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Soutien pour les entreprises touchées par la COVID-19.

Lorsque les préoccupations environnementales guident la croissance

L’élimination des emballages de plastique motive la croissance de cette entreprise québécoise

Temps de lecture: 5 minutes

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The Unscented Company

Anie Rouleau est intolérante au parfum: il lui cause des migraines épouvantables.

Pour trouver du détergent à lessive, de la lotion pour le corps, sans oublier du shampoing sans fragrance, elle devait faire le tour de la ville.

C’était si pénible qu’elle a commencé, il y a longtemps, à fabriquer ses propres produits. Venant d’une famille d’entrepreneurs, elle savait qu’elle lancerait un jour sa propre compagnie de produits sans parfum, naturels, efficaces et dotés d’une identité visuelle recherchée. Toutefois, lorsqu’elle réfléchissait à son entreprise, un élément la gardait éveillée la nuit.

«Alors qu’il y a un continent de plastique dans l’océan Pacifique, je ne pouvais pas croire que j’embarquerais dans l’une des industries qui contribuaient au grand fléau qu’est la bouteille de plastique, affirme Anie Rouleau. Il était clair dès le départ que j’allais tout faire pour l’éliminer ou réduire au maximum son utilisation.»

Des certifications pour se structurer

Les entrepreneurs sont de plus en plus préoccupés par l’impact de leurs activités sur l’environnement, selon les résultats d’une étude publiée par BDC en 2021.

L’étude, qui repose sur un sondage mené auprès de 1 515 entrepreneurs canadiens, permet de constater que 83 % d’entre eux considèrent qu’il est de leur responsabilité de poser des gestes concrets pour protéger l’environnement. La même proportion (83 %) affirme avoir déjà adopté des mesures concrètes afin de réduire l’impact environnemental de leurs activités.

C’est sur ces principes fondamentaux que Mme Rouleau a créé Unscented en 2016. L’entreprise détient d’ailleurs la certification B Corp, qui est octroyée à des entreprises convaincues qu’elles doivent non seulement générer des profits, mais aussi des bienfaits pour la société et l’environnement.

«B Corp m’a aidée à structurer ma compagnie et à la faire grandir en me basant sur mes valeurs, affirme Anie Rouleau. Ma vision pour l’organisation est beaucoup plus claire grâce à leur processus rigoureux de certification.»

Son entreprise est aussi certifiée Leaping Bunny, qui assure qu’aucun test de produits n’est réalisé sur des animaux.

Il s’agit là de valeurs affirmées haut et fort qui n’empêchent pas la croissance de l’entreprise, mais la guident. Le chiffre d’affaires d’Unscented est d’ailleurs passé de 2,7 à 7 millions de dollars en un an.

Innover pour éliminer le plastique

Le désir d’Anie Rouleau de se libérer du plastique l’entraîne dans une course à l’innovation sans fin. Cette volonté influence grandement le développement de nouveaux produits.

Bien sûr, Unscented offre des produits en vrac dans plusieurs points de vente. Ces produits représentent près de 40 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Mais, ce n’est pas pour tout le monde. L’entrepreneure doit donc trouver d’autres solutions. Par exemple, elle vend son détergent à lessive dans un contenant de 2 litres en plastique, avec possibilité d’acheter des recharges de 4 ou 10 litres dans une boîte de carton qui comprend un sac de plastique.

«Nous venons aussi tout juste de lancer des pastilles de savon à lessive vendues dans des boîtes de carton, ajoute-t-elle. Nous ne pourrons pas éliminer le plastique demain matin, parce qu’il faut changer les habitudes de consommation des gens. C’est un processus qui prend du temps, mais ça viendra.»

L’entrepreneure multiplie aussi les efforts avec son shampoing. Oui, il est possible de l’acheter dans des bouteilles de plastique, mais Unscented a aussi misé sur du shampoing en barre vendu dans un emballage de carton. «Nous étions cinq ans en avant de notre temps, mais nous en avons déjà vendu 50 000

Elle s’efforce aussi de réduire l’étiquetage et l’utilisation de colle. «Si on peut faire de l’origami, on en fait», dit l’entrepreneure installée dans le quartier Ville-Émard, dans le Sud-Ouest de Montréal.

Approvisionnement local

Bien avant que l’éclatement de la pandémie au printemps 2020 ne révèle au monde entier l’importance de l’approvisionnement local, Anie Rouleau multipliait les efforts pour y arriver. Elle évalue qu’elle s’approvisionne à 90 % dans un rayon de 500 km. Il demeure que, pour certains produits, par manque de machinerie au Canada, l’importation demeure inévitable.

«Par exemple, je vends des pastilles de détergent à lave-vaisselle, mais je dois acheter le produit fini en France, parce qu’on n’a pas la technologie localement pour les produire, explique-t-elle. Ici, on est très performant avec les dosettes qui comprennent du liquide, mais je ne veux pas en produire parce qu’elles nécessitent un emballage en plastique en raison du risque qu’elles se brisent.»

Il y a aussi deux composantes, notamment des pompes pour les bouteilles à savon, qu’elle ne trouve pas ici. «Je les importe de Chine. Leur prix a d’ailleurs été multiplié par cinq au début de la pandémie.»

Ramener l’expertise au Canada

Anie Rouleau utilise actuellement son pouvoir de persuasion pour essayer de convaincre des entreprises d’ici d’investir dans de la machinerie pour produire ce qu’on ne trouve pas actuellement au pays.

«Le Québec a laissé tomber le manufacturier pour ce genre d’objets parce que ce n’est pas sexy comparativement à d’autres secteurs de pointe comme l’aérospatial, explique-t-elle. Mais, on en a besoin. La pandémie a permis de remettre l’emphase sur ce qui est essentiel. Je crois que cela restera. Il faut travailler tous ensemble pour permettre aux entreprises québécoises de s’approvisionner ici.»

La pandémie a permis de remettre l’emphase sur ce qui est essentiel. Je crois que cela restera. Il faut travailler tous ensemble pour permettre aux entreprises québécoises de s’approvisionner ici.

Cette volonté de travailler avec sa communauté pour arriver à des changements, elle le tient de ses parents.

«Mes parents étaient des entrepreneurs et ils l’exprimaient dans tout le village de Saint-Isidore, en Montérégie, explique-t-elle. Mon père organisait la parade du père Noël. Il a même réalisé une campagne de financement afin d’acheter une maison pour qu’une famille cambodgienne arrivée par bateau s’installe dans le village. Les temps ont bien changé, mais je pense qu’il y a un retour à l’idée de communauté. On s’attend à ce que les entrepreneurs s’impliquent.»

The Unscented Company

Croissance contrôlée

Si l’histoire d’Unscented a commencé dans de petits commerces locaux spécialisés dans les produits naturels et écologiques, l’entreprise a maintenant fait son entrée dans plusieurs grandes chaînes canadiennes. «J’y vais étape par étape pour bien contrôler ma croissance, selon mes moyens», indique Anie Rouleau.

Elle souhaite maintenant accroître davantage sa présence sur le marché américain. Ses objectifs sont ambitieux, mais elle garde bien en tête sa motivation initiale.

«Il y a encore des défis à relever, par exemple avec la lotion pour le corps, mais un jour, on aura une gamme complète de produits corporels et ménagers sans emballage de plastique.»

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