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Lettre économique mensuelle

Septembre 2018
Article vedette

Les entrepreneurs canadiens demeurent confiants malgré les turbulences liées aux échanges commerciaux

Ces derniers temps, les entrepreneurs ont été bombardés d’informations parlant de catastrophes commerciales potentielles et de catastrophes naturelles réelles, notamment des incendies de forêt, des tremblements de terre et des ouragans.

Malgré toutes ces turbulences, un récent sondage de BDC indique qu’ils demeurent confiants

Près de 80 % des propriétaires de PME que nous avons interrogés* ont vu leurs ventes se stabiliser ou augmenter au cours des 12 derniers mois, même après une croissance considérable au premier semestre de 2017. De plus, la majorité des répondants s’attendent à ce que leurs ventes s’améliorent au cours des 12 prochains mois.

Cet optimisme a incité de nombreux entrepreneurs à dire que le moment leur semble propice pour investir dans leur entreprise. Comme le montre le graphique ci-dessous, plusieurs entrepreneurs basent leur réponse positive sur le fait qu’ils voient des occasions de croissance pour leur entreprise. Une autre étude de BDC montre qu’en faisant croître leur entreprise, les entrepreneurs réalisent des économies d’échelle et des gains de productivité qui les aident à générer de plus grandes marges bénéficiaires, qu’ils peuvent réinvestir, créant ainsi un cycle vertueux d’amélioration et une compétitivité accrue. Les investissements des entreprises pour le premier semestre de 2018 ont été solides, en hausse de 7,6 % par rapport à la même période en 2017.

Malgré la hausse des taux d’intérêt, les deux tiers des propriétaires d’entreprises estiment que les conditions de financement sont stables.

Interrogés sur leur perception de la situation de leurs concurrents, de leur région et de l’économie canadienne en général, les propriétaires d’entreprises étaient un peu moins optimistes. On peut cependant y voir une tendance naturelle à être plus prudent quand il est question de ce que l’on connaît moins.

De plus, il n’est pas surprenant que les propriétaires d’entreprises soient moins optimistes en ce qui concerne ce qui se passe autour d’eux étant donné le cycle négatif des nouvelles, surtout les tensions commerciales avec les États-Unis.

Toutefois, la renégociation de l’ALENA pourrait bientôt prendre fin. À la fin du mois d’août, les États-Unis et le Mexique se sont entendus sur les questions importantes liées aux échanges commerciaux entre leurs deux pays, y compris la controversée règle d’origine pour les automobiles. Le Canada s’est de nouveau joint aux discussions et il semble que la nouvelle version de l’ALENA pourrait être conclue cet automne, mais le chapitre sur le règlement des différends que le Mexique a accepté d’éliminer (selon certains médias) pourrait constituer un point de friction important. Un nouvel accord sur l’ALENA réduirait l’incertitude pour de nombreuses entreprises et donnerait un certain soutien au dollar canadien.

Nous ne sommes toutefois pas à l’abri d’autres risques. Les États-Unis imposeront des droits de douane de 10 % sur les importations chinoises d'une valeur de 200 milliards de dollars américains à compter du 24 septembre, et ce taux augmentera à 25 % à la fin de l'année. L'administration américaine a menacé d'imposer des droits de douane sur 267 milliards de dollars américains d'importations chinoises ainsi que sur les automobiles et les pièces d'automobiles en provenance de divers pays, dont le Canada.

Pour l’instant, les impacts des tensions commerciales sont modestes

Les États-Unis ont déjà imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium à de nombreux partenaires commerciaux, ainsi qu’une foule d’autres tarifs sur les importations chinoises. Les tarifs sur les importations chinoises totalisent maintenant 50 G$ US avec l’imposition d’une deuxième tranche sur des marchandises d’une valeur de 16 G$ US qui est entrée en vigueur en août. De nombreux partenaires commerciaux ont pris des mesures de rétorsion contre les États-Unis, mais l’impact global à ce jour a été modeste. Alors que le commerce mondial s’est contracté en juin, après une forte hausse en mai, les volumes restent proches des sommets historiques.

L’inflation a augmenté tant au Canada qu’aux États-Unis, mais elle ne semble pas encore être le résultat des tarifs récemment imposés. L’indice des prix à la consommation a augmenté de 3,0 % au Canada et de 2,9 % aux États-Unis par rapport à juillet dernier. Au Canada, l’augmentation est principalement attribuable à la hausse des prix de l’énergie, tandis qu’aux États-Unis, l’augmentation du coût du logement (loyer ou hypothèque) en a été le principal facteur. Aux États-Unis, les droits de douane sur les métaux et le bois d’œuvre nuisent aux marges bénéficiaires, ce qui force certaines entreprises à augmenter légèrement leurs prix, selon les rapports des banques des districts de la Réserve fédérale.

Au Canada, les tarifs douaniers ne semblent pas influer sur les prix à la production—une mesure de divers produits de base, notamment les fruits et légumes, les produits chimiques, le bois d’œuvre, les métaux, la machinerie et l’équipement. Au cours de la dernière année, les prix de l’énergie et d’autres produits de base ont fait grimper l’indice des prix à la production canadien. Fait intéressant, depuis l’imposition des tarifs sur l’acier et l’aluminium, ces catégories de produits n’ont pas connu de hausse de prix, bien que les prix de l’aluminium aient augmenté plus tôt dans l’année, dans l’espoir que le président Trump donnerait suite à sa promesse d’imposer des tarifs.

Parmi les entreprises sondées par BDC, plus de 50 % font affaire avec les États-Unis et environ trois sur dix s’attendent à ce que l’imposition de tarifs douaniers nuise (directement ou indirectement) à leurs activités. L’impact le plus couramment attendu est une hausse du prix de leurs biens ou services.

Face à la turbulence, pour devenir plus concurrentielles, les entreprises canadiennes ont recours à des stratégies comme le recentrage de leurs efforts sur les marchés locaux, le développement du commerce avec d’autres pays, l’établissement de partenariats et l’investissement dans la recherche et le développement et l’innovation.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Même si le protectionnisme commercial américain ne disparaîtra pas à court terme, les entreprises canadiennes peuvent surmonter cet écueil en continuant de se concentrer sur leurs clients actuels tout en recherchant de nouveaux marchés. Selon une Étude BDC, il y a une forte corrélation entre la diversification et la réussite financière.
  2. Investir dans l’innovation pour développer de nouveaux produits ou procédés améliorera votre position concurrentielle et vous permettra peut-être de facturer des prix plus élevés si vos marges sont comprimées par la hausse des prix des intrants.
  3. Lorsque les temps sont incertains, il est bon de garder un contrôle serré sur vos coûts. Prenez le temps, au cours du prochain mois, de passer en revue toutes vos dépenses pour voir où vous pouvez trouver des économies.

* Nous avons sondé 951 propriétaires d’entreprises et décideurs entre le 10 et le 20 juillet 2018.

Perspectives Canada

L’économie canadienne affiche une croissance stable

L’économie du Canada a progressé de 2,9 % sur une base annualisée au deuxième trimestre de 2018, analogue aux attentes de la Banque du Canada.

Les dépenses de consommation ont rebondi après avoir ralenti au premier trimestre. Même chose du côté des exportations de biens, qui ont enregistré une croissance annualisée de 15 %.

Les investissements des entreprises, quoique toujours positive, ont fléchi après un premier trimestre très favorable, tandis que les investissements résidentiels ont stoppé leur chute et sont repartis à la hausse.

Si 2017 a été marquée par la vigueur de la croissance, celle-ci semble se stabiliser autour de 2 %, soit un niveau plus soutenable pour une économie avancée dont la population est vieillissante.

L’inflation s’accélère, mais les taux d’intérêt demeurent favorables

Étant donné que l’économie évolue globalement comme prévu, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé à 1,5 % au début de septembre. Même si l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation a atteint 3 % en juillet, ce qui est attribuable à la hausse des prix de l’essence et des tarifs aériens, elle devrait se rapprocher de la cible de 2 % fixée par la banque centrale à mesure que les facteurs passagers se dissiperont. En effet, la moyenne des trois mesures de l’inflation fondamentale utilisées par la Banque est actuellement de 2 %, ce qui correspond exactement à la cible.

La Banque du Canada a relevé son taux directeur de 1 % depuis qu’elle a entamé son cycle de resserrement graduel des taux l’été dernier. Depuis, les banques ont répercuté environ les trois quarts de cette hausse sur les ménages et les entreprises. La plupart des analystes prévoient que la Banque centrale canadienne élèvera au moins une fois de plus son taux directeur cette année.

Ralentissement prévu de la consommation

Compte tenu de la montée des prix et de la hausse graduelle des taux d’intérêt, la consommation des ménages devrait ralentir par rapport à sa croissance élevée de 3,5 % enregistrée l’an dernier. Jusqu’à maintenant cette année, les dépenses des ménages ont progressé de 2,4 % par rapport au premier semestre de 2017.

Cette tendance se reflète sur les ventes au détail, dont la croissance a ralenti également. Celle-ci a été de plus de 7 % sur une base nominale entre 2016 et 2017, tandis qu’au premier semestre de 2018, elle n’a été que de 3,2 % comparativement à la même période en 2017.

Un marché de l’emploi stable devrait cependant appuyer les dépenses de consommation

Les résultats du marché de l’emploi pour le mois d’août ont été décevants, mais ces données sont notoirement volatiles. La perte nette de plus de 50 000 emplois enregistrée le mois dernier a ramené le taux de chômage à 6 %. À ce jour, l’emploi stagne en 2018. Précisons cependant que les emplois à temps plein, qui représentent environ 80 % des emplois, ont augmenté, tandis que les emplois à temps partiel ont diminué au cours du premier semestre de l’année.

Les salaires ont progressé en moyenne de 2,9 % durant le premier semestre de l’année. Même si le rythme varie considérablement d’un secteur à l’autre, les salaires dans les secteurs du commerce de détail et de la construction étant ceux dont la croissance est la plus rapide, globalement, les salaires suivent à peine le rythme de l’inflation, ce qui signifie que les revenus réels (croissance nominale des salaires moins l’inflation) demeurent inchangés. Toutefois, la stabilité en matière d’emploi et, par conséquent, de style de vie, devrait favoriser une légère augmentation des dépenses.

En effet, cette stabilité accrue pourrait expliquer pourquoi, après avoir ralenti pendant environ six mois, le crédit à la consommation a augmenté plus fortement en juillet. Il est possible que les consommateurs soient plus à l’aise avec l’idée d’emprunter pour effectuer plus d’achats après avoir limité leur endettement durant le premier semestre de l’année.

La confiance est à la hausse, malgré l’incertitude sur l’ALENA

Selon les résultats d’un sondage Ipsos, la confiance des Canadiens s’est améliorée en août par rapport à juillet. Ce regain d’optimisme s’expliquerait en partie par le fait que la croissance est généralisée et que tous les secteurs de l’économie y contribuent.

Bien que la renégociation de l’ALENA suscite beaucoup d’inquiétudes et puisse miner la confiance, il semble plausible que le Canada arrive à conclure une entente avec les États-Unis et le Mexique d’ici la fin septembre. Les pouvoirs attribués à l’administration américaine par le Congrès en matière de libre-échange ont pour objectif la conclusion d’une entente trilatérale. Le 31 août, le représentant américain au Commerce a informé le Congrès de la conclusion d’une entente avec le Mexique, auquel le Canada pourrait se joindre. Cette annonce donne un délai de 90 jours pour signer un accord. Soixante jours avant la signature, l’administration américaine doit publier le texte, ce qui laisse au Canada jusqu’à la fin du mois en cours pour négocier une entente satisfaisante.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Le dollar canadien ne devrait pas s’apprécier de façon importante par rapport au dollar américain avant la conclusion d’une entente sur l’ALENA. C’est une bonne nouvelle pour les exportateurs qui ne sont pas visés par les tarifs douaniers américains.
  2. La hausse des taux d’intérêt devrait se poursuivre. Assurez-vous que votre entreprise gère efficacement son endettement. Il peut être judicieux d’effectuer le plus tôt possible des investissements qui permettront d’accroître la productivité afin de profiter des taux d’intérêt bas.
  3. Si vous exploitez une entreprise dans le secteur du commerce de détail, vos marges subissent sans doute les pressions provenant de l’augmentation des salaires et du ralentissement des revenus. Songez à réduire les coûts et à tirer parti de la technologie pour accroître l’efficacité.
Perspectives États-Unis

La forte croissance aux États-Unis peut-elle durer?

À court terme, la solide croissance que connaissent les États-Unis devrait se maintenir. Elle pourrait cependant s’essouffler, compte tenu du fait que le dollar continue de s’apprécier par rapport aux autres devises. À long terme, la consommation des ménages risque de ralentir si la croissance des salaires ne suit pas.

Le rythme de croissance de l’économie des États-Unis a été impressionnant au deuxième trimestre, à 4,2 % en rythme annualisé, comparativement à 2,2 % au premier trimestre. Tous les secteurs de l’économie ont contribué à la croissance, sauf les investissements résidentiels.

Les dépenses de consommation ont rebondi et ont représenté 60 % de la croissance, le pouvoir d’achat des consommateurs s’étant amélioré par suite de l’adoption de la réforme fiscale en décembre dernier.

La légère diminution des investissements des entreprises, après une forte hausse au premier trimestre, est principalement attribuable à l’accumulation de stocks. En effet, les inquiétudes entourant la fiabilité des approvisionnements auprès des fournisseurs, tant nationaux qu’étrangers, ont incité les sociétés à accumuler des matières premières et des produits intermédiaires au cours du dernier trimestre.

Les échanges commerciaux risquent de peser sur la croissance dans un avenir rapproché

Les échanges ont contribué à la croissance du PIB, en raison de la forte augmentation des exportations de biens. Toutefois, en raison du raffermissement du billet vert, les exportations ont fléchi vers la fin du trimestre, ce qui a entraîné une hausse du déficit commercial américain, qui s’élève actuellement à 571 G$ US (total pour les 12 derniers mois).

Cette tendance devrait se poursuivre au cours du trimestre courant, car les entreprises importent des biens avant les droits de douane américains sur les importations de 200 milliards de dollars américains supplémentaires de biens chinois entrent en vigueur le 24 septembre. Il existe déjà des droits à l'importation sur des importations chinoises d'une valeur de 50 milliards de dollars américains pour lesquelles la Chine a pris des mesures de rétorsion en nature. La Chine a annoncé qu'à compter du 24 septembre, elle imposera des droits d'importation de 10 % sur des marchandises américaines d'une valeur de 60 milliards de dollars américains.

La Réserve fédérale américaine devrait hausser le taux des fonds fédéraux de 25 points de base supplémentaires le 26 septembre. Cela entraînera vraisemblablement une nouvelle appréciation du dollar américain par rapport au yuan chinois et aux autres grandes devises.

Les effets des pressions sur la capacité de production commencent à se faire sentir

Les prix à la consommation ont augmenté de 2,9 % en juillet par rapport à l’an dernier, principalement en raison de la hausse des coûts du logement (loyers ou hypothèques) qui a découlé de la hausse des taux d’intérêt. Par ailleurs, les prix de l’énergie ont grimpé de plus de 40 % depuis l’année dernière, les prix de l’essence à la pompe étant à leur plus haut niveau en quatre ans, selon l’Energy Information Administration des États-Unis.

Étant donné que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à devoir composer avec l’augmentation des coûts des transports, la pénurie de main-d’œuvre et les conséquences des tarifs douaniers à l’importation, il y a une forte probabilite que les prix continueront d’augmenter, ce qui pèsera sur la demande.

Malgré la création de 200 000 emplois par mois en moyenne ces 12 derniers mois, bon nombre de sociétés ne disposent toujours pas de la capacité nécessaire pour répondre à la forte demande de leurs produits et services. Plutôt que d’augmenter les salaires, elles préfèrent payer davantage pour le travail supplémentaire. En effet, les heures supplémentaires dans le secteur manufacturier sont en hausse de 50 % par rapport à il y a deux ans.

Les salaires augmentent, et le coût de l’emploi encore plus, ce qui signifie que les travailleurs récoltent les bienfaits de la vigueur de l’économie, quoique à un degré moindre que lors des périodes précédentes où l’économie battait son plein.

Les probabilités d’une récession augmentent-elles?

L’économie des États-Unis est-elle en train de surchauffer et risque-t-elle de plonger en récession? Il est trop tôt pour l’affirmer, mais selon l’un des principaux outils de prévision, les risques qu’une récession survienne augmentent.

L’inversion de la courbe des taux annonce généralement que la récession est imminente, comme cela a été le cas en 2000 et en 2007. Pour le moment, la courbe s’est aplatie—reflétant l’inquiétude de la part des investisseurs envers la situation macroéconomique—mais elle ne s’est pas encore inversée.

La Banque fédérale de réserve de New York prévoit les récessions en utilisant la courbe des taux. À la fin août, selon son modèle, la probabilité que les États-Unis entrent en récession au cours des 12 prochains mois est de 15 %, contre 10 % il y a un an.

Bien que le taux d’épargne national demeure élevé, cette situation s’explique principalement par la hausse des taux d’intérêt et des revenus tirés des dividendes, et non des salaires. Les moins nantis ont une plus grande propension à dépenser que les personnes fortunées, mais si les salaires ne suivent pas au minimum l’inflation, la croissance de l’économie aura du mal à maintenir un rythme aussi soutenu.

Qu’est-ce que cela signifie pour les entrepreneurs?

  1. Le dollar américain devrait demeurer fort, notamment par rapport au dollar canadien.
  2. La demande aux États-Unis demeure solide et, compte tenu de l’accroissement des contraintes liées à la capacité de production, les entreprises canadiennes qui sont des fournisseurs fiables seront valorisées.
  3. Même si le président Trump continue de brandir la menace des tarifs douaniers, l’administration pourrait commencer à adoucir le ton en raison des difficultés accrues auxquelles les entreprises américaines font face. Cela aurait une incidence positive sur l’économie canadienne.
Revue du marché du pétrole—juin 2018

Les indices de référence mondiaux du pétrole sont stables, mais le prix du pétrole de l’Ouest du Canada a nettement reculé

Les indices de référence mondiaux du pétrole, comme le Brent et le West Texas Intermediate, ont été relativement stables au cours des dernières semaines, dans la fourchette de 65 à 75 $ US le baril. Les nouvelles concernant l’impact des sanctions américaines contre l’Iran, la baisse de la production du Venezuela, du Mexique et de la Libye, ainsi que l’augmentation de la production et du raffinage aux États-Unis et en Chine ont entraîné des fluctuations mais, en général, les prix sont restés stables. Ce n’est pas le cas pour le Western Canadian Select (WCS), qui a nettement reculé à 40 $ US le baril.

Le WCS évolue toujours en deçà du WTI en raison de la différence de qualité entre les deux pétroles. Le WCS est plus lourd et a une plus haute teneur en soufre, ce qui le rend « acide ». De plus, son transport jusqu’aux raffineries de la côte du golfe du Mexique coûte plus cher que celui du pétrole provenant du bassin Permien au Texas ou d’autres régions des États-Unis.

Entre la fin de 2014 et novembre 2017, l’écart entre le WTI et le WCS a été en moyenne de 14 $ US le baril. Lorsqu’un déversement de pétrole a été découvert sur l’oléoduc Keystone et forcé sa fermeture, cet écart a doublé. Bien qu’il soit revenu à 20 $ US à la suite d’une décision judiciaire rendue à la fin mars en faveur du pipeline Trans Mountain (qui amènerait le pétrole de l’Alberta sur la côte ouest de la Colombie-Britannique), l’écart s’est de nouveau accru depuis la mi-juillet, atteignant en moyenne environ 27 $ US le baril.

Les incertitudes entourant les capacités des pipelines expliquent l’élargissement de l’écart

L’automne dernier, TransCanada Corporation a dû modifier le tracé privilégié de son pipeline Keystone XL, estimé à 10 G$, qui doit relier Hardisty, en Alberta, à Steele City, au Nebraska, à la suite d’une décision de justice obligeant la société à contourner les terres des plaignants pour faire passer son pipeline. Depuis, un nouveau tracé a été choisi et, à la mi-août, le juge d’une cour de district des États-Unis a ordonné une étude environnementale supplémentaire sur le tracé révisé du pipeline au Nebraska. TransCanada doit lever ce nouvel obstacle réglementaire avant que la construction puisse commencer. Ce nouveau retard pourrait exercer une pression à la baisse sur le prix du WCS, car on ne sait toujours pas avec certitude si le pipeline sera effectivement construit un jour. TransCanada a initialement proposé la construction de Keystone XL il y a près de dix ans.

Kinder Morgan a obtenu gain de cause dans plusieurs procédures judiciaires pour faire construire le pipeline Trans Mountain, y compris lors d’une décision récente de la Cour suprême du Canada qui a rejeté un appel de la ville de Burnaby visant à en empêcher la construction. Bien que l’achat du pipeline par le gouvernement fédéral, finalisé le 30 août, accroisse les chances que le projet franchisse les frontières provinciales, la décision la plus récente de la Cour d’appel fédérale a interrompu la construction du projet. Le 30 août, la Cour a statué contre le gouvernement dans une cause qui combinait plus d’une vingtaine de poursuites et qui demandait l’annulation de l’évaluation du projet de Kinder Morgan Canada Ltd. par l’Office national de l’énergie. La Cour a ordonné au gouvernement de refaire sa consultation de la phase 3. Le gouvernement fédéral maintient son engagement à l’égard du projet Trans Mountain.

L’ampleur de l’écart est surprenante compte tenu du recul de la production au Venezuela et au Mexique

Bien que l’incertitude demeure quant à la construction du pipeline, la demande en provenance des États-Unis demeure forte. Compte tenu du recul de la production du Mexique et du Venezuela (d’importants producteurs de pétrole brut sulfureux), le pétrole canadien peut accroître sa part de marché. Les raffineries américaines utilisent le pétrole brut lourd pour le mélanger au pétrole plus doux et plus léger tiré du pétrole de schiste afin de produire du gazole et de l’essence.

Un nouveau règlement environnemental pourrait exercer des pressions à la baisse sur le WCS

Le nouveau règlement sur les combustibles marins devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2020. Ce règlement concerne le carburant utilisé par les navires pour transporter 95 % des marchandises que les pays exportent et importent.

Il y a dix ans, l’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté un règlement exigeant que les transporteurs de marchandises utilisent des combustibles marins dont la teneur en soufre est de 0,5 %, contre 3,5 % actuellement. L’utilisation de carburant à faible teneur en soufre réduit la quantité de dioxyde de soufre libérée dans l’atmosphère. Le dioxyde de soufre est responsable de problèmes respiratoires, des pluies acides et de l’acidification des océans.

L’OMI estime que ce règlement s’appliquera à plus de 121 000 navires naviguant dans les eaux internationales. Comme la mise en œuvre approche à grands pas, les acteurs du marché s’inquiètent du coût du passage au gazole marin à faible teneur en soufre, qui est plus cher que les carburants à plus forte teneur en soufre, comme le WCS. Le cabinet-conseil Wood Mackenzie estime que les coûts du combustible pourraient augmenter de 25 %. Le coût du carburant représente environ 30 à 50 % des coûts d’exploitation totaux d’un navire, selon Marine Insight, une société indienne qui fournit des ressources et de la formation aux marins. Les navires qui n’ont pas de moteurs pour le carburant à faible teneur en soufre devront installer des épurateurs pour réduire les émissions de dioxyde de soufre.

Pour le Canada, en tant qu’important producteur de carburant à forte teneur en soufre, ce nouveau règlement pourrait faire perdre du terrain au prix que reçoivent les producteurs de l’Ouest canadien pour leurs produits. Le Canadian Energy Research Institute a modélisé le changement de l’OMI et estime que l’écart entre le WTI et le WCS pourrait passer de 13 $ US le baril (la moyenne historique) à 31 à 33 $ US le baril.

Toutefois, selon Mike Priaro, un vétéran des champs de pétrole de l’Alberta, les sables bitumineux du Canada sont bien placés pour approvisionner ce marché en croissance. Un baril de pétrole brut des sables bitumineux, de pétrole brut des sables bitumineux partiellement valorisé ou de pétrole brut synthétique produit beaucoup plus de distillat moyen du pétrole, un combustible à faible teneur en soufre, qu’un baril de pétrole brut léger non sulfuré (comme le Brent ou le West Texas Intermediate). La question se résumera à la capacité de raffinage complexe nécessaire pour produire le pétrole à faible teneur en soufre conforme au nouveau règlement. Si les raffineries ne peuvent pas transformer le pétrole brut lourd du Canada en combustible marin, la pression à la baisse sur le WCS se poursuivra.

Conclusion

L’écart entre le Western Canadian Select et le WTI devrait se maintenir jusqu’à ce que les oléoducs permettant d’acheminer le pétrole de l’Alberta vers les marchés mondiaux soient construits. Bien que cet écart puisse se réduire à mesure que les incertitudes entourant la construction se dissipent, nous ne devrions pas nous attendre à un retour aux niveaux historiques bientôt.

Autres indicateurs économiques

La Banque du Canada maintient son taux directeur inchangé en septembre

Le 5 septembre, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 1,50 %. Le gouverneur Stephen Poloz a réitéré que, même si l’indice des prix à la consommation a atteint 3 % en juillet, les mesures de l’inflation fondamentales utilisées par la Banque demeurent autour de la cible de 2 %. Si les dernières estimations de la croissance du PIB du Canada se situent en deçà des attentes du marché, elles sont néanmoins supérieures de 0,1 % aux prévisions de la Banque. Cette dernière suit également attentivement les renégociations de l’ALENA. La plupart des analystes prévoient que la banque centrale canadienne haussera son taux directeur de 25 points de base en octobre.

Les pourparlers sur l’ALENA pèsent sur le huard

En août, l’optimisme entourant les pourparlers sur l’ALENA a favorisé l’appréciation du huard par rapport au billet vert, mais la devise canadienne s’est légèrement repliée depuis. Le dollar canadien a fluctué entre 76,0 et 77,4 cents, avant de clôturer le mois à 76,6 cents. Certains facteurs, comme la décision de la Cour d’appel fédérale d’interrompre la construction du pipeline Trans Mountain et une croissance du PIB plus faible que prévu, ont contrebalancé l’effet de la montée des prix du pétrole à l’échelle mondiale, ce qui a exercé des pressions à la baisse sur le huard. Celui-ci semble d’ailleurs sensible à la renégociation de l’ALENA. La trajectoire du dollar dépendra grandement de l’évolution des négociations commerciales avec notre voisin du Sud au cours du prochain mois.

Le marché de l’habitation se stabilise

L’exigence de soumettre les emprunteurs à une simulation de crise, en vertu de la ligne directrice B-20 et de la réglementation provinciale, a ralenti le marché immobilier au début de l’année en cours. Toutefois, les données disponibles les plus récentes indiquent que le marché de l’habitation se stabilise, à mesure que les emprunteurs et les prêteurs s’ajustent aux règles restrictives. En juillet, les ventes résidentielles se sont accélérées pour un troisième mois consécutif, malgré le fait qu’elles se situent en deçà de la moyenne sur 10 ans. Les prix dans la région du Grand Toronto ont très peu varié au cours de l’été, ce qui a stabilisé l’Indice des prix des propriétés (IPP) à l’échelle nationale. Comme le montre le graphique ci-dessous, les prix dans les principaux marchés semblent converger vers un taux de croissance plus soutenable.

Les conditions de crédit se resserrent, mais demeurent relativement favorables

Les conditions de crédit demeurent relativement favorables pour les ménages et les propriétaires d’entreprises. Les institutions financières n’ont pas encore répercuté la totalité de la hausse des taux d’intérêt décidée par la Banque du Canada en juillet. À la fin août, les taux d’intérêt effectifs pour les ménages et les entreprises s’élevaient à 3,8 % et à 3,6 %, respectivement. Les augmentations représentent la moitié de la hausse de 0,25 % survenue en juillet. Bien que la Banque du Canada n’ait pas relevé son taux lors de sa dernière réunion, tenue au début du mois, la plupart des analystes estiment qu’elle le fera au moins une fois cette année.

Indicateurs clés : Canada

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