Les Filles Fattoush: Un projet social devenu une histoire de croissance

Comment l’entreprise a bâti son succès en restant fidèle à sa mission et en faisant découvrir la cuisine du Moyen-Orient au Canada

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Adelle Tarzibachi et Geneviève Comeau, directrice générale et co-propriétaire, les Filles Fattoush

Lorsque les Filles Fattoush a été fondée en 2017 à Montréal, son objectif était clair: offrir une première expérience de travail à des femmes réfugiées syriennes, en mettant à profit leur talent culinaire. 

Ce projet social est aussi devenu une histoire d’affaires à succès.

Presque 10 ans plus tard, l’entreprise dont le nom renvoie à la fattoush, une salade traditionnelle de la Syrie et du Liban, a franchi le cap de 3,5 millions de dollars en ventes et s’apprête à lancer ses produits qui évoquent les saveurs du Moyen-Orient à l’échelle du Canada. 

La recette de son succès? Une croissance réfléchie, des partenariats stratégiques et un engagement non négociable envers sa mission.

Une forte mission sociale

Au départ, l’entreprise offrait un service traiteur traditionnel. «La seule question qu’on posait en entrevue était: «Aimez-vous cuisiner?». La majorité des femmes syriennes cuisinent bien et aiment partager leur culture», dit Geneviève Comeau, directrice générale et co-propriétaire des Filles Fattoush avec Adelle Tarzibachi, une entrepreneure d’origine syrienne établie au Québec.

En cuisinant quelques heures par mois, les femmes syriennes se créaient un réseau social et gagnaient en estime de soi et en autonomie financière. «C’était une occasion de retrouver une dignité», dit Geneviève Comeau.

«Quand une famille immigre, surtout avec un statut de réfugié, c’est souvent l’homme qui travaille. La femme devient le pilier émotionnel de la famille, mais elle reste isolée, avec peu d’occasions de découvrir sa nouvelle société d’accueil», rajoute-elle.

Nous avons grandi avec nos employées. Le jour où certaines nous ont demandées des lettres de référence pour acheter leur première maison, nous avons compris que notre mission portait fruit. C’était le signe d’une intégration durable.

Diversification des activités

L’entreprise a enregistré une croissance annuelle de 20 % à 30 %. «Nous avons fait croître l’entreprise une étape à la fois», dit Geneviève Comeau.

Le premier pas a été l’ouverture d’un kiosque estival qui s’est ensuite transformé en café-boutique permanent au Marché Jean-Talon, lieu emblématique de Montréal, pour y vendre du prêt-à-manger. 

Un partenariat stratégique est venu s’ajouter dans le cadre d’une entente avec les Fermes Lufa, une entreprise d’agriculture durable urbaine qui distribue des paniers hebdomadaires et personnalisables de produits locaux à travers le Québec.

«Cela a été une étape charnière dans notre parcours, mais notre efficacité opérationnelle n’était pas au rendez-vous», dit Geneviève Comeau. «Après quelques semaines, nous avons réalisé que notre coût de main d’œuvre était de 70 %. Nous perdions de l'argent pour chaque plat vendu.»

De l’expansion organique à des opérations structurées

Appuyée par les spécialistes de BDC, l’entreprise a amorcé un exercice de planification stratégique. 

«Nous avons calculé le coût de chaque plat: ingrédients, emballages, main-d’œuvre. Nous avons tout documenté, puis structuré la production autour des processus de travail plutôt que des recettes», explique Geneviève Comeau.

Par exemple, une journée en cuisine était consacrée à la friture. «On évitait ainsi de démarrer l’équipement pour de petites quantités et on gagnait en efficacité», explique-t-elle.

La révision de la structure des coûts et des processus a permis de mieux maîtriser les dépenses, d’éliminer le gaspillage en temps, en énergie et en produits alimentaires, et d’améliorer sa marge de profit.

Arrivée en épicerie

En identifiant un manque pour les essentiels et les saveurs du Moyen-Orient dans les grandes surfaces, la marque des Filles Fattoush est arrivée en épicerie en 2023. 

Des croustilles de pita au zaatar, à la menthe, au sumac ou au cumin, des épices, des baklavas, du houmous, ainsi que des plats cuisinés sont devenus disponibles dans 500 points de vente partout au Québec, grâce à une entente exclusive avec Sobeys (IGA et Rachelle Béry). 

«Le service traiteur connaissait une belle croissance, mais c’est un domaine exigeant et dont la croissance et l’optimisation sont limitées. Nous avons décidé de mettre plus d’’énergie dans les produits distribués en épicerie car notre vision est d’être présentes à travers le Canada», dit Geneviève Comeau.

Diversifications des marchés

Avec 18 employés à temps plein, les Filles Fattoush s’apprête à lancer ses activités à l’échelle du Canada. Pour solidifier sa présence dans les marchés anglophones, tous ses produits seront dorénavant commercialisés sous la bannière Cuisine Fattoush. 

Une décision difficile, explique Geneviève Comeau, mais nécessaire à la croissance. «Nous sommes très attachées à la marque Les Filles Fattoush, c’est un rassembleur positif féminin. Même si on change la marque de nos produits, le nom de l’entreprise reste le même. Notre mission ne change pas», dit Geneviève Comeau.

L’exclusivité avec les magasins IGA tirant à sa fin, à partir de cet automne les produits Cuisine Fattoush seront disponibles dans plusieurs chaînes d’épicerie dans trois provinces: l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. «Nous sommes en pourparlers avec des bannières aux positionnement naturel», dit la co-propriétaire des Filles Fattoush.

Et ce n’est que le début. «Je rêve du jour où les Canadiennes et les Canadiens vont remplacer un spaghetti du mardi soir par une salade fattoush et du shish taouk. C’est ça, notre grande ambition», conclut Geneviève Comeau.

La recette du succès des Filles Fattoush: 5 leçons pour une croissance durable

Rester fidèle à sa vision

La croissance s’accompagne souvent d’un manque de ressources et de temps, surtout durant les premières années de vie d’une entreprise.

«Chaque proposition qu’on te fait, on la perçoit comme une occasion, alors qu’en réalité, on risque de s’éloigner de sa vision et perdre son temps. Il faut être sélectif et stratégique», dit Geneviève Comeau.

Bien comprendre ses chiffres

La gestion des flux de trésorerie est essentielle pour franchir le prochain seuil de croissance. 

«En affaires, on peut vite se laisser emporter par la mission, la croissance et la visibilité. Mais il faut se méfier des indicateurs de performance qui flattent l’ego. La seule façon de bâtir solidement, c’est de connaître ses chiffres, de les comprendre et d’agir sur ce qu’ils révèlent», dit Geneviève Comeau.

Tisser des partenariats stratégiques

Lorsque la pandémie a frappé en 2020, l’entreprise a testé la livraison à domicile. Il a fallu partir un site Web transactionnel, un menu, trouver des emballages, ramener l’équipe en cuisine, produire dans des conditions de distanciation. «Dans la première journée de livraison, il y a eu 25 erreurs sur 30 commandes parce que notre force n’était pas dans la distribution, mais bien dans les opérations et la qualité des produits», se souvient Geneviève Comeau. 

La solution? Les partenariats stratégiques, comme celui avec les Fermes Lufa, qui dispose d’un réseau de distribution établi, et avec d’autres entreprises locales et syriennes pour la production à grand volume de certains produits qui nécessitent un équipement spécialisé, tels que les baklavas et les croustilles. «En travaillant en partenariat, nous sommes complémentaires et plus fortes», dit la co-propriétaire des Filles Fattoush.

S’endetter, ce n’est pas une faiblesse

L’accès au financement est l’un des défis principaux des entreprises à propriété féminine. «Les femmes entrepreneures hésitent davantage à s’endetter. Cela nous a pris du temps pour comprendre qu’on peut avoir une dette saine pour poursuivre notre lancée», dit Geneviève Comeau.

Bien s’entourer

Faute de budget pour engager des spécialistes à temps plein, les Filles Fattoush sont allées chercher des consultantes et des consultants. 

La première démarche a été de revoir la structure salariale et la description de postes. L’entreprise a aussi travaillé avec des spécialistes en gestion des opérations agroalimentaires et avec les spécialistes en planification stratégique de BDC pour structurer ses opérations. Cette expertise externe ponctuelle a aidé à solidifier sa croissance.

C’est parfois difficile de prendre du recul et de dire: En ce moment, je freine l’entreprise en voulant tout faire. J’ai besoin de quelqu’un qui peut faire mieux que moi, j’ai besoin d’aide. Il faut bien s’entourer pour continuer de croître.

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