Kepler Communications: bâtir l’infrastructure spatiale du Canada

L’appui de BDC Capital aide une entreprise de Toronto à développer une technologie spatiale stratégique et à la garder sous pavillon canadien
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Mina Mitry, cofondateur et chef de la direction de Kepler Communications

Alors que la demande pour des données en temps réel s’intensifie, une nouvelle forme d’infrastructure voit le jour, non pas au sol, mais en orbite. 

Kepler Communications, une entreprise torontoise, est en train de bâtir un réseau de satellites qui transmet des données entre les systèmes spatiaux en temps réel. L’objectif de l’entreprise est ambitieux: créer l’«Internet de l’espace», soit permettre aux satellites, aux vaisseaux spatiaux et aux capteurs de communiquer instantanément sans devoir attendre avant de transmettre les données vers la Terre. 

Cette capacité a des répercussions qui dépassent de loin la connectivité commerciale. Elle devient également de plus en plus importante pour la sécurité nationale, positionnant ainsi des entreprises comme Kepler au carrefour de l’innovation, de la défense et de la souveraineté canadienne

«Nous bâtissons l’infrastructure qui permet aux gens d’accéder à des données et de les utiliser en temps réel, explique Mina Mitry, cofondateur et chef de la direction de Kepler. Que vous fassiez le suivi des feux de forêt ou que vous surveilliez les menaces à la sécurité nationale, vous avez besoin de ces données immédiatement, et non pas avec plusieurs heures de décalage.» 

 Le problème que nous avons résolu est de trouver une façon de pointer un laser vers un objet de la taille d’une balle de baseball situé à des milliers de kilomètres de là, alors que les deux objets se déplacent à une vitesse incroyable.

La plus grande grappe informatique orbitale dans l’espace

Fonder une entreprise de satellites exige bien plus que de l’ingéniosité technique. Cela exige du capital patient, capable de soutenir de longs cycles de développement et des investissements initiaux majeurs en matériel et en infrastructures. C’est là que BDC Capital entre en jeu.

BDC Capital a investi dans Kepler alors qu’elle passait de la phase de développement initial au déploiement à grande échelle, d’abord en 2016 avec une injection de fonds d’amorçage, puis de nouveau en 2021, lorsque le Fonds Innovation industrielle a appuyé la ronde de financement de série B de Kepler. Elle a depuis effectué plusieurs investissements subséquents. Kepler a recueilli du financement à hauteur de plus de 300 millions de dollars à ce jour.

BDC continue d’investir alors que l’entreprise élargit son réseau de satellites et poursuit des projets de plus en plus complexes. Mais la relation a toujours dépassé le simple cadre du financement. Mina Mitry rencontre régulièrement sa conseillère ou son conseiller de BDC pour relever des défis d’affaires, et il décrit ces rencontres comme des échanges vraiment ouverts.

«Il est très utile pour nous d’avoir une conseillère ou un conseiller de confiance à BDC à qui nous pouvons parler ouvertement, explique-t-il. Nous nous réunissons régulièrement, nous discutons des défis et nous prenons des décisions d’une manière constructive et positive.» 

Grâce en partie au soutien de BDC, Kepler a réalisé plusieurs premières mondiales: elle a été la première au monde à établir un lien laser entre un satellite se déplaçant à 7,5  kilomètres par seconde et un avion commercial. Elle a aussi bâti la plus grande grappe informatique orbitale dans l’espace, et elle est devenue la première entreprise canadienne à servir de maître d’œuvre pour un programme de l’Agence spatiale européenne.  

Entre-temps, sa croissance est demeurée bien ancrée au Canada, malgré les pressions initiales de ses coachs et de ses partenaires financiers, qui lui recommandaient d’aller s’installer plus au sud. 

Un nouveau palier d’infrastructure

La plupart des satellites fonctionnent comme des nœuds isolés, ne transmettant des données à la Terre que lorsqu’ils passent au-dessus d’une station au sol. Cela entraîne des retards qui peuvent s’étaler sur quelques minutes ou quelques heures.

Kepler cherche à changer cela. Sa constellation de satellites utilise des fréquences radio et des lasers pour relayer les données entre les satellites en orbite. Cela permet à l’information de se déplacer dans un réseau dans l’espace avant d’être transmise à la Terre, ce qui réduit considérablement la latence.

«Le problème que nous avons résolu est de trouver une façon de pointer un laser vers un objet de la taille d’une balle de baseball situé à des milliers de kilomètres de là, alors que les deux objets se déplacent à une vitesse incroyable, révèle Mina Mitry. C’est ce qui nous permet de transmettre les données en temps réel.»

Le système de l’entreprise crée en quelque sorte un réseau de fibre optique dans l’espace, ce qui permet aux satellites de communiquer de façon continue, et non intermittente.

Kepler va également au-delà de la connectivité. Ses satellites hébergent une infrastructure informatique en orbite pouvant traiter les données plus près de l’endroit où elles sont générées.

Il en résulte une infrastructure plus souple et réactive, capable de soutenir aussi bien des applications commerciales que des systèmes de défense et de surveillance.

L’accès aux données devient indissociable des politiques publiques et de la sécurité nationale. Si vous n’avez pas vos propres capacités, vous dépendez des autres.

Un secteur stratégique pour le Canada

À mesure que la concurrence mondiale s’intensifie, les communications spatiales sont de plus en plus considérées comme une capacité stratégique. Les pays investissent massivement dans les réseaux de satellites pour soutenir les opérations de défense, sécuriser l’accès aux données essentielles et surveiller les régions éloignées. Pour le Canada, cela comprend des zones vastes et difficiles à observer, comme l’Arctique.

«La seule façon pratique de comprendre ce qui se passe dans un pays aussi grand que le Canada, surtout dans le Nord, c’est à partir de l’espace», affirme le cofondateur.

La technologie de Kepler permet des activités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance en temps réel. La capacité informatique orbitale de l’entreprise va encore plus loin, effectuant le traitement IA dans l’espace afin que les données puissent être analysées avant qu’elles n’atteignent le sol.

«Dans certaines situations, si vous repérez quelque chose et que vous devez attendre 30 minutes ou plus pour recevoir les données, elles pourraient bien devenir obsolètes pendant ce délai», soutient Mina Mitry. Par exemple, si vous décelez un avion étranger là où il ne devrait pas être, et qu’il faut 30 minutes pour que ces renseignements soient communiqués aux décisionnaires, l’avion aura disparu depuis longtemps quand sa présence sera révélée.

L’accès en temps réel change complètement la donne, affirme Mina Mitry. «Pour que votre réaction soit pertinente», qu’il s’agisse d’une menace pour la défense ou d’un incendie de forêt. Ces mêmes capacités peuvent soutenir l’intervention en cas de catastrophe, la surveillance environnementale et la gestion des ressources.

Mais le contrôle de cette infrastructure devient aussi important que la technologie elle-même.

«L’accès aux données devient indissociable des politiques publiques et de la sécurité nationale, constate Mina Mitry. Si vous n’avez pas vos propres capacités, vous dépendez des autres».

Concurrencer sur la scène mondiale

Aujourd’hui, Kepler est l’une des principales entreprises canadiennes de technologie spatiale. Elle emploie environ 200 personnes et mène ses activités en Amérique du Nord et en Europe.

Elle évolue au sein d’un marché mondial hautement concurrentiel. SpaceX a déployé un système optique comparable, mais en mettant l’accent sur le marché américain. La clientèle internationale, notamment les gouvernements et le secteur de la défense, est pour sa part à la recherche de solutions de rechange. Dans ce contexte, le fait que Kepler soit établie au Canada est devenu un avantage.

«La demande pour des solutions de rechange augmente, déclare Mina Mitry. En ce moment, les gouvernements et les organisations ne veulent pas se fier à un seul fournisseur ou à un seul pays pour des infrastructures essentielles.»

Pour le Canada, les enjeux sont clairs: s’il n’y avait pas d’acteurs d’ici dans ce domaine, le pays risquerait de dépendre de fournisseurs étrangers pour des capacités essentielles. Des entreprises comme Kepler, appuyées par des partenaires financiers comme BDC, jouent un rôle clé dans le développement, la croissance et la rétention de technologies stratégiques au Canada, tout en étant concurrentielles à l’échelle mondiale.

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