La mission de cet entrepreneur autochtone: réunir deux mondes

Qu’il vende des articles de sport ou qu’il offre des services-conseils, Kendal Netmaker est un entrepreneur en série avec une vocation.

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Lorsque Kendal Netmaker a lancé sa première entreprise en 2011, à l’âge de 23 ans, il voyait la vente au détail de vêtements de sport comme un moyen d’établir des liens avec les jeunes autochtones et de les guider sur le chemin de la réussite.

Dix ans plus tard, le fondateur et chef de la direction de Neechie Gear et de Netmaker Enterprises Corp. voit son entreprise comme une source d’information sur les valeurs et la culture autochtones. En fait, c’est plus qu’une entreprise: c’est sa mission dans la vie.

«C’était ma vocation, explique M. Netmaker. C’est le Créateur qui m’a ouvert cette voie, comme on dit dans notre culture.»

C’est une mission plus noble. C’est un sentiment que je ne peux pas expliquer, mais qui cadre avec la croyance en une puissance supérieure, le Créateur, et l’énergie qui y est associée.

Une conversation fortuite qui lui a ouvert des portes

Kendal Netmaker a parcouru beaucoup de chemin depuis la réserve Sweetgrass de la Première Nation Sweetgrass, près de North Battleford, en Saskatchewan, où lui et ses trois sœurs ont été élevés dans une famille monoparentale. Si l’argent se faisait rare, les possibilités l’étaient encore plus.

Lorsqu’il était en cinquième année, son ami Johan lui a demandé pourquoi il ne faisait pas de sport. Le jeune Kendal, alors âgé de 10 ans, lui a répondu que sa famille n’avait pas les moyens de payer les frais d’inscription et de transport ni les articles de sport. Lorsque Johan a raconté cela à son père, un médecin originaire d’Afrique du Sud, ce dernier a payé les frais d’inscription de Kendal et a donné à sa mère un véhicule afin qu’elle puisse conduire ses enfants aux entraînements et aux parties.

Ce geste de bonté délibéré de son ami d’enfance est devenu la source d’inspiration de la première incursion de M. Netmaker dans le monde des affaires. Depuis, il s’efforce d’offrir plus de possibilités à d’autres jeunes autochtones.

En tant qu’étudiant-athlète boursier de l’Université de la Saskatchewan à Saskatoon, M. Netmaker s’est inscrit à un concours de plans d’affaires organisé par Brett Wilson de l’émission Dragons’ Den de la CBC, dans le cadre duquel il a gagné 10 000 $, qu’il a ensuite utilisés pour concevoir une gamme de t-shirts à vendre lors d’événements sportifs et autres. C’est ainsi qu’est née Neechie Gear.

Le prix qu’il a remporté dans le cadre d’un autre concours lui a permis d’agrandir la superficie de son entreprise, d’un petit bureau à un espace commercial de 45 mètres carrés à Saskatoon. À l’époque, il passait 15 heures par jour à vendre des t-shirts, des chandails à capuchon et des articles de sport.

Neechie signifie «ami» en cri des plaines. C’est une façon pour M. Netmaker d’honorer la générosité de son ami et de redonner aux athlètes autochtones.

Redonner aux jeunes

Dans le cadre de son modèle d’affaires, M. Netmaker redonne 10 % des profits tirés des ventes de Neechie Gear à de jeunes autochtones sous forme de bourses d’études.

«Tout a commencé par Neechie Gear. Au départ, nous donnions 10 % des profits tirés de la vente de nos vêtements. Puis, nous avons créé notre propre organisme à but non lucratif, IndigiFund, qui soutient les sports, l’éducation et la culture pour les jeunes autochtones du pays.»

Au cours des 10 dernières années, M. Netmaker a donné de l’argent à plusieurs milliers de jeunes autochtones. «Je ne serais pas où je suis si je n’avais pas reçu l’aide de nombreuses personnes tout au long de ma vie. Je le reconnais dans tout ce que je fais et j’essaie de me servir de mon entreprise pour faire le bien.»

Alors que son entreprise était en pleine croissance, M. Netmaker a attiré l’attention de programmes nationaux et internationaux de récompenses pour les entreprises. Il a remporté de nombreux concours et prix d’entrepreneuriat, dont le Prix du jeune entrepreneur autochtone de l’année 2015 du Conseil canadien pour l’entreprise autochtone et le prix Indspire 2015 pour les jeunes entrepreneurs (Premières Nations). Il a aussi été finaliste pour le prix de l’entrepreneur de l’année 2015 décerné par Youth Business International à Dubaï.

Virage vers le commerce électronique et les allocutions publiques

À mesure que les ventes augmentaient, Neechie Gear est passée d’un seul magasin à plusieurs emplacements. Toutefois, il y a deux ans, M. Netmaker a décidé de fermer les magasins de détail de Neechie Gear et de «commencer à mettre l’accent sur le commerce électronique, la distribution et les commandes personnalisées».

«Il y a deux ans, nous nous concentrions sur le commerce de détail, et maintenant, nous nous concentrons uniquement sur le commerce en ligne (ventes) et la distribution. Nous avons donc complètement changé notre modèle [d’affaires] juste avant la pandémie de COVID-19, et c’est tant mieux, sinon cela aurait été une période stressante.»

Ce fut une excellente décision étant donné que la pandémie de COVID-19 a rendu le magasinage en personne difficile. Après le début de la pandémie, M. Netmaker a réduit ses déplacements et ses heures de travail à l’extérieur de la maison pour passer plus de temps avec sa famille.

Son nouveau temps libre lui a également permis de se concentrer sur un autre aspect en croissance de ses activités, soit les allocutions publiques par l’entremise de Netmaker Enterprises Corp., qu’il a fondée en 2015. Alors qu’il faisait la promotion de Neechie Gear dans tout le pays, M. Netmaker avait commencé à prononcer de plus en plus d’allocutions en public.

«Les allocutions sont devenues ma principale source de revenus. C’est ainsi que j’ai payé mes dépenses. Dans les débuts de Neechie Gear, je faisais déjà des présentations pour essayer de vendre des t-shirts. Mes discours ont évolué au fil du temps et c’est devenu une entreprise.»

Le monde doit commencer à en apprendre davantage sur les valeurs autochtones. Nous devons commencer à nous pencher sur la façon dont les Autochtones ont soutenu nos continents pendant littéralement des milliers d’années.

Diffuser les valeurs autochtones

En plus de passer des ventes en magasin aux ventes en ligne, M. Netmaker a changé son modèle d’affaires en passant de la vente au détail aux allocutions publiques, mais ce n’est pas la fin de son évolution en tant qu’entrepreneur. Il indique que ses allocutions l’ont mené à la création d’une autre nouvelle entreprise dans le secteur des services-conseils.

«Les gens commencent maintenant à demander du contenu autochtone dans leur milieu de travail et lors d’événements.»

En août 2021, M. Netmaker a lancé une nouvelle marque: IndigenousConsulting.com. Il offre des séances de formation sur la sensibilisation aux questions autochtones, les compétences culturelles, les relations avec les Autochtones et la mobilisation des Autochtones, notamment sur la façon d’embaucher des employés autochtones et de travailler avec eux.

Selon M. Netmaker, le système d’éducation canadien n’a pas réussi à nous enseigner la valeur des peuples autochtones, ni leur culture et leurs valeurs. Il veut que cela change.

«Le monde doit commencer à en apprendre davantage sur les valeurs autochtones. Nous devons commencer à nous pencher sur la façon dont les Autochtones ont soutenu nos continents pendant littéralement des milliers d’années.»

M. Netmaker ajoute également que la culture occidentale, avec sa croissance économique infinie et sa consommation toujours croissante de ressources non renouvelables, a entraîné des changements climatiques d’origine humaine et une dégradation environnementale des terres, de l’eau et de l’air.

«Nous devons mettre l’accent sur le caractère renouvelable des choses, car c’est durable. Nous faisons beaucoup de choses à usage unique. C’est une façon de faire qui est dépassée, qui a détruit beaucoup de choses et qui continue la destruction.»

Indigenous Consulting représente la prochaine étape dans l’évolution des activités de M. Netmaker, qui est passé de vendeur de t-shirts à ambassadeur de la culture et des valeurs autochtones. Comme les événements récents l’ont démontré, c’est le moment idéal pour transmettre ce message.

«Nous en sommes à un moment où la guérison est possible. C’est une période critique», souligne M. Netmaker.

Encourager la croissance

M. Netmaker remercie BDC de l’avoir aidé à faire la transition entre la vente au détail d’articles de sport et l’expansion de ses activités d’allocutions publiques et de services-conseils.

«En 2018, j’ai obtenu un prêt, par l’entremise de BDC, qui m’a aidé à financer mon plan de croissance dans le domaine des conférences. J’ai dû commencer à embaucher des coachs dans le domaine. J’ai reçu du mentorat, participé à divers programmes, lu des livres, etc. J’ai dû me former moi-même pour faire tout cela de façon professionnelle.»

Grâce à l’aide de BDC, M. Netmaker transforme son entreprise et sa vie. Son objectif est de réunir deux mondes, deux cultures et deux peuples.

«C’est une mission plus noble. C’est un sentiment que je ne peux pas expliquer, mais qui cadre avec la croyance en une puissance supérieure, le Créateur, et l’énergie qui y est associée. Si vous la respectez, des portes s’ouvriront devant vous et vous irez où devez aller.»

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