Rentabilité et pratiques vertes: une cohabitation difficile, mais possible

Ces deux propriétaires d’entreprise montrent qu’il est possible de bâtir une entreprise à la fois durable et rentable

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Mélissa Harvey

Dans le laboratoire ultra lumineux de l’entreprise, située en plein cœur de Montréal, les yeux de tout le personnel présent sont tournés vers la cuve où se matérialise le résultat de plusieurs années de recherche et de développement.

Pour Mélissa Harvey, présidente et fondatrice de Zorah biocosmétiques, et pour son vice-président et cofondateur, Richard Morin, le moment revêt une signification particulière. Pour la première fois, un produit entièrement exempt d’agents de conservation sortira de la chaîne de production de l’entreprise.

Cette innovation pose un nouveau jalon dans l’industrie extrêmement compétitive des soins de beauté écoresponsables. Elle devrait aussi permettre à Zorah de maintenir son statut de leader, non seulement au pays, mais sur les marchés mondiaux.

Une fois de plus, les deux propriétaires d’entreprise, reconnus pour leur sens de l’innovation et leur engagement environnemental, ont réussi à conjuguer pratiques vertes et rentabilité.

Des pratiques écoresponsables

Un bref coup d’œil à la chaîne d’approvisionnement et de production de l’entreprise suffit pour comprendre à quel point elle cherche à minimiser son impact environnemental.

Non seulement la très grande majorité des ingrédients utilisés sont certifiés équitables et biologiques, ou encore entièrement naturels, mais de nombreuses précautions sont prises en cours de fabrication. «Nous avons opté pour des procédés qui limitent la consommation d’eau et d’énergie, explique Richard Morin. Les produits d’entretien et de nettoyage utilisés sont écologiques et nous effectuons une gestion serrée de nos déchets.»

Plus encore, ajoute le vice-président, «les contenants utilisés sont 100 % recyclables et les emballages sont faits de carton certifié environnemental sur lequel seules des encres végétales sont utilisées».

 Zorah biocosmétiques

Nous avons compris très rapidement que si nous voulions percer et rester dans la course, il fallait […] que nos façons de faire les choses soient très rigoureuses et efficientes.

L’entreprise réutilise par ailleurs le matériel de livraison de ses fournisseuses et fournisseurs, auquel elle ajoute des particules antichocs compostables pour distribuer ses produits. Même ses représentantes sont munies de véhicules hybrides ou électriques ou de petites cylindrées. 

L’entreprise encourage d’ailleurs fortement les membres du personnel à réduire leur empreinte environnementale. En soutien, l’entreprise assume une partie de leur facture de transport en commun. Zorah mesure aussi la dépense énergétique de chaque membre du personnel annuellement et compense leurs émissions de carbone par la plantation d’arbres.

Offrir des biens verts en demeurant concurrentiel

Offrir des biens et services verts à prix abordable est le principal défi des PME voulant mettre en place des pratiques durables.

Richard Morin admet que maintenir cet équilibre n’est pas facile. Tous les jours, des trésors d’imagination sont requis pour garder le cap sur la rentabilité sans sacrifier les pratiques écoresponsables de l’entreprise. L’innovation et la contribution du personnel au développement de nouveaux procédés sont cruciales pour améliorer la productivité.

 Zorah biocosmétiques

«Il y a autour des produits bios un préjugé qui veut qu’ils soient nécessairement issus d’une production artisanale. Nous avons compris très rapidement que si nous voulions percer et rester dans la course, il fallait au contraire que nos façons de faire soient très rigoureuses et efficientes», dit Richard Morin.

Ce discours a aussi l’avantage de convaincre plus facilement les représentantes et représentants des milieux bancaires lorsque vient le temps de financer de nouveaux investissements verts. Zorah biocosmétiques a d’ailleurs obtenu plusieurs prêts de BDC pour maintenir sa croissance et faire du marketing en ligne.

La mobilisation de capitaux n’en demeure pas moins un défi. «Les exigences des milieux financiers ne sont pas différentes pour nous. Au bout de la ligne, les résultats doivent être positifs et le retour sur investissement démontré. Or, nous avons des contraintes que d’autres n’ont pas», souligne Mélissa Harvey.

L’effet des changements climatiques

Plusieurs entreprises canadiennes ont subi des effets négatifs associés aux variations climatiques extrêmes.

Zorah biocosmétiques n’y échappe pas. La désertification accélérée de certaines zones affecte en effet les plantations d’arganiers d’où l’entreprise tire une bonne partie de sa matière première.

Pour compenser, Zorah plante chaque année des milliers d’arbustes. Fidèles à leur vision, les deux propriétaires d’entreprise y voient une manière de redonner aux coopératives berbères qui les accompagnent depuis le début de leur aventure. Comme quoi rien ne se perd.

 Zorah biocosmétiques

Un engagement reconnu… et payant!

Cela dit, les diverses mesures écoresponsables mises en place par l’entreprise lui ont permis d’obtenir en 2009 la certification Écocert, ce qui constitue un plus lorsque vient le temps de conquérir de nouveaux marchés, selon Mélissa Harvey. «Même si obtenir une certification est très exigeant, nous y tenions, car c’est une manière d’envoyer un message clair à notre clientèle d’ici et d’ailleurs. Se dire vert est très facile, le fait d’avoir une certification permet de prouver qu’on l’est vraiment.»

La formule semble gagnante puisque, année après année, Zorah poursuit sa croissance au Canada et à l’étranger et démontre que rentabilité et pratiques vertes sont compatibles.

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