Juin 2026

Lettre économique mensuelle

Restez aux faits de l'évolution des indicateurs économiques clés.

Lire plus
La une économique

Le Canada est-il en récession?

Le mot « récession » est de retour dans le vocabulaire de tous les jours. Et pour cause : le 29 mai dernier, Statistique Canada a confirmé que le PIB réel avait reculé de 0,1 % en rythme annualisé au premier trimestre de 2026, après une contraction révisée de 1,0 % au quatrième trimestre de 2025. Deux trimestres de suite dans le rouge. Techniquement, c'est une récession.

Mais avant de sonner l'alarme, il vaut la peine de regarder sous le capot. Car entre les gros titres et la réalité du terrain, il y a un écart important. L'économie canadienne ne s'effondre pas. Elle ralentit. Et la distinction est loin d'être cosmétique.

Un mot, deux réalités très différentes

Il existe deux façons de parler de récession, et elles ne décrivent pas du tout la même chose.

La première est la « récession technique ». C'est un critère purement arithmétique : deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB réel. C'est simple, c'est clair, et c'est exactement ce que les chiffres montrent en ce moment. Mais cette règle ne dit rien sur la profondeur, la composition ou la durée du ralentissement. D'ailleurs, sur une base trimestrielle non annualisée, le PIB du premier trimestre était essentiellement inchangé, à 0,0 %. De très petits mouvements deviennent dramatiques lorsqu'on les convertit en rythme annuel. L'économie peine à gagner de l'élan, mais même la récession technique est exagérée pour décrire la situation actuelle.

La deuxième est la récession telle que définie par l'Institut C.D. Howe. On parle alors d'une baisse prononcée, persistante et généralisée de l'activité économique, mesurée principalement par le PIB et l'emploi. Dans une véritable récession, on assiste à une destruction des ressources productives d'une économie. Le capital physique, la machinerie, l'équipement, tout cela devient obsolète. Les travailleurs en chômage prolongé se découragent et quittent le marché du travail. Le crédit bancaire se resserre de manière généralisée et les revenus du pays reculent durablement.

Or, ce n'est pas ce que nous observons actuellement. Le taux de mises à pied mensuel reste à 0,6 %, parfaitement en ligne avec la moyenne prépandémique. Les bilans financiers des ménages et des entreprises ne montrent pas de signes de détresse généralisée. Le Canada évolue en deçà de son potentiel, certes. Mais ses ressources productives sont encore intactes.

Sous le capot : les cinq sources de la croissance

Un seul chiffre ne suffit pas à poser un diagnostic. Derrière la variation globale du PIB se cachent des composantes qui tirent dans des directions opposées. Chacune des composantes de la croissance joue un rôle distinct pour anticiper ce que nous réserve l’avenir économique du pays.

La consommation des ménages demeure le principal moteur de l’activité

C'est le signal le plus rassurant dans un portrait autrement morose. La consommation des ménages a progressé de 1,5 % en rythme annualisé au premier trimestre, tirée surtout par les services, qui ont crû de 2,0 %, tandis que les dépenses en biens étaient plus timides, à 0,7 %. La consommation demeure le principal soutien à l'activité économique du pays, et c'est elle qui empêche l'économie de basculer dans un repli plus sévère.

Ce constat est d'autant plus significatif qu'il intervient dans un contexte de plus en plus difficile pour de nombreux ménages. La fermeture du détroit d'Ormuz a fait bondir les prix de l'essence, et les prix alimentaires poursuivent leur accélération. Ces pressions, compriment directement le budget disponible pour le reste des dépenses. 

La consommation tient le coup, donc. Mais ce moteur s’essouffle, les vents contraires se révélant plus persistants que prévu. (Nous avons décortiqué les perspectives pour les ménages et la demande des entreprises dans la lettre économique de mai).

L’investissement résidentiel reste un frein à la croissance

Si la consommation tient encore, l’immobilier, lui, continue de s’essouffler– les deux pourtant dépendent essentiellement du même budget, celui des ménages. L'investissement résidentiel a reculé de 7,9 % en rythme annualisé au premier trimestre, prolongeant une série de trimestres de faiblesse. Le recul est mené par une chute des coûts de transfert de propriété de 9,9 %, qui reflète une activité de revente qui peine à reprendre.

Le contexte du marché du logement varie évidemment d'une région à l'autre. Mais dans l'ensemble, l'incertitude et la faible confiance des consommateurs ralentissent d’autant plus les grandes décisions d'achat. La population canadienne est aussi en déclin, ce qui atténue donc la demande de logements au pays par rapport aux niveaux records des dernières années. L'immobilier reste donc un frein à la croissance plutôt qu'un levier, et ce n'est pas près de changer à court terme.

Les entreprises demeurent en mode attentiste

C'est peut-être la composante la plus préoccupante pour l'avenir économique du pays. L'investissement des entreprises a reculé de 0,2 % en rythme annualisé au premier trimestre. Sans grande surprise, les entreprises sont en mode attentiste. L'incertitude liée aux tarifs douaniers, à la révision de l'ACEUM prévue en juillet 2026 et au conflit au Moyen-Orient, pousse les dirigeants à reporter ou annuler leurs projets d'investissement. 

C'est préoccupant, car l'investissement des entreprises est le terreau de la productivité future. Mais une nuance importante s’impose : les entreprises maintiennent encore leurs capacités d’investissement en veille plutôt qu’en repli. Le capital productif n'est pas détruit, mais seulement en suspens. 
 

Les dépenses du gouvernement en creux temporaire

Les dépenses publiques ont amplifié la faiblesse du PIB au premier trimestre, créant ainsi la surprise. La consommation gouvernementale a reculé de 1,0 % et l'investissement public a chuté de 9,6 % en rythme annualisé. Mais ce phénomène survient après une hausse exceptionnelle de presque 25 % au trimestre précédent.

Encore une fois, on ne peut conclure que l'État ne dépense plus. Ce recul est principalement attribuable à une baisse des dépenses en systèmes d'armement, après les niveaux élevés observés en fin d'année 2025. Bref, une simple correction technique. 

Ce type de volatilité pourrait d'ailleurs devenir plus fréquent dans les prochains trimestres, alors que le Canada accélère ses investissements en défense et soutient les grands projets. Il s’agit d’injection d’argent importante dans l’économie, mais de manière qui pourrait s’avérer plus sporadique. Les dépenses gouvernementales devraient redevenir un contributeur positif à la croissance au fil de l'année.

Le commerce extérieur reste la grande inconnue pour la croissance économique

S’il fallait identifier un principal facteur derrière la contraction du PIB au premier trimestre, ce serait le commerce extérieur. Le volume des exportations a reculé, mené par la baisse des expéditions directement touchés par les tarifs américains. D’autre part, les importations ont bondi.

Environ la moitié de la hausse des importations provient de l'or et de la ferraille, des mouvements qui vont de pair avec l'accumulation d'inventaires par les entreprises. En excluant ces deux catégories, les importations ont très peu progressé. Le déficit commercial qui s’est creusé est donc largement gonflé par des mouvements de produits qui évoluent au rythme de l’incertitude tarifaire et sont fortement réactifs au contexte instable mondial.

C'est un portrait brouillé par la volatilité, dans lequel les signaux véritables sont difficiles à isoler pour la suite.

Le vrai diagnostic : une économie qui tourne au ralenti

En variation annuelle, la croissance du PIB a ralenti de façon quasi continue depuis un an. C'est un ralentissement marqué et il ne faut pas le minimiser.

Mais les marqueurs d'une récession profonde ne sont pas au rendez-vous. Le marché du travail affiche un bilan encore négatif pour 2026, malgré l’ajout de 88,000 emplois en mai. L'économie dans son ensemble n'est pas en train de perdre ses capacités productives.

L'équipe économique de BDC maintient sa prévision de croissance à 1,0 % pour l'ensemble de 2026. Un rythme bien en deçà du potentiel, qui confirme que l'économie avance au ralenti, mais qui demeure en croissance et loin du scénario catastrophe.

L’impact pour votre entreprise

  • Pour les entrepreneurs, ce ralentissement se traduit concrètement dans le quotidien. La demande sera plus fragile dans les mois à venir, mais elle ne s'effondrera pas.
  • Vos marges resteront sous pression. Les coûts de production demeurent élevés, portés par l'énergie et les intrants, alors que votre capacité à augmenter vos prix est limitée par une demande qui ralentit. La discipline dans la gestion des coûts est primordiale mais les investissements ne doivent pas être négligés, particulièrement ceux qui ciblent votre productivité.
  • Surtout, ne cédez pas à la panique qui accompagne le terme « récession technique ». Les effets du ralentissement ne se font pas sentir de manière uniforme. Certains secteurs et certaines régions s'en tirent nettement mieux que d'autres. L'agilité, la capacité d'adaptation et une bonne lecture de votre marché seront vos meilleurs atouts.
Perspectives canadiennes

L’économie canadienne prend son souffle, mais reste résiliente

L'économie canadienne n'est pas en récession, mais elle peine clairement à trouver son second souffle. Les données mensuelles les plus récentes dessinent en effet le portrait d'une économie qui a graduellement perdu de la vitesse. BDC maintient néanmoins sa prévision de croissance à 1,0 % pour l'ensemble de 2026. 

La croissance s’affaiblit, mais reste positive

Au début de 2025, l'économie canadienne affichait encore une croissance annuelle au-delà de 2 %. Douze mois plus tard, en mars 2026, ce rythme était tombé à 0,4 %. La décélération a été quasi continue, sans véritable rebond intermédiaire. C'est la perte de vitesse la plus prononcée depuis la sortie de la pandémie.

Ce ralentissement ne s'est pas installé du jour au lendemain. Il s'est construit au fil de chocs successifs : incertitude commerciale liée aux tarifs américains et à la révision de l'ACEUM, fermeture du détroit d'Ormuz, hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation. À ces chocs s’ajoute aussi un net ralentissement de la croissance démographique, qui accentue les pressions déjà à l’œuvre. Des vents de face qui, de mois en mois, ont érodé la dynamique de croissance. Chaque nouveau choc limite un peu plus les perspectives de reprise économique.

La bonne nouvelle : avril pointe vers un rebond important par rapport à mars, selon l'estimation préliminaire de Statistique Canada, ce qui porterait la variation annuelle à environ 0,9 %.  Il s’agirait alors du premier regain de vigueur significatif depuis le début de 2025 et indiquerait que le creux du ralentissement pourrait avoir été atteint. S’il est encore trop tôt pour parler de renversement de tendance, l'économie démontre au moins que les opportunités de croissance existent toujours.

Le marché immobilier reste enlisé

Parmi les facteurs qui expliquent cette perte de vitesse, le marché immobilier joue un rôle clé. Acheter une maison est une décision financière importante. Or, en période d’incertitude économique, reporter un tel achat vient souvent en premier lieu. Les données le confirment.

À l’automne 2025, porté par les baisses du taux directeur de la Banque du Canada, le nombre de transactions résidentielles au Canada oscillait autour de 40 000 unités par mois. Ces transactions sont toutefois retombées à environ 35 500 unités en avril 2026. En quelque six mois, ce repli de plus de 12 % a effacé la quasi-totalité de la reprise amorcée l'an dernier. Les taux hypothécaires fixes à cinq ans se situent toujours entre 3,79 % et 4,19 % et demeurent élevés.

La confiance des consommateurs est ébranlée et la crainte de perdre son emploi reste forte, selon la Banque du Canada, ce qui pousse plusieurs ménages à reporter les achats importants tels que celui d’une maison. Le déclin démographique atténue aussi la pression sur la demande de logements, comparé aux dernières années. Tant que ces conditions persisteront, l'immobilier continuera de peser sur la croissance plutôt que de la soutenir. Le contexte du marché du logement varie évidemment d'une région à l'autre.

Les consommateurs résistent, mais l’inflation pèse davantage

Si le marché immobilier est le premier indicateur de la confiance des consommateurs, les ventes au détail sont le reflet de leur pouvoir d'achat. Et le signal qu'elles envoient mérite attention. Après une progression soutenue, les volumes de ventes ont essentiellement plafonné depuis le début de 2025. Les tout derniers mois laissent même entrevoir un léger essoufflement.

Ce plafonnement est d'autant plus révélateur que les ventes en dollars courants continuent d'afficher une hausse modeste. En d'autres termes, les Canadiens dépensent autant, mais ils en obtiennent moins pour leur argent. La hausse des prix de l'essence, amplifiée par la fermeture du détroit d’Ormuz, ainsi que l'accélération des prix alimentaires, compriment directement le budget disponible pour les autres dépenses. 

Le taux d'épargne des ménages s'est d'ailleurs replié à 3,5 % au premier trimestre, signe que les consommateurs puisent dans leurs réserves pour maintenir leur niveau de vie. La demande ne disparaît pas, mais elle devient plus sélective. Les dépenses discrétionnaires, notamment en restauration, loisirs, achats non essentiels, sont les premières à subir les hausses de prix qui affectent la consommation des besoins de bases.

L'emploi rebondit fortement en mai

Le marché du travail, qui s’avérait assez timide depuis le début de l’année, a montré des signes encourageants en mai avec un gain de 88 000 emplois. Il s’agit de la meilleure performance mensuelle en près de 18 mois. Ce rebond survient après des mois de turbulence. Le Canada, toutefois, était encore à court de 25 000 emplois en 2026 par rapport au niveau de décembre 2025.

Le mouvement en dents de scie de 2026 reflète bien la nature du ralentissement actuel. Les entreprises ne procèdent pas à des vagues de licenciements, mais elles hésitent. Elles embauchent au gré des carnets de commandes et des signaux contradictoires que leur envoie le contexte géopolitique et commercial. Le rebond de mai est un rappel important qui témoigne de la résilience de l’économie canadienne. Ce résultat démontre bien que le marché du travail canadien possède encore la capacité de créer des emplois en nombre significatif et même à temps plein!

Il faut toutefois nuancer. Un seul bon mois ne fait pas une tendance. Et la volatilité elle-même est un signe de fragilité. Mais ce gain d'emplois en mai, combiné au rebond du PIB en avril, vient renforcer l'hypothèse que les perspectives s’améliorent au second trimestre. Il est trop tôt pour déclarer que l'économie redémarre, mais elle montre qu'elle demeure résiliente.

L'impact pour votre entreprise

  • Le pire du ralentissement semble derrière nous, mais la reprise sera graduelle et inégale. Gardez le cap sur la discipline financière.
  • Lepouvoir d'achat de vos clients est sous pression. L'énergie et l'alimentation grugent leur budget avant même qu'ils ne franchissent votre porte. Adaptez votre offre et misez sur la valeur.
  • Le marché du travail envoie des signaux contradictoires, mais une chose est claire : la rétention de vos employés clés reste votre meilleur investissement. Former et fidéliser coûte moins cher que recruter dans un marché volatil — et vous positionne mieux lorsque la demande reprendra, considérant surtout que la population elle, diminue.
Perspectives provinciales

Colombie-Britannique

L'économie de la Colombie-Britannique semble toujours en perte de vitesse, à la mi-2026, bien que les dernières données suggèrent que la situation pourrait se stabiliser plutôt que de continuer à se détériorer. Après plusieurs mois de faiblesse, l'emploi a augmenté de 25 000 en mai, tandis que le taux de chômage s'est maintenu à 6,8 %, indiquant un marché du travail qui a cessé de reculer pour l'instant, mais qui reste nettement plus atone que l'année dernière.

Les dépenses des ménages semblent également modérées plutôt qu’en baisse. Les ventes au détail ont légèrement augmenté de 0,5 % en mars, mais le rapport national plus général a fait état d’une baisse des ventes de base et d’un recul des volumes, ce qui suggère que la dynamique de la consommation reste assez modeste une fois prise en compte la hausse des prix.

Le marché immobilier reste un secteur clé de la faiblesse. Une analyse récente de l'Association immobilière de la Colombie-Britannique (BCREA) met en évidence des ventes modérées, un nombre d'inscriptions actives à son plus haut niveau depuis 2015 et une légère pression à la baisse sur les prix cette année, en particulier dans certains des marchés les plus chers de la province. Bien que l'amélioration de l'accessibilité financière devrait atténuer l’affaiblissement de ce secteur, les acheteurs sont toujours confrontés à un contexte économique incertain et à un marché du travail moins robuste.

Dans l’ensemble, l’économie de la Colombie-Britannique semble avoir atteint un plancher, mais la croissance devrait rester modeste et inégale jusqu’à la fin de 2026.

Alberta

L’Alberta demeure la province la mieux placée pour afficher une bonne croissance en 2026. Ces prévisions positives s’expliquent par les prix élevés du pétrole et des résultats économiques supérieurs aux attentes à la fin de 2025. La croissance devrait atteindre près de 2,5 % dans la région en 2026, un taux nettement supérieur à celui prévu à l’échelle nationale.

Le conflit au Moyen-Orient est un moteur majeur de l’économie de l’Alberta. Le WTI s’est établi en moyenne à 104 $ US le baril en mai, bien au-dessus des niveaux prévus dans le budget provincial de février. Cette prime devrait se traduire par une augmentation significative des recettes publiques et des revenus des entreprises. La production pétrolière se maintient à des niveaux élevés, avec une moyenne de 4,17 millions de barils par jour au cours des quatre premiers mois de 2026.

Cela dit, la hausse des prix ne se traduit pas par un boom de la production. Les entreprises maintiennent une discipline financière, gardant leurs dépenses en capital stables en l'absence de certitude quant à la durée de cette flambée des prix. L'activité de forage le confirme. Le nombre d’appareils de forage en activité s’élevait à 136 à la fin du mois de mai, 52 % de la flotte de forage étant en service — une amélioration par rapport à avril, mais qui reflète toujours une certaine prudence, selon l’Association canadienne des entrepreneurs en énergie.  Par ailleurs, l’extension de l’oléoduc Trans Mountain porte ses fruits, les exportations de pétrole vers l’Asie ayant atteint un niveau record de plus de 9 milliards de dollars en 2025.

Le marché du travail a rebondi en mai. L'emploi a augmenté de 14 000 postes (+0,5 %) et le taux de chômage est tombé à 6,6 %, la province se remettant d'un mois d'avril morose. Depuis le début de l'année, l'Alberta a créé environ 40 000 emplois, et la croissance de l'emploi de 4,1 % d'une année sur l'autre la place en tête de toutes les provinces. Les salaires hebdomadaires moyens augmentent plus rapidement que la moyenne nationale et sont bien supérieurs à l’inflation. Cependant, les ventes au détail restent volatiles : après avoir chuté de 1,9 % en février, elles ont rebondi de 2,6 % en mars, en grande partie grâce à la hausse des prix de l’essence — un signe que la demande sous-jacente des consommateurs reste fragile.

Saskatchewan

En tant que province axée sur les ressources, l’économie de la Saskatchewan est aussi bien placée pour afficher une croissance supérieure à la moyenne nationale en 2026. La croissance du PIB réel pourrait dépasser les 2 %, ce qui la placerait juste derrière l’Alberta parmi les provinces. La fermeture du détroit d’Ormuz continue de soutenir les activités pétrolières, gazières et minières, les prix du pétrole se situant bien au-dessus des hypothèses budgétaires prudentes de la province.

Le secteur minier reste le moteur de la croissance de la province. En 2025, les ventes totales de minéraux ont atteint 12,8 milliards de dollars (+19 %), tirées par la potasse (9,3 milliards de dollars, +18 %) et l’uranium (3,2 milliards de dollars, +24 %, un record). Cette dynamique s’est poursuivie en 2026, les ventes de potasse en avril ayant augmenté de 25,9 % par rapport à l’année précédente et la production de 11,1 %. Les ventes d’uranium ont toutefois chuté de 26,0 % en avril en raison d’arrêts de maintenance planifiés.  
Sur le plan des investissements, NexGen a obtenu son permis de construction de la CCSN en mars 2026 et commencera la construction de la mine d'uranium Rook I cet été, le plus grand projet d'uranium en phase de développement au Canada. La mine de potasse Jansen de BHP, dont la construction est avancée à 75 %, a repoussé sa première production à la mi-2027, mais a récemment signé des ententes de transport ferroviaire avec le CN et le CPKC pour acheminer la potasse de la Saskatchewan vers les marchés mondiaux.

Le conflit au Moyen-Orient fait également grimper les coûts des engrais azotés pour les agriculteurs. Les prix de l’urée, bien qu’en recul par rapport à leurs sommets du printemps, restent élevés par rapport aux niveaux d’avant le conflit. De nombreux agriculteurs avaient constitué des stocks avant que le conflit ne s'intensifie, selon la Fédération canadienne de l'agriculture. Le secteur manufacturier a connu un fort rebond en mars, les ventes ayant bondi de 20,6 % d'un mois à l'autre et de 18,3 % d'une année à l'autre. Malgré cela, les exportations vers les États-Unis restent sous la pression des droits de douane.

Le marché du travail s'est encore affaibli en mai. Après avoir perdu 4 000 emplois en avril, la province a supprimé 6 100 emplois supplémentaires (-1,0 %), et le taux de chômage a grimpé à 6,2 % (contre 4,3 % il y a un an). La Saskatchewan se classe néanmoins au troisième rang des provinces ayant le taux de chômage le plus bas, juste en dessous de la moyenne nationale de 6,6 %. La population active a toutefois atteint un niveau record en mai, signe que la croissance démographique continuera de soutenir les dépenses de consommation à moyen terme si l'emploi suit le mouvement.

Manitoba

L'économie du Manitoba devrait connaître une croissance modérée en 2026. Le budget provincial prévoit une croissance du PIB réel de 1,3 %, légèrement supérieure à la moyenne nationale, bien que les prévisions de la BDC soient plus prudentes, à 1,0 %.

Le budget comprenait plusieurs mesures visant à alléger le fardeau des ménages. À compter du 1er juillet, la province éliminera la taxe de vente provinciale (PST) de 7 % sur tous les produits alimentaires vendus dans les épiceries, y compris les plats préparés, les boissons gazeuses et les collations.

Le marché du travail a perdu de son élan en mai. Après un fort rebond en mars (+11 000 emplois) et un léger recul en avril, l’emploi est resté pratiquement inchangé en mai (+300). Le taux de chômage a grimpé à 5,5 %, sous l’effet de nouveaux arrivants dans la population active, alors que l’emploi stagnait. En glissement annuel, toutefois, l’emploi affiche toujours une hausse de 2,6 %.

Le secteur manufacturier a montré des signes de reprise. Après avoir chuté de 5,5 % jusqu’en février, les ventes manufacturières ont fortement rebondi en mars (+9,4 % d’un mois à l’autre pour atteindre 2,5 milliards de dollars), ramenant la baisse depuis le début de l’année à seulement 0,3 %. L’industrie agroalimentaire représente près du tiers des ventes manufacturières totales de la province, et l’accord réduisant les droits de douane chinois sur le canola a été une bonne nouvelle, mais les exportations internationales restent le point faible. Les exportations totales ont chuté de 27,2 % au premier trimestre, les exportations vers les États-Unis ayant reculé de 34,3 %, en grande partie en raison d’une forte baisse des expéditions de produits pharmaceutiques et de la pression tarifaire persistante.  Les prix élevés de l’énergie pourraient également faire grimper les coûts de transport, un secteur clé pour l’économie du Manitoba, qui dépend fortement du commerce intérieur.

Ontario

L'emploi continue de croître en Ontario, avec près de 42 000 emplois créés en mai, après une hausse de 42 500 en avril. Après un début d'année très lent, l'emploi a fortement augmenté ces derniers mois. 

Le secteur de la construction reprend de la vigueur grâce à la croissance du secteur non résidentiel, stimulée par l’accélération des projets d’infrastructure du gouvernement de l’Ontario. 

L'emploi dans le secteur manufacturier s'améliore également, porté par une hausse des exportations ces derniers mois. De plus, la forte baisse de l'emploi dans le secteur de l'éducation semble se stabiliser. Après le choc initial causé par la chute importante du nombre d'étudiants étrangers, le secteur semble être en meilleure posture. 

Enfin, le secteur du commerce de détail reste sous pression : l’emploi continue de baisser, malgré la croissance des ventes au détail. Il semble que la hausse des prix du pétrole au cours des deux derniers mois exerce une pression importante sur ce secteur.

Québec

L'économie du Québec continue de naviguer dans un environnement difficile et une grande partie de la morosité découle d'un contexte commercial difficile. Les exportations ont reculé de 13 % au premier trimestre de 2026 sous le poids des droits de douane américains sur l'acier, l'aluminium, le bois d'œuvre et les automobiles. Un rebond de 19 % en mars a apporté un certain soulagement, mais les niveaux globaux des échanges commerciaux n'ont pas encore retrouvé ceux d'avant l'imposition des droits de douane.

Le secteur manufacturier a été le principal frein à l’économie québécoise au cours des deux premiers mois de 2026, avec une baisse de la production de 4,0 %, ce qui en a fait le principal facteur de la baisse globale du PIB réel. 

Les données sur l’emploi de mai ont apporté un soulagement bienvenu : l’emploi a augmenté de 13 200 personnes et le taux de chômage est tombé à 5,6 %. Cependant, le marché du travail reste fragile : les niveaux d’emploi demeurent inférieurs à la moyenne de l’année dernière et ne se sont pas encore redressés.

Malgré ces pressions, d’autres secteurs ont soutenu la croissance au cours des deux premiers mois de 2026, notamment les services financiers et d’assurance (+3,0 %), le commerce de détail (+2,6 %), le commerce de gros (+2,2 %) ainsi que l’immobilier, la location et le crédit-bail (+1,5 %).

Les ménages québécois ont fait preuve d’une relative résilience jusqu’à présent, soutenus par un endettement plus faible et des taux d’épargne élevés qui continuent de protéger les dépenses de consommation. Les ventes au détail ont affiché une tendance positive en début d’année avant de reculer de 0,8 % en mars. 

À l'avenir, la croissance inférieure au potentiel devrait persister, car l'incertitude commerciale et le ralentissement du marché du travail continuent de nuire à l’activité économique. La croissance devrait atteindre 0,7 %, ce qui place la province parmi les économies canadiennes à la croissance la plus faible. Pour l'instant, les dépenses publiques et la consommation des ménages restent les principaux moteurs de la croissance de la province, l'aidant ainsi à éviter une récession. 

Nouvelle-Écosse

L'économie de la Nouvelle-Écosse repose sur des fondamentaux nationaux solides. Les ventes au détail ont augmenté de 3,3 % en 2025 et ont affiché une hausse de 2,9 % au premier trimestre de 2026, tandis que l'investissement non résidentiel a bondi de 10,7 % au premier trimestre de 2026. 

La province s’adapte néanmoins après plusieurs années exceptionnelles. Le PIB réel aurait ralenti, la croissance démographique s’étant modérée, passant d’un record de 2,8 % à seulement 1,0 %. La croissance du PIB devrait atteindre 1,3 % en 2026 et dépasser la moyenne nationale. 

Des vents contraires persistent sur les fronts du commerce et de l’emploi. Les exportations ont reculé de 3,4 % au premier trimestre de 2026 dans un contexte de droits de douane persistants, et le marché du travail a marqué le pas en mai. Parallèlement, le taux de chômage a bondi à 7,1 % — son plus haut niveau depuis le début de 2025 — sous l’effet d’une forte expansion de la population active, alors que davantage de Néo-Écossais entraient ou réintégraient le marché du travail.
La Nouvelle-Écosse prévoit des investissements stratégiques dans les soins de santé, le logement, la défense et l’énergie propre, parallèlement à un plan de stabilité budgétaire visant à ralentir la croissance des dépenses. 

En bref, les dépenses et les investissements intérieurs constituent un socle solide, même si la Nouvelle-Écosse doit composer avec un ralentissement des échanges commerciaux et une trajectoire de croissance plus modérée.

Nouveau-Brunswick 

L'économie du Nouveau-Brunswick devrait croître de 1,2 % en 2026, un rythme modeste, car des vents contraires externes et un ralentissement du marché du travail tempèrent un contexte intérieur par ailleurs résilient.

Du côté de la consommation, les dépenses continuent d’offrir une base solide. Les ventes au détail ont augmenté de 4,8 % en 2025 et affichent une tendance à la hausse depuis novembre, avec une nouvelle hausse mensuelle de 0,7 % en mars 2026. 

Le secteur manufacturier a connu un fort rebond en mars 2026, mais la situation générale reste mitigée : les ventes du premier trimestre 2026 ont encore été pénalisées par un mois de janvier faible et par l'incertitude persistante entourant le commerce.

Le marché du travail est resté atone en mai, ne parvenant pas à participer à la reprise nationale générale. L'emploi a légèrement reculé d'environ 400 emplois (-0,1 %) pour s'établir à 408 000, tandis que le taux de chômage est resté stable à 7,2 %. 

La province s'appuie sur des dépenses déficitaires pour soutenir ses priorités clés, ce qui favorisera la croissance. Les ressources sont canalisées vers les soins de santé, l'éducation et le soutien à l'industrie.

La résilience des dépenses de consommation et la reprise du commerce maintiennent l'économie à flot, mais le ralentissement de la croissance démographique et l'affaiblissement du marché du travail laissent présager une nouvelle année de croissance modérée.

Île-du-Prince-Édouard 

L'économie de l'Île-du-Prince-Édouard devrait croître de 1,5 % en 2026, dépassant la croissance prévue pour le Canada, car la résistance de la demande intérieure aide à compenser les pressions commerciales persistantes.

Les dépenses de consommation restent un point positif. Les ventes au détail ont continué d'augmenter au début de 2026, avec une hausse de 4,0 % au premier trimestre, signe que les ménages sont confiants et prêts à dépenser. Un marché du travail stable a soutenu cette dynamique.

Le marché du travail a rebondi en mai. L'emploi a augmenté d'environ 1 500 postes et le taux de chômage a reculé à 6,7 %. 

Le commerce a toutefois subi d’importantes pressions. Les exportations ont reculé de 10,5 % au premier trimestre de 2026, alors que les échanges avec les États-Unis et la Chine se sont affaiblis sous l’effet des pressions tarifaires. Cela dit, le nouvel accord avec la Chine devrait apporter un certain soulagement, et les volumes devraient progressivement remonter.

Une activité de consommation solide et un marché de l'emploi relativement stable maintiennent la province sur la voie d'une croissance saine, même si les vents contraires dans le commerce restent un défi majeur.

Terre-Neuve-et-Labrador

Terre-Neuve-et-Labrador est en passe de devenir l’une des provinces les plus performantes du Canada en 2026, avec une croissance du PIB prévue de 2,0 %, bien supérieure à la moyenne nationale. 

La province continue de bénéficier d’un contexte favorable pour les matières premières, ce qui stimule ses exportations. La reprise du secteur aurifère — avec le lancement de la mine d’or Valentine et la relance du projet Hammerdown — favorise la diversification, marquant les premières expéditions internationales d’or de la province depuis plus de deux décennies.

Le secteur de la pêche a également enregistré une valeur record de 1,3 milliard de dollars pour les prises débarquées l'année dernière.

Les dépenses de consommation ont pris de l'élan : les ventes au détail ont atteint un nouveau sommet en mars, soutenues par un marché de l'emploi satisfaisant et une confiance alimentée par les matières premières. 

La vigueur des prix des matières premières, la forte hausse des exportations et la solidité des dépenses de consommation contribuent à une bonne année pour la province, même si les défis démographiques restent une préoccupation à long terme.