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L’acier dans le sang: deux sœurs reprennent l’entreprise d’usinage familiale avec brio

Susy et Cathy Imbriglio dirigent un atelier d’usinage. Pour elles, il était tout naturel de suivre les traces de leur père qui les a initiées très tôt à l’entrepreneuriat et à la fabrication industrielle.

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Chaque jour, Cathy Imbriglio enfile sarreau bleu et bottes de sécurité pour se rendre dans l’atelier d’usinage où sont coupées, usinées et ajustées les pièces fabriquées par Imbritech Industries. Si les femmes sont rares dans les milieux industriels, pour elle et sa sœur Susy, il s’agit plutôt d’un univers familier. En effet, elles ont grandi dans l’usine fondée par leur père, Benny. Elles l’y ont accompagné souvent avant d’y travailler durant l’été quand elles étaient étudiantes. «L’odeur de l’acier, nous l’avons dans le sang!», lance Susy Imbriglio.

Il allait donc de soi que les deux sœurs suivent les traces de leur père. Aujourd’hui, elles sont les têtes dirigeantes de la PME de Laval qui se spécialise dans l’usinage à commande numérique par ordinateur ainsi que dans le soudage et le coupage. Imbritech sert plusieurs secteurs d’activité, dont les pâtes et papiers, l’hydroélectricité, les véhicules lourds à chenille et l’aéronautique.

Comme chefs d’entreprise, il n’est pas toujours facile de faire sa place dans un secteur dominé par les hommes. «Il faut travailler plus fort pour bâtir sa crédibilité, reconnaît Susy. Mais c’est correct, on est fait fortes!» Selon elle, sa sœur Cathy, qui est responsable de la production, a vécu plus de situations teintées de sexisme. «Comme elle travaille davantage du côté des machines, elle n’a pas toujours été prise au sérieux, raconte Susy. Il y a des gens qui lui ont demandé s’ils pouvaient voir son boss! Elle est ingénieure en mécanique de formation alors, elle sait de quoi elle parle.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le fait d’être des femmes devient presque un avantage pour les sœurs Imbriglio quand vient le temps de rencontrer des investisseurs. «On retient plus facilement leur attention, constate Susy. Les gens sont intéressés par notre histoire et sont contents de faire affaire avec une entreprise dirigée par des femmes.»

Le temps de la relève

Imbritech a été fondée par Benny et ses coassociées, sa femme Teresa et Susy, en 2009. Benny avait déjà possédé deux autres entreprises industrielles dont il s’était départi pour se lancer dans cette nouvelle aventure. Dès le départ, c’est Susy qui prend la direction générale d’Imbritech, épaulée par sa mère. Cathy se joindra à la PME familiale en 2012 après avoir travaillé pendant quelques années chez Pratt & Whitney.

En 2014, Benny, alors âgé de 68 ans, sent qu’il est prêt à passer le flambeau à ses filles. Le processus de relève est complété un an plus tard. «Cela a été assez simple. Nous étions déjà présentes dans l’entreprise, nous en connaissions tous les rouages. Il s’agissait surtout d’effectuer le transfert de propriété», explique Susy Imbriglio.

Elle et Cathy possèdent chacune 41 % des parts de l’entreprise, leur père détenant le reste. Benny n’en demeure pas moins présent dans l’entreprise et agit principalement comme responsable du contrôle de la qualité. «Le rôle de chacun est clairement défini. Nous nous complétons bien; c’est ce qui fait notre force», explique Susy.

Les gens sont intéressés par notre histoire et sont contents de faire affaire avec une entreprise dirigée par des femmes.

Défi de recrutement et de fidélisation

L’année qui a suivi le transfert de l’entreprise n’a pas été de tout repos pour les sœurs Imbriglio. «Un de nos employés s’est blessé et il était le seul qui pouvait opérer une de nos machines. Étant une petite équipe, nos délais sont devenus plus longs, et pour cela nous n’avons pu produire autant qu’à l’habitude.»

Si la situation est maintenant rétablie, elle illustre toutefois la difficulté pour les entreprises manufacturières de trouver la main-d’œuvre spécialisée dont elles ont besoin. Imbritech n’y échappe pas. «Trouver des machinistes qualifiés relève parfois de l'exploit, affirme Susy Imbriglio. Il faut aussi savoir les garder dans l’entreprise.»

La PME travaille fort pour garder son personnel. «Nous faisons beaucoup pour marquer notre appréciation, dit Susy. Chaque anniversaire est souligné, et nous fournissons à l’occasion le lunch pour toute l’équipe, entre autres choses. C’est important puisque nos employés sont nos meilleurs représentants. Ce sont eux qui font l’entreprise.»

La recette des Imbriglio (père et filles) donne des résultats puisque certains employés comptent plus de 25 ans d’ancienneté. «Ils ont suivi mon père dans ses différentes entreprises. On les connaît depuis qu’on est jeune.» Difficile de devenir la boss de travailleurs qui nous ont vu grandir? «Mon père nous a appris à ne jamais nous donner plus de valeur. Nous traitons d´égal à égal et le respect est mutuel.»

Mieux se positionner

En 2017, les sœurs Imbriglio ont décidé de faire prendre un virage à Imbritech afin de développer de nouveaux marchés. Elles travaillent notamment avec un consultant de BDC pour évaluer et optimiser leur approche de vente et de marketing. Les deux entrepreneures ont aussi obtenu un prêt de BDC pour faire l’acquisition d’équipement.

«Nous devons faire face à une compétition plus forte, explique Susy. Il nous faut nous diversifier et accroître notre clientèle. Pour cela, il est important de mieux nous faire connaître. Nous voulons mettre Imbritech sur la carte!»

Actuellement, l’exportation représente environ 12 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, un chiffre qui est appelé à croître. Imbritech a récemment adhéré au programme WEConnect International géré par le Réseau des Femmes d’affaires du Québec qui accompagne les entreprises détenues par des femmes dans leur développement d’affaires auprès des grands donneurs d’ordre. Susy et Cathy ont, en outre, participé à une mission économique à Las Vegas avec cet organisme.

Les dirigeantes veulent aussi être plus présente auprès de sa clientèle. Il y a quelques mois, elles sont allées visiter un client de la Caroline du Nord avec lequel Imbritech fait affaire depuis quelques années. «Nous ne nous étions jamais rencontrés. Nous avons pris le temps de mieux nous connaître. Nous avons réalisé à quel point il est important pour les donneurs d’ordre de bâtir une véritable relation avec leurs fournisseurs.»

Maintenir un équilibre travail-famille

Si les sœurs Imbriglio ont l’ambition de faire croître Imbritech, elles ne cherchent pas à grossir à tout prix. «Depuis 2009, nous sommes passés de 9 à 14 employés. Notre objectif, c’est d’en avoir une vingtaine d’ici quelques années. Nous voulons rester une entreprise agile qui mise sur la qualité du travail.»

Il y a aussi que leur réalité est différente de celle de leur père qui a déjà eu plus de 40 employés sous sa responsabilité. «Ce n’est pas ce que nous voulons. Diriger une entreprise en tant que femme, ce n’est pas la même chose. Je dois faire des choix que mon père n’a pas eu à faire. Ma mère était à la maison et s’occupait de tout. Elle a commencé à travailler dans l’entreprise quand Cathy, qui est ma cadette, est entrée à l’école», explique Susy Imbriglio, qui est mère d’un garçon de trois ans. «Imbritech, c’est mon autre bébé, ajoute-t-elle. La conciliation entre le travail, la maison, la famille, c’est un équilibre dynamique. Cela exige des ajustements constants.»

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