Table ronde internationale des économistes en chef: Les technologies numériques pourront-elles endiguer le recul de la croissance de la productivité?

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Les technologies numériques pourront-elles renverser le déclin persistant de la productivité des entreprises et alimenter la croissance économique mondiale dans les années à venir?

Voilà l’un des principaux sujets de la première Table ronde internationale des économistes en chef qui s’est déroulée au siège social de BDC en septembre. Cette conférence a réuni des économistes en chef de banques de développement du monde entier axées sur les petites et moyennes entreprises.

Une période d’incertitude économique

La table ronde s’est tenue alors que l’économie mondiale traverse une période d’incertitude grandissante. Bien qu’on ait noté une reprise cette année, la croissance économique dans le monde demeure bien en deçà des niveaux d’avant la crise de 2008-2009.

Selon Ted Chu, économiste en chef de la Société financière internationale (IFC), une division du Groupe de la Banque mondiale, et coanimateur de la Table ronde, l’écart s’est creusé au cours des dernières années et est en fait plus important aujourd’hui qu’au plus fort de la crise.

Augmentation rapide des investissements dans les technologies numériques

J’ai fait observer qu’à mesure que les technologies numériques gagnent en importance, les banques reçoivent de plus en plus de demandes de financement d’actifs incorporels. Il y a 20 ans, 80 % des investissements réalisés par les entreprises au Canada portaient sur des actifs corporels, comme l’équipement ou les immeubles. Nous assistons aujourd’hui à un revirement quasi complet de la situation. En effet, plus de 60 % des investissements portent actuellement sur des actifs incorporels, par exemple des logiciels.

Les économistes en chef de plusieurs banques européennes ont dit avoir bon espoir que le virage numérique générera des gains de productivité importants. Par exemple, d’après Jörg Zeuner, économiste en chef de la banque allemande KfW Bankengruppe, la main-d’œuvre en Allemagne diminuera d’environ 15 % au cours des 15 prochaines années, et la numérisation «arrive juste au bon moment pour compenser la pénurie de main-d’œuve qualifiée».

Les participantes et participants à la conférence ont également relevé le fait que les nouvelles technologies stimulent l’entrepreneuriat dans les pays en voie de développement. Selon Mavis Chaile, dirigeante principale des placements à la banque de développement de la Zambie, la popularité des téléphones cellulaires a favorisé l’accroissement de l’activité commerciale en Afrique subsaharienne, notamment dans les domaines des prêts en ligne, des virements électroniques de fonds et des paiements électroniques.

Il y a 20 ans, 80 % des investissements réalisés par les entreprises au Canada portaient sur des actifs corporels, comme l’équipement ou les immeubles. Nous assistons aujourd’hui à un revirement quasi complet de la situation. En effet, plus de 60 % des investissements portent actuellement sur des actifs incorporels, par exemple des logiciels.

La technologie est un train à grande vitesse

Yves Proteau, un entrepreneur de la ville de Québec, a démontré de façon étonnante comment les propriétaires d’entreprise tirent profit de ce que nous appelons l’industrie 4.0. Yves Proteau est coprésident d’APN, une entreprise de fabrication de pièces de métal destinées principalement à l’industrie aéronautique.

Depuis 2004, APN a investi massivement dans des logiciels sophistiqués, des machines intelligentes, des robots et des capteurs numériques, ainsi que dans l’embauche de personnes possédant des compétences techniques et en génie avancées. APN a pu ainsi mettre en place des opérations hautement automatisées ainsi que des processus surveillés et contrôlés en temps réel qui lui ont permis d’optimiser le flux de travail, la qualité et la production. La productivité et les ventes de l’entreprise ont bondi de façon spectaculaire.

Yves Proteau croit que les banques doivent modifier leur offre de financement en fonction des nouvelles réalités économiques et que les propriétaires d’entreprise ne devraient pas hésiter à adopter de nouvelles technologies. «Que vous vous sentiez d’attaque ou non, vous devez sauter dans le train en marche, parce qu’il se déplace toujours, et de plus en plus vite», conseille-t-il.

La conférence de deux jours a réuni des économistes en chef – ou leurs homologues – de banques de développement et d’organismes partenaires de 17 pays. À cette occasion, les participantes et participants ont échangé leurs points de vue et communiqué leur expertise dans des domaines variés, y compris les tendances économiques mondiales, l’évaluation de l’impact des banques de développement et les meilleures pratiques en matière de réalisation des recherches.