui était la personne qu’il fallait. Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance. «Nous nous faisions déjà confiance», confirme M. Curtis.

Nous voulions que les clients nous confient les notes de création: l’invention du scénario, des concepts, des personnages et des dessins. 

Les associés ont fait leurs premières armes en collaborant à des projets modestes, comme des séries télévisées. Il leur a fallu bien des années avant de trouver des clients de renom, car les producteurs de cinéma hésitaient à confier leurs scénarios à une équipe n’ayant pas encore fait ses preuves.

«Les producteurs tendent à impartir l’animation en Inde, en Chine ou au Canada, explique Wesley Lui. Mais nous voulions que les clients nous confient les notes de création: l’invention du scénario, des concepts, des personnages et des dessins.»

Les premières années ont été difficiles et les associés ont perdu de l’argent pendant que House of Cool se taillait une place comme joueur dans le milieu.

«Les gens de BDC ont été les seuls à nous faire confiance et à nous accorder un prêt à cette époque, se rappelle Wesley Lui. Ils ont cru en notre modèle avant que nos clients n’y croient.»

Le studio a fini par percer, grâce au film Dr Seuss - Horton entend un Qui!, sorti en salle en 2008. Ricardo Curtis a été invité à piloter le service de scénarisation. Il a accepté à la condition que House of Cool en devienne le partenaire de préproduction. La participation à ce projet a ouvert les vannes pour les deux fondateurs. House of Cool a collaboré aux scénarimages de films tels que Espions incognito, Rio et Rio 2, Snoopy et les Peanuts, ainsi que pour les films de la franchise L’ère de glace.

House of Cool

Une croissance stratégique

En 2018, House of Cool occupait une position enviable. Elle comptait 30 employés et avait acquis de nouveaux bureaux dans le secteur riverain de Toronto avec l’aide de BDC. Afin de planifier ses prochaines étapes, House of Cool a élaboré avec l’aide d’un conseiller de BDC un plan stratégique quinquennal.

MM. Curtis et Lui affirment que le conseiller les a aidés à comprendre qu’ils devraient corriger le tir s’ils voulaient atteindre leurs objectifs. Ils freinaient l’évolution de leur entreprise en assumant trop de responsabilités.

«Nous avons pris ses conseils au pied de la lettre et nous avons décidé de changer», explique M. Curtis.

En collaboration avec leur conseiller de BDC, les associés ont fait les changements qui s’imposaient pour ajouter du professionnalisme à leur entreprise: ils ont trouvé un nouveau fournisseur de services comptables, établi des réunions mensuelles pour mieux suivre les indicateurs de rendement clés et ont embauché un vendeur à Los Angeles servant les grands clients du même fuseau horaire. Ricardo Curtis a laissé tomber l’exploitation quotidienne pour se consacrer à la création d’une propriété intellectuelle originale, tandis que Wesley Lui a largué certaines responsabilités pour se concentrer sur le développement de leur offre.

Les risques sont indéniables, mais les avantages sont concrets si vous faites bien les choses.

Outre la réalisation de scénarimages, MM. Curtis et Lui ont mis sur pied un service complet de préproduction. Ils ont commencé à offrir plus de services de réalisation et de rédaction, y compris de gestion, et ont établi un service de création artistique. À la suite de ces changements, House of Cool serait dorénavant en mesure d’assumer une part des responsabilités de la production.

L’expansion des services a porté ses fruits. Depuis, le nombre d'employés de House of Cool a doublé et ses revenus ont triplé.

«D’un point de vue artistique, nous maîtrisons mieux le contenu que nous produisons, souligne Wesley Lui. Du point de vue de la production, nous risquons plus gros, car nous sommes responsables du résultat. Les risques sont indéniables, mais les avantages sont concrets si vous faites bien les choses.»

House of Cool

La diversité, devant et derrière la caméra

La diversité est devenue, ces derniers temps, un important sujet de conversation pour les deux associés. La participation de plus de femmes au volet artistique de l’animation était au cœur de leurs préoccupations. Si les directrices et coordonnatrices de production sont nombreuses dans le milieu, les femmes scénarimagistes et les réalisatrices le sont moins.

«Le milieu est la chasse gardée des hommes depuis des lunes», fait remarquer Ricardo Curtis. Même si lui et Wes n’avaient pas comme objectif initial d’embaucher une telle diversité de personnes, ils sont ravis de la tournure des événements.

La parité hommes-femmes est quasi atteinte chez House of Cool et si la tendance se maintient, Ricardo Curtis prévoit atteindre la parité dans les rôles artistiques au cours de la prochaine décennie.

Les gens comprennent l’importance de la diversité des voix et la nécessité de les écouter. 

Toutefois, Ricardo Curtis souligne que les personnes noires sont encore sous-représentées dans le milieu. Il a souvent été l’une des rares personnes noires présentes lorsqu’il travaillait dans d’autres studios. Bien que son expérience de propriétaire d’entreprise ait été somme toute positive, elle est loin d’être parfaite. Il raconte que, lors d’une rencontre avec des banquiers, Wesley Lui l’a présenté comme son associé commercial, mais que ceux-ci ont serré la main de l’homme blanc qui se tenait à ses côtés.

Il reste optimiste face à l’avenir. Les services de diffusion en continu ont modifié le type de contenu produit en exploitant des créneaux de marché que les diffuseurs ne pouvaient pas atteindre auparavant. Le public exige davantage de médias qui promeuvent des voix différentes et représentent mieux les divers segments de population. Cela se traduit par plus de projets de Noirs et de Latino-Américains, et par bien d’autres histoires racontées par des personnes sortant du courant dominant blanc et à leur sujet.

«Les gens comprennent l’importance de la diversité des voix et la nécessité de les écouter, rappelle Ricardo Curtis. C’est mon cheval de bataille depuis des années et je me heurte encore à des murs, car, selon moi, les personnes qui s’opposent à de tels projets ne comprennent pas le pouvoir de la diversité.»

Grâce au nouveau plan stratégique, Ricardo Curtis a pu utiliser le temps qu’il n’avait pas avant pour créer un projet original de House of Cool: un spectacle inspiré du folklore des Caraïbes et ses influences latines et africaines, et de ses propres racines familiales.

Wesley Lui explique: «Quelle que soit l’histoire que nous proposons, nous l’évaluons selon trois critères, soit l’authenticité, la diversité et la capacité d’inspirer.»

Le confinement et son effet accélérateur

Depuis le début de la crise de la COVID-19, House of Cool a vu croître la demande pour ses services. Les studios misent davantage sur les longs métrages d’animation à mesure que ralentit la production cinématographie pour salles de cinéma.

«En période de récession, les gens tendent à consommer plus de divertissement», explique Ricardo Curtis.

Pendant le confinement, les employés de House of Cool ont commencé à faire du télétravail. Les nouveaux locaux riverains de l’entreprise sont pratiquement vides, ce qui est un mal pour un bien, car l’espace ne suffisait plus pour loger tout le monde, les deux cofondateurs ayant embauché l’année dernière plus de 30 employés pour répondre à la demande, dont beaucoup sans les rencontrer en personne.

Il a été difficile de maintenir la culture du bureau pendant le confinement, indique Ricardo Curtis. Il a été ardu de promouvoir la communication et de surveiller la santé mentale d’employés se trouvant dans divers coins du Canada, des États-Unis et de l’Europe. L’entreprise perpétue la tradition des vendredis pizza: une réunion de tous les employés à midi durant laquelle ils peuvent échanger, faire le point et poser des questions. En décembre dernier, les cofondateurs ont distribué des cadeaux de Noël à tous les employés se trouvant à proximité de la région du Grand Toronto.

MM. Curtis et Lui ont de grandes aspirations pour House of Cool. Outre la réalisation de productions indépendantes, House of Cool s’associe à des écoles d’animation à Toronto et en Europe pour former des scénarimagistes.

Le scénarimage, selon eux, requiert un degré de créativité particulier qui est très recherché. Ils doivent former de brillants artistes aujourd’hui s’ils veulent pouvoir les recruter demain.

«Nos objectifs restent les mêmes. Nous voulons collaborer avec des personnes cool sur des projets tout aussi cool, car nous sommes la House of Cool.

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