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Lettre économique mensuelle

Septembre 2020
Article vedette

En attendant l’immunité: le bilan de six mois de pandémie

Alors que les mesures ont été assouplies, les perspectives économiques demeurent empreintes d’incertitude

Dans cette édition mensuelle, nous revenons sur l’impact de la pandémie sur l’économie canadienne alors que l’ampleur du choc initial est maintenant mesurable.

Nous faisons également part de nos attentes pour les six prochains mois. De multiples défis entourent la reprise économique et le développement d’un vaccin sera nécessaire, mais non suffisant, au rétablissement complet de l’économie.

Impact économique: six mois depuis le Grand Confinement

Face à l’inconnu, les premiers mois de la pandémie ont été marqués par des restrictions tous azimuts visant à limiter la propagation du virus.

L’impact économique de ces mesures a été immédiat: un Canadien sur six a perdu son emploi entre février et avril (trois millions d’emplois perdus), les centres-villes du monde entier se sont vidés, la production industrielle a fortement ralenti et les ventes au détail ont connu une baisse sans précédent.

Les plus récentes données de Statistique Canada montrent l’ampleur du choc économique: pendant la première moitié de l’année, l’économie s’est contractée de 13,4 % par rapport au quatrième trimestre de 2019.

Mais, depuis mai, l’activité a repris de la vigueur et laisse présager un rebond du PIB qui ramènerait l’activité économique en septembre à quelque 95 % de son niveau d’avant crise (voir la section portant sur le Canada).

En août, 63 % des emplois perdus pendant le confinement avaient été récupérés. Mais, sans surprise, les secteurs les plus touchés demeuraient les services d’hébergement et de la restauration (21 % d'emplois en moins) et ceux liés à l’information, la culture et les loisirs (13 %) – deux industries dont la performance dépend de la proximité des clients et de l’afflux de touristes, largement absents en 2020.

D’autres développements nous ont davantage étonné. Si une reprise en V – un retour rapide au PIB précédant la crise – demeure écartée pour l’ensemble de l’économie canadienne, force est de constater que les ventes au détail ont dépassé les attentes et même enregistré un record en juin.

Ces résultats sont principalement attribuables aux importantes mesures de soutien au revenu mises en place par les différents paliers gouvernementaux et au report d’achats qui n’ont pu être effectués pendant la période de confinement.

En résumé, l’économie traverse une sévère récession qui entraîne des pertes d’emplois permanentes. Même si l’économie fonctionne à près de 95 % de sa capacité, comparativement à 82 % en avril, la période de rattrapage à venir risque d’être plus laborieuse.

Le bilan à prévoir pour l’an 1 de l’ère COVID-19

En l’absence d’une deuxième vague, l’économie continuera de croître au cours des six prochains mois, mais à un rythme nettement plus lent.

Malgré une confiance en hausse depuis l’assouplissement des mesures de distanciation, les intentions d’investissement des entreprises demeurent faibles. Selon nos sondages internes, une pluralité d’entrepreneurs priorise plutôt le redressement de leurs finances à la sortie de la crise. Qui plus est, les investissements se feront encore plus attendre dans les provinces productrices de pétrole (voir la section sur le pétrole).

Les exportations, pour leur part, affichaient en juillet un recul de 8 % par rapport au rythme observé en 2019. Or, plusieurs facteurs continueront de nuire au carnet de ventes des exportateurs canadiens: la faiblesse des cours du pétrole, l’incertitude causée par les tensions sino-américaines et, de manière plus générale, un protectionnisme accru chez plusieurs partenaires commerciaux.

Enfin, le retrait progressif des programmes gouvernementaux de soutien aura un impact sur le revenu disponible des ménages, qui avait à ce jour été épargné par la crise.

La prudence des consommateurs, qui se traduit par une hausse du taux d’épargne, risque d'engendrer un essoufflement des ventes au détail. Par ailleurs, les mesures de distanciation physique limiteront le potentiel de reprise de plusieurs secteurs économiques. Il est peu probable que la rigidité de ces mesures soit davantage assouplie d’ici la mise au point d’un vaccin. Dans le graphique, plus la valeur est proche de 100, plus les mesures de distanciation sont strictes. Il montre que la position actuelle du Canada se compare à celle des États-Unis et est plus stricte que celle d'une grande partie de l'Europe.

Notre scénario de base prévoit donc une contraction de l’économie canadienne autour des 7 % en 2020. Cette prévision sous-tend que l’élan observé au cours de l’été s’estompera cet automne. Deux risques potentiels restent à surveiller.

Les risques sous-jacents demeurent importants

La suite de la reprise sera menée sur deux fronts:

  • À court terme, une deuxième vague d’infections ou non;
  • À moyen terme, le déploiement et l’efficacité d’un éventuel vaccin.

À court terme

Notre scénario de base stipule que le Canada échappera à une seconde vague d’infections. Son émergence mènerait cependant à une reprise en forme de W, dans laquelle l’économie se contracterait à nouveau dans quelques mois.

L’imposition d’un confinement aussi étanche que celui en vigueur le printemps dernier demeure improbable. Un rehaussement des mesures sanitaires entraînerait toutefois de nouveaux reculs dans plusieurs secteurs d’activité, comme le démontre la situation dans certains États américains.

Une multiplication des cas est présentement observée dans plusieurs pays européens, dont la France et l’Espagne. Un confinement partiel représente ainsi un risque baissier pour les entrepreneurs canadiens.

À moyen terme

Le rétablissement complet de l’économie mondiale passera par la mise au point d’un vaccin contre la COVID-19 qui serait probablement disponible en 2021, alors que plusieurs prototypes sont en phase avancée de leur développement.

Il demeurera tout de même de multiples embûches au retour de l’économie de plein emploi qui prévalait avant le début de la pandémie.

Un vaccin n’est jamais efficace à 100 % et ses effets pourraient être d’autant plus réduits s’il est développé en un temps record. De plus, la longévité de la période d’immunité demeure incertaine. Finalement, la production et la distribution du vaccin seront sans précédent et cette logistique risque de se buter contre de nombreux goulots d’étranglement.

Bref, le vaccin est nécessaire mais non suffisant au redressement de notre économie. Il faut donc s’attendre à ce que l’impact économique de la Covid-19 persiste un certain temps encore. Dans l’état actuel des choses, des recrudescences d’infection pourraient faire partie de notre réalité jusqu’en 2022.

L’impact sur les entrepreneurs

  1. La reprise va bon train et le nombre de cas d’infection demeure stable pour l’instant.
  2. La hausse des infections en Europe montre toutefois la fragilité de notre situation. Le Canada pourrait connaître une deuxième vague au cours des prochains mois.
  3. Un confinement aussi sévère que celui du printemps est peu probable. Mais les propriétaires d’entreprises œuvrant dans des secteurs de services à forte proximité physique (l’hébergement, l’alimentation) doivent avoir un plan de contingence pour faire face à la possibilité d’un resserrement des mesures visant à contrer la propagation du virus.
  4. La création d’un vaccin ne sera pas suffisante à effacer les dommages économiques liés à la Covid-19. Les entrepreneurs doivent garder un œil sur leurs liquidités.
  5. Selon nos sondages, plusieurs entreprises ayant repris leurs activités ont misé sur une stratégie de minimisation des coûts et d’augmentation de l’efficacité. Étant encore à près de deux ans du rétablissement complet de l’économie, il peut être utile de réviser vos processus d’affaires pour demeurer compétitifs.
Perspectives Canada

La reprise économique bien en selle

Le rattrapage de l’économie canadienne s’est poursuivi cet été, alors que les dommages immédiats causés par la Covid-19 sont maintenant dans notre rétroviseur

La contraction historique de 11,5 % du PIB canadien au deuxième trimestre a fait la manchette économique ces dernières semaines.

Ce repli, qui correspondait à une décroissance de 38,7 % en rythme annualisé, était plus important que celui observé aux États-Unis (-31,7 %), mais moins critique que ceux de la France (-44,8 %) ou du Royaume-Uni (-59,9 %). En général, la durée et la sévérité du confinement expliquent les différences observées.

Au Canada, le taux d’épargne a atteint un sommet de 28,2 %, alors que les programmes gouvernementaux ont largement compensé les pertes en salaires. Le revenu disponible a du même coup augmenté de 10,8 % par rapport au premier trimestre.

Le maintien du pouvoir d’achat des ménages canadiens aura permis aux ventes au détail de rebondir à la fin du trimestre. Qui plus est, cette épargne additionnelle pourrait soutenir la consommation pour les mois à venir.

Pour les entrepreneurs canadiens, cette bonne nouvelle n’en était pas vraiment une: l’ampleur du désastre économique causé par la pandémie était connue. C’est l’élan des derniers mois et la tenue actuelle de l’économie qui surprennent et importent.

Après une contraction du PIB de 18 % pendant le confinement, l’économie canadienne avait rattrapé la moitié du chemin perdu en juin, mois où la croissance a été particulièrement robuste (6 %).

Les estimations préliminaires de Statistique Canada tablent sur une progression de 3 % du PIB en juillet, ce qui ramènerait le Canada à 6 % de son niveau atteint en début 2020. Nous prévoyons une hausse du PIB de près de 7 % (30 % en rythme annualisé) pour le troisième trimestre, suivie d’un ralentissement notable au quatrième trimestre.

La reprise demeure toutefois inégale d’un secteur à l’autre. Pendant que le secteur de la construction carburait en juin à 96 % de son niveau d’activité de début d’année, le secteur manufacturier éprouvait plus de difficultés alors qu’il fonctionnait à 88 % de son niveau d’avant crise (voir le tableau).

La situation était bien pire dans plusieurs secteurs des services, dont le transport et entreposage (74 %) et les arts, spectacles et loisirs (41 %). La réouverture des restaurants dans certaines provinces a permis une remontée du secteur de l’hébergement et des services de restauration, qui demeurait toutefois à seulement 55 % de son niveau d’activité normal.

Ces secteurs seront parmi les derniers à retrouver leur élan des beaux jours.

Emploi: la reprise en V tire à sa fin

En août, la situation sur le marché du travail a progressé pour un quatrième mois de suite. 246 000 Canadien(ne)s additionnel(le)s occupaient un emploi, si bien que 1,9 des trois millions d’emplois perdus pendant le confinement avaient été retrouvés. Les secteurs toujours en difficulté sont sans surprise ceux faisant face aux restrictions sanitaires les plus sévères, soit les arts, l’hébergement et la restauration.

Malheureusement, la récupération d’emplois semble déjà avoir ralenti, alors que le taux de chômage demeure élevé (10,2 %). À l’instar de la croissance du PIB, qui devrait commencer à ralentir prochainement, nous entrevoyons une reprise beaucoup plus lente de la création d’emploi au cours des prochains trimestres.

Il faudra attendre la deuxième moitié de 2022 avant de recouvrer le nombre d’emplois occupés avant la crise. La ligne jaune du graphique illustre cette reprise (la portion en pointillée est une projection linéaire) qui serait plus laborieuse que celle ayant suivi la crise de 2008-2009, mais plus rapide que les récessions des années 1980 et 1990.

Résilience des ventes au détail et du marché de l’habitation

L’article principal fait état du retour des ventes au détail à leurs niveaux précédant la pandémie. L’ampleur des programmes gouvernementaux a joué un rôle important dans cette reprise en forme de V. Le report d’achats du printemps à l’été, combiné à la plus lente reprise du marché du travail, risque toutefois de limiter la performance du secteur dans les mois à venir.

La résilience des mises en chantier surprend davantage. Faisant abstraction du mois d’avril, quand le secteur était à l’arrêt au Québec, force est de constater que la vigueur des dernières années se poursuit et ce malgré l’incertitude qui perdure. Après sept mois, les mises en chantier carburent au même rythme qu’en 2019, surpassant les 200 000 en rythme annualisé.

Nous prévoyons toutefois un ralentissement de la construction résidentielle au cours des deux prochaines années. Alors que le revenu disponible est appelé à diminuer et que les gains sur le marché de l’emploi seront plus limités, ce sont avant tout les facteurs démographiques qui pèseront sur l’activité résidentielle à moyen terme. Nous abordons ce sujet dans la dernière section.

Fort ralentissement de l’immigration

La fermeture des frontières a limité l’entrée de nouveaux arrivants au Canada. Pendant la période d’avril à juin, 34 260 résidents permanents avaient été admis, comparativement à 94 275 en 2019, soit une chute de 64 %. L’immigration a été un moteur de croissance économique important pour le Canada, où l’arrivée de nouveaux résidents explique plus de la moitié de l’augmentation de la population. Dans un contexte de vieillissement de la population et de pénuries de main-d’œuvre qualifiée, l’immigration a contribué à la résilience économique du Canada sur divers aspects, tant pour la bonne tenue de son marché du travail que pour la vigueur de son marché de l’habitation et même la compétitivité du Canada dans les secteurs des nouvelles technologies.

Un ralentissement prolongé de l’immigration risque ainsi d’affaiblir le secteur de la construction et la compétitivité générale du Canada. À la fin de la crise, il est également possible que les pénuries de main-d’œuvre fassent toujours partie de la réalité des entrepreneurs canadiens.

L’impact sur les entrepreneurs

  1. La bonne tenue de l’économie ces derniers mois sert de baume à une année extrêmement difficile. Il est toutefois probable que le rythme estival de réouverture de l’économie s’estompe. Le retrait progressif des différents programmes gouvernementaux limitera également la croissance des revenus des ménages.
  2. Par conséquent, les consommateurs demeureront prudents, en attendant d’en savoir plus sur l’évolution de la pandémie. Leur sensibilité aux prix risque d’être accrue au cours des prochains trimestres. Miser sur une concurrence des prix pourrait donc rapporter des dividendes.
  3. Si votre secteur d’activité faisait l’objet de pénuries de main-d’œuvre ces dernières années, il est possible que ce problème fasse toujours partie de votre réalité à la suite de la reprise. En tenir compte lors de vos décisions en matière de personnel serait bien avisé.
Perspectives États-Unis

La reprise américaine appelée à ralentir

L’économie américaine a pris du tonus pendant l’été, malgré une recrudescence des cas d’infection à la Covid-19 dans plusieurs États

Le marché de l’emploi a continué sa phase de récupération, alors que le marché de l’habitation et de la vente au détail se sont particulièrement démarqués. Certains indicateurs montrent toutefois des signes d’essoufflement et signalent un ralentissement à venir cet automne.

L’emploi comme signe avant-coureur de la reprise automnale

La contraction du PIB au deuxième trimestre a été légèrement révisée, de -32,9 % à -31,7 % (données annualisées). Malgré cette rectification, le PIB américain devrait chuter de 5 % en 2020.

L’emploi se porte mieux alors que 1,4 million d’Américains ont renoué avec le marché du travail en août – portant la perte cumulative d’emplois à 11,1 millions en 2020. Le taux de chômage a ainsi baissé à 8,4 %, soit son plus faible niveau depuis le début de la pandémie (3,5 % en février). Le taux d’activité a également gagné du terrain, ayant grimpé à 61,7 % en août.

Le rythme de création d’emplois était nettement plus faible que celui observé de mai à juillet (reprise de 3 millions d’emplois par mois). La situation risque de perdurer pendant toute la reprise, comme en témoigne les 6,2 millions d’individus rapportant être en situation de licenciement temporaire en août, comparativement à 18,1 millions en avril.

Autre statistique à suivre: le nombre de demandes renouvelées de chômage. Alors que les inscriptions hebdomadaires demeuraient autour d’un million, il y avait toujours près de 15 millions d’Américains qui renouvelaient leurs allocations de chômage chaque semaine en août. Plus le temps passe, plus ces pertes d’emplois seront difficiles à récupérer à court et moyen termes.

Le soutien au revenu en voie de diminuer

La consommation est demeurée vigoureuse alors que les ventes au détail ont atteint de nouveaux sommets en juillet. La situation semble contradictoire dans la mesure où l’économie carbure bien en deçà de son potentiel et que plusieurs millions d’Américains demeurent au chômage.

Cela s’explique principalement par les mesures de soutien du revenu sans précédent adoptées par le gouvernement. Ce vaste plan de relance, jumelé à des prestations de chômage bonifiées, a contribué à faire passer le revenu des ménages d’une majorité d’Américains de 19 billions de dollars (annualisés), avant la crise, à plus de 20 billions, soit en hausse de 5 % au cours de l’été (10 % pendant le confinement).

En d’autres mots, ce coup de pouce financier a plus que compensé les pertes de revenus de travail (voir graphique). Une partie de ces revenus a été épargnée, particulièrement chez les ménages mieux nantis (taux d’épargne global de 18 % en juillet). Le reste a entre autres servi à soutenir la consommation.

Ce soutien financier a même eu des répercussions sur le marché des ventes de maisons neuves dont les 901 000 transactions en rythme annualisé enregistrées en juillet atteignaient leur plus haut niveau depuis 2007.

L’aide gouvernementale à venir est toutefois plus incertaine. Le Congrès américain n’est pas arrivé à s’entendre sur les modalités d’un nouveau plan d’aide de l’assurance-chômage qui est venu à expiration le 31 juillet dernier.

Un renouvellement de ce soutien à hauteur de 300 $ par semaine, au lieu des 600 $ hebdomadaires octroyés depuis avril, a été suggéré. Des délais administratifs de la part des États pourraient toutefois occasionner des retards importants dans la distribution de cette aide aux contribuables affectés. Dans tous les cas, le revenu des ménages est appelé à diminuer au cours des prochains mois.

Les indices de confiance montrent des signes contradictoires

La confiance des entreprises s’est renforcée au cours de l’été, selon l’Institute for Supply Management.

L’indice ISM des entreprises manufacturières est passé à 56, un sommet remontant à 2018 (un indicateur supérieur à 50 indique une expansion du secteur). Les nouvelles commandes affichaient une vigueur particulière, alors que les entreprises renouvelaient leurs inventaires. L’indice des entreprises du secteur des services a atteint 56,9.

Pour chacun des indices, la composante liée à emploi affichait un score inférieur à 50, ce qui annonce des perspectives limitées pour la vigueur du marché du travail au cours des prochains mois.

Chez les consommateurs, les tendances sont moins encourageantes. L’indice du Conference Board n’a affiché aucun gain au cours de l’été et demeurait à un creux remontant à 2014.

L’incertitude des ménages liée à l’assurance-chômage, et plus globalement les perspectives de contrôle de la pandémie et son impact sur l’économie, minent sans doute un retour de la confiance. La situation risque éventuellement de peser sur la consommation et, par conséquent, sur l’économie.

L’impact sur le Canada

  1. La reprise américaine entre dans un stade similaire à celle en cours au Canada: un ralentissement de l’activité économique qui prendra un certain temps avant de renouer avec son potentiel.
  2. Une décroissance du revenu des ménages et une confiance des consommateurs anémique représentent un risque pour la consommation américaine.
  3. Cette faiblesse de la consommation, combinée à la dépréciation récente du dollar américain, pourrait mettre des bâtons dans les roues des entreprises exportatrices canadiennes.
Point sur le marché du pétrole

Un été tranquille laisse place à un automne moins prévisible

Les cours du pétrole sont restés à des niveaux stables depuis le mois de juin, alors que l’offre et la demande ont maintenu un équilibre fragile

La volatilité des premiers mois de 2020 a laissé place à une stabilité plus que bienvenu cet été.

La production d’or noir a quelque peu augmenté en juillet et les prévisions de demande en pétrole ont été revues à la baisse d’ici la fin de 2021. Les stocks, qui demeurent élevés, prendront plusieurs trimestres à se résorber.

Le pétrole canadien s’est maintenu autour des 30 $US le baril

C’est dans un contexte de réouverture partielle des économies de l’OCDE que le pétrole s’est négocié à des valeurs stables pendant l’été.

Le cours du West Texas Intermediate (WTI), l’indice de référence nord-américain, s’est échangé dans une étroite fourchette de 40 $ à 43 $US le baril. Le Western Canadian Select (WCS) a affiché la même stabilité, alors que les prix ont oscillé entre 29 et 33 $US.

L’écart entre ses cours a toutefois augmenté au cours des derniers mois, passant de 8 $ à près de 12 $US le baril, ce qui reflète certaines contraintes logistiques additionnelles pour les producteurs canadiens. Par exemple, une capacité limitée sur le réseau principal d’Enbridge à la fin du mois de juillet aurait freiné le potentiel d’exportation de pétrole brut vers les États-Unis.

Demande: une population moins mobile qu’à l’habitude

Selon l’Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande en pétrole a été plus faible que prévu cet été en Amérique du Nord, au Japon et au Royaume-Uni, et ce malgré la réouverture progressive de ces économies.

Les rapports sur la mobilité de la communauté réalisés par Google, qui mesurent le mouvement des usagers de ses services Android, permettent de projeter la demande en pétrole à court terme. Or, ces données indiquent que la mobilité au Canada a peu varié cet été, tandis qu’elle était en très légère hausse en Europe (notre indicateur exclut la fréquentation des parcs et du domicile). La mobilité était en moyenne de 20 % inférieure au Canada à celle enregistrée avant l’émergence de la pandémie. Puisque les données ne sont pas désaisonnalisées et que les gens ont tendance à se déplacer davantage pendant les mois d’été (surtout dans un pays aux hivers rigoureux), les déplacements demeurent donc à ce jour plus faibles qu’au plus froid de l’hiver dernier.

À l’approche de l’automne, il reste encore beaucoup d’incertitudes. La fin des vacances estivales et l’amorce de la rentrée scolaire ont entraîné ces dernières semaines une recrudescence des cas d’infections à la Covid-19 aux États-Unis et dans certains pays d’Europe (Espagne, France – voir l’article principal).

Alors que la demande en kérosène pour le transport aérien demeurera faible pour les prochains trimestres (jusqu’à tard en 2021 selon l’AIE), la force de la demande dans les pays de l’OCDE reposera presque entièrement sur la mobilité des individus.

Il semble acquis, du moins au Canada, que les quelque 40 % d’employés pouvant travailler de la maison (voir cette étude de Statistique Canada) continueront de le faire jusqu’à la fin de 2020, ou à un certain moment au tournant de 2021.

En tenant également compte de la baisse des températures à venir dans l’hémisphère nord, la hausse de la demande mondiale en pétrole risque de dépendre davantage de la bonne tenue de la reprise en Chine et d’une amélioration de la situation dans les pays émergents qui continuent à éprouver des difficultés à contrôler la pandémie (Amérique du Sud et Inde, entre autres).

Offre: légère hausse de l’OPEP+ et des producteurs nord-américains

L’offre de pétrole a légèrement augmenté en juillet après avoir atteint un creux de près de 10 ans en juin. Elle demeure inférieure à la demande mondiale estimée et les inventaires auraient donc diminué légèrement au cours de l’été. Ceux-ci avaient presque atteint leur capacité opérationnelle maximale plus tôt au printemps, alors que les stocks augmentaient de plus de 20 millions de baril par jour (mb/j) en avril. Ils seraient en baisse d’environ 2 mb/j depuis juin.

L’augmentation de l’offre était généralisée à l’ensemble des producteurs. L’OPEP+ a de son côté révisé à la hausse ses cibles de production en août, de 2 mb/j. Aux États-Unis et au Canada, les prix sont jugés favorables à une augmentation du débit de production qui devrait toutefois rester inférieure à son niveau des dernières années.

Les activités de forage laissent en effet présager un rebond de la production au Canada. Début septembre, on comptait 54 installations en exploitation. Il s’agit certes d’une hausse par rapport aux creux du deuxième trimestre (13 à 25 en mai et juin), mais c’est un niveau de loin inférieur à celui observé entre 2017 et 2019 alors que de 150 à 230 installations étaient en exploitation à pareille date.

En résumé

Pour les provinces productrices de pétrole, la faiblesse des prix du pétrole continuera de peser sur leur dynamisme économique encore un certain temps.

La stabilité des prix des derniers mois s’explique par l’attitude attentiste des investisseurs sur deux aspects. D’une part, la demande en pétrole demeure à la hausse grâce à la reprise de la mobilité en Occident et à la vigueur de la production industrielle en Chine. L’impact potentiel d’une deuxième vague d’infections à la Covid-19 demeure toutefois incertain, même si elle ne mène qu’à un confinement partiel.

De plus, les marchés veulent s’assurer de la durabilité de la coopération entre les pays producteurs de pétrole après l’épisode de guerre de prix de mars dernier entre la Russie et l’Arabie saoudite.

L’offre et la demande demeurent ainsi dans un fragile équilibre. Le niveau élevé des stocks à l’échelle internationale risque selon nous d’entraîner une baisse des prix pour les derniers mois de 2020.

Néanmoins, si le niveau des prix arrivait à se maintenir, la production canadienne pourrait augmenter de 10 % au cours des prochains trimestres, pour atteindre 5,5 mb/j, soit son niveau moyen de 2018-2019, estime l’AEI.

Les prix actuels ne sont toutefois pas suffisamment élevés pour encourager la mise en place de nouveaux projets d’investissements, aux États-Unis comme au Canada. D’où l’importance à plus long terme pour les provinces productrices de pétrole de diversifier davantage leurs économies.

Autres indicateurs économiques

L’assouplissement quantitatif se poursuit

Le rapport sur la politique monétaire publié en juillet a mis de l’avant les premières estimations de la Banque du Canada quant à l’ampleur du choc économique causé par la pandémie.

Après une contraction de 7,8 % en 2020, la banque centrale s’attend à une croissance de 5,1 % en 2021 et de 3,7 % en 2022. L’écart de production ne serait résorbé qu’à la fin de 2022. Nos projections sont légèrement plus optimistes, mais vont dans le même sens.

Alors qu’il est probable que les taux d’intérêt demeurent à leur borne inférieure pour encore quelques années, la banque centrale poursuivait son programme d’achat d’actifs qui totalisaient 543 milliards de dollars en fin juillet. Ce programme visant à stimuler l’économie et à assurer le bon fonctionnement des marchés devrait continuer au moins jusqu’en 2021 et contribuera à garder bas les taux d’intérêt de long terme.

Appréciation du dollar canadien

Cet été, le huard a continué sa remontée et atteint les 0,76 $US pour la première fois depuis la mi-janvier.

Cette appréciation s’explique principalement par une sous-performance du dollar américain face aux principales devises internationales, alors que la Réserve fédérale a laissé entendre un maintien prolongé de la politique monétaire ultra-accommodante en vigueur, et que les investisseurs sont moins portés à se précipiter sur les valeurs refuges comme ce fut le cas au début de la pandémie.

La confiance des entreprises demeure encourageante

Les entrepreneurs sont restés optimistes en août, alors que l’indice du baromètre des affaires de la FCEI a légèrement reculé à 59,2. L’indice du secteur manufacturier était quant à lui en hausse et également en territoire expansionniste, à 56,8. Rappelons qu’un indice supérieur à 50 indique qu’une pluralité d’entrepreneurs s’attendent à une amélioration de leur situation d’affaires au cours des prochains mois.

En date du 3 septembre, 64 % des entreprises étaient «complètement ouvertes», comparativement à 53 % à la fin juin. Toutefois, seulement 41 % des PME avaient réengagé tout leur personnel et seulement 28 % rapportaient un niveau de ventes habituelles.

Un seul secteur – les ressources naturelles – demeurait en situation de contraction. La stabilité des cours du pétrole devrait mener à une hausse de l’optimisme au cours des prochains mois, mais force est de constater que plusieurs craignent une nouvelle baisse des prix (à ce sujet, consulter l’onglet sur le pétrole).

L’inflation demeure sous sa cible

L’inflation a décéléré entre juin et juillet, alors que le taux de croissance annuel des prix est passé de 0,7 % à 0,1 %. La moyenne des trois indices de référence de la Banque du Canada, qui met davantage l’accent sur les éléments moins volatils du panier de consommation type, est passé de 1,7 % à 1,6 %.

Certaines composantes ont crû à un rythme plus soutenu, dont les aliments (+2,2 %) et le logement (+1,5 %). Les prix pour les vêtements et chaussures étaient de 2 % plus faible par rapport à l’été 2019, alors que la composante des loisirs, de la formation et de la lecture affichait un recul encore plus prononcé de 4 %.

La faiblesse de la demande engendrée par la pandémie devrait maintenir le taux d’inflation sous la cible de 2 % fixée par la Banque du Canada jusqu’à la fin de l’année 2022, selon son plus récent rapport sur la politique monétaire.

Indicateurs clés: Canada

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