Comment faire face aux hausses de prix?

Le prix des intrants a augmenté, mais plusieurs stratégies s’offrent à vous pour éviter de refiler complètement la facture à vos clients.
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Du bois aux salaires, en passant par le transport, les prix des intrants ont augmenté dans les derniers mois. Pour éviter de simplement refiler la facture à vos clients, vous avez avantage à adopter différentes stratégies pour compenser le plus possible ces hausses et, ainsi, continuer à vous démarquer.

Cependant, avant de mettre en place des stratégies pour faire face à une hausse des prix, il est important d’en comprendre les causes et de savoir si elles risquent de perdurer.

Pierre Cléroux, vice-président, Recherche et économiste en chef à BDC, et Jacques Légaré, directeur, Stratégie d’affaires à BDC Services-conseils, font part de leurs perspectives et de leurs conseils.

Quelles sont les causes des hausses de prix?

1. Changements rapides dans la demande des consommateurs

La pandémie n’est pas étrangère aux hausses des prix des intrants. D’abord, elle a influé sur la demande des consommateurs qui étaient contraints à rester chez eux.

Ainsi, les dépenses en services (restaurants, spectacles, etc.) se sont partiellement déplacées vers les achats de biens (ordinateurs, meubles, etc.) et d’immobilier, ce qui a fait exploser la demande avec des répercussions importantes sur les chaînes d’approvisionnement.

«Par exemple, la demande liée à la construction de maisons et aux rénovations a explosé, ce qui a fait exploser aussi le prix du bois, et l’offre n’a pas été capable de s’ajuster rapidement», remarque M. Cléroux.

2. Problèmes d’approvisionnement

Alors même que la demande mondiale pour plusieurs types de biens était en hausse, d’importants problèmes d’expédition on fait augmenter les prix. L’annulation de nombreux vols commerciaux a notamment réduit la capacité d’expédition, tandis que plusieurs enjeux ont touché les secteurs du transport maritime et du camionnage. Le commerce mondial en est même venu à manquer de conteneurs pour l’expédition.

«Les entreprises qui fabriquent ces conteneurs en Chine ont fermé pendant deux mois et cela a créé un retard dans la production qui a causé une pénurie», explique M. Cléroux.

Il remarque que les PME ont particulièrement souffert de ces hausses de prix parce qu’elles sont trop petites pour pouvoir avoir une influence sur celles-ci. Toutefois, il est d’avis que ces difficultés d’approvisionnement devraient finir par disparaître complètement lorsque les restrictions liées à la pandémie seront assouplies.

3. Pénurie de main-d’œuvre

Il y avait déjà une pénurie de personnel avant que la pandémie éclate et fasse perdre trois millions d’emplois au Canada. Avec la reprise économique, le manque de personnel est devenu encore plus criant.

Pourquoi? D’abord, parce que le problème de vieillissement de la population demeure. Pas moins de 20 % de la population du Canada avait au moins 65 ans en 2020, alors que le pourcentage était 9 % en 1980. «Il y a moins de jeunes qui entrent sur le marché du travail, alors la pénurie de personnel est le résultat direct de la démographie canadienne qui nous indique que cette réalité sera avec nous pour les années à venir», indique M. Légaré.

De plus, la pandémie est venue aggraver la situation de plusieurs façons.

«Bien des gens sont partis à la retraite au début de la pandémie. De plus, un de nos sondages révèle que 20 % des travailleurs se sont réorientés vers de nouveaux secteurs et y resteront», explique M. Cléroux.

On estime qu’il y a aussi 400 000 immigrants qui ne sont pas venus au Canada en raison de la pandémie, donc c’est 400 000 travailleurs potentiels de moins.

La pénurie oblige donc les employeurs à investir énormément pour attirer du personnel et le fidéliser.

4. Changements climatiques

Les sécheresses, les pluies abondantes et autres manifestations des changements climatiques ne sont pas sans avoir d’impact sur les entreprises, notamment sur le coût de leurs assurances. «De plus, les récoltes étant moins productives, les coûts de toutes les denrées augmentent», explique Jacques Légaré.

La taxe sur le carbone est aussi un élément avec lequel les entreprises doivent de plus en plus composer.

«Une entreprise qui génère plus de gaz à effet de serre aura à payer une prime», indique M. Légaré. «Avant, ces coûts n’étaient nulle part, parce que les parties de la production les plus néfastes pour l’environnement étaient souvent délocalisées dans des régions où les normes environnementales n’étaient pas au même niveau. Il est de moins en moins possible d’agir ainsi et cette réalité fera augmenter les coûts à long terme.»

Quelles stratégies mettre en œuvre pour composer avec les hausses de prix?

1. Automatiser des processus

Vous entrez dans un supermarché tard le soir? Il est fort possible qu’il n’y ait pratiquement que des caisses en libre-service pour que vous puissiez payer vos articles.

«On peut faire ce type d’investissements en technologies dans pratiquement tous les secteurs pour remplacer des employés aux tâches répétitives et ça fonctionne très bien pour réduire les impacts de la pénurie de main-d’œuvre», fait remarquer M. Cléroux.

La réalisation d’une cartographie des processus peut être un bon point de départ pour commencer à automatiser votre entreprise.

2. Investir dans la fidélisation du personnel

Pour contrer les effets de la pénurie de personnel, il faut aussi investir dans sa fidélisation. «Souvent, on voit une grande pancarte Nous embauchons à l’entrée principale de l’entreprise, mais pendant ce temps, les employés actuels sortent par la porte arrière», mentionne M. Légaré. «Les entreprises doivent développer une culture qui fait en sorte qu’une fois qu’elles ont attiré un employé, elles le gardent parce qu’il y est bien.»

Il est d’avis que pour réduire leur taux de roulement de personnel, les entreprises doivent en évaluer le coût. «Prendre le temps de regarder les curriculum vitae et faire les entrevues, ou faire affaire avec une firme de dotation de personnel, puis former les nouveaux employés: tout cela coûte de l’argent», affirme-t-il.

Vous devez savoir combien coûte votre rotation de personnel pour savoir si elle justifie l’embauche d’une personne pour gérer les ressources humaines qui arrivera à réduire le taux de roulement. C’est important de chiffrer ces éléments pour prendre des décisions pragmatiques.

3. Établir une stratégie de consolidation

Que ce soit pour investir dans l’automatisation ou dans l’embauche d’une personne consacrée aux ressources humaines, il est plus facile d’aller de l’avant lorsque l’entreprise a atteint une masse critique.

«Il faut un certain volume pour faire ces investissements et c’est pourquoi on pourrait voir un mouvement de consolidation dans certaines industries, indique M. Légaré. En se mettant ensemble, plusieurs petites entreprises obtiennent un plus grand volume qui leur permet de faire des économies d’échelle et ainsi, d’avoir un rendement de leur investissement. C’est un phénomène qui pourrait aider à stabiliser les prix.»

4. Diversifier ses sources d’approvisionnement

Si faire toujours affaire avec le même fournisseur peut avoir quelque chose de rassurant, cela peut aussi être une source de problèmes, comme l’a montré la pandémie.

«C’est bon de regarder ce que font d’autres producteurs, dans différents pays», affirme Pierre Cléroux. «Parfois, on peut même réussir à trouver des produits semblables, mais moins chers que ce qu’on a l’habitude d’acheter. Opter pour un substitut peut aider à réduire l’impact de l’augmentation des coûts.»

Cette diversification de vos fournisseurs peut aussi vous permettre de réduire vos stocks.

5. Relocaliser ses activités

S’il est encore nécessaire pour certaines entreprises d’acheter des matières premières ou de faire produire certaines pièces à l’autre bout du monde, d’autres ont profité de la pandémie pour recommencer à faire affaire avec des entreprises locales.

«Souvent, lorsqu’on compte le coût carbone, ça revient au même prix ou même moins cher de produire ici que de délocaliser», constate M. Légaré. «Lorsqu’un producteur local commence à avoir plusieurs commandes importantes de différentes entreprises, il peut faire des économies d’échelle et investir dans l’automatisation, ce qui lui permettra de baisser ses prix.»

Un dernier conseil: prenez le temps d’analyser votre situation

Ainsi, si certains éléments qui poussent les prix à la hausse risquent de disparaître en même temps que la pandémie, d’autres resteront à long terme et feront augmenter l’inflation.

«Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable», prévient M. Légaré. «Un entrepreneur ne peut pas seulement attendre que les moments difficiles passent. Il doit saisir chaque occasion de continuer à s’améliorer. Agir représente un coût, mais ne pas agir aussi, parce que cela représente des revenus qui ne se réalisent pas.»

Vous avez besoin d’aide pour analyser l’impact des hausses de prix sur votre organisation? N’hésitez pas à communiquer avec nous.

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