En une décennie, le Québec est devenu un centre d’excellence reconnu mondialement dans le divertissement multiplateforme et la conception de jeux vidéo. Si bien que les travailleurs compétents dans le domaine sont très recherchés par les temps qui courent.
Il faut donc rivaliser d’ingéniosité pour retenir les meilleurs. En plus de prendre un soin jaloux de ses troupes, Steve Couture, de Frima Studio, a mis de l’avant un programme par lequel certains de ses employés pourraient devenir millionnaires.
La stratégie du président de la PME de Québec: libérer une journée par semaine ceux qui veulent travailler sur un projet personnel, c’est-à-dire développer un jeu ou une production animée.
Le plus intéressant, c’est que les employés en question pourront bénéficier des retombés si leur projet donne naissance à un produit qui connaît un important succès commercial.
Frima Studio est cette boîte de la basse ville de Québec qui bat tous les records de croissance depuis quelques années dans la Belle Province. De 2005 à 2009, sa croissance a frisé les 3000 %.
La PME de 260 employés tire 90% de ses revenus à titre de sous-traitants pour les géants du divertissement: Warner, Disney, Electronic Arts et autres Ubisoft. Ses produits conçus pour le web, les téléphones cellulaires ou les consoles de jeux sont connus partout dans le monde.
Mais plus ça va, plus Steve Couture, 35 ans, croit qu’il est temps que son entreprise – et le Québec en général – développe ses propres jeux.
Bref, l’homme d’affaires veut qu’il se crée davantage de propriété intellectuelle québécoise dans le secteur des jeux vidéo et du divertissement. «C’est comme cela qu’on crée réellement de la richesse dans une société», dit ce conférencier spécialisé en entrepreneurship.
D’où l’initiative de libérer certains employés. Le pari est de taille. Steve Couture le reconnaît: il se peut que certains projets n’aboutissent à rien. Alors que d’autres pourraient donner naissance à des succès commerciaux planétaires. «Voir certains de mes employés devenir millionnaires me ferait plaisir», dit celui qui rêve d’un «Harry Potter québécois».
Bichonner
Seul dans son créneau à Québec, Frima Studio filait le parfait bonheur jusqu’à ce que d’autres acteurs dans le domaine, dont Ubisoft, y débarquent en 2005.
«Ils avaient installé des banderoles géantes où il était inscrit: nous embauchons. Nous n’avions pas les moyens de rivaliser, surtout en matière de salaire. On a donc décidé de faire de Frima un endroit trippant où travailler», relate Steve Couture.
Par conséquent, une série d’initiatives ont été mises de l’avant pour faciliter la vie des employés et rendre leur environnement de travail encore plus agréable. On retrouve dorénavant des corbeilles de fruits frais aux quatre étages qu’occupe la PME du quartier Saint-Roch, dont les revenus avoisinent les 14 millions. Des horaires très souples sont offerts aux employés dont la moyenne d’âge est de 27 ans.
L’accès aux transports en commun est gratuit et tout le monde peut avoir accès au parc automobile de Communauto.
Autre exemple frappant, un système de points à la performance permet aux employés de faire appel à différents services: quelqu’un ira à leur place faire installer les pneus d’hiver sur l’auto ou passera chez le nettoyeur.
Ces mêmes points permettent également de recevoir la visite d’un chef à la maison ou de s’offrir un week-end en amoureux dans une auberge quatre étoiles, etc.
Inutile de dire que l’entreprise n’a pas à se vanter sur la place publique du sort réservé à ses employés; ces derniers s’en chargent volontiers. «L’information circule», dit Steve Couture sans aucune prétention. Mais en échange, les travailleurs doivent être performants.
Nouvelles ambitions
Frima Studio veut donc poursuivre sa croissance, mais en ne misant plus exclusivement sur la sous-traitance.
Elle a récemment créé et commercialisé ses propres jeux, notamment Young Thor et Zombie Tycoon, pour les consoles PSP et Ps3.
Aussi, la PME de Québec ne se contente plus de créer des jeux vidéo. En juin dernier, elle a mis sur pied une division d'animation et d’effets spéciaux pour le cinéma et la télévision.
Près de 40 emplois ont vu le jour dans la foulée. Une centaine d’autres suivront, assure Steve Couture. Cette nouvelle division profite d’une aide gouvernementale, qui couvre 50 % du salaire de chaque emploi créé.
Outillés de la sorte, Steve Couture et ses partenaires d’affaires, Philippe Bégin et Christian Daigle, visent ni plus ni moins que «des coups de circuit».