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Lettre économique mensuelle

Octobre 2018
Article vedette

Le nouvel accord commercial avec les États-Unis et le Mexique: une bonne nouvelle pour les affaires

Pour les entrepreneurs, le nouvel accord de libre-échange nord-américain est synonyme de stabilité, car il dissipe les interrogations qui planaient sur l’économie canadienne depuis un an.

L’accord de principe maintient dans ses grandes lignes l’accès en franchise de droits à un marché de 450 millions de personnes. Moins d’incertitude devrait se traduire par une plus grande confiance et encourager les entrepreneurs à investir dans leurs entreprises.

Le nouvel accord met l’accent sur la stabilité

Un aspect important de l’accord est sa durée et la fréquence de son examen par les trois pays. À l’origine, les États-Unis avaient fait pression pour qu’il expire après seulement cinq ans, ce qui revenait à maintenir une incertitude constante. Dans sa dernière version, l’accord prend fin dans 16 ans et fait l’objet d’un examen tous les six ans, des délais beaucoup plus favorables aux décisions d’investissement des entreprises (bon nombre de prêts étant intégralement remboursés en moins de 16 ans).

En outre, le mécanisme indépendant de règlement des différends demeure en place. Il permet au Canada de contourner le processus d’examen judiciaire américain (considéré comme coûteux et lent) pour que les différends commerciaux soient réglés par un groupe spécial binational indépendant composé de cinq arbitres, approuvés par les deux parties. Ces groupes spéciaux ont toujours statué en faveur du Canada lorsque le gouvernement américain a imposé des droits antidumping et compensateurs sur le bois d’œuvre canadien importé aux États-Unis.

Le secteur automobile est protégé

L’accord lève également la menace que les États-Unis imposent des tarifs douaniers sur le secteur de l’automobile, une mesure potentiellement dévastatrice, surtout pour l’économie de l’Ontario, qui représente environ 40 % du PIB national.

L’an dernier, le Canada a exporté pour 74 milliards de dollars d’automobiles et de pièces détachées aux États-Unis, ce qui équivaut à 3,5 % de notre PIB. Les nouvelles règles sont plus restrictives et plus complexes, et exigent notamment que :

  • 75 % du contenu d’un véhicule proviennent de l’Amérique du Nord, comparativement à 62,5 % auparavant ;
  • au moins 70 % de l’acier et de l’aluminium composant un véhicule proviennent de l’intérieur de la zone de libre-échange ;
  • 30 à 40 % du contenu total soit attribuable à des usines qui paient leurs travailleurs au moins 16 $ de l’heure.

La dernière règle devrait réduire le risque que la production canadienne soit délocalisée au Mexique. De plus, les États-Unis ont convenu de ne pas imposer de tarifs reliés à la protection de leur sécurité nationale sur les premiers 2,6 millions de véhicules importés chaque année. Comme ce plafond est 44 % supérieur au nombre de véhicules canadiens importés par les États-Unis l’an dernier, il est peu probable qu’il ait une incidence tangible sur les exportations canadiennes d’automobiles.

Bien que la menace de tarifs liés à la sécurité nationale semble avoir été éliminée pour le secteur de l’automobile, l’administration Trump a conservé son droit de les imposer sur d’autres produits.

Toutefois, en vertu du nouvel accord commercial, le Canada et le Mexique seront exemptés de ces droits pendant les 60 premiers jours pour leur permettre d’essayer de négocier une exonération.

Les avantages pour les consommateurs sont minimes

La concurrence accrue des exportations américaines et mexicaines dans les secteurs du lait, des œufs et de la volaille pourrait faire baisser les prix pour les consommateurs canadiens. Bien que la gestion de l’offre soit maintenue au Canada, c’est environ 10 % du marché qui sera dorénavant ouvert aux importations, sous l’effet combiné des récents accords commerciaux. Le nouvel accord nord-américain prévoit un accès à 3,6 % du marché pour les producteurs américains, et les accords avec l’Union européenne et les pays du Pacifique prévoient des pourcentages similaires.

Les consommateurs pourront également faire des achats de 150 $ auprès de détaillants en ligne américains avant d’avoir à payer des droits de douane. Toutefois, cette règle ne s’appliquera qu’aux articles expédiés par messageries express et non par la poste. Selon l’Institut C.D. Howe, près de 80 % des achats effectués par voie électronique aux États-Unis sont expédiés par la poste. Cela signifie qu’il est peu probable que la concurrence américaine nuise aux détaillants canadiens comme on le craignait au départ.

Cependant, la protection des brevets pharmaceutiques passera de huit à dix ans. Cela signifie que les médicaments d’origine seront moins concurrencés par les fabricants de médicaments génériques, ce qui entraînera probablement des coûts plus élevés pour les consommateurs.

Reconnaissance de l’importance des PME

Un nouveau chapitre vise à accroître les possibilités de coopération et d’investissement commercial pour les petites et moyennes entreprises (PME). Toutefois, à part la création d’un comité sur les questions relatives aux PME, l’accord ne contient pas grand-chose d’autre à signaler. Ce chapitre est une reconnaissance du rôle important que jouent les entrepreneurs dans l’expansion du commerce. Restez à l’affût.

En écho à l’importance croissante du commerce électronique, le nouvel accord comprend un chapitre sur le commerce numérique. Les pays ne sont pas autorisés à imposer des taxes ou des droits à l’importation ou à l’exportation sur les produits numériques transmis par voie électronique (tels que la musique et les livres électroniques). Le Canada a renoncé à son exigence de présence locale pour les centres de données. Bien que cela puisse réduire les coûts pour les entreprises, cela pourrait créer des problèmes de protection de la vie privée.

Malheureusement, l’occasion d’élargir la liste des professions admissibles aux visas de visiteur d’affaires et de travailleur temporaire a été manquée. Les professions qui n’existaient pas au moment de la signature de l’ALENA, notamment dans les technologies de l’information et les sciences environnementales, ne sont donc pas admissibles.

Et maintenant ?

Les pays devraient signer l’accord le 30 novembre. Les assemblées législatives du Canada et du Mexique devraient ensuite le ratifier.

Aux États-Unis, les règles commerciales exigent une analyse économique, qui pourrait prendre jusqu’à 105 jours et porterait le vote du Congrès sur la ratification à mars 2019. Les élections de mi-mandat de novembre pourraient donc avoir un impact sur la question de savoir si et quand l’accord sera adopté par le Congrès.

Dans l’ensemble, l’élimination de l’incertitude commerciale est un avantage énorme pour les entrepreneurs, qui bénéficient déjà d’une économie forte. Toutefois, la Banque du Canada est maintenant plus susceptible de relever les taux à la fin d’octobre pour éviter une surchauffe de l’économie, ce qui ferait augmenter les coûts d’emprunt et réduirait le pouvoir d’achat des ménages.

Une stabilité renouvelée pour les échanges commerciaux et la perspective de taux d’intérêt plus élevés sont deux bonnes raisons pour les propriétaires d’entreprise de ne pas tarder à aller de l’avant avec leurs projets d’investissement.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Le nouvel accord commercial favorisera une plus grande stabilité du dollar canadien par rapport au billet vert, ce qui rendra les importations et les exportations moins volatiles.
  2. Comme les taux d’intérêt sont en phase ascendante, investissez maintenant pendant qu’ils demeurent relativement bas.
  3. Voyez comment votre entreprise peut vendre ses services aux États-Unis et au Mexique. Avec un accès en franchise de droits, le commerce numérique devrait poursuivre sa forte croissance.
Perspectives Canada

L'économie canadienne fonctionne à pleine capacité

L’économie canadienne fonctionne à plein régime, la main-d’œuvre est rare et les salaires augmentent. Le nouvel accord commercial entre les partenaires nord-américains est de bon augure pour l’économie canadienne. Le marché de l’habitation demeure vigoureux dans la plupart des régions du pays, mais le secteur du commerce de détail a montré récemment des signes de ralentissement. Bien que l’économie ne soit pas en surchauffe, avec une inflation toujours autour de la cible de 2 %, la plupart des analystes s’attendent à une hausse de 25 points de base du taux de la Banque du Canada plus tard ce mois-ci.

La nouvelle version de l’ALENA aura une incidence positive sur l’économie canadienne

Le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) devrait soutenir la croissance économique du Canada, accroître la confiance des consommateurs et des entreprises et encourager les investissements.

Le dollar canadien a bondi de 1% le lendemain de l’annonce de l’accord entre le Canada et les États-Unis (voir l’article vedette de ce mois-ci pour plus de détails sur le contenu de l’AEUMC). La réduction des incertitudes dans les échanges commerciaux appuie le huard, actuellement à environ 77 cents américains, tout comme la perspective d’une hausse des taux d’intérêt au sud de la frontière, entre autres facteurs.

La croissance du PIB est en bonne voie d’atteindre 2 % cette année. Comme l’inflation évolue proche de la cible de 2 % de la Banque du Canada (elle a atteint 2,2 % en août, sans tenir compte des éléments volatils comme l’essence), la plupart des analystes s’attendent à ce que la Banque du Canada relève son taux directeur de 25 points de base le 24 octobre, pour le porter à 1,75 %.

Le marché de l’emploi est solide et les salaires augmentent

La demande de travailleurs est demeurée forte à l’approche de l’automne. La Banque du Canada a estimé qu’il y avait 462 000 emplois vacants au Canada en septembre. Au cours des deux dernières années, c’est dans le secteur manufacturier ainsi que dans celui du transport et de l’entreposage (+14 000 dans les deux cas) que le nombre des postes à pourvoir a le plus augmenté. La demande de travailleurs dans le numérique est également très forte, avec plus de 8 000 nouveaux postes ouverts dans le secteur de la conception de systèmes informatiques au cours de la même période.

Au total, le nombre d’emplois a augmenté de 222 000 (ou 1,2 %) entre septembre 2017 et septembre 2018, ce qui est entièrement attribuable à l’augmentation des emplois à temps plein (+ 224 000). Au cours de la même période, le nombre total d’heures travaillées a augmenté de 0,7 % et le taux de chômage a diminué de 0,1 point de pourcentage pour s’établir à 5,9 % le mois dernier.

Le resserrement du marché du travail a entraîné des hausses de salaire. De juillet 2017 à juillet 2018, la rémunération hebdomadaire moyenne a augmenté de 3 %. La croissance a été particulièrement forte dans les secteurs des arts, spectacles et loisirs (+9,2 %), du commerce de détail (+8,6 %) et des services immobiliers et services de location et location à bail (+6,3 %).

Le marché de l’habitation est encore très vigoureux, mais les nouvelles constructions diminuent

L’activité de revente de maisons a continué d’augmenter dans la plupart des marchés canadiens en juillet, en particulier en Ontario. La construction résidentielle a toutefois reculé de 1,5 %, soit sa plus forte baisse depuis un recul dû à une grève en mai 2017. Ce dernier facteur confirme qu’un atterrissage en douceur du marché de l’habitation est en cours. Mais ces deux facteurs combinés contribuent à maintenir les prix des maisons à un niveau élevé dans plusieurs marchés urbains.

Le secteur du commerce de détail montre quelques signes de ralentissement

Le secteur des véhicules et des pièces détachées a reculé de 1,9 % en juillet, soit la troisième baisse en quatre mois. Les services de santé et de soins personnels ainsi que les magasins de marchandises diverses ont également perdu du terrain. L’amélioration pour les magasins d'alimentation, de boissons et de vêtements n’a pas suffi à compenser ces baisses et le commerce de détail a ralenti de 0,1 %, après une baisse de 0,3 % le mois précédent.

Les autres secteurs enregistrent des rendements hétérogènes

Par ailleurs, le secteur manufacturier a progressé de 1,2 % en juillet, sa plus forte croissance depuis novembre 2017, principalement en raison d’une hausse de 2,4 % de la production de biens non durables, comme les aliments.

Après quatre mois de croissance au premier semestre de 2018, le secteur de l’extraction minière, exploitation en carrière et extraction de pétrole et de gaz s’est contracté pour un deuxième mois consécutif, en baisse de 0,3 % en juillet. Cela s’explique par la baisse de l’extraction de pétrole non conventionnel, résultant en partie des travaux d’entretien d’une installation de production.

Dans le tourisme, la haute saison a démarré sur une note positive, les services d’hébergement et de restauration ayant bondi de 0,7 % par mois en moyenne en mai, juin et juillet.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Comme la main-d’œuvre est rare, il faut absolument mettre en œuvre des stratégies proactives en matière de ressources humaines pour rester concurrentiels. Consultez notre étude sur les écarts entre l’offre et la demande sur le marché du travail pour avoir des idées.
  2. Les hausses de taux d’intérêt seront probablement graduelles, et les coûts d’emprunt pour de nouveaux investissements vont rester abordables pendant quelque temps.
  3. Avec l’accord en place, les échanges commerciaux avec les États-Unis devraient se poursuivre en grande partie comme avant. Diversifier votre marché d’exportation sera toutefois une bonne stratégie, car des politiques protectionnistes sont toujours en place.
Perspectives États-Unis

L’économie américaine se porte bien malgré l’escalade des tensions commerciales avec la Chine

L’économie américaine continue d’avoir le vent en poupe, ce qui a amené la Réserve fédérale à relever le taux des fonds fédéraux de 25 points de base le 26 septembre, le portant à 2,25 %.

La confiance élevée des consommateurs et des entreprises soutient l’investissement, la forte croissance de l’emploi et la hausse des salaires. La plupart des analystes s’attendent à ce que la Fed poursuive son cycle de hausses en augmentant son taux de 25 points de base en décembre, suivi d’au moins 75 points de base supplémentaires au cours de 2019 pour ramener le taux des fonds fédéraux à 3 %. Ce taux est considéré comme proche d’un taux d’intérêt neutre—lorsque la politique monétaire ne stimule ni ne freine l’économie.

L’impact des hausses de la Fed à ce jour, et de ses indications qu’elles vont se poursuivre, se reflète dans la hausse des rendements visible sur le graphique ci-dessous. La remontée du rendement des obligations à 10 ans pourrait également refléter l’augmentation des ventes de bons du Trésor par la Fed (qui a mis un terme à son programme d’assouplissement quantitatif nécessaire pendant la crise financière) et les craintes d’une hausse de l’inflation à venir, peut-être à cause des tensions commerciales croissantes avec la Chine.

Les tensions commerciales avec la Chine obligeront-elles la Fed à cesser de relever ses taux ?

Les tarifs douaniers peuvent avoir deux effets opposés sur la politique monétaire. Ils peuvent réduire les échanges commerciaux et les investissements, ce qui fait ralentir la croissance. Un ralentissement de la croissance signifierait que la Fed devrait ralentir son cycle de hausses des taux d’intérêt.

Par ailleurs, comme les tarifs douaniers sont essentiellement des taxes (et une hausse des coûts pour les entreprises), les prix pourraient augmenter à mesure que les entreprises répercutent ces coûts plus élevés sur les consommateurs. Si les prix augmentent rapidement, la Fed pourrait alors relever son taux directeur plus rapidement que prévu pour maîtriser l’inflation.

La Fed entend les chefs d’entreprise qui s’inquiètent de l’impact des droits de douane de 250 milliards de dollars américains imposés sur les importations chinoises depuis juillet. Les effets comprennent la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’augmentation des coûts des matières premières et la perte de parts de marché en Chine. Cela pourrait entraîner une hausse de l’inflation et une baisse de la croissance, ce qui n’est pas une bonne combinaison.

Jusqu’à présent toutefois, les données relatives à l’inflation ne font apparaître aucune pression à la hausse significative. L’indice des prix à la consommation a atteint 2,7 % en août, tandis que la mesure préférée de l’inflation de la Réserve fédérale a atteint 1,96 %, soit un peu moins que la cible de 2 % qu’elle s’était fixée. Les coûts de la première série de droits de douane en juillet étaient faibles et ont probablement été absorbés par les producteurs. Cependant, la dernière série en septembre était quatre fois plus importante que la précédente, et environ 40 % de ces droits concernent des biens de consommation, tels que des meubles, des aspirateurs et des valises.

La croissance ne semble pas encore touchée

Dans l’ensemble, il semble peu probable que la croissance américaine soit suffisamment touchée par les droits de douane sur la Chine pour que le cycle de hausses des taux de la Fed ralentisse.

La valeur totale des importations chinoises pour le premier semestre de cette année représente moins de 3 % du produit intérieur brut américain. Si ce chiffre est faible, c’est en partie parce que les États-Unis ne sont pas très ouverts au commerce international—les importations et les exportations ne représentent que 27 % du PIB. Par contre, le même indicateur est de 50 % pour la Chine et de 64 % pour le Canada. Ainsi, comme l’exposition de l’économie américaine aux échanges commerciaux est limitée, il est peu probable que les tarifs qu’elle impose aux importations chinoises ralentissent sa croissance, du moins à court terme.

De plus, la monnaie chinoise, le renminbi, s’est dépréciée cette année par rapport au dollar américain. Avec le dollar américain en hausse de 6 % par rapport au renminbi, une partie du coût des droits d’importation a disparu, ce qui signifie que les usines américaines ont toujours accès à des importations chinoises à des prix compétitifs. La dépréciation de la monnaie chinoise se traduira par une hausse de l’inflation en Chine. Cela pourrait conduire la Banque populaire de Chine à relever ses taux d’intérêt, mais jusqu’à présent, les Chinois stimulent l’économie en augmentant le crédit aux entreprises et aux administrations locales.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. La hausse des taux d’intérêt aux États-Unis aura une incidence sur le Canada. Quiconque emprunte en dollars américains verra ses frais d’intérêt augmenter, y compris les banques qui empruntent sur le marché de gros. Les banques répercuteront probablement ces coûts plus élevés sur les entreprises et les consommateurs canadiens qui empruntent en dollars canadiens.
  2. Le huard se dépréciera probablement par rapport au billet vert parce que l’écart de taux d’intérêt entre les deux pays s’est creusé. Les Canadiens qui exportent aux États-Unis seront plus concurrentiels, mais les entreprises canadiennes devront assumer des coûts plus élevés pour importer des biens et services des États-Unis.
  3. Les conditions financières mondiales se resserrent progressivement à mesure que le dollar américain s’apprécie. Si vous avez des fournisseurs ou des acheteurs dans d’autres pays qui ont des dettes en dollars américains, il se peut que des pressions s’exercent sur eux.
Revue du marché du pétrole—juin 2018

Les sanctions américaines contre l’Iran ont des répercussions sur le prix du pétrole

Les prix du pétrole repartent à la hausse, car le marché prévoit une réduction de l’offre avec l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre l’Iran.

Les sanctions contre l’Iran réduiront probablement l’offre

Les sanctions américaines contre l’Iran entreront en vigueur le 4 novembre 2018. Cela signifie que les entreprises qui traitent avec l’Iran seront exclues des marchés financiers américains. Dès le mois d’août, un certain nombre de pays, dont la France, l’Espagne, l’Italie et le Japon, ont commencé à limiter leurs achats à l’Iran, tandis que d’autres, comme la Chine et l’Inde, ont acheté davantage de pétrole. La Chine et l’Inde semblent toutefois limiter leurs achats depuis septembre.

Quelle quantité de pétrole sera exclue du marché ?

L’Iran produit près de 4 millions de barils par jour de pétrole brut, dont il exporte environ 2,5 millions de barils par jour. La question que se posent la plupart des analystes est de savoir quelle part de ces exportations sera retirée de l’offre mondiale. Les estimations vont d’environ 500 000 à 2 millions de barils par jour. L’ampleur de la fourchette des estimations s’explique par l’incertitude qui entoure la capacité de l’Iran à mettre son pétrole sur le marché. L’Iran pourrait vendre à des partenaires en dehors du système bancaire américain. Par exemple, l’Inde utilisera des roupies pour payer le pétrole iranien, selon le Times of India. L’Iran pourrait également expédier son pétrole via l’Irak, selon un rapport de Reuters.

Le pétrole pourrait-il atteindre 90 $ US le baril ?

La réduction de l’offre en provenance d’Iran est en partie responsable des prix qui demeurent élevés, en particulier de celui du Brent qui se négocie autour de 80 dollars américains le baril. Parmi les autres facteurs, mentionnons la baisse continue des niveaux de production au Venezuela, qui n’a produit que 1,24 million de barils par jour en août, contre une moyenne de 2,4 Mb/j il y a quatre ans. En outre, la décision prise à la fin de septembre par les membres de l’OPEP+1 de ne pas augmenter la production favorisera également les prix élevés.

Afin de gérer l’éventuelle insuffisance de l’offre dans les mois à venir, le gouvernement américain va libérer 11 millions de barils de brut de sa réserve stratégique de pétrole pour livraison entre le 1er octobre et le 30 novembre. Cela fait partie de son processus de prélèvement sur cette réserve. Parmi les autres facteurs qui contribueront à l’augmentation de l’offre, mentionnons le maintien d’une forte production aux États-Unis, qui s’établit en moyenne à 11 Mb/j.

L’incertitude a également des répercussions sur les prix

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine constituent un autre facteur d’incertitude. Si les échanges commerciaux diminuent, il faudra moins de carburant pour le transport maritime. L’Agence internationale de l’énergie estime que si le commerce mondial baisse de 5 %, la demande de mazout utilisé pour le transport maritime diminuera de 180 000 barils par jour. La demande de diesel connaîtrait alors aussi un recul, car c’est ce carburant qu’on utilise pour transporter les marchandises des installations portuaires aux magasins.

En outre, en raison des tensions commerciales, la Chine a imposé des droits de douane sur les importations de certains produits pétroliers en provenance des États-Unis. Les mesures de rétorsion pour les 16 milliards de dollars de droits d’importation américains concernent le propane, le butane, le naphta et le carburant aviation, ainsi que divers produits pétrochimiques. La Chine étant le marché qui connaît la croissance la plus rapide pour les produits pétrochimiques américains, ces droits de douane vont nuire aux fournisseurs américains. La Chine s’approvisionnera en produits pétrochimiques auprès d’autres pays. Dans la dernière série de droits de douane, la Chine a ajouté le gaz naturel liquéfié, mais pas le pétrole brut, à sa liste de produits visés par les droits de douane. La Chine représentait 14 % du total des exportations américaines de GNL et 21 % des exportations américaines de pétrole brut au cours du premier semestre de 2018.

Les producteurs de l’Ouest ne profitent pas des prix mondiaux élevés

L’envolée des prix mondiaux ne bénéficie toutefois pas aux producteurs de l’Ouest canadien, où le prix de référence du Western Canadian Select continue de se négocier à un niveau nettement inférieur à celui du West Texas Intermediate. Voir l’article du mois dernier pour plus d’informations sur les raisons de cet écart.

Conclusion

Les prix mondiaux du pétrole devraient rester élevés au cours des prochains mois à mesure que les sanctions contre l’Iran prendront effet et que d’autres pays ne combleront pas l’insuffisance de l’offre. Il est toutefois peu probable que l’écart du WCS par rapport au WTI diminue de sitôt.


1. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole plus les dix autres pays suivants : Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunéi Darussalam, Kazakhstan, Malaisie, Mexique, Oman, Russie, Soudan et Soudan du Sud.

Autres indicateurs économiques

Une hausse de taux à l’horizon

La plupart des analystes prévoient que la Banque du Canada relèvera son taux directeur de 25 points de base le 24 octobre, pour le porter à 1,75 %. Les données les plus récentes font état d’une bonne croissance du PIB au troisième trimestre et d’une hausse de l’inflation fondamentale mesurée par la Banque du Canada, deux facteurs que celle-ci surveille de près lorsqu’elle établit sa politique monétaire. L’incertitude entourant les échanges commerciaux avec les États-Unis a été levée, ce qui renforce la probabilité d’une hausse du taux directeur ce mois-ci.

Le huard atteint son plus haut niveau en quatre mois après l’annonce de l’accord trilatéral

Le dollar canadien s’est apprécié par rapport au dollar américain au cours du mois de septembre, porté par le climat d’optimisme entourant les renégociations de l’ALENA. Il s’échangeait à un peu moins de 0,75 $ US au début de septembre, mais a clôturé à 0,77 $ US à la fin du mois. Le 1er octobre, le huard a atteint 0,78 $ US, un sommet sur les quatre derniers mois, à la suite de l’annonce de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC). Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis étant derrière nous, le dollar canadien devrait se stabiliser à un niveau légèrement supérieur.

La confiance des entreprises est en baisse et les pénuries de main-d’œuvre pèsent sur les perspectives

La confiance des entreprises canadiennes a légèrement baissé en septembre. L’indice du Baromètre des affaires de la FCEI a chuté de 0,2 point. Le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard demeurent les provinces les plus optimistes. La confiance a rebondi de 3,6 points en Ontario, soit la plus forte hausse parmi toutes les provinces pour le mois. Les indices des secteurs de l’agriculture et des ressources naturelles ont augmenté de plus de 6 points chacun, mais ces deux secteurs ont affiché des taux de confiance parmi les plus faibles dans l’ensemble. Dans d’autres secteurs, notamment le commerce de détail, l’hôtellerie et la restauration, l’information et les arts, la confiance a diminué. Les propriétaires d’entreprises font toujours face à des pénuries de main-d’œuvre qui limitent leur capacité. Si vous êtes aux prises avec des pénuries de main-d’œuvre, consultez la dernière étude de BDC sur les pénuries de main-d’œuvre, intitulée Pénurie de main-d’œuvre : un problème tenace, pour savoir comment vous pouvez gérer ce problème.

Les conditions de crédit deviennent de moins en moins accommodantes à chaque hausse de taux

Les conditions de crédit deviennent moins accommodantes à mesure que la Banque du Canada relève ses taux d’intérêt. La hausse attendue de 25 points de base, le 24 octobre, continuera probablement d’exercer des pressions sur les conditions de crédit pour le reste de l’année. À la fin septembre, les taux d’intérêt effectifs pour les ménages et les entreprises étaient de 3,80 % et de 3,65 %, respectivement, ce qui reste faible d’un point de vue historique.

Indicateurs clés : Canada

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