Cette entreprise appartenant à des personnes noires contribue à la création de l’emblématique silhouette vitrée de Toronto

On peut admirer le travail de l’équipe père-fille qui dirige Bass Installation dans tout le centre-ville.

Temps de lecture: 8 minutes

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Stephen Callender, président et Natasha Callender-Wilson, vice-présidente, Bass Installation

Bass Installation brise les stéréotypes de l’industrie de la construction. Le propriétaire et fondateur de cette entreprise novatrice d’installation de vitres, Stephen Callender, est également président de l’Afro Canadian Contractors Association (ACCA). Sa fille, Natasha Callender-Wilson, est vice-présidente de l’entreprise.

Il est plutôt inhabituel qu’une femme fasse partie de la direction d’une entreprise du secteur de la construction, mais il est encore plus rare qu’une entreprise du secteur de l’installation de vitres soit dirigée par une équipe père-fille.

«Il a été vraiment gratifiant de faire ce parcours en équipe avec lui. Ensemble, nous avons vécu des hauts et des bas, des périodes difficiles, de bons et de mauvais coups, tout ce que vous pouvez imaginer, et nous nous sommes soutenus mutuellement», explique Natasha Callender-Wilson.

Ensemble, nous avons vécu des hauts et des bas, des périodes difficiles, de bons et de mauvais coups, tout ce que vous pouvez imaginer, et nous nous sommes soutenus mutuellement.

Bass Installation installe des panneaux et des rideaux de verre qui constituent les façades extérieures et les entrées des édifices. On peut admirer le travail de Bass Installation sur certains des gratte-ciel les plus emblématiques qui ont été construits à Toronto au cours des 20 dernières années.

«Notre devise est que si vous pouvez le concevoir, nous pouvons l’installer», dit Stephen Callender.

Notre devise est que si vous pouvez le concevoir, nous pouvons l’installer. 

De la Barbade à Toronto

En février 1976, lorsque M. Callender a débarqué de l’avion dans l’air glacé de Toronto après avoir quitté sa maison de la Barbade, il n’avait aucune idée qu’il ferait carrière dans l’installation de vitres.

M. Callender a rapidement trouvé son premier emploi dans une usine de vitres de Scarborough, en Ontario. Celle-ci était située sur une artère appelée Barbados Boulevard, ce que M. Callender a vu comme un signe du destin.

Après cela, il a travaillé dans d’autres usines de fenêtres, et a appris à installer des vitres en cours de route. En 1983, il a commencé à travailler pour une entreprise de murs-rideaux, un domaine de travail qu’il a conservé par la suite.

Au début des années 90, en pleine récession, un collègue de M. Callender lui a mentionné qu’ils pourraient ensemble lancer leur propre entreprise d’installation de murs-rideaux et de panneaux de verre. Ce collègue s’est montré si convaincant que M. Callender a fini par accepter.

Cette entreprise fondée en 1992 a été la précurseure de Bass Installation. M. Callender et son associé travaillaient sur de grands projets comme sous-traitants pour d’autres entreprises du secteur vitrier, installant des panneaux de verre et des murs-rideaux.

Plus tard, un troisième partenaire possédant des compétences en installation de portes tournantes s’est joint à eux, et l’entreprise a étendu ses activités en y ajoutant ces services.

La naissance de Bass Installation

En 2004, lorsque leur troisième associé a quitté l’entreprise, M. Callender et son associé d’origine l’ont rebaptisée Bass Installation.

Les employé.es de l’entreprise étaient syndiqué.es, ce qui a permis à M. Callender et à son associé d’en faire augmenter ou diminuer le nombre en fonction des besoins liés aux activités.

«L’un des avantages d’un syndicat, c’est que nous pouvons toujours augmenter ou réduire notre effectif en fonction de nos besoins», explique M. Callender.

Dans les années 80, M. Callender s’était lui-même joint au syndicat Ironworkers qui représente entre autres des installateurs de murs-rideaux.

À l’origine, Bass Installation se concentrait sur les petits projets. Lorsque son associé initial a quitté l’entreprise, M. Callender a décidé de donner de l’expansion à l’entreprise et de chercher à obtenir des contrats plus importants en travaillant avec un de ses clients qui cherchait aussi à faire croître ses activités.

«Lorsque cette entreprise a commencé à prendre de l’expansion, nous avons en quelque sorte grandi avec elle en travaillant sur de grands immeubles du centre-ville de Toronto», explique M. Callender.

Travailler sur les gratte-ciel emblématiques de Toronto

Depuis, les activités de Bass Installation ont pris de l’expansion à un point tel qu’elle compte plus de 100 employés et gère de nombreux projets.

La fille de M. Callender, Natasha, est entrée dans l’organisation en 2005, alors qu’elle était encore à l’école. Elle gérait la paie pour l’entreprise tout en faisant un baccalauréat en administration. Tirant parti de son travail administratif au sein de l’entreprise, elle a commencé à bâtir l’équipe de direction.

Au cours des 20 dernières années, Bass a installé des panneaux et des murs-rideaux sur certains des gratte-ciel les plus remarquables du centre-ville de Toronto, dont:

  • Le BMO Building (76 étages)
  • Le CIBC Square (gratte-ciel de classe mondiale sur Bay Street, au sud de Front Street)
  • La Trump Tower (aujourd’hui l’hôtel St Regis - 66 étages)
  • Le TEC Bridge (qui relie le magasin La Baie et le centre Eaton de Toronto)
  • Le Bay and Adelaide Centre (un ensemble de tours de bureaux)
  • L’hôtel Shangri-La de Toronto (66 étages)

«L’une des choses que je trouve les plus gratifiantes, c’est de faire un tour au centre-ville en voiture et de constater comme sa silhouette a changé au fil des ans, en sachant que nous y avons contribué», souligne Mme Callender-Wilson.

Répondre à des besoins croissants

À mesure que sa charge de travail augmentait, l’entreprise s’est réorganisée pour gérer sa croissance.

«Nous avons commencé à faire appel à des gens qui avaient plus d’expertise que nous dans certains domaines, ce qui nous a vraiment aidés à augmenter la portée de nos ambitions», explique Mme Callender-Wilson.

Elle attribue une grande partie du succès de l’entreprise à ses employé.es.

«Sans notre équipe, nous ne serions certainement pas là où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons une équipe centrale de personnes incroyablement dévouées, que ce soit à la direction ou sur le terrain, et ce sont ces personnes qui nous permettent de continuer à travailler et à progresser», ajoute-t-elle.

En 2010, Mme Callender-Wilson a supervisé la création de Bass Curtainwalls Inc. Cette nouvelle entreprise est une filiale de Bass Installation.

«Bass Curtainwalls est notre équipe de gestion de la construction. Elle comprend toutes les fonctions administratives et de gestion de projet, tandis que Bass Installation effectue les travaux physiques», explique Mme Callender-Wilson.

La contribution de BDC au succès de Bass Installation

La croissance de Bass Installation ne s’est pas faite sans difficultés.

«Nous avions besoin de capitaux parce que nous étions de nouveau en croissance. Pour qu’une banque nous offre une marge de crédit, nous devions nous plier en quatre. Notre comptable nous a présenté la Banque de développement du Canada», explique M. Callender.

Selon M. Callender, non seulement BDC a-t-elle contribué à la croissance de Bass Installation, mais son soutien a été essentiel à la poursuite de ses activités pendant la pandémie. L’entreprise a obtenu un prêt d’exploitation et une marge de crédit pour l’achat d’équipement.

«Il y a quelques années, nous louions de l’équipement pour 600 $ par mois, mais maintenant, l’équipement que nous utilisons nous coûte 6 000 $ par mois. Il était plus logique d’acheter cet équipement, mais pour cela, il nous fallait une marge de crédit. Sans BDC, nous n’aurions pas pu l’acheter. C’est grâce à la Prestation canadienne d’urgence du gouvernement fédéral et à la marge de crédit de BDC que nous avons pu poursuivre nos activités jusqu’à ce que la situation s’améliore», dit-il.

«Cela fait au moins dix ans que nous travaillons en partenariat avec BDC. La Banque collabore vraiment avec les entreprises pour leur permettre de s’améliorer et d’améliorer leur marque, alors, dans l’ensemble, elle nous aide à devenir meilleurs», ajoute Mme Callender-Wilson.

Comment M. Callender soutient d’autres entrepreneur.es noir.es canadien.nes

Entre 2019 et 2020, M. Callender a commencé à s’impliquer dans un organisme à but non lucratif qui se concentre sur l’ajout d’ententes aux contrats de construction pour qu’ils aient des retombées locales, ainsi que sur l’embauche de personnes noires, racisées ou défavorisées dans le secteur de la construction.

L’Afro Canadian Contractors Association a vu le jour lors d’une réunion avec le gouvernement fédéral à laquelle participaient quelques membres. Lors de cette réunion, un entrepreneur général avait déclaré vouloir embaucher des entrepreneur.es noir.es, mais ne pouvait pas en trouver.

Devant l’absence d’association et de liste d’entrepreneur.es noir.es, M. Callender et six autres personnes ont décidé d’agir. Le processus a été rapide: en septembre 2020, l’organisme à but non lucratif était inscrit, et l’ACCA commençait ses activités cinq mois plus tard, en février 2021.

M. Callender dit en avoir assumé la présidence parce qu’il pensait que son expérience lui permettrait d’aider d’autres personnes noires à lancer une entreprise. Bien qu’il affirme avoir eu la chance de ne pas avoir été victime de racisme extrême au cours de sa carrière, il a quand même évité de publier sa photo sur le site Web de son entreprise.

«À l’époque, j’avais l’impression que je n’obtiendrais probablement aucun contrat si l’on savait que l’entreprise appartenait à un Noir», explique M. Callender.

L’ACCA aide les gens qui pratiquent des métiers manuels à passer du statut d’employé.e à celui d’entrepreneur.e et bien plus encore, tout en développant leurs compétences en affaires.

«Bien des propriétaires de petite entreprise effectuent de l’excellent travail sur les chantiers, mais n’ont ni le temps ni l’expérience nécessaires pour accomplir les tâches administratives. L’ACCA offre à ses membres de la formation et de l’aide pour les aider à réussir», explique M. Callender.

L’ACCA souhaite accroître sa présence dans toutes les provinces du pays. Un an après sa fondation, l’entreprise a déjà une liste de 160 entrepreneur.es, ses membres sont de plus en plus nombreux et elle souhaite étendre ses activités à trois autres provinces.

En développant l’ACCA, M. Callender espère aider d’autres membres noir.es du secteur de la construction à faire le saut vers l’entrepreneuriat.

«En voyant qu’une personne noire est propriétaire d’une entreprise, des jeunes noir.es se diront peut-être que c’est possible, affirme-t-il. Une personne de couleur peut lancer une entreprise. Il suffit de croire en soi et de foncer.»

La vision à long terme

M. Callender et Mme Callender-Wilson s’attendent à une croissance soutenue de Bass Installation. Malgré les défis liés à la pandémie, l’entreprise compte accroître son effectif.

«Nous élargissons nos horizons sans nous limiter. Nous voulons obtenir une plus grande part du marché, car nous estimons pouvoir apporter une plus grande contribution», explique Mme Callender-Wilson.

L’équipe père-fille a un objectif impressionnant à long terme, et elle est sur la bonne voie pour l’atteindre.

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