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Soyez bon citoyen corporatif à travers des valeurs commerciales socialement responsables

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Courir le marathon de Montréal et prendre deux semaines sur son temps de vacances pour aller aider des agriculteurs au Mali, voilà ce que Jean Gattuso a entre autres fait pour aider les Industries Lassonde à être, dit‑il, un «bon citoyen corporatif».

Le grand patron de ce fleuron québécois, connu notamment pour ses jus de marque Oasis, refuse la facilité.

Selon lui, être une entreprise socialement responsable est quelque chose qui se mérite. Signer des chèques à la cantonade et offrir des produits en commandite dans le but de bien paraître, très peu pour lui.

«C’est dans notre mission. Nous sommes une entreprise qui vend des produits santé et qui fait donc la promotion de la santé et du mieux‑être», explique Jean Gattuso, président et chef de la direction de A. Lassonde et chef de l’exploitation des Industries Lassonde. L’entreprise de Rougemont emploie 1300 personnes dans quatre provinces canadiennes, dont 700 au Québec.

Lassonde investit annuellement plus de 1 million de dollars en dons et en commandites. Elle vient en aide à près de 400 organismes et autres institutions, principalement dans les régions où elle possède des installations. «Nous recevons plus de 3000 demandes par année», dit Jean Gattuso.

Santé, éducation, aide sociale

Le géant agroalimentaire a cerné trois secteurs où il veut faire la différence: la santé, l’éducation, de même que l’aide sociale et humanitaire.

En santé, il s’engage intensivement dans les activités sportives, que ce soit dans la communauté ou au sein même de son entreprise.

Au siège social de l’entreprise à Rougemont, une infirmière au service des employés est en poste cinq jours par semaine. Une nouvelle salle de conditionnement physique a été aménagée au-dessus de l’une des deux usines de Rougemont. Un kinésiologue y travaille à plein temps.

Depuis 2003, Lassonde est le principal commanditaire du Marathon Oasis de Montréal. Bien sûr, la marque de commerce de l’entreprise y est bien en vue.

Mais cette place semble méritée quand on sait que près de 15 % des employés de Lassonde au Québec prennent part à l’un des nombreux parcours de l’événement (de 1 à 42 km). Jean Gattuso a couru le marathon en entier en 2003. Depuis, il court le demi-marathon tous les ans.

En éducation, l’entreprise publique a récemment investi dans la rénovation de la salle de spectacle du cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil.

Elle a également aidé financièrement à la construction d’une patinoire intérieure au centre sportif du collège Jean-de-Brébeuf, où Jean Gattuso a fait ses études. Dans les deux cas, les noms Lassonde ou Oasis sont présents dans la toponymie.

Discrétion

Mais Lassonde sait également se faire discrète. Par exemple lorsqu’elle fait des dons en produits à différentes banques alimentaires. Ou lorsqu’un cadre de l’entreprise est invité par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) à aider des entrepreneurs en Afrique.

Avant d’envoyer un des membres de son équipe au Mali, Jean Gattuso y est allé lui-même. Résultat, il a rayé deux semaines sur son calendrier de vacances afin d’expliquer le b.a.-ba de la mise en marché auprès de producteurs de mangues et de karité.

De plus, durant son séjour là-bas, il a fait la connaissance d’une équipe de chirurgiens de l’hôpital Sainte-Justine venus opérer des enfants nés avec un bec-de-lièvre, une malformation congénitale.

À son retour, M. Gattuso a décidé d’appuyer financièrement cette mission médicale baptisée «Sourires d’Afrique».

Virage social

Le virage social de Lassonde a pour ainsi dire débuté au début des années 90, lorsque le géant agroalimentaire a été sondé par Tel-Jeunes.

Depuis 20 ans, le numéro de téléphone – et maintenant l’adresse web – de cette ligne d’aide téléphonique figure sur les contenants de jus de Lassonde.

Résultat: ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont vu défiler les coordonnées de Tel-jeunes, que Lassonde appuie aujourd’hui.

Et à en croire Jean Gattuso, ce n’est pas demain que Lassonde cessera d’être une entreprise citoyenne.

«Les demandes d’aide augmentent d’année en année parce que, malheureusement, nos gouvernements se désengagent, dit-il. Nous avons une mission commerciale auprès de nos actionnaires, mais nous en avons également une comme citoyen corporatif.»

Philanthropie ou publicité gratuite?

Quel est l’effet recherché lorsqu’une entreprise décide d’être responsable socialement, que ce soit au moyen du mécénat, de la philanthropie ou bien en amorçant par exemple un virage écologique? Est-ce réellement pour aider son prochain ou pour s’offrir de la publicité gratuite?

Thierry Pauchant, de HEC Montréal, invite les gens à aiguiser leurs réflexes afin de séparer le bon grain de l’ivraie.

«Une étude de l’Université de Stanford révèle qu’environ 10 % des tentatives de responsabilité sociale dans les entreprises sont réellement sincères. Ce qui veut dire que de 80 % à 90 % d’entre elles ne le sont pas», explique M. Pauchant, professeur au service de l’enseignement du management et titulaire de la chaire en management éthique de HEC Montréal.

Cela ne justifie pas pour autant une «chasse aux sorcières», dit-il, car un don de 5 millions de dollars à un centre hospitalier, qu’il soit sincère ou non, demeure un don qui fera le bonheur de celui qui le recevra. Il faut donc être capable de faire la distinction entre sincérité et opportunisme. Bref, il ne faut pas dénoncer à tout prix, mais il ne faut pas non plus trop idéaliser, dit en substance Thierry Pauchant.

Pour lui, la responsabilité sociale d’une entreprise ne se résume pas à la remise d’un énorme chèque. «C’est la chose la plus facile à faire et, en plus, c’est déductible d’impôts», ironise le professeur en management.

«Mais payer un employé pour qu’il donne 10 heures par mois de son temps à un organisme de son choix me semble quelque chose de sincère. Ça implique que l’employé s’ouvre à d’autres horizons. Cela touche directement à la culture de l’organisation et non à son image. C’est également un moyen d’accroître la motivation des employés», ajoute-t-il.

Idem pour ce qui est des entreprises où les employés s’engagent directement dans l’organisation d’une activité, comme un marathon, un spectacle bénéfice, etc.

Saupoudrage

Thierry Pauchant invite d’ailleurs les gens à se méfier des entreprises qui sombrent dans le saupoudrage, c’est-à-dire qui cumulent les dons à droite et à gauche, simplement pour bien paraître auprès de leurs clientèles cibles. Cette démarche est souvent l’oeuvre de relationnistes, dénonce-t-il.

Il cite en exemple les constructeurs automobiles qui commercialisent des voitures hybrides dotées de moteurs de six ou de huit cylindres. «Ce sont des oxymorons! Comment voulez-vous qu’une grosse cylindrée soit écologique? C’est n’importe quoi! C’est de la poudre aux yeux!»

Thierry Pauchan a publié avec Laurent Fontaine le livre 36 façons d’être éthique au travail. Ce livre multimédia s’inspire des quelque 130 entrevues radio que M. Fontaine et Pauchant ont réalisées auprès de différents leaders (PDG, administrateurs, entrepreneurs, professionnels, etc.) L’ouvrage relève 36 cas réels de responsabilité sociale.

Publié avec l'autorisation de la Presse.


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