Demandez à n'importe quel entrepreneur pourquoi il a fondé son entreprise et l'une des réponses que vous obtiendrez immanquablement est la suivante: «Je voulais être mon propre patron». Dans ce cas, pourquoi le propriétaire d'une petite entreprise voudrait-il rendre des comptes à un conseil d'administration?
Il semble qu'il y ait plusieurs bonnes raisons, comme vous le dira David Ganong, président du conseil de Ganong Bros. Ltd., une confiserie familiale du Nouveau-Brunswick.
«Lorsqu'il dirigeait l'entreprise, mon grand-père avait l'habitude de dire: "Quand vous êtes à la fois dirigeant et propriétaire d'une entreprise, vous avez besoin d'un conseil d'administration pour vous protéger contre vous-même"», déclare M. Ganong, dont l'entreprise possède un conseil d'administration depuis plus de 50 ans.
«Selon mon expérience, la plupart des entreprises auraient intérêt à se doter d'un conseil d'administration pour profiter, à prix très modique, d'avis extrêmement judicieux sur des sujets variés.»
Fondée en 1873, Ganong Bros. est la plus ancienne confiserie au Canada. Établie à St. Stephen, au Nouveau-Brunswick, elle emploie environ 400 personnes et exporte une part considérable de sa production aux États-Unis.
«L'indépendance de son conseil d'administration a joué un rôle décisif dans le succès à long terme de l'entreprise», affirme M. Ganong, actionnaire majoritaire de l'entreprise.
«Je soumets la majorité des décisions importantes aux administrateurs pour avoir leur opinion – qui ne va pas toujours dans mon sens. En fait, il est arrivé à quelques reprises qu'un plan d'affaires que j'avais soumis soit rejeté et qu'il faille le retravailler», précise-t-il.
Le conseil d'administration de Ganong Bros. est composé d'une impressionnante équipe d'administrateurs indépendants ayant à leur actif une expérience diversifiée de haut niveau dans des secteurs tels que la fabrication, la comptabilité et les ressources humaines. Purdy Crawford, avocat de sociétés et ancien président du conseil, y siège toujours.
M. Ganong, qui a quitté ses fonctions de chef de la direction en 2008, croit qu'un conseil d'administration sert aussi à rassurer les banquiers.
Même la plus modeste des entreprises peut, pour commencer, avoir recours à un mentor puis, avec le temps, constituer un petit conseil consultatif qui pourra grandir en même temps qu'elle, estime-t-il.
Jean-René Halde, président et chef de la direction de la Banque de développement du Canada (BDC), abonde dans le même sens.
«Un conseil d'administration bien géré peut être extrêmement bénéfique pour une petite entreprise. Les entrepreneurs l'oublient souvent», pense M. Halde, qui a lui-même siégé au conseil de nombreuses sociétés et organisations en plus de 35 ans de carrière.
«L'importance des conseils d'administration – en particulier lorsqu'il s'agit de jeter un regard neuf sur les choses – est de plus en plus reconnue.»
Avantages d'un conseil d'administration ou d'un conseil consultatif
Un conseil d'administration peut apporter à une PME pratiquement les mêmes avantages qu'il offre à une grande entreprise. Par exemple, les fonds de capital de risque souhaitent souvent conseiller les entreprises dans lesquelles ils ont investi et suivre leurs progrès. Un conseil d'administration est un bon moyen pour y parvenir.
Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques à Montréal, rappelle toutefois aux entrepreneurs qu'un conseil consultatif est souvent un choix plus souhaitable pour les PME qu'un conseil agissant comme fiduciaire officiel.
«Les membres d'un conseil consultatif sont bien souvent d'anciennes relations d'affaires de l'entrepreneur, des chefs d'entreprise à la retraite et d'autres gens d'affaires possédant des connaissances spécialisées en droit, en finance ou autre, qui ont le goût de s'impliquer et sur lesquels on peut souvent compter pour donner des conseils en échange d'honoraires très modiques, parfois même d'une simple invitation à dîner», dit M. Nadeau.
Beverly Topping, présidente de l'Institut des administrateurs de sociétés, ajoute qu'un conseil consultatif peut attirer un plus grand nombre d'administrateurs potentiels. «Les administrateurs de sociétés ouvertes doivent, d'abord et avant tout, rendre compte à l'entreprise, ce qui engage leur responsabilité personnelle… et peut effrayer certains candidats. Par contre, faire partie d'un conseil consultatif ne comporte normalement aucune implication juridique», précise-t-elle.
Conseils d'administration : de plus en plus intéressants pour les PME malgré la conjoncture difficile
Selon Mme Topping, l'intérêt des entrepreneurs à l'égard des conseils d'administration est de plus en plus marqué, grâce en partie à la recherche, qui indique que ceux-ci ont un effet largement favorable sur les PME.
«Un certain nombre d'études démontrent qu'une meilleure régie d'entreprise débouche sur une amélioration des pratiques d'affaires et une réduction des risques pour les emprunteurs et les investisseurs. Le coût en capital de l'entreprise s'en trouve réduit ce qui, en retour, améliore les résultats financiers», poursuit-elle.
David Ganong continue d'être amplement satisfait du rôle que le conseil d'administration de son entreprise a joué dans le contexte économique difficile actuel.
Même si la récession a eu très peu d'incidence sur la demande des produits de Ganong Bros., l'appréciation du dollar canadien au cours des dernières années a rendu la concurrence plus rude sur les marchés d'exportation. «Cela nous a forcés à réduire considérablement les frais fixes. Le conseil d'administration a joué un grand rôle dans les décisions que nous avons dû prendre», ajoute M. Ganong.
En revanche, un huard fort a contraint bon nombre des concurrents de Ganong Bros. à consolider leurs activités au sud de la frontière et fermer leurs usines au Canada, laissant le champ libre à l'entreprise néo-brunswickoise pour accroître ses ventes.
Là encore, la contribution du conseil d'administration s'est avérée importante.
«Le discernement et la sagesse que possèdent, collectivement, les membres d'un conseil d'administration sont très précieux. Outre ses dirigeants, l'entreprise bénéficie ainsi d'une deuxième cellule de réflexion formée de gens très qualifiés, qui visent eux aussi à s'assurer que l'entreprise prend les bonnes décisions stratégiques», conclut M. Ganong.