4 étapes clés d’une démarche d’écoconception

Découvrez comment repenser vos produits et services pour qu’ils soient plus écologiques

Lecture de 6 minutes

Aller vers l’écoconception n’est pas sorcier, mais pour obtenir les résultats escomptés, il y a une démarche à suivre pour s’assurer de faire des choix stratégiques.

L’Institut de développement de produits (IDP), un organisme à but non lucratif, accompagne depuis 25 ans les entreprises pour les aider à intégrer l’innovation durable. Benoit Poulin, directeur général, et Laurent Gauthier-Pelletier, chargé de projet en innovation durable et en développement de produits, expliquent concrètement ce qu’est l’écoconception et comment la mettre en place dans une entreprise.

C’est une stratégie d’économie circulaire qui s’intègre dans une réflexion sur l’ensemble des pratiques qui permet d’optimiser la conception d’un produit ou d’un service pour diminuer son impact sur l’environnement sans faire de compromis sur la qualité.

1. Réfléchir en amont

L’écoconception signifie qu’on prend en compte des critères environnementaux dès la phase de conception.

Pour faire de l’écoconception, il faut d’abord enclencher un processus de réflexion sur le développement du produit ou du service.

«Il faut commencer au début du cycle de vie, avec l’utilisation des ressources et le choix des matériaux jusqu’à la fin du cycle d’utilisation, explique Laurent Gauthier-Pelletier. Différentes stratégies peuvent être utilisées, par exemple, créer des pièces modulaires qui peuvent être changées lorsqu’elles sont arrivées au bout de leur vie utile pour être recyclées.»

L’idée, c’est d’arriver à une production du berceau au berceau, donc circulaire, plutôt que linéaire, du berceau à la tombe. «Ainsi, on crée un produit ou un service sans générer de déchets, précise Benoît Poulin. Pour y arriver, il faut choisir stratégiquement les matériaux utilisés plutôt que regarder en bout de piste ce qu’on a comme rebut et essayer de faire quelque chose avec.»

2. Commander une analyse du cycle de vie

Il est essentiel d’avoir les bonnes données pour bien faire avancer son projet d’écoconception. Pour y arriver, il faut une analyse de cycle de vie dont le processus est encadré par les normes ISO 14040.

«Des firmes sont spécialisées dans ce travail, indique Benoît Poulin. Un peu comme une entreprise qui prépare ses états financiers, l’analyse du cycle de vie est chiffrée. Elle est réalisée par des analystes qui quantifient tous les dommages liés à la réalisation et à l’utilisation du produit ou du service.»

Plusieurs éléments sont analysés comme:

  • les émissions de gaz à effet de serre causées par la fabrication et l’utilisation du produit ou service
  • la consommation d’eau
  • l’impact des matériaux utilisés
  • l’utilisation des emballages

3. Choisir les gestes les plus porteurs

Avec l’analyse du cycle de vie sous les yeux, vous verrez plus facilement les éléments auxquels vous pourrez vous attaquer en premier pour avoir un plus grand impact.

«Le danger, c’est que les entreprises tentent d’aller vers l’écoconception sans se baser sur une démarche d’analyse de cycle de vie, fait remarquer Benoît Poulin. Sans démarche quantitative organisée, des actions peuvent avoir l’air très intéressantes à première vue, mais ne pas l’être finalement lorsqu’on regarde l’ensemble du cycle de vie.»

Par exemple, il serait facile pour une entreprise d’être tentée d’aller vers les emballages en nouveaux matériaux compostables. «Sur papier, ils sont super intéressants, mais avec certains systèmes municipaux en place actuellement, ces matériaux ne sont pas toujours réellement compostés, explique Laurent Gauthier-Pelletier. Ils sont souvent envoyés au rebut, puisque la décomposition se fait seulement si certaines variables sont respectées, notamment de température, ce qui n'est pas toujours le cas. Et souvent, ces renseignements ne sont pas divulgués par les entreprises qui fabriquent ces emballages, ce qui en complique la gestion.»

Ainsi, l’analyse du cycle de vie permet de faire des choix qui feront une réelle différence en bout de piste, comme réduire l’emballage au maximum et pour ce qu’il reste, opter pour un matériau qui pourra réellement être recyclé, comme du carton, ou du plastique recyclé.

On peut mettre en place une stratégie d’écoconception sur un produit ou un service en particulier et ensuite, l’intégrer au reste de l’entreprise. Ou encore, faire l’inverse: commencer par une stratégie d’entreprise qui percole ensuite dans l’offre de produits et services. «Les deux façons de procéder sont bonnes», dit Benoît Poulin.

Bien sûr, comme dans tout changement, il faut que la démarche de prise de décision soit réalisée en collaboration avec les différentes équipes de l’entreprise. «La direction de l’entreprise a tout avantage à intégrer son personnel dans la démarche pour avoir un engagement et une vision environnementale globale et motivée par les membres du personnel, explique Laurent Gauthier-Pelletier. Ainsi, il deviendra évident pour tout le monde que certaines décisions doivent être prises et qu’il faudra adapter ses façons de faire.»

L’écoconception coûte-t-elle plus cher?

Il y a un mythe persistant selon lequel aller vers l’écoconception coûte plus cher aux entreprises. Or, l’IDP a co-réalisé une étude au Québec et en France en 2014 qui prouve le contraire. Elle révélait que les produits écoconçus présentaient une marge bénéficiaire plus élevée de 12 % en moyenne, par rapport à celle des produits conventionnels.

«On ne peut pas dire que l’écoconception ne coûte rien, mais elle permet de créer de la valeur», affirme Benoît Poulin.

4. Partager ses bons coups

Lorsqu’une entreprise réussit à migrer vers l’écoconception en se basant sur une analyse du cycle de vie, elle a avantage à le dire haut et fort.

«D’abord, parce que de plus en plus de gens perçoivent la valeur de l’écoconception et n’ont pas de problème à payer plus cher pour avoir des produits et services qui en découlent», mentionne Benoît Poulin.

Puis, l’écoconception peut être intéressante lorsqu’on veut faire des affaires avec des entreprises qui sont soumises à différentes réglementations environnementales. Certaines entreprises vont aussi sentir une pression du marché, par exemple lorsque certaines de leurs entreprises concurrentes commencent à prendre le virage.

«Mais, lorsqu’une entreprise est rendue là, c’est qu’elle est près de frapper un mur, souligne Benoît Poulin. Mieux vaut agir en amont et être l’organisation qui montre la voie à ses partenaires d’affaires, à ses fournisseuses et fournisseurs et même à sa concurrence plutôt que celle qui est toujours quelques coups en arrière.»