Robert Laganière n’est pas un conducteur professionnel mais, depuis septembre, les essais sur route font partie de la description des tâches de ce professeur d’informatique.
Rencontré à son bureau, à l’Université d’Ottawa, le professeur Laganière lance en riant: «Je m’amuse à effectuer des changements de voie.»
M. Laganière travaille sur un projet qui pourrait, un jour, prévenir des accidents de voiture et devenir une importante source de revenus pour CogniVue Corporation, une entreprise de haute technologie de Gatineau, au Québec.
À l’aide des images vidéo recueillies par M. Laganière lors de ses déplacements routiers, son équipe du Laboratoire VIVA de l’U d’O s’emploie à améliorer un algorithme de CogniVue qui permet à une caméra de définir la position du véhicule dans sa voie et d’émettre un signal sonore lorsqu’il dévie de façon dangereuse.
On espère que ce projet débouchera sur des produits qui intéresseront les constructeurs d’automobiles.
«Les technologies de sécurité électronique automobile constituent notre principal marché cible», indique Tina Jeffrey, ingénieure en marketing des produits à CogniVue.
C’est la première fois que le professeur Laganière fait équipe avec CogniVue, entreprise qui développe des processeurs de reconnaissance d’image et des logiciels destinés à des appareils qui requièrent des images et une analyse vidéo en temps réel.
Leur partenariat profite d’une subvention du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) visant à accroître la collaboration entre les entreprises et les universités.
Le professeur Laganière fait partie des quelque 240 universitaires qui ont bénéficié jusqu’ici du Programme de subventions d’engagement partenarial (SEP) du CRSNG. Les SEP constituent le principal mécanisme de la nouvelle Stratégie en matière de partenariats et d’innovation du Conseil, programme ayant pour but de favoriser la collaboration entre les entreprises et les chercheurs universitaires dans le cadre de projets de recherche et développement.
La subvention maximale de 25 000 $ est accordée aux chercheurs pour prendre en charge les coûts directs du projet associés à l’établissement d’un partenariat avec une entreprise en vue de résoudre un problème de recherche et développement cerné. Cette subvention à court terme (au plus six mois) cible les entreprises qui s’associent à des chercheurs universitaires pour trouver une solution à un problème qui leur est propre. Pour être admissible, l’entreprise doit déjà être engagée dans la R.-D. Elle ne paie toutefois aucune des dépenses du chercheur.
Beaucoup de PME ignorent l’existence des SEP ou des autres possibilités offertes par le CRSNG qui «peuvent élargir considérablement leurs ressources de recherche», affirme Janet Walden, vice-présidente de la Direction des programmes de partenariats de recherche au CRSNG.
«Le but est de faire en sorte que l’investissement du gouvernement fédéral dans la capacité de R.-D. de nos établissements universitaires et collégiaux apporte une plus grande valeur aux entreprises en développant des liens plus étroits entre ces secteurs. Ces liens profitent autant au secteur des affaires qu’à celui de l’éducation supérieure – c’est une situation gagnant-gagnant», dit Mme Walden.
Luc Martel, directeur du développement des nouvelles technologies à CogniVue, est d’avis que le programme profite autant aux entreprises qu’aux universités.
«Il donne à CogniVue la chance de développer la propriété intellectuelle en collaboration avec certains des plus brillants esprits dans le domaine, dit M. Martel. En même temps, il permet aux universités de voir leurs travaux passer de l’étape de la recherche à celle du développement de produits.»
Le CRSNG espère que les collaborations créées grâce aux SEP se prolongeront une fois que la période de subvention de six mois sera terminée. Le professeur Laganière, quant à lui, prévoit poursuivre son travail avec CogniVue, qui fait affaire avec BDC Financement, lorsque sa subvention prendra fin.
«Mener ensemble un premier projet de recherche a été une bonne occasion d’apprendre à se connaître.»
Bien que toute propriété intellectuelle développée pendant la durée de la subvention appartienne à l’entreprise partenaire, l’entente du professeur Laganière avec CogniVue prévoit que des redevances lui seront versées si le fruit de ses recherches est commercialisé.
Certaines caméras de bord offrent déjà la technologie de détection des voies, mais M. Laganière travaille à les rendre plus fiables, surtout dans des conditions climatiques difficiles comme celles qu’engendre l’hiver canadien.
Pour ce faire, il va devoir renfiler ses gants de conduite et reprendre la route pour effectuer des expériences plus poussées au cours des prochains mois.
«Vivement la neige!»