Les grands projets canadiens pourraient-ils relancer l’industrie de l’acier et de l’aluminium?

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L’acier et l’aluminium canadiens reviennent au centre du débat économique. Il ne s’agit pas simplement d’industries lourdes ou traditionnelles. Ces deux métaux sont des intrants essentiels pour la construction, les infrastructures, le transport, l’automobile, l’énergie, l’emballage et la fabrication de toutes sortes.

L’industrie canadienne de l’acier produit environ 13 millions de tonnes par année. Du côté de l’aluminium, le Canada est le quatrième producteur mondial avec 3,3 millions de tonnes en 2024, une production largement alimentée par l’hydroélectricité, qui lui confère l’une des plus faibles empreintes carbone au monde. À elles seules, ces deux industries soutiennent plus de 150 000 emplois directs et indirects à travers le pays, selon les associations des producteurs d’acier et d’aluminium.

Ces industries stratégiques se trouvent maintenant à un moment charnière. D’un côté, les tarifs américains ont fragilisé l’accès à leur principal marché d’exportation. De l’autre, les politiques d’achat canadien, les grands projets et la réorientation vers la demande intérieure pourraient créer des occasions importantes pour leur développement.

Nous estimons que les grands projets canadiens pourraient contribuer environ 3,6 milliards de dollars en PIB additionnel cumulatif de 2026 à 2030, dont 2,9 milliards de dollars pour l’acier et 631 millions de dollars pour l’aluminium.

Des industries longtemps tournées vers le marché américain

Les industries canadiennes de l’acier et de l’aluminium se sont développées au sein d’un marché nord-américain fortement intégré. Un peu plus de 50 % de la production canadienne d’acier est exportée vers les États-Unis. Cette proportion atteint environ 90 % pour l’aluminium. Le Canada fournit d’ailleurs plus de la moitié de l’aluminium primaire consommé aux États-Unis, ce qui en fait le principal fournisseur étranger de ce métal.

Répartition des exportations d’aluminium canadien, par destination

Source : Statistique Canada

Pendant longtemps, cette intégration a constitué un avantage majeur: chaînes d’approvisionnement courtes, proximité géographique, marchés interconnectés et demande américaine stable. Mais cette proximité devient une vulnérabilité lorsque les règles commerciales changent brusquement.

C’est ce qui s’est produit depuis l’imposition de droits de douane sur l’acier et l’aluminium, d’abord en 2018 et 2019, et à nouveau depuis 2025.

Pour les entreprises canadiennes, ces tarifs vont bien au-delà d’une simple hausse de coûts pour la clientèle. Ils mènent à des contrats retardés ou annulés, des marges comprimées, une incertitude accrue sur les commandes et une perturbation des chaînes d’approvisionnement nord-américaines

Plus fondamentalement, ils remettent en question un modèle économique historiquement fondé sur un accès privilégié au marché américain.

L’achat canadien à la rescousse

Face aux défis qui touchent l’industrie, le gouvernement fédéral a lancé une politique «Achetez canadien» visant à prioriser les fournisseurs, le contenu et certains matériaux produits au Canada dans les achats fédéraux. Elle s’applique aux contrats de 5 millions de dollars et plus pour donner priorité aux biens et services canadiens, et aux contrats de 25 millions de dollars et plus pour l’utilisation de matériaux canadiens, dont l’acier et l’aluminium. 

Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à lancer un programme d’approvisionnement destiné aux PME afin d’accroître leur accès aux marchés fédéraux.

En parallèle, Ottawa a annoncé le 4 mai 2026 un soutien de 1,5 milliards de dollars pour les secteurs touchés par les tarifs américains. Cette enveloppe comprend notamment un programme de 1 milliard de dollars de BDC pour les entreprises fabriquant ou exportant des produits contenant de l’acier, de l’aluminium ou du cuivre, ainsi que 500 millions de dollars pour l’Initiative régionale de réponse tarifaire.

Ce soutien additionnel change la donne pour les industries de l’acier et de l’aluminium, qui deviennent ainsi des composantes centrales d’une stratégie industrielle canadienne, notamment dans les infrastructures, la défense, l’énergie, le transport et les bâtiments publics. 

Mais le soutien aux entreprises ne suffit pas. Pour que l’achat canadien se transforme en demande réelle, il faut que les grands projets se concrétisent. 

Le secteur pourrait ajouter 3,6 milliards de dollars au PIB entre 2026 et 2030

Nous avons mené une étude en collaboration avec l’Accélérateur de transition afin d’évaluer les retombées des investissements dans les grands projets canadiens d’infrastructures, d’énergie, de défense et de transport sur l’économie. 

Appliquée à l’acier et à l’aluminium, cette analyse indique que le PIB combiné de ces deux industries atteindrait 13,1 milliards de dollars d’ici 2030 dans le scénario intégrant les projets majeurs, soit 7,9 milliards de dollars pour l’acier et 5,3 milliards de dollars pour l’aluminium. Le PIB combiné des industries s’établirait à 12,1 milliards de dollars en 2030 dans le scénario de base.

Nous estimons que les grands projets canadiens pourraient contribuer environ 3,6 milliards de dollars en PIB additionnel cumulatif de 2026 à 2030, dont 2,9 milliards de dollars pour l’acier et 631 millions de dollars pour l’aluminium. En 2030, par exemple, la part de PIB directement attribuable aux grands projets serait estimée à 980 millions de dollars , reflétant leur rôle structurant dans la croissance de ces deux secteurs.

Impact des projets majeurs sur le PIB des industries de l’aluminium et de l’acier en 2030 (en millions de dollars)

Source : Calcul de BDC et de l’Accélérateur de transition

Pour les PME, ces données montrent que les grands projets pourraient faire augmenter la demande des produits et services liés à l’acier et à l’aluminium au cours des prochaines années. Le secteur de la construction pourrait jouer un rôle central dans la transmission de ces retombées.

Transformer ces occasions en revenus

Cependant, la mise en chantier des grands projets ne garantit pas une hausse automatique des revenus pour les entreprises du secteur. Le principal défi sera de convertir cette croissance sectorielle en contrats et en livraison rentables.

Les entreprises productrices et transformatrices canadiennes ont l’occasion de renforcer leur positionnement en poursuivant leurs efforts pour répondre aux exigences de volumes, de délais et de spécifications techniques des grands projets. Une politique d’achat canadien peut soutenir la demande, mais la capacité à livrer efficacement et à grande échelle demeure un facteur clé du succès.

Les PME ont l’occasion de consolider leur avantage concurrentiel en adoptant des mesures de contrôle des coûts, en améliorant leur productivité et en accélérant leur modernisation. Les investissements en efficacité énergétique, en innovation et en décarbonisation peuvent ainsi soutenir à la fois leur rentabilité et leur croissance à long terme.

Pour les entreprises fortement exposées aux États-Unis, l’enjeu sera de diversifier leurs marchés et de mieux capter les occasions liées aux grands projets canadiens. 

Celles déjà positionnées sur le marché domestique pourraient bénéficier d’une demande plus soutenue. Mais saisir ces occasions exige une bonne préparation: la capacité de production, la certification, la compétitivité et l’aptitude à répondre à des appels d’offres complexes sont de mise. 

Au final, l’enjeu pour les entreprises canadiennes est de bien se positionner pour capter la valeur générée par ces projets.

Repositionner l’acier et l’aluminium canadiens

Les tarifs américains ont mis à l’épreuve les industries canadiennes de l’acier et de l’aluminium en rendant plus risqué un modèle trop dépendant du marché américain. Mais ils ont aussi accéléré une réflexion industrielle au Canada: comment tirer parti des grands projets, des infrastructures et de l’achat canadien pour stimuler la demande intérieure?

Nos résultats montrent qu’au-delà des pressions exercées par les tarifs, les projets majeurs pourraient contribuer concrètement au soutien de l’activité domestique. La question n’est donc pas seulement de protéger ces deux industries, mais de voir comment cette réorientation peut les renforcer et leur procurer un avantage durable.

Prochaine étape

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