Le 6 décembre 2011
Ces jours-ci, les conseils pour surmonter les périodes difficiles de l’économie ne sont pas seulement monnaie courante, ils sont inévitables. Mais les entrepreneurs imaginatifs en ont probablement assez de se faire dire de sortir des sentiers battus. La question est plutôt: comment? Heureusement, deux nouveaux livres, sortis à temps pour les Fêtes, font la promotion de façons originales de sortir des sentiers battus, et un troisième, en voie de devenir un classique contemporain, ne se préoccupe même pas des sentiers.
Leçons d’innovateurs perturbateurs
L’un des nouveaux livres, The Innovator’s DNA: Mastering the Five Skills of Disruptive Innovators, va droit au but: pour penser autrement, il faut agir autrement.
Les auteurs de The Innovator’s DNA — Jeff Dyer, professeur de stratégie d’affaires, Hal Gregersen, consultant en leadership, et Clayton M. Christensen, auteur des succès The Innovator’s Dilemma et The Innovator’s Solution — se sont employés à chercher comment les grands entrepreneurs avaient trouvé leurs «grandes idées». Comme on pouvait s’y attendre, ils y sont parvenus en pensant autrement ou en posant un regard neuf sur certaines compétences élémentaires comme le réseautage, l’expérimentation, l’observation, et même la façon de poser des questions.
The Innovator’s DNA est avant tout un guide sur l’art de faire des associations positives. Qu’il s’agisse d’assister à des «conférences d’idées» comme les désormais célèbres conférences TED ou de prendre un repas au moins une fois par semaine avec quelqu’un d’un autre milieu. «Pour sortir des sentiers battus, affirment les optimistes Dyer, Gregersen et Christensen, il faut souvent mettre en rapport les idées de notre milieu avec celles d’autres personnes évoluant dans d’autres milieux.»
Une leçon essentielle: la frugalité
L’optimisme n’est pas ce qui caractérise le nouvel ouvrage d’Eric Ries The Lean Start-Up: How Today’s Entrepreneurs Use Continuous Innovation to Create Radically Successful Businesses. Ries, entrepreneur en résidence à la Harvard Business School et populaire blogueur (Startup Lessons Learned), a rédigé un guide à succès de l’entrepreneuriat du XXIe siècle et de l’efficacité qui est à peu près aussi réjouissant qu’une récession à double creux. Bien que nous vivions «une renaissance entrepreneuriale mondiale sans précédent… cette perspective est empreinte de dangers, prévient Ries. Nous disséminons notre capacité excédentaire avec une belle désinvolture.»
Ries recourt peut-être un peu trop au jargon du milieu pour défendre la nécessité de «créer quelque chose de nouveau dans des conditions d’incertitude extrême». De fait, le principal intérêt de The Lean Startup réside dans l’expérience personnelle de l’auteur face à l’incertitude. Ses échecs, dont quelques-uns sont relatés dans l’ouvrage, lui ont enseigné une leçon essentielle: la frugalité.
Ries est également partisan du changement d’orientation. Les petites entreprises, en particulier, doivent être en mesure de «se retourner» lorsqu’elles se rendent compte qu’elles sont sur la mauvaise voie. Au siècle présent, écrit Ries, «nous sommes capables de construire presque tout ce qu’on imagine. La question n’est pas tant "peut-on le faire?" que "devrait-on le faire?"».
Parcours d’un entrepreneur malgré lui
Il se trouve qu’Yvon Chouinard, fondateur et propriétaire de Patagonia Inc., se pose le même genre de question dans son livre Let My People Go Surfing: The Education of a Reluctant Businessman. «Je suis un homme d’affaires depuis près de 50 ans, déclare Chouinard en guise d’introduction. Ces paroles me coûtent autant que si je devais admettre être alcoolique ou avocat.»
Let My People Go Surfing a d’abord été édité en 2005, mais les réflexions philosophiques de Chouinard sur tous les sujets, de la conception de produits à la responsabilité environnementale, insufflent à l’ouvrage une fraîcheur toute actuelle.
Né au Maine d’un père québécois qui exerçait le métier d’homme à tout faire, Chouinard a passé son enfance en Californie, où il est devenu un expert de l’escalade. Patagonia trouve son origine dans le matériel d’escalade que Chouinard concevait pour lui-même et ses amis. L’entreprise s’est par la suite développée dans le vêtement de sport, introduisant sur le marché des maillots de rugby et des sweatshirts colorés.
Bien entendu, plus Chouinard était prospère et plus il était inquiet. En fait, c’est sa réticence à se lancer en affaires qui l’a amené à mettre en place des initiatives comme «1 % pour la planète», alliance formée avec d’autres entreprises qui s’engagent à verser au moins un pour cent de leur chiffre d’affaires à des causes environnementales. En fin de compte, Let My People Go Surfing est un authentique modèle de croissance d’entreprise en dehors des sentiers battus.
Ouvrages mentionnés dans le présent compte rendu:
* The Innovator’s DNA: Mastering the Five Skills of Disruptive Innovators, par Jeff Dyer, Hal Gregersen, Clayton M. Christensen (Harvard Business Review Press, 296 p., 29,95 $).
* The Lean Startup: How Today’s Entrepreneurs Use Continuous Innovation to Create Radically Successful Businesses, par Eric Ries (Crown Business, 320 p., 30,00 $).
* Let My People Go Surfing: The Education of a Reluctant Businessman (Penguin Books, 258 p., 18,50 $).
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