Lettre économique mensuelle

Avril 2022
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Au bord de la stagflation, comme dans les années 70?

Stagfla-quoi? Stagflation. Ce terme économique dérivé de la contraction des mots inflation et stagnation, apparu à la fin des années 60, décrit une période économique caractérisée par une forte inflation et une faible (voir même négative) croissance.

Il exprime aussi un véritable cauchemar pour les banques centrales et une situation qu’aucune entreprise ni particulier n’a envie de traverser. Or, avec des taux actuels d’inflation qui dépasse des records vieux de plusieurs décennies, les craintes de voir les économies américaine et canadienne entrer en période de stagflation augmentent de plus en plus. Ces craintes sont-elles fondées? Quel en est l’impact pour les entreprises canadiennes?

Les indicateurs de stagflation

Parmi tous les indicateurs économiques, trois sont dune importance capitale: le produit intérieur brut, le taux de chômage et linflation. Ces indicateurs ne sont habituellement pas sources de bonnes (ou mauvaises) nouvelles en même temps.

On ne peut pas sattendre à une forte croissance du PIB et un faible taux de chômage avec un faible niveau dinflation. Il y a donc une forme darbitrage qui s’opère entre faible inflation, croissance modérée et taux de chômage élevé.

La stagflation survient lorsque cette sainte-trinité des indicateurs économiques déroge de la relation normale qui les unis. On se retrouve alors avec une forte inflation, une faible croissance – voire une récession – et un haut taux de chômage. Est-ce ce qui attend les économies nord-américaines?

Les taux d’inflation de part et d’autre de la frontière canado-américaine se rapproche de manière inquiétante de ceux qui prévalaient lors de la dernière période de stagflation de 1970-80. À cette époque, l’inflation avait grimpé jusqu’à près de 15 % aux États-Unis et avait même été déclaré ennemie publique numéro un.

Le dilemme des banques centrales était alors colossal: elles jonglaient avec une économie qui avait besoin d’une stimulation de la demande pour augmenter le niveau demploi, mais qui devait également bénéficier de taux d’intérêt plus élevés pour calmer les hausses de prix.

La source précise d’une stagflation demeure sujet à débat parmi les économistes. Toutefois les deux derniers épisodes, ceux de 74-75 et 78-82, ont des éléments bien communs. Ils se déroulent pendant une crise énergétique et ont été précédés par des périodes de politiques monétaires expansionnistes.

Alors, est-qu’on y est? Pas tout à fait.

Effectivement, la guerre en Ukraine menée par aura accentué les déséquilibres entre l’offre et la demande sur les marchés énergétiques et aura fortement hausser le prix du pétrole brut. Et de un. Sur le plan monétaire, les gouvernements et les banques centrales ont déployé des mesures extraordinaires pour soutenir l'économie pendant la pandémie de COVID. Et de deux.

Le facteur décisif pour éviter la stagflation ne vient pas directement de la politique monétaire, contrairement à ce que plusieurs pourraient penser. L’avenir de l’économie dépend avant tout des anticipations des ménages et des entreprises.

Le risque de stagflation devient plus important au fur et à mesure que les Canadiens s’attendent à ce que linflation reste plus élevée, plus longtemps. Or, la dernière enquête de la Banque du Canada a montré que de nombreux consommateurs étaient préoccupés par l'inflation aujourd'hui mais que les attentes à plus long terme restaient stables.

Tant que les ménages et les entreprises auront donc confiance en la capacité des autorités à contrôler les hausses de prix, et qu’ils n’anticiperont pas d’inflation future durable, alors cette forte inflation passera sans créer trop de dommages à l'économie.

Le pari des banques centrales

Décider de la meilleure direction que prendra une politique monétaire nest jamais simple. Encore moins lorsquon ajoute des facteurs à hauts niveaux dincertitude comme une pandémie, une guerre physique en Ukraine et une guerre économique contre la Russie.

Les banques centrales ont pris le pari que des conditions monétaires plus strictes calmeront la demande et ralentiront l’inflation galopante actuelle, tout en évitant un ralentissement trop important de l’économie (pour ne pas mentionner le fameux mot en R). Pour ce faire, les taux doivent monter et ce, rapidement selon les dirigeants de la Féd.

Les hausses de taux directeur font leur chemin dans l’économie pendant plusieurs mois. Une seule hausse de taux directeur aura des effets plusieurs mois encore après son annonce. Voilà pourquoi le risque de voir les banques centrales resserrer un peu trop leur politique monétaire, et ainsi ralentir un peu trop l’économie, inquiète certains observateurs.

D’autant que cette situation s’est justement produite lors des derniers épisodes de stagflation qui auront été marqués par deux récessions, alors que le taux directeur avait bondi jusqu’aux alentours de 20 % au Canada et aux États-Unis.

Y-a-t-il lieu de s’inquiéter?

me si les prix resteront élevés pour un certain temps encore, linflation mesure la variation des prix dune année à lautre.

Si on continue de croire au mécanisme doffre et de demande, on espère à la même période lan prochain que loffre se sera remise de la COVID, que les tensions sur les chaînes dapprovisionnement auront commencé à s’améliorer et que les hausses de taux d’intérêt auront suffisamment ralenti la demande pour permettre aux entreprises de reprendre leur souffle. On sattend effectivement à ce que les prix reviennent à un niveau de croissance plus soutenable pour l’économie en 2023.

Pour l’instant, les économies canadiennes et américaines reposent toujours sur des bases solides. L’inflation est certes élevée et les banques centrales doivent s’y attarder, mais le taux de chômage est très faible et la croissance demeure solide. Les entreprises ont de la difficulté à répondre à la vigueur de la demande, signe qu’il y a peu, voir pas, de capacité excédentaire actuellement dans l’économie.

La croissance économique devrait donc se diriger vers un atterrissage en douceur en dépit du niveau élevé d’incertitude auquel elle fait face.

L'impact sur votre entreprise

  • L'inflation élevée rappelle à de nombreux Canadiens des souvenirs douloureux de stagflation comme celle des années 70 et 80. Mais rassurez-vous, l'économie canadienne repose sur des bases solides, incluant un marché du travail robuste et ce malgré l'incroyable incertitude.
  • L'inflation actuelle est principalement due au déséquilibre entre l'offre et la demande causé par la pandémie et la reprise qui s'en est suivie. L'inflation restera plus élevée que prévu initialement mais devrait revenir à un niveau plus raisonnable en 2023.
  • D'ici là, les prix resteront élevés et les taux d'intérêt augmenteront pendant un certain temps, mais les ménages et les entreprises sont en bonne position pour absorber une grande partie de la hausse. À mesure que la demande ralentira, l'offre sera mieux placée pour y répondre.
Perspectives Canada

Des perspectives solides malgré une sixième vague

Bien que la guerre en Ukraine apporte son lot d’incertitude et de défis pour l’économie mondiale, le principal risque pour les perspectives économiques reste le chemin que prendra le virus.

La remontée des cas d’infection à la COVID-19 à l’échelle nationale nous porte à penser que le Canada connaîtra une sixième vague ce printemps. Pour l’instant, seules les autorités sanitaires du Québec ont déclaré l’émergence d’une sixième vague, mais les cas augmentent dans toutes les provinces canadiennes.

Le taux de vaccination au pays est toujours enviable et on ne s’attend pas à un nouveau renforcement significatif des mesures sanitaires. L’impact de cette nouvelle vague sur les entreprises et l’économie devrait donc être encore moins important que lors des vagues précédentes. D’ailleurs, l’économie s’est montrée de plus en plus résiliente avec chaque nouvelle vague, et ce en dépit des restrictions.

Néanmoins, s’il y a une chose ou deux que nous avons aussi apprise depuis le débit de la pandémie, c’est que ce virus suscite beaucoup d’incertitude et que ses effets sur l’économie et les entreprises sont très inégaux d’un secteur à l’autre.

Solide rebond du PIB, malgré Omicron

Le PIB canadien a augmenté de 0,2 % en janvier, ce qui marque un huitième mois consécutif de croissance pour l’activité économique nationale.

Encore une fois, la résilience de l’économie canadienne face à Omicron, la plus virulente vague à ce jour, est surprenante. Rappelons qu’en janvier, plusieurs provinces ont durci les mesures sanitaires et forcé la fermeture de plusieurs commerces. Le pays avait ainsi perdu plus de 200 000 emplois pendant ce mois.

Or, dès les réouvertures, le PIB réel aurait fortement rebondi de 0,8 % en février (à l’image de l’emploi d’ailleurs), selon les estimations préliminaires de Statistique Canada. Le premier trimestre de 2022 devrait donc enregistrer une robuste croissance réelle d’environ 4,0 % au rythme annualisé.

Le marché de l’emploi continue à se resserrer

Après le fort rebond du niveau de l’emploi (+336 000) engendré par l’assouplissement des mesures sanitaires et les réouvertures de commerces, l’économie a crée 73 000 emplois de plus en mars.

La croissance s’est poursuivie dans les secteurs les plus touchés par la pandémie, soit les services d’hébergement et des restaurations (+15 000) et dans l’information, la culture et les loisirs (+4 000). Toutefois, comme l’activité dans ces secteurs est toujours bien en deçà de son niveau prépandémique et que plusieurs employés de ces secteurs ont réorienté leurs carrières à cause de la crise, il manque toujours plusieurs travailleurs dans ces industries.

Le pays est d’ailleurs toujours confronté à une pénurie de main-d’œuvre alors que le nombre de postes vacants se maintient élevé malgré de fortes hausses d’emploi. En janvier, on comptait toujours plus de 800 000 postes vacants même si de nombreuses entreprises ont été fermées à cause d'Omicron.

Le taux de chômage est tombé à 5,3 % en mars, son niveau le plus bas en 48 ans.

Avec les températures plus clémentes à nos portes et la venue de la saison estivale, on s’attend à ce que les industries touristiques continuent de souffrir du manque de main-d’œuvre et à rouler au ralenti par rapport à leur dynamisme pré-COVID. L’activité dans ces secteurs étant à forte intensité de travailleurs (contrairement aux industries à forte intensité de capital), il sera donc plus difficile de récupérer le niveau d’affaire précédent la pandémie.

Accélération de la lutte à l’inflation

L’inflation aura vraisemblablement gagné encore en vitesse en mars suite aux hausses de prix de l’essence. Depuis le début de 2022, les prix à la pompe ont augmenté significativement un peu partout au pays reflétant en partie la hausse du prix du brut sur les marchés mondiaux.

Le prix du brut avait déjà augmenté de plus de 20 % depuis le début de l’année, avant même l’invasion de la Russie en Ukraine. Le prix à la pompe a quant à lui augmenté d’environ 12,5 % en moyenne dans les grandes villes canadiennes, entre décembre 2021 et février 2022.

Depuis le début du conflit, les prix varient beaucoup de jour en jour, mais restent généralement au-delà de 100 $ le baril et le prix au comptant d’un baril de brut s’échangeait 15 % de plus que sa moyenne de février sur les marchés. On peut donc s’attendre à ce que l’inflation avoisine, sinon dépasse, 6,0 % au Canada en mars.

Les banques centrales préfèrent baser la direction de la politique monétaire sur des mesures moins volatiles d’inflation que celles incluant le prix de l’essence. Néanmoins, les hausses de prix se diffusent de plus en plus dans l’économie à cause des problèmes qui frappent les chaînes d’approvisionnement.

La Banque du Canada poursuit donc son effort de lutte à l’inflation. Même si le niveau d’incertitude qui plane actuellement sur l’économie est élevé, à cause de la guerre en Ukraine qui se poursuit et de la remontée du nombre de nouveaux cas d’infection à la COVID-19 au Canada, la banque centrale a relevé en avril son taux directeur de 50 points de base, portant celui-ci à 1 %.

L’impact sur votre entreprise

  • La croissance économique devrait garder le cap malgré le potentiel grandissant d’une sixième vague de COVID-19. Les ménages et les entreprises semblent de plus en plus aptes à naviguer dans l’incertitude avec chaque nouvelle vague, comme en témoigne la croissance du PIB malgré Omicron.
  • La vitesse à laquelle l’emploi s’est redressé en février et en mars témoigne de la compétition féroce sur le marché du travail. Assurez-vous d’avoir un plan d’embauche prêt pour la saison estivale, surtout si vous opérez dans des industries touristiques ou saisonnières.
  • La demande en biens et services ne dérougit pas malgré l’incertitude croissante. Le tout, jumelé aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, fait grimper les prix. La Banque du Canada continuera sa lutte pour ramener l’inflation dans la fourchette cible (entre 1 % et 3 %) dans le courant de l’année.
Perspectives États-Unis

Une croissance au ralenti avec des taux d’intérêt en hausse

Alors que la Réserve fédérale accélère sa lutte contre l’inflation, la croissance économique américaine se dirigera vers un ralentissement mais restera néanmoins positive dans un avenir rapproché.

Dans le contexte actuel, l’incertitude économique est à son comble. Malgré tout, l’économie américaine jouit d’un élan non négligeable. Linflation, rappelons-le, a récemment atteint son plus haut niveau en 40 ans, mais la croissance annuelle du PIB en a fait de même.

Le consensus table présentement sur une croissance de 3,3 % en 2022 et 2,4 % en 2023 – un rythme plus lent, mais beaucoup plus soutenable pour l’économie et qui demeure au-dessus de la moyenne des dix dernières années.

La confiance des consommateurs s’érode encore

La confiance des consommateurs américains continue toutefois de se dégrader. Lindice de l’Université du Michigan a reculé de cinq points supplémentaires en mars, à 54.3, affichant ainsi son niveau le plus faible en dix ans.

Le pessimisme découlant de l’inflation lemporte depuis plusieurs mois déjà sur latténuation de la pandémie au pays. La guerre en Ukraine aura dès lors accentué les inquiétudes des ménages. L’indice se maintient donc à un niveau étonnamment faible considérant que le pays est toujours en période de croissance économique. 

En fait, près du tiers des consommateurs américains s’attendent à ce que leurs situations financières se détériorent au courant des douze prochains mois – soit le ratio le plus élevé enregistré depuis le début de cette enquête (autour de 1940).

L’économie américaine connaît pourtant toujours un solide air d’aller et ce même si l’inflation pèse sur le budget des ménages. Ceci s’explique par l’épargne importante accumulée pendant la pandémie et la pénurie de main-d’œuvre qui pousse les salaires à la hausse.

La consommation tient bon… jusqu’à présent

De si faibles niveaux d’optimisme refroidissent habituellement l’engouement pour des produits à prix élevés, comme les maisons et les automobiles. La diminution du pouvoir d’achat, la dissipation de la demande refoulée, et la hausse des taux d’intérêt devraient aussi contribuer au ralentissement des dépenses de consommation dans les prochains mois.

En tenant compte de l’inflation, les dépenses de consommations réelles ont reculé de 0,4 % en février par rapport à janvier. En revanche, les résultats de janvier ont été révisés à la hausse ce mois-ci enregistrant une croissance de 2,1 % (plus tôt que l’estimation initiale de 1,5 %).

Pour l’instant, malgré les pressions inflationnistes, la consommation devrait donc à nouveau connaître une bonne croissance au premier trimestre et contribuera à la croissance du PIB en ce début d’année.

La consommation de service a augmenté de 0,6 % alors que les dépenses pour les biens sont en perte de vitesse, ce qui signale probablement le début d’une redirection des dépenses vers les services de proximité suite à l’essoufflement de la vague Omicron. Cette réallocation des dépenses des ménages des biens vers les services devrait aider à soutenir la Fed dans sa lutte à l’inflation.

La Réserve fédérale adoptera une approche plus agressive

Dans son dernier discours, le président de la Réserve fédérale américaine, Jérôme Powell, s’est montré plus pressé d’agir qu’il ne le laissait paraître il y a un mois à peine pour contrer l’inflation galopante. Concrètement, il a ouvert la porte à des hausses de taux dun-demi-point – soit le double de ce qu’on était habitué à voir durant les cycles de resserrement des dernières années.

Les conditions de financement resteront favorables aux investissements malgré les hausses de taux attendus, puisqu’elles partent d’un niveau plancher.

Un marché du travail très vigoureux

Malgré certains obstacles, comme la guerre en Ukraine et l’incertitude persistante entourant la pandémie et les hausses de taux d’intérêt, l’économie américaine a créé 431 000 nouveaux emplois en mars.

Bien qu’il s’agisse là d’un accroissement plus faible qu’au cours des six derniers mois, 6,5 millions d’emplois ont ainsi été récupérés en seulement un an. L’emploi n’a toutefois par retrouvé son niveau prépandémique de février 2020 – il manque encore 1,6 million de travailleurs pour y arriver.

Le taux de chômage a pour sa part encore reculé passant de 3,8 % à 3,6 % entre février et mars. Le taux se rapproche rapidement de son creux historique de 3,5 % atteint en février 2020, avant que la pandémie n’atterrisse au pays.

Nul doute, le marché du travail continue à se resserrer et la situation commence à se refléter dans les salaires. Le salaire horaire moyen a en effet augmenté de 5,6 % durant la dernière année, alors qu’il y a approximativement 1,8 poste vacant par chômeur aux États-Unis.

L’impact pour votre entreprise

  • Une croissance économique robuste est toujours dans les cartes pour les États-Unis, mais celle-ci ralentira par rapport à l’année dernière alors que plusieurs vents contraires se lèvent.
  • Après une première hausse de 0,25 point du taux directeur en mars, la Réserve fédérale devrait se montrer plus agressive lors des prochaines annonces. Les taux d’intérêt aux États-Unis augmenteront probablement plus rapidement qu’au Canada, cette année, ce qui devrait tirer le huard vers le bas dans les prochains mois et favorisera davantage les exportations canadiennes vers nos voisins du Sud.
  • La vigueur du marché du travail devrait malgré tout continuer à soutenir la consommation, alors que de plus en plus de travailleurs regagnent le marché de l’emploi et que les salaires augmentent à un bon rythme.
Point sur le marché du pétrole

Trop d’incertitude pour une stabilisation des prix

Les cours du brut sur les marchés jouent au yo-yo. Les prix bondissent de 13 % une semaine, pour redescendre de 13 % la semaine suivante.

Le prix d’un baril de Brent et de WTI, les principaux indicateurs mondiaux, ont varié de 100 $ à 120 $ entre les 17 et 25 mars, avant de redescendre à 100 $ le 1er avril.

Des soubresauts de la sorte sur le marché du brut pourraient devenir monnaie courante tant que le niveau d’incertitude restera aussi élevé.

La Russie en guerre pendant que la Chine combat la COVID

Évidemment, la guerre en Ukraine est la principale source d’incertitude du marché du pétrole. La quantité de brut et des produits énergétiques dont sera ainsi privé le marché peut être significative pour l’offre mondial, quoique toujours incertaine.

Il y a aussi des inquiétudes du côté de la demande, qui joue également sur la forte volatilité du brut. Le Canada n’est pas le seul pays menacé par une nouvelle vague de COVID-19. Le nombre de nouvelles infections au coronavirus est en hausse un peu partout, notamment en Chine.

Même si les consommateurs et l’économie canadienne sont de plus en plus résilients avec chaque nouvelle vague, ce n’est pas le cas pour le géant industriel chinois qui maintient toujours sa politique de tolérance zéro face à la COVID.

Plusieurs villes ont été reconfinées récemment, incluant les quelque 25 millions d’habitants de Shanghai, la capitale économique du pays. Le ralentissement économique de la Chine, le premier importateur de brut mondial, est donc inévitable pour le pays dans les prochaines semaines.

Aux grands maux, les grands moyens

Les États-Unis ajouteront 180 millions de barils, l’équivalent de deux jours de demande mondiale, dans les marchés du pétrole. L’administration Biden voudrait plus précisément puiser dans les réserves stratégiques américaines pour une troisième fois en six mois, à hauteur d’un million de barils par jour pendant six mois à compter de mai. Le président aura également fortement encouragé les producteurs de pétrole américains à augmenter la production, notamment les propriétaires de puits inactifs et de baux inutilisés.

Ces barils sont plus que suffisants pour contrecarrer les pertes engendrées par l’interdiction d’importation de pétrole russe par les États-Unis. L’annonce seule aura ramené les prix du brut en baisse de 7 % au courant de la dernière journée de mars. D’autres pays alliés pourraient également augmenter leurs offres dans les prochains jours, estime le président américain.

L’intervention devrait effectivement apporter un peu de répit aux consommateurs, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’une solution à court terme pour baisser les prix, et non d’une mesure durable à plus long terme.

L’OPEP fait fit des pressions qui s’accentuent

De son côté, l’OPEP et ses alliés (incluant donc la Russie) sont encore une fois restés campés sur leur position. Rappelons que les pays membres de l’organisation se sont entendus pour augmenter la production de 400 000 barils par jour supplémentaire à chaque mois depuis l’été dernier. À la plus récente rencontre de mars, ces derniers ont révisé marginalement l’ajout d’approvisionnement à 430 000 pour mai.

L’OPEP+ avait toutefois de la difficulté à atteindre ces objectifs avant même que le conflit opposant la Russie à l’Ukraine éclate. Les sous-investissements liés à la pandémie et jusqu’à un certain point la transition énergétique expliquent pourquoi ces pays ne sont pas capables de produire au rythme convenu.

En bref…

Bien que la guerre en Ukraine soit probablement la plus grande source d’incertitude qui touche le marché du brut de nos jours, c’est loin d’être la seule. Des facteurs d’incertitude se font sentir autant au niveau de la demande que de l’offre et ces facteurs ne se dissiperont pas de sitôt.

Résultat? Les prix montent et redescendent d’un jour à l’autre sans qu’aucune direction claire domine sur l’autre.

Le Brent et le WTI ont tous deux atteint des sommets importants ces derniers jours, mais sont aussi retombés sous la barre des 100$US le baril plus récemment.

Face à autant de volatilité, il serait surprenant que les investissements dans le secteur reprennent rapidement et l’offre devrait donc rester limitée à plus long terme.

Autres indicateurs économiques

La Banque du Canada accélère le pas

La Banque du Canada a augmenté substantiellement son taux d'intérêt directeur d'un demi-point de pourcentage le 13 avril, portant le taux à 1,0 %. Le Canada est ainsi le premier des pays du G7 à relever son taux d'intérêt avec une rare hausse de 50 points de base. La résilience de l’économie canadienne et du marché du travail face à la dernière vague Omicron nous porte à croire que la nouvelle vague ne freinera d’aucune manière le nouveau cycle de resserrement entamé par la banque. Le risque que l’inflation s’accélère davantage à cause du conflit en Ukraine et des nouveaux confinements en Chine pourrait au contraire accélérer les relèvements de taux futurs.

Le huard plane autour de 0,80 $US

Après avoir dépassé la barre des 0,80 $US brièvement, le dollar canadien a été revu à la baisse au début du mois. Au moment d'écrire ces lignes, le huard se situait toujours à 0,79 $US et devrait continuer à osciller autour de ce niveau au cours d’avril. La paire USD/CAD sera notamment influencée par la décision de taux de la Banque du Canada du 13 avril qui devancera de quelques semaines la prochaine annonce de la Réserve fédérale américaine. Le différentiel des taux d’intérêt devrait donc favoriser le huard contre le billet vert dans les prochaines semaines avant de se raviser en mai. On s’attend quand même à ce que les taux augmentent plus rapidement aux États-Unis par la suite. La volatilité du marché du pétrole et la baisse de l’appétit pour le risque devraient maintenir le dollar canadien sous 0,80 $US en moyenne cette année.

L’optimisme des entreprises se maintient en mars

L'indice à long terme du Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a continué sur son élan passant de 62,5 à 65,1 entre février et mars. Il s’agit du plus haut niveau atteint depuis août 2021, signe que l’assouplissement des restrictions ravive la confiance des entreprises partout au pays. L'indice à long terme reflète les attentes des dirigeants de petites et moyennes entreprises sur un horizon de 12 mois.

Néanmoins, le risque que l'indice redescende un peu le mois prochain en raison de la guerre en Ukraine et son impact (notamment sur le prix des intrants) demeure.

Les taux d’intérêt remontent

Les taux d’intérêt avaient entamé une timide remontée cet automne alors que la Banque du Canada mettait fin au programme d’assouplissement quantitatif et signalait l’éminence du resserrement de sa politique monétaire. Évidemment les taux ont commencé à monter plus rapidement depuis la première annonce de hausse du taux directeur, le 2 mars dernier. Les taux d’intérêt effectifs des ménages et des entreprises ont bondi de 0,45 point depuis ce premier relèvement.

Pour freiner l’inflation, le taux directeur continuera à augmenter, et ce rapidement dans les prochains mois. Le financement restera abordable et favorable aux investissements encore longtemps, néanmoins il vous en coûtera de plus en plus cher quand même. Essayez de devancer vos projets d’investissement ou vos renouvellements de prêt plus tôt que tard pour économiser un peu.

Indicateurs clés: Canada

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